‹ Saint John de CrèvecœurChapitre 81 sur 330 · ANXIÉTÉ · texte numérisé non relu

ANXIÉTÉ

morte ; quant à ses enfants, un étranger était venu les chercher et les avait emmenés on ne savait où.

Heureusement, le bon William Seton arrivait au moment où ces tristes nouvelles venaient d'accabler son malheureux ami. Il l'emmena chez lui, chercha à le consoler, l'aida dans ses recherches; mais ce fut seulement après dix-sept jours d'angoisse que le pauvre père parvint à savoir que ses enfants étaient à Boston, à 120 lieues de distance, dans la maison d'un inconnu. Encore ne l'appritil que par une lettre d'ancienne date (du 17 décembre 1781) qui était allée le chercher en Angleterre, puis était revenue à New-York où elle fut retrouvée au bureau de poste parmi un nombre considérable de papiers laissés par les Anglais.

Cette lettre était de M. Gustave Fellowes, celui que les officiers américains, échappés des prisons anglaises, avaient désigné à Crèvecœur comme pouvant s'enquérir du sort de sa femme et de ses enfants. Aussitôt les lettres reçues, écrivait cet homme excellent, ne sachant, à cause de l'interruption des communications, comment recueillir des informations sur la famille qui lui était recommandée, il avait pris le parti d'aller lui-même dans le comté d'Orange. Sept jours après son départ, il avait rencontré à Fiskill, sur l'Hudson,

GUSTAVE FELLOWES 87

Jessé Woodhull, shérif du comté d'Orange et colonel de la milice, qui tenait garnison dans cette ville avec son régiment. Dans le paquet de lettres envoyé par Crèvecœur, il s'en trouvait précisément une pour cet ancien ami, qui apprit à M. Fellowes la mort de M"^<^ de Crèvecœur et l'état déplorable auquel étaient réduits ses enfants. Le voyageur, poursuivant sa route, finit par découvrir les pauvres abandonnés ; ils étaient à Chester, chez de braves gens qui les avaient recueillis, mais qui, ruinés eux-mêmes par la guerre, ne pouvaient que leur faire partager leurs privations. Aussi les malheureux enfants étaient-ils presque nus. On ne connaissait pas M. Fellowes ; on hésitait à lui remettre les pauvres petits. Il fallut presque qu'il les enlevât de force pour les emmener chez lui'. Le premier désir de Crèvecœur eût été de courir sur-le-champ à Boston, mais sa santé avait été fortement compromise par ces secousses morales, et la rigueur exceptionnelle de l'hiver rendait les communications fort difficiles. Ce ne fut donc qu'à la fin de mars 1784 qu'il put entre-

I. Tous ces détails sont extraits de la lettre de M. Fellowes {Cultivateur américain, tome III, p. 17) et du récit qui la siiit.

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