‹ Saint John de CrèvecœurChapitre 9 sur 330 · PREMIERS ESSAIS LITTÉRAIRES · texte numérisé non relu

PREMIERS ESSAIS LITTÉRAIRES

chez lui, et bientôt il essayait de décrire ce qui avait frappé son attention.

Dès ma première jeunesse (écrit-il en i8o3), j'aimais passionnément à considérer tout ce que je rencontrais d'antique... les meubles vermoulus, les tapisseries, les vieux tableaux de famille, les gothiques parchemins des XV^ et XVl^ siècles, dont j'avais appris à déchiffrer l'écriture, avaient pour moi des charmes indéfinissables. Plus avancé en âge, j'aimais à me promener dans la solitude des cimetières, à examiner les tombes, à en deviner les mousseuses épitaphes... Je connaissais la plupart des églises de notre canton, l'époque de leur fondation, ce qu'elles contenaient de plus intéressant en tableaux et en sculptures... Sur l'entablement du clocher de Caisnet' (il m'en souvient bien encore), à la naissance de la flèche croissait un bouleau dont la situation aérienne fut pendant longtemps l'objet de mon étonnement et de mes petites observations... quelques-unes, que j'osai rédiger, plurent à ma mère.

Ne voit-on pas déjà se dessiner dans ces aptitudes, dans ces goûts de l'enfant, le caractère complexe qui distinguera plus tard l'esprit de l'homme fait, ce mélange de sens pratique et de poésie naturelle si frappant dans ses ouvrages ?

I. Village du canton de CreuUy (Calvados), non loin de Pierrepont, où demeurait le père de Michel,

Page 1