HABILETÉ DES ANGLAIS
cela , joint aux difficultés financières pendantes entre les deux gouvernements, contribua beaucoup à refroidir la cordialité des premiers jours.
De plus, à mesure que le temps marchait, un résultat bien peu prévu se faisait jour. Le gouvernement anglais n'avait fait aucune concession douanière, et pourtant l'Angleterre avait conservé la clientèle. Ses habiles négociants, avec une prévoyante hardiesse, avaient ouvert aux Américains les crédits les plus larges ; ils avaient profité de leur connaissance des goûts et des besoins d'un peuple qui, malgré la séparation pohtique, avait encore avec la mère-patrie tant de liens difficiles à rompre. L'Amérique avait été inondée de leurs produits. Une baisse considérable des prix, puis des faillites nombreuses, s'étaient produites; le commerce anglais en avait beaucoup souffert, mais le monopole lui était resté , et les Français ne trouvèrent plus qu'à glaner derrière leurs puissants rivaux '. Il en résulta un découragement réel dans les dispositions du gouvernement comme
1. « L'Angleterre, dit le mémoire cité (voir la note précédente), jouit pleinement des avantages de la métropole sans avoir à en remplir les devoirs. » — « Elle n'a perdu que le droit de nommer des gouverneurs », écrit M. de Moustier en 1788.