‹ Saint Joseph, ou, La question ouvrière d'après l'évangileChapitre 32 sur 79 · Ephès., 1, 10. — 2. Ephès., v · texte numérisé non relu

Ephès., 1, 10. — 2. Ephès., v

La doctrine qui vient d'être exposée en raccourci appartient à la foi catholique. L'ouvrier chrétien se gardera d'y contredire. Surtout il ne prêtera pas l'oreille aux théories des modernes sécuralisateurs qui veulent tout faire sans Dieu, et qui s'efforcent d'arracher le mariage des mains de l'Eglise à qui Jésus-Christ le confia. Ils ont réussi à moitié, puisque notre code consacre le mariage civil, ce concubinage légal qu'aucune pression ne m'obligera d'appeler autrement; ils ont échoué devant l'opinion chrétienne, qui flétrit encore ce que la révolution lui présente comme un progrès. Mais le mariage par l'Etat laïque n'en est pas moins une prime d'encouragement aux mauvaises mœurs, en assurant aux libertins des effets civils qui ne devraient appartenir qu'au mariage ecclésiastique. Il était pourtant bien facile d'éviter ces inconvénients: mais cela ne faisait pas le compte de la révolution, qui rêve l'anéantissement du cathoUcisme.

Dans cette situation, qu'il nous est bien permis de déplorer, mais que nous ne pouvons pas défaire, l'ouvrier chrétien saura ce qu'il faut penser des marieurs d'hôtel de ville. L'heure venue de contracter une alliance, il se montrera

bon citoyen en obéissant aux lois de son pays ; après cela, il prendra le chemin du temple et il ira demander la bénédiction de son mariage au Dieu de son baptême et de sa première communion. Non content d'éviter pour lui-même les impiétés du laïcisme, il ne les encouragera pas chez ses amis. Il ne les accompagnera pas devant l'officier civil, s'ils doivent s'en tenir aux formalités de l'écharpe tricolore; il ne visitera pas le ménage scandaleux qui s'élève à l'ombre de la loi; il attendra que la maîtresse ait fait place à l'épouse légitime, pour lui rendre l'estime qu'il lui aura si justement retirée.

11 faut avoir dans le cœur la théologie du mariage tel que Dieu l'a fait. Mais il importe de vivre en conséquence. Puisque le mariage est saint, l'ouvrier chrétien s'y préparera sérieusement.

Il y a une préparation éloigné'e qui consiste dans la chasteté.

La chasteté est l'honneur de tous les âges, principalement de la jeunesse, sans doute parce qu'elle lui coûte plus d'efforts. La jeunesse est un champ de bataille où la chair et l'esprit, l'imagination et la raison sont aux prises : la lutte est

ardente ; la victoire est magnifique. La chasteté favorise la flamme du génie ; elle donne aux mouvements du cœur un rhythme harmonieux ; elle est le principe de la beauté austère, à côté de laquelle les grâces molles du visage ne sont que vanité; elle est la santé du corps ; elle met de l'acier dans le caractère. La famille lui doit des vierges pudiques, la patrie des soldats, et l'Eglise les héros dont les vertus parfument ses annales. Le travail lui doit ses vaillants pionniers.

La vice contraire a des effets bien différents: il est l'ennemi de la jeunesse dont il fane la fleur et dont il compromet l'avenir. Les ruines supposent des siècles : ce vice fait des ruines toutes neuves, parce que ses heures sont des siècles. Partout où il passe, les vertus ne croissent plus ; Tamour s'éteint, l'honneur abdique, la force diminue, il n'y a plus d'hommes. A la place, on voit une génération de fantômes pâles, incapables de porter le poids de la vie.

L'ouvrier des grandes villes est exposé à sombrer dans l'orage de ses passions naissantes. Il rencontre autour de lui la conspiration du sensualisme. Il a sous les yeux le spectacle de l'immodestie qui s'étale eflrontément dans les productions de l'art et sur la nature vivante. Il entend retentir à ses oreilles toutes les audaces de

la parole et les refrains de la cantilène sans pudeur. Le plaisir est organisé à chaque coin de rue, attrayant et presque irrésistible : la littérature est malsaine et à bon marché ; les habitudes manquent de convenance ; l'esprit public est léger et railleur. Dans ce milieu terrible, l'air des âmes est empoisonné ; le courage y sent des défaillances et l'innocence ne tarde pas à succomber. Gomment ne pas trembler pour l'ouvrier qui laisse la maison paternelle et s'en va en apprentissage dans nos modernes Babylones? C'est le privilège de la jeunesse de provoquer des sympathies dans tous les cœurs, sans doute parce qu'elle est inexpérimentée, et qu'étant l'espoir de l'avenir, elle n'est étrangère à personne. Voici les conseils que saint Joseph adresse au jeune ouvrier par ma bouche : il sera fidèle à faire sa prière du matin et du soir ; il ira à la messe le dimanche ; il remplira le devoir pascal; il évitera les mauvaises compagnies ; il ne lira pas de romans ; il ne cultivera pas des affections précoces, et surtout il ne répondra pas aux avances qui lui seront faites ; il n'ira pas au théâtre ; il ne fréquentera pas les bals de barrière ; il ne s'adonnera pas aux boissons alcooliques ; il ne prendra pas part aux fêtes nocturnes. S'il est docile à ces leçons, qui lui viennent du ciel, il sera heureux.

Le Saint-Esprit va achever ce court abrégé de morale, avec l'autorité et l'éloquence qui n'appartiennent qu'à lui.

Mon fils, rendez-vous attentif à la sagesse que je vous enseigne ; prêtez l'oreille à la prudence que je vous montre, afin que vous veilliez à la garde de vos pensées et que vos lèvres conservent une exacte discipline.

Ne vous laissez pas aller aux artifices de la femme; car les lèvres de laprostituée sont comme le rayon d'où coule le miel, et son gosier est plus doux que l'huile ; mais la fin est amère comme l'absinthe et perçante comme une épée à deux tranchants.

Ses pieds descendent dans la mort et ses pas s'enfoncent jusqu'aux enfers ; ils ne vont pas par le sentier de la vie; ses démarches sont vagabondes et impénétrables.

Maintenant donc, ô mon fils, écoutez-moi et ne vous détournez pias des paroles de ma bouche. Eloignez d'elle votre voie et n'approchez pas de la porte de sa maison. Ne prostituez pas votre honneur à des étrangers et vos années à un cruel; de peur que ces étrangei's ne s'enrichissent de vos biens, et que vos travaux ne passent en la maison d'un autre, et que vous ne soupiriez enfin, quand vous aurez consumé votre vigueur et votre corps, en disant : Pourquoi ai-je détesté la discipline *■ ?

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