‹ Saint Joseph, ou, La question ouvrière d'après l'évangileChapitre 33 sur 79 · Prov., V · texte numérisé non relu

Prov., V

Après cela, le jeune ouvrier se souviendra des exemples de sa mère et des tendres exhortations qu'elle lui faisait souvent. Il pensera quelquefois aux vertus de sa sœur, qui est restée au foyer, et qui du fond de sa solitude veille sur lui comme l'ange du Seigneur. Ces deux femmes, les seules qu'il puisse aimer sans crime, lui apparaîtront comme les images de la chasteté.

Il y en a une troisième que saint Joseph lui permet de contempler dans l'avenir avec des yeux purs : c'est la jeune fille que Dieu tient en réserve pour sa félicité; qui fleurit quelque part, en un lieu inconnu du monde, peut-être tout près de lui ; qui se garde dans l'honneur, pour mériter un jour la couronne de son mariage, et pour ne pas tromper le cœur qui acceptera le sien. Cette chaste vision pourra l'aider à bien se tenir en face des séductions du monde. Le respect religieux qu'elle développera lui donnera le respect de lui-même ; il conservera sa force avec sa dignité ; à l'heure du mariage, il sera un époux et non pas un spectre.

La chasteté est la préparation éloignée du mariage; l'état de grâce en est la préparation prochaine. L'ouvrier dont la jeunesse a été ora-

geuse doit s'arrêter, se recueillir, et aller demander au tribunal de la confession la rémission de ses fautes ; alors il pourra s'approcher de l'autel avec quelque chance d'être béni de Dieu. C'est la mode chez nos contemporains de négliger ces saintes formahtés : ils bravent la majesté du sacrement. L'expérience prouve que le sacrilège ne profite pas aux unions qu'ils contractent avec ce sans-façon. Pour comprendre ceci, il faut nous rappeler ce que j'ai exposé plus haut, à savoir, que le mariage chrétien représente l'union de Jésus-Christ avec son Eglise ; ce n'est pas là un pur mysticisme, comme on va le voir. En effet, depuis que le mariage a revêtu une signification plus élevée, il a été soumis à des lois d'une grande beauté morale, mais bien capables d'épouvanter lafaiblesse humaine. Chez les Orientaux, sans excepter les Juifs, la polygamie et le divorce étaient généralement admis. Les Latins et les Grecs flétrirent la polygamie et admirent le divorce. Telle n'était pas l'institution primitive : la décadence des mœurs avait introduit ces dérogations en les rendant nécessaires. Ceci n'est pas précisément à l'honneur de notre espèce. Jésus-Christ ramena le mariage à son point de dépaiL, en lui rendant les deux caractères qui assurent le mieux sa noblesse : l'unité et l'indissolubilité.

Maintenant voici la question pratique. Naturellement l'homme répugne à la monogamie : la passion use vite son objet, et, comme le papillon, volage, elle voudrait se reposer sur plusieurs fleurs à la fois ; il ne faut pas creuser beaucoup le cœur pour y trouver cet instinct, vivace autant que féroce. La grâce est trompeuse et la beauté est vaine^ ; elles passent, l'instinct reste. La perpétuité du lien conjugal ne va pas mieux à l'homme charnel. Il y a un amour qui veut porter des chaînes : c'est lo véritable ; il y a un amour qui proclame la liberté : c'est l'amour égoïste; lequel des deux domine ici-bas? La réponse est facile : en dehors du christianisme, tous les législateurs ont donné droit à la passion, tantôt par la polygamie, tantôt par le divorce; quelques-uns par les deux à la fois. Ces faits démontrent péremptoirement que la vertu humaine ne peut pas aller plus loin.

Jésus-Christ, qui voulait nous élever au-dessus de nous-mêmes, y a pourvu en nous conférant sa grâce ; par là il a changé la face des mœurs pubhques. Les peuples chrétiens les moins fervents rougiraient de la polygamie. Le divorce n'a de partisans que chez les adeptes de la révolution ; il entre dans les lois par surprise ; il en sort quand le bon sens reprend son em-

\. Prov., xîxi, 36.

pire. Seulement la passion réalise ce que les institutions interdisent ; l'adultère ramène la polygamie : il est l'équivalent du divorce.

L'ouvrier chrétien aura horreur de la doctrine du divorce, qui est professée chez nous par les romanciers, quand les philosophes ne s'en chargent pas. Surtout, il se préservera du crime de l'adultère : il y réussira s'il reçoit dignement le sacrement du mariage,

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