‹ Saint Joseph, ou, La question ouvrière d'après l'évangileChapitre 36 sur 79 · Genèse, ii · texte numérisé non relu

Genèse, ii

l'homme que sa jeunesse est finie. La jeunesse est insouciante; elle hume la brise qni passe; elle se dilate au soleil de son printemps ; elle vit pour elle. A l'heure de son mariage, l'homme s'engage à vivre pour autrui: il est bien heureux de cette destinée, car il n'y a de fécond ici-bas que le sacrifice. S'il ne veut pas être inutile, s'il est jaloux, en traversant la vie, de laisser de lui une mémoire et des œuvres qui la fassent durer, il n'a qu'à se donner : qui se donne se retrouve.

Avant tout, l'homme se dévouera àson épouse. Jésus-Christ a aimé l'Eglise : il s'est livré pour elle, afin de la sanctifier et de la rendre belle *. L'homme doit recueillir cette leçon et en profiter. Parce qu'il est le chefde la femme, il a reçu la force en partage : il a de la force à la tête et aux bras, pour penser et pour agir. La force est pour la faiblesse : c'est ainsi qu'elle s'ennoblit et qu'elle devient touchante, en ajoutant à sa majesté naturelle un charme particulier que la bonté seule possède. La femme est une faiblesse qui tremble et qui cherche à s'appuyer sur un amour vaillant. Dieu la fit inégale àl'homme, pour mieux relier ces deux moitiés d'un même être ; il la lui

i. Ephès., V, 25, 26.

confia, avec l'espoir que sa fragilité aurait une défense, que ses délicatesses seraient respectées, et que sa tendresse serait payée de retour. Le dessein pro\'identiel vaut bien la peine d'être compris et exécuté.

D'ailleurs l'homme choisit la compagne de ses jours : on ne la lui impose pas. A une heure de sainte ivresse, il va la demander à sa famille qui la lui donne en pleurant. Il promet de la rendre heureuse : c'est le seul moyen de l'obtenir; il ne saurait l'oublier sans crime. La force est souvent égoïste ; elle est quelquefois brutale : elle peut aller jusqu'à la cruauté. La vie conjugale, abaissée par les doctrines qui circulent dans notre civilisation, nous offre de temps en temps ce spectacle écœurant. La force écrase la faiblesse, comme en Turquie, là ou le Coran a livré la femme aux caprices de l'homme. Cela se passe dans notre Europe où l'Evangile avait créé le culte de la femme, et avait mis à ses pieds le cœur et la lance des preux.

L'ouvrier chrétien nous console de ces excès. La religion lui inspire les vertus de son état: il nourrit son épouse des sueurs de son front; il adoucit ses douleurs ; il protège ses démarches; au besoin, il supporte ses défauts ; il trouve sa récompense dans son attachement A son tour, la femme devient un appui. En la créant,

Dieu prétendit venir au secours de l'homme dont elle animerait la solitude. Il savait aussi que la force se change en faiblesse, malgré ses prétentions, et que l'homme, abattu par le malheur, a besoin de sentir à ses côtés une âme tendre qui le sauve du désespoir. Dieu fait bien ce qu'il fait.

Le dévouement est la loi du mariage. Ce dévouement doit dépasser les bornes du foyer domestique et s'adresser à la patrie. Alors c'estla fécondité du mariage qui en devient la preuve.

En bénissant l'union de l'homme et de la femme, Dieu dit : Croissez et multipliez-vous^ et re^nplissez toute la terre^. Depuis ce jour, Dieu ne crée plus que les esprits : il a chargé les époux de développer la création des corps dont il a posé les prémisses. Le mariage est la source des races qui s'agitent à la surface du globe.

La fécondité fut toujours regardée comme la gloire du mariage. L'opinion des peuples atrouvé sa consécration dans la Bible, qui se plaît à répéter avec une grande magnificence de langage cette vérité fondamentale :

En mangeayit le travail de vos mains, vous serez

i. Genèse,!, 18.

heureux et la prospérité régnera dans votre maison.

Votre épouse sera semblable à une vigne qui projette au loin ses rameaux.

Vos enfants seront comme des plants d'olivier rangés autour de votre table *.

La couronne du vieillard se compose de ses enfants et des enfants de ses enfants ^.

Pour récompenser les vertus d'Abraham, Dieu lui dit : Je t'ai co7istifué père d'une nombreuse postérité. Je multiplierai ta race : tu domineras parmi les nations, et les rois sortiront de ton sang^.

Jacob mourant parle ainsi à Joseph : 0 mon fils, le Dieu de votre père sera votre protecteur : le Tout-Puissant vous comblera des bénédictions du haut du ciel, en vous envoyant la pluie et la rosée ; des bénédictions de l'abîme, en vous faisant trouver dans le sein de la terre les puits et les fontaines qui vous seront nécessaires ; des bénédictions du lait et des mamelles, en multipliant vos troupeaux ; et du fruit des entrailles, en vous donnant un grand nombre d'enfants *.

Dans les jours de sa félicité, Job possédait de nombreux troupeaux. Il avait sept fils et trois filles ; il eut le malheur de les perdre dans une

1. Psalm. cxxvii. — 2. Prov., xvii, 6. — 3. Genèse, xvii, 6. — 4. Genèse, xlix, 25.

catastrophe. Mais quand l'épreuve fut terminée, Dieu loua sa patience ; il lui rendit les troupeaux qui faisaient sa richesse ; et il lui donna en même temps une famille aussi nombreuse que la première *.

Les traditions patriarcales sont devenues celles du genre humain. L'influence de TEvangile n'a rien changé aux lois de la vie; l'Eglise, qui est dépositaire de sa doctrine et de son esprit, a fait passer dans son enseignement et dans les formules de sa liturgie l'idée sainte dont nous nous occupons. Dans la bénédiction nuptiale, elle adresse à Dieu cette prière pour l'épouse qui est agenouillée devant l'autel : Seigneur, jetez un regard de bonté sur votre sei^ante qui, en s'unissant à un homme, veut se munir de votre protection. Quelle marche sur les traces des saintes femmes ; quelle soit aimable comme Rachel, sage comme Rébecca; quelle vieillisse dans la fidélité comme Sara Donnez-lui wie gravité modeste; rendez-la vénéi^able par sa pudeur ; instruisez-la des vérités célestes ; quelle [soit féconde et mère d'une nombreuse postérité^.

On connaît assez le mal contemporain : le mariage devient stérile. Les causes de ce mal sont 'complexes, et leur description ne saurait trouver place ici. Cependant je ne veux pas

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