‹ Saint Joseph, ou, La question ouvrière d'après l'évangileChapitre 45 sur 79 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

saint joseph présente jésus au temple.

l'Éducation.

Ils apportent Jésus à Jérusalem afin de l'offrir au Seigneur.

(Luc, II, 22.)

Dès que Jésus est né, il devient l'unique préoccupation de la sainte famille, et demeure la raison dernière de toutes ses démarches. Le voyage en Egypte, les pèlerinages au temple sont entrepris pour Jésus ; le retour à Nazareth, le choix de cette cité pour résidence, la visite chez Elisabeth, cousine de Marie, àHébron, se rapportent encore à Jésus. Ce n'est pas surprenant, puisque Marie et Joseph ne s'étaient unis que pour introduire Jésus dansrhumanité,dontildevait être le rédempteur. Mais nous devons admirer la fidélité avec laquelle ces pieux époux remplissent la mission de dévouement que Dieu leur a confiée.

Je veux dégager de ces exemples une belle loi de la famille, et rappeler ce que tout le monde sait.

L'enfant est le but de la famille *. Quand il est né, tout n'est pas fini : l'enfant n'est qu'une matière vivante qu'il faut façonner par l'éducation. L'éducation physique développe ses organes ; l'éducation intellectuelle et morale dirige ses facultés ; l'éducation professionnelle lui donne une position. Je ne parle ici que des deux dernières.

L'enfant reçoit une première éducation au foyer domestique : ceci a été suffisamment établi dans les chapitres précédents ; mais il n'est pas inutile d'ajouter que cette éducation est indispensable, et qu'aucune autre ne la supplée entièrement. Le lait que boitTenfant exerce une influence décisive sur son tempérament ; l'éducation du foyer est le lait de son âme ; il se ressentira plus tard de celle qu'on lui aura donnée. La famille est avertie que les intérêts de l'enfant ne s'accommodent pas du'dévouement délégué; qu'elle ne se hâte pas d'en charger des étrangers; et quand les nécessités du travail i. Chapitre III, du Mariage.

l'obligeront à se séparer des berceaux, elle le regrettera, et cherchera par de pieuses industries à regagner le terrain perdu.

L'éducation du temple suit immédiatement celle de la famille. L'enfant doit passer du sein de sa mère dans le temple qui estle sein de Dieu. A Sparte les enfants appartenaient à la république ; les mères de ce pays s'empressaient, avec un courage stoïque, d'aller les déposer sur l'autel de la patrie. Ces mœurs n'étaient pas tendres : je crois même qu'on les a trop vantées. Sparte volait les enfants ; la famille avait sur eux des droits que les siens ne devaient pas annuler.

On ne peut pas en dire autant du temple. Sans aucun doute, les enfants lui appartiennent, parce qu'ils sont de Dieu qui l'habite : il n'y a que les impies qui contestent son domaine.

L'ouvrier pour qui j'écris s'étonnera peut-être de mon discours. Je lui rappellerai que, de nos jours, il y a des hommes qui redoutent pour leurs enfants l'influence cléricale, cachée dans le temple. A tout prix, ils veulent lui soustraire leur race, pour l'élever dans des principes généreux, en harmonie avec la civilisation moderne

et capables de les porter au niveau des destinées que la liberté leur a faites. Parmi les forcenés à qui j'emprunte ce jargon, en voici un qui s'oppose au baptême de son enfant, sans pitié pour les larmes d'une épouse chrétienne; sans respect pour la foi des jeunes frères qui préparaient la fête du nouveau-né. Foulant aux pieds les convictions de sa famille, et peut-être les siennes, il brise des traditions sacrées, et il devient le pontife grotesque, autant qu'odieux, d'un culte de sa façon. Il baptise son enfant dans la république ; il l'offre à la déesse Raison qui décore sa chambre ; il lui impose des noms empruntés au martyrologe de la Rome antique ; et dans un cercle d'amis, convoqués à dessein, il boit à la santé du futur démocrate.

Heureusement, la religion des mères est plus forte que la haine de l'athéisme révolutionnaire. Elles prennent leurs enfants dans leurs bras, et vont les apporter au temple. Elles rendent le prêtre complice de leur projet; et, à une heure donnée, dans un lieu indiqué, sans bruit et sans appareil, le baptême restitue à Jésus-Christ les âmes qu'on voulait lui ravir. Ces cas ne sont plus rares dans lesgrando? villes. Pour ma part, j'en ai connu plusieurs.

Que l'ouvrier chrétien ne se laisse pas séduire. L'influence cléricale n'est pas ce que les athées

disent. Au temple, le prêtre enseigne à l'enfant la dignité de l'homme et du chrétien, son origine, et sa destinée dans le présent et dans l'avenir. Il lui enseigne à servir Dieu, à aimer son père et sa mère, à obéir à leurs ordres, à respecter le bien d' autrui, à pardonner à ses ennemis, à demeurer chaste, à se contenter de son sort, à s'incliner devant les pouvoirs publics, à payer l'impôt, à donner son sang à la patrie, quand la patrie le lui demande. Une pareille morale ne peut pas abrutir l'enfant. Elle fera de lui un adolescent aimable, un ouvrier consciencieux, un fils reconnaissant, un ami fidèle et un bon citoyen. Alors pourquoi en avoir peur? Les méchants craignent l'éducation du temple, comme les chauves-souris fuient la lumière du jour. Ce sont des hommes de mensonge et de meurtre * : ils recommandent la religion qu'ils haïssent.

L'ouvrier chrétien doit s'éloigner avec horreur de leur sinistre société. 11 ne prendra pas part à leurs fêtes, même par pure convenance. Il n'assistera ni aux baptêmes républicains, ni aux enterrements civils. C'est au temple qu'il célébrera la naissance et la mort ; bien convaincu que le temple est le berceau de l'homme, et le glorieux vestibule par où il entre dans son éternité.

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