Juges, XVI
Pourquoi a-t-il regardé resplendir dans son verre la couleur blonde du vin ? Quand il l'a bu, le vin caressait doucement sa lèvre ; à la fin il Ta mordu comme un serpent, et il a répandu dans ses entrailles le poison du basilic^. En résumé, le cabaret perd Touvrier en dévorant son temps, son argent, ses forces physiques, son génie et jusqu'à sa raison, ce caractère glorieux de la nature humaine.
Du reste l'ouvrier n'est pas la seule victime du vin ni la plus illustre. L'histoire des buveurs est écrite avec des catastrophes.
C'est l'ivresse qui livrait Holopherne au glaive de Judith ^.
C'est l'ivresse qui poussait Balthasar à profaner les vases sacrés du temple, et qui lui valait de périr, la nuit même, de la main des Perses victorieux '.
C'est l'ivresse qui arrêtait Alexandre le Grand au milieu de ses conquêtes, à l'âge de trente-trois ans, et lui faisait trouver à Babylone une fin indigne de sa gloire.
Les empereurs romains étaient ivres quand ils étaient surpris par les barbares, ou qu'ils succombaient sous le poignard d'un prétorien armé pour venger le monde.
1. Prov., XXIII, 31. et suiv. — 2. Judith, xii, 4. — 3. Daniel. V, 30.
La Régence ressuscita les débauches païennes, et les mit à la mode à Versailles. Les princes de France tombaient ivres-morts sous la table des festins, avant de succomber sous les coups de la révolution. L'ivresse de l'orgueil avait fait tourner la tête à Louis XIY : l'ivresse du vin a immortalisé les hontes de sa postérité.
Vraiment le vin a fait d immenses ruines *.
En second lieu, le cabaret est pour l'ouvrier le berceau de toutes les dépravations.
L'ouvrier chrétien est un type intéressant. Il n'a pas d'étude, mais il a des principes; ce qui vaut infiniment mieux ; il a surtout des vertus : il est honnête homme, ami fidèle, respectueux, content de son sort, doué d'un charmant caractère et bon citoyen. Au cabaret il se gâte : c'est un grand malheur.
Au cabaret, il trouve une mauvaise compagnie. Ceux qui se ressemblent s'assemblent ; ils sont tous atteints du même mal, qui est le dégoût du travail et l'amour du plaisir. Il ne faut pas, dit-on, juger les gens sur leur mine ; cependant il est difficile d'éviter une certaine prévention en voyant attablés les chevaliers du lundi. A