SAINT JOSEPH AU MILIEU DES ÉPREUVES. LA DOULEUR
Un instant il songea à quitter Maria en secret.
(Matth., 1, 19.) Il n'y avait pas de place pour eux d«ns l'hûtellerie.
(Luc, II, 7.) Marie enveloppa Jésus dans des lange* et elle le coucha dans la crèche.
(Luc, II, jT.) Cet enfant sera un signe de contradiction... Un glaive de douleur transpercera votre àme.
(Luc, II, 34, 35.
Levez-vous, prenez l'enfant et la mère, et fuyez en Egypte.
(Matth., II, 13.) Mon fils, pourquoi avez-vous agi ainsi?
Votre père et moi, nous vous cherchions depuis trois jours, le coeur plein d'angoisses.
(Luc, II, 48.;
Ce modeste ouvrier qui vivait sans bruit à Nazareth, et dont j'ai raconté l'histoire, l'Evangile à la main, était certainement l'homme le plus vertueux de son temps. Fût-il le plus
heureux? Silo bonheur consiste dans l'amour de sa condition, dans le détachement des biens que le monde recherche avec avidité, et dans le témoignage d'une conscience sereine, parce qu'elle est fidèle à Dieu, saint Joseph le connut mieux que personne. Si l'on définit le bonheur l'absence d'épreuves , saint Joseph ne doit pas être mis au nombre des heureux. La piété fut sa première gloire ; l'éprouve fut la seconde.
Les amis de Job ne comprenaient pas cette association d'idées ; ils disaient h l'infortuné patriarche, assis sur lo fumier : Tu souffres, donc tu es coupable. La philosophie qui unit la vertn et le bonheur, n'est pas absurde : au commencement il en était ainsi. Un jour l'harmonie maintenant brisée entre ces deux choses saintes se rétablira ; l'humanité est dans une parenthèse ouverte par le péché et qui ne se fermera qu'au ciel. Ici le raisonnement des sages d'Arabie est en défaut. Il faut dire : Tu souffres, donc tu es grand. C'est à la condition de souffrir dignement,
Saint Joseph traversa toutes les épreuves de la vie. Il ressentit au fond de son cœur des tristesses intimes, d'autant plus cruelles que son amour envers Marie était plus élevé, et que, ne pouvant les confiera d'autres, il était obligé de les dévorer en silence. Il fut pauvre ; on sait
que sapauvreté allajusqu'à la détresse. L'enfant divin dont il était le père nourricier naquit dans une é table ; une crèche fut son berceau. Il ressentit les dédains que l'on n'épargne jamais aux petits, surtout dans les mauvais siècles; il ne put pas trouver place à l'hôtellerie de Bethléem, sans doute parce qu'il ne pouvait pas en payer le prix. La prophétie du vieillard Siméonlui découvrit la destinée de Jésus; il vit les horizons sanglants du calvaire : s'il ne devait pas accompagner Marie au pied de la croix, le glaive de douleur qui transperça Tâme de la Vierge fit à la sienne une blessure anticipée qui saigna jusqu'à sa mort. Pour échapper à la persécution d'Hérode, il prit le chemin de l'exil ; sur la rive étrangère il ressentit la mélancolie de l'absence et le martyre des délaissements ; son retour dans la patrie ne fut pas sans amertume. Une année, il avait perdu Jésus, aux fêtes de Pâques ; pendant trois jours, il erra sur les chemins de Judée, demandant son trésor à tous les sentiers et à tous les passants : il fit ainsi l'apprentissage des séparations, toujours pénibles pour ceux qui se sont aimés.
Au milieu des tribulations de saint Joseph, deux circonstances se dégagent, également touchantes et remplies d'enseignements utiles.
La première c'est le rôle de l'ange du Seigneur qui n'abandonne pas le juste et lui apporte, à l'heure de l'épreuve, la lumière et la consolation qui l'aident à ne pas succomber. L'ange explique à saint Joseph le mystère de l'Incarnation el calme ses mortelles angoisses ; il lui donne le signal du départ pour l'Egypte, quand les soldats d'Hcrode sont en route pour Bethléem; il lui apporte la nouvelle de la mort du roi impie et l'assure qu'il peut, sans courir aucun risque, regagner Nazareth. Le ciel est ouvert sur la tête de l'humble ouvrier : il lui envoie des messages qui l'honorent et le sauvent.
La seconde circonstance à noter, c'est la soumission tranquille de saint Joseph aux ordres qu'il reçoit d'en haut. Il est dans la main de Dieu : il se plaît à se laisser remuer par cette main puissante et bonne qui porte l'univers, et à laquelle aucun être n'échappe. En s' abandonnant ainsi aune action supérieure, il fait un bel acte de foi qui rappelle celui d'Abraham ; il en a les bénéfices, puisqu'il sort victorieux de tous les combats. Il nous invite à les partager avec lui, si nous voulons marcher sur ses traces.
L'oiseau est tié pour voler et rhomme pour souffrir *
L'ouvrier est trop persuade qu'il est seul à souffrir sur la terre; sMl regarde le riche avec tant d'envie, c'est qu'il le croit en possession du bonheur parfait : ce n'est qu'un mirage.- S'il lui était donné de pénétrer les mystères de sa vie intime ; si seulement il devenait pour vingtquatre heures le confident de ses pensées ; il pourrait se convaincre par lui-même que le bonheur ne loge pas chez lui. Du reste il y a un certain nombre de douleurs communes à tous les états, et qui ne peuvent pas se cacher sous le voile de la discrétion. Le riche n'est pas à Tabri de la tristesse : peut-être même que celle qu'il ressent est privilégiée. Quelles que soient les apparences, il est souvent sevré des joies domestiques ; son sommeil est troublé et son réveil sans espérance ; la coupe qu'il vide chaquejour àsa table empoisonne ses entrailles et son cœur; la jouissance exagérée multiplie ses infirmités; l'argent dont il dispose ne le sauve pas de la mort: elle vient pour lui comme pour le pauvre, plus cruelle encore, />arce quelle le sépare de r abondance de ses biens ^.
\. Job, V, 7. — 2. Ecclés., xli. 1.
C'est bien peu connaître l'homme de croire qu'il peut trouver le bonheur dans la fortune. Il n'en a jamais assez pour satisfaire des désirs qui se dilatent sans cesse ; quand par hasard il en est embarrassé, la satiété s'en mêle ; elle lui compose un malaise mortel qu'il faut avoir éprouvé pour le comprendre . Ce n'est pas le moindre signe de notre grandeur que l'impuissance où nous sommes de trouver le bonheur dans les grossières émotions de la matière. Dieu venge son œuvre et la gloire qui lui en revient, en versant sur nos plaisirs coupables des désolations qui tôt ou tard nous forcent à nous dégager de leurs étreintes. Salomon avait goûté toutes les voluptés de l'autorité, de la science, de la gloire et du faste, sans compter celles du péché. Devenu vieux, ce monarque sans rival jeta les yeiLx sur son royaume ; il récapitula dans sa mémoire tous ses succès ; alors, secouant sa tête blanche et enveloppant sa mélancolie dans les plis de son manteau de pourpre, il poussa ce cri éloquent, que tous les siècles ont répété : Vanité des vanités, tout n'est que vanité *.
Une autre idée fixe de l'ouvrier, cVst l'attente d'un moment peu éloigné où la souffrance disparaîtra des sociétés. Il n'a pas inventé la théorie : il Ta lue dans les programmes des réfor-