‹ Saint Joseph, ou, La question ouvrière d'après l'évangileChapitre 69 sur 79 · Ecclés · texte numérisé non relu

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mateurs politiques, Ce sera le résultat du travail lent, mais continu, qui s'appelle le progrès de la civilisation : il y a déjà quelque chose de fait, L'ouvrier moderne est bien plus heureux que son père qui était plus heureux que son grandpère ; cependant l'avenir lui réserve d'autres merveilles ; il est impatient d'y assister.

Encore un rêve décevant. La souffrance a des raisons de Tordre le plus élevé ; elle est entrée dans le plan divin ; elle a jeté dans nos destinées des racines profondes'; il n'y a pas au monde de force capable de la supprimer : on ne peut que l'adoucir par les améliorations qui s'introduisent dans les choses humaines, et par les dispositions de cœur avec lesquelles on l'accepte.

Cependant on ne peut pas nier les souffrances deTouvrier: il est imprudent de les lui disputer. C'est déjà une consolation pour lui de savoir que ses souffrances sont connues et qu'on y compatit.

L'ouvrier a sa large part dans les souffrances générales de la vie : il a ses quarts d'heure d'ennui; il connaît les tortures d'un mauvais ménage; il a des insomnies; il est malade:

il meurt comme tout le monde. Mais il a ses infortunes spéciales, d'autant plus dignes de sympathie qu'on ne peut pas les imputer toujours à ses vices : quelques-unes sont inévitables.

Les conditions du travail ne sont pas douces : il porte le poids du jour et de la chaleur ». Ces paroles ont été écrites pour lui et doivent être prises à la lettre. Le travail cesse par intervalle d'être rémunérateur. L'ouvrier qui n^a d'autres revenus quesamodiquese?//ame doit faire face aux crises alimentaires et à l'augmentation du prix des loyers. Cependant son corps n'est pas de fer et ses forces trompent son courage : le repos auquel il est condamné ajoute à sa, détresse ; il ne gagne pas et il dépense : la ruine est au bout de cette situation, si peu qu'elle dure. Quand il ne manque pas au travail, le travail lui manque ; le chômage qui monte la rampe de son triste escalier vient le visiter avec le cortège des maux qu'il traîne à sa suite. C'est l'hiver: la pluie tombe, le vent passe en gémissant et emporte les plaintes de ceux qui pleurent. S'il y avait des réserves de la saison précédente, elles trouveraient aisément leur emploi : hélas ! il n'y en a pas ; il ne peut pas y en avoir. Ici il ne faut accuser personne. Cependant il fait froid sous 1. Matthieu, xx, 12,

les combles de la mansarde ; l'âtre ne pétille pas ; la table est indigente ; les âmes sont en deuil : les visages en portent la trace et le silence le trahit. Les petits enfants s'en doutent, car ils sont moins bruyants.

Cette famille d'ouvriers a souvent de la dignité : cela rend son malheur plus intéressant. 11 lui en coûte de faire des confidences aux voisins ; elle ne sait pas se décider à aller frapper à la porte de la charité officielle : elle préfère dévorer en secret ses privations ; elle exploite tant qu'elle peut son crédit, avec l'espoir de payer aux jours de l'abondance ; à la dernière extrémité, elle engage ses meubles au Mont-de-Piété; elle y porte ses bijoux et ne garde que le linge le plus indispensable. Vient un moment où tout semble fini : le désespoir est derrière la porte.

Le cas est fréquent, principalement dans les villes industrielles. La tête éclate et le cœur se fend devant des détresses chroniques qu''aucune combinaison humaine ne peut conjurer tout à fait. On sent le besoin de mettre Dieu dans la situation.

La question de la souffrance a fait bien des fous, surtout quand elle a rencontré des carac-

tères généreux. En cette matière, l'utopie est presque respectable, parce qu'on suppose qu''elle est inspirée par la sensibilité. D'où qu'elle procède, l'utopie est toujours un péril. On doit admettre qu'il y a des questions insolubles sans Dieu : la souffrance est du nombre.

Le dogme de la Providence est clair pour l'esprit et doux au cœur : il a une valeur économique.

Nous croyons en Dieu instinctivement. Quand nous essayons de ne pas y croire, nous ne pouvons pas y réussir ; on ne nous persuadera pas que Dieu est absent du monde et que nous sommes orphelins. Notre Dieu est vivant; il est attentif; il gouverne les astres et il dirige nos destinées. Nous sommes dans sa main : il nous donne son soleil et son amour, il nous envoie la joie et la tristesse, il châtie nos péchés comme il récompense nos vertus. Le pain de chaque jour est un de ses bienfaits : il nous plaît de penser que celui que nous mangeons est fait avec les miettes qui tombent de sa table opulente.

Le dogme de la Providence est le phare qui guide sur la terre les pas de l'homme pèlerin. L'homme a le sentiment de sa faiblesse et il a besoin de sa foi religieuse pour ne pas succomber. Sans elle, il ressemble à un petit enfant

qui a perdu sa mère et qui erre çà et là en poussant des cris perçants. L'homme antique, égaré dans la nuit de l'erreur, avait conservé des aspirations qui suppléaient aux lacunes de sa théologie ; on le surprend en flagrant délit de foi en la Providence, tandis qu'il est à genoux devant ses idoles.

Los fils d'Israël sont une preuve fameuse de ce que j'avance. Pendant quarante ans ils sillonnent les déserts de l'Arabie, à travers les sables brûlants, sous un ciel qui dévore et au milieu d'ennemis acharnés qui leur disputent tous les passages. Ils étaient plus d'un million d'âmes, échappés de l'Egypte et peu préparés pour une expédition aussi aventureuse ; ils n'avaient pas de froment pour nourrir les familles ; ils manquaient d'armespour se défendre. Mais Jehovah campait au milieu des tribus : il était leur secours. Chaque matin, il faisait descendre du ciel une manne abondante qui ne coûtait que la peine de la recueillir; à l'heure du danger, il animait les guerriers, et la victoire leur restait aussi souvent qu'ils la méritaient. Ainsi ces proscrits de Pharaon firent leurs étapes et arrivèrent à la terre promise où leurs destinées devaient se fixer. Ceci n'est qu'un épisode do l'histoire de la Providence, écrite partout en caractères ineffaçables.

'.iiO SAINT JOSEPH

L'Evangile a mis Dieu encore plus près de nous : désormais le ciel et la terre se touchent.

Après avoir détourné le cœur humain de rattache aux biens sensibles, Jésus-Christ voulut le guérir du mal de l'inquiétude. Il disait: N'ayez point de sollicitude pour votre vie, oh vous trouverez de quoi manger, ni cFoù vous aurez des vêtements pour vous couvrir. La vie n' est-elle pas plus que la nourriture et le corps plus que le vêtement ?

Considérez les oiseaux du ciel ; ils ne sèment pas; ils ne moissonnent pas ; ils n'amassent rien dans des greniers ; mais votre père céleste les nourrit. N'êtes-vous pas beaucoup plus qu'eux ?

Et pourquoi vous inquiétez-vous pour le vêtement ? Considérez comment croissent les lis des c/iampjs. Ils ne travaillent pas; ils ne filent pas ; et cependant je vous déclare que Salomon dans toute sa gloire n'a jamais été vêtu comme l'un d'eux.

Si donc Dieu a soin de vêtir de celte sorte une herbe des champs, qui est aujourd'hui et qui sera demain jetée dans le four, combien aura-l-il plus de soin de vous vêtir * ?

Cette page sainte, tombée des lèvres du Dieu fait homme, attendrit le monde depuis di.\-neuf

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