Luc, XI
faisant sentir notre misère. Lui si; dresse avec orgueil ; il a l'air de vouloir demander compte à Dieu de sa conduite ; il n'est pas éloigné de croire qu'il est injuste ; il s'abandonne à des emportements qui épouvantent ; dans sa fureur, il prononce des paroles impies. Ceux qui l'entourent se cachent : ils semblent craindre de voir descendre la foudre, et d'être écrasés avec lui sous les vengeances de la colère céleste. L'épreuve nous convertit : elle est un avertissement d'en haut, et ceux qui le comprennent reviennent de leurserreurs. L'ouvricrirréligieux, déjà si loin du devoir, achève de se dépraver; il use de représailles envers Dieu qui le châtie ; il lui fait sentir à son tour ce que sa liberté peut contre ses ordres. Enfin l'épreuve passe sur nous comme un baptême qui lave nos péchés, et nous rend une beauté morale que le mal nous avait ravie. L'ouvrier irréligieux cherche des distractions à sa douleur dans l'orgie; il court aux barrières de la cité; il est des fêtes de la nuit ; il se noie dans le vin ; le lendemain, il se trouve en face de sa cruelle destinée : rien n'est changé, et lui non plus,
La pauvreté résignée est sublime ; la pauvreté qui blasphème est hideuse.
La foi à la Providence apaise chez l'ouvrier chrétien le tourment cjuc Tuvenirlui cause.
L'avenir est en effet un mystère ; notre pensée veut le sonder, mais elle échoue contre d'inexorables ténèbres : il suffît pour empoisonner le bonheur d'aujourd'hui. L'ouvrier dit : Aujourd'hui je me porte bien et demain? aujourd'hui j'ai du travail et demain ? J'ai fait telle entreprise : qu'en adviendra-t-il? J'ai de beaux enfants : comment leur donner une position ? Autant d'incertitudes qui tombent sur son cœur et le désolent.
Contre ces angoisses, il y a l'insouciance du fatalisme qui s'abandonne au courant, qui mange, qui boit et passe sa vie au jour le jour, écartant d'une main énervée le terrible problème, en disant avec un ancien : A demain les affaires sérieuses ; c'est le système des viveurs. Si un garçon sans souci, comme sans responsabilité, y trouve son compte, l'ouvrier qui est père de famille ne s'en accommode pas : il ne contient ni une once de sagesse ni une goutte d'amour. L'avenir s'impose à l'ouvrier ; il a besoin de croire à la Providence pour ne pas désespérer tout à fait. A cette condition, il travaille sans fièvre, mais avec courage; il se comporte comme s'il devait tout tirer de ses bras ; au fond de son cœur, il s'appuie sur Dieu et illui laisse le soin défaire le reste. Aide-toi, le Ciel t'aidera.
L'espérance de rouvricrn'estjamais confondue, il ne faut pas croire que les moralistes emploient le dogme de la Providence pour le plonger dans une fausse sécurité et l'empêcher de se fâcher, h peu près comme les médecins prescrivent l'opium aux tempéraments trop surexcités, afin de leur rendre le sommeil. La Providence s'est chargée de démontrer par des miracles la vérité de la doctrine.
enfants des hommes, regardez et sachez que nul n'a espéré en Dieu et a été ti^ompé. Quel est celui quia été fidèle à sa loi et a été abandonné ? Quel est celui qui Ta invoqué et en a été méprisé^ ?
Mettez votre confiance dans le Seigneur. Faites le bien, et tant que vous habiterez sur la tei^re, vous Jouirez de ses richesses.
J'ai été jeune et je suis devenu vieux ; mais je nai jamais vu le juste délaissé et ses enfants mendier leur pain '.
Ce que Thistoire nous raconte des bontés de la Providence pour l'homme est aussi touchant que certain. Depuis les jours antiques où l'ange de Dieu offrait à EUe fatigué du chemin un pain cuit sous la cendre et une amphore remplie de vin, où les Paul et les Antoine étaient nourris dans le désert par un corbeau, jusqu'à notre siècle refroidi et positif, les monuments témoi-