Épître catholique, vi, Jacob, v. — 2. Matthieu, vi
ne prétend pas qu'il puisse se passer de pain ; car non contente de le déclarer nécessaire, elle le lui procure : rien n'est au-dessous de sa tendresse.
Le salaire a subi toutes les influences des choses humaines et en a suivi les inévitables variations. A mesure que le capital social a été mieux exploité et que la fortune pubUque a augmenté ; tandis que les institutions civiles mieux formulées définissaient avec plus d'équité les droits de tous; lorsque l'art, perfectionnant ses procédés, obtenait des produits plus beaux, le salaire s'élevait proportionnellement. Il ne pouvait pas en être autrement.
Pour dégager dans cette question complexe le rôle de l'Eglise et lui assigner la gloire qui lui revient, il suffit de dire qu'elle n'est l'ennemie d'aucun progrès légitime ; pour paraître moins pressée que les autres, elle n'est pas moins la cause de toutes les améhorations réelles. Elle abandonna donc le salaire à toutes les chances de la vie; mais elle ne s'opposa jamais à son élévation. Elle lui rendit même dès l'origine un service dont elle seule était capable : elle l'additionna avecles vertus chrétiennes que sa doctrine et ses sacrements avaient développées dans l'âme de l'ouvrier. Par là elle donna au salaire une valeur économique qu'aucune combinaison financière n'égalera jamais.
3° L'Eglise a conquis pour l'ouvrier la liberté dont il jouit.
L'Eglise a donné à l'ouvrier la liberté politique qui le protège contre le despotisme des pouvoirs publics, qui le met à l'abri de l'arbitraire pour ne le laisser soumis qu'à la loi, qui lui assigne un rang dans la chose publique et lui assure une part d'influence proportionnelle à ses aptitudes. L'histoire des développements du tiers-état, à partir de l'affranchissement de l'esclave, jusqu'à la naissance du serf et au mouvement des communes d'où sort le bourgeois du moyen âge, a été l'objet d'études sérieuses. Des esprits éminents se sont passionnés pour cette cause, et, en remuant nos archives nationales, ils ont quelquefois assigné avec assez de bonheur les origines et les titres des nouveaux venus. Quel est le publiciste de quelque autorité qui refuse à l'Eglise l'honneur d'avoir préparé l'avènement du tiers-état? Si quelqu'un trouve que la liberté est arrivée tard pour l'ouvrier , nous répondrons que ce n'est pas la faute de l'Eglise. Quand Touvrier ne réclamait pas une certaine liberté; quand surtout il était incapable de l'exercer, on ne voit pas pourquoi l'Eghse l'aurait réclamée pour lui auprès des trônes. Un enfant n'est pas un citoyen, encore moins un soldat; Pépée qu'on mettrait entre ses mains pourrait facilement le
blesser, beaucoup mieux qu'elle ne servirait à défendre la patrie menacée.
La liberté civile est plus précieuse pour Touvrierque la liberté politique, quoiqu'il l'apprécie moins. La liberté politique lui sert une fois chaque cinq ans ; la liberté civile lui est utile à chaque instant. La liberté politique le sauve de la lyrannie du pouvoir souverain ; la liberté civile le sauve des abus de la richesse égoïste. Maître de sa destinée, de ses bras, de son talent, de ses journées, l'ouvrier peut débattre avec un plus fort que lui les conditions de son travail, ses fatigues, sa durée, son salaire ; il peut les accepter, il peut les refuser : en cas d'erreur, il peut déchirer un contrat défavorable et se retirer dans son foyer. Cette liberté, il la doit encore à l'Eglise.
Certes, l'Eglise n'a pas rendu à l'ouvrier un mince service. Les proportions du bienfait et le temps qn'il a mis à s'étendre jusqu'aux extrémités de l'humanité importent peu; ce qui importe dans cette discussion, c'est le principe: nous croyons avoir mis hors de doute qu'il appartient à l'action civilisatrice de l'Eglise.
4° L'Eglise a procuré à Fouvrier deux autres avantages qu'il ne faut pas taire dans cette glorieuse statistique : elle lui donna la corporation dans cette vie, elles espérances éternelles
par delà la tombe. J'unis ici ces deux faits, parce qu'ils se fondent dans un autre qui les réîume, et que j'appelle respérance.
Dans la corporation chrétienne, l'ouvrier trouva d'abord des traditions professionnelles, ensuite une protection contre la concurrence des forts, enfin une assurance pour sa vieillesse fatiguée. Je n'examine pas ici si l'abolition de la corporation fut un acte de sagesse. Il est imprudent de faire trop longuement le panégyrique des morts, surtout quand du même coup on fait le procès à ceux qui ont hérité de leur rôle. Il y a des choses qui ont vécu leur vie, et qui doivent céder la place à d'autres, inévitables alors même qu'elles ne sont pas meilleures *. L'Evangile n'est pas systématique : nous qui sommes ses apôtres, nous n'avons pas le droit de l'être pour lui. Mais en énumérant les services que l'Eglise a rendus à l'ouvrier, il fallait nommerla corporation chrétienne, qui s'épanouit au souffle de sa charité, qui a laissé derrière
1. Nous avons l'air de dire que la corporation a fait son temps et qu'il ne faut pas songer à la rétablir. Notre pensée est que la corporation antique doit être appropriée à notre époque. Quant à la reconstitution de la famille ouvrière, basée sur la solidarité des intérêts matériels et moraux entre les forts et les faibles, elle est l'objet de nos vœux les plus ardents. Le congrès catholique tenu à Reims, au mois d'août 1875, en a adopté le principe.
elle des souvenirs honorables, qui fut un grand bien à l'époque où elle fleurit, et qu'il est permis, sous certains rapports, d'accompagner de regrets sympathiques.
Tandis que la corporation soutenait Fouvrier qui cheminait sur la terre, le ciel ouvert audessus de sa tête fortifiait ses défaillances et les empêchait d'aboutir au désespoir. La vie future exerce une influence immense sur le drame de la vie présente; les horizons mystérieux, mais sûrs, d'un avenir qui s'approche toujours; ce monde lumineux où toutes les souffrances cessent, où tous les combats deviennent des victoires, où toutes les vertus sont couronnées, où tous les mérites sont payés, où tous les torts sont redressés, où les conditions du temps sont renversées, où toutes les facultés sont rassasiées, où toute vérité est perçue, où tout amour est ressenti, où toute félicité est réalisée; ce monde qui ressemble à un rêve, et qui pourtant est une certitude, nous tient debout et l'arme au bras, jusqu'à notre dernier soupir. L'ouvrier y puise une résignation qu'aucune théorie philosophique ne peut suppléer. L'esclave, dit Job, désire l'ombre; le mercenaire attend la fn de la journée *. Ainsi l'ouvrier chrétien désire se reposer à l'ombre de celui qu'il aime et qu'il ne