Job, VII
peut voir qu'au ciel; lui aussi attend la fin de cette rude journée qui s'appelle la vie, et qui durerait trop encore, malgré sa brièveté, si aucune espérance ne venait l'adoucir. Des écrivains peu suspects conviennent, quand ils sont sincères, que les convictions religieuses do l'ouvrier avaient quelque valeur au point de vue social ; aux prises avec les convoitises inassouvissables des masses, ils regrettent économiquement qu'on leur ait ravi l'antique foi. Ce regret tardif ne remédie à rien ; cependant il est bon d'en prendre acte.
Voilà les bienfaits historiques dont l'Eglise a comblé l'ouvrier. Maintenant quel nom faut-il lui donner? Le nom de mère est aussi glorieux qu'il est doux; il va de pair avec la royauté et le sacerdoce ; il tient un peu de l'un et de l'autre ; il exprime une majesté voilée mais réelle. C'est une touchante légende que celle des mères ; c'est un poëme d'amour qu'on se plaît à répéter et qu'on ne se lasse pas d'entendre. L'Eglise qui est ici-bas la plus belle manifestation de sagesse et dévouement qui existe n'a pas trouvé de nom plus digne d'elle que le nom de mère. Toutes les fonctions subhmes des mères se rencontrent dans son histoire. C'est donc elle qui est la véritable mère de l'ouvrier : c'est à elle qu'il faut l'adjuger.
La révolution a lait perdre à l'ouvrier tous les bienfaits que l'Eglise lui avait conférés.
1° Avant tout, elle lui a ravi la théologie du travail : on sait assez qu'elle ne va pas en chercher le prototype en Dieu. Elle a consacré son génie inventif et toutes les ressources dont elle dispose à brouiller l'ouvrier avec Dieu : œuvre néfaste qui est déjà très-avancée, et qui irait jusqu'au bout, si rien ne venait arrêter sa marche. La révolution a chassé Dieu du foyer ; elle a chassé Dieu des institutions de l'Etat qui fonctionne désormais à l'aide de sa sagesse, toujours courte, et qui prouve par ses fohes qu'on ne se passe pas impunément de la religion. Après cela la révolution ne pouvait pas respecter l'usine ; elle l'a disputée à Dieu avec un succès trop certain.
Qu'est-ce donc que le travail pour les adeptes de la révolution ? Les uns le regardent comme le simple fonctionnement de la machine humaine, faite pour produire et pour réaliser des bénétices au profit de quelques privilégiés de la fortune. Les autres l'envisagent comme une sombre nécessité, mystère désolant qu'on subit sans conviction et sans amour. Ah ! que nous
sommes loin des beautés idéales que la foi chrétienne a communiquées au travail de l'homme !
Quant aux épreuves qui en sont inséparables, la révolution n'y voit que l'égoïsme du capital ; elle les explique par l'imperfection des lois et par l'infériorité relative de la civilisation. Il va sans dire que ces abus doivent disparaître dans un avenir plus ou moins prochain. C'est le rêve du travail sans Dieu ; rêve creux et quelquefois sanglant, bien capable de faire réfléchir ceux qui en sont témoins. Ne parlez pas d'e.'îpiation : Prométhée est un mythe sans signification ; en tout cas, Prométhée était victime du barbare destin. Le Christ immolé no trouve pas grâce devant la révolution ; quand elle l'admet, elle le fausse pour l'exploiter. D'après sa philosophie, qui trouva dans Rousseau son poëte, rhomme naît bon, mais la société le déprave ; il ne mérite pas la douleur ; il a tous les droits à la jouissance ; la jouissance est sa vocation irrésistible. Quand la vie sera devenue normale, par la découverte et par l'application de ses lois véritables, la vie sera un banquet, otiily aura place pour tous, et où tous pourront à leur aise s'abrutir dans l'orgie.
De pareilles doctrines ont des efl'ets diamétralement opposés à ceux qu'on veut obtenir ; elles devaient enivrer l'ouvrier, mais elles le
conduisent vite au désespoir. En proie h des épreuves que nul n'a évitées depuis le commencement, et auxquelles il ne saurait chercher à échapper sans folie, il ne sait pas d'où elles lui viennent, il n'en saisit pas la vertu médicinale ; il s'obstine contre toute évidence à les imputer à ceux qui n'en sont pas tout à fait responsables, et qui ne sauraient les lui épargner entièrement.
2° La révolution flatte les concupiscences de l'ouvrier, en lui parlant sans cesse de l'augmentation du salaire.
En fait, le salaire a augmenté depuis près d'un siècle et il continue à suivre son mouvement ascensionnel. Ne nous hâtons pas d'en faire remonter la gloire jusqu'à la révolution. Il y a en cette matière un trompe-l'œil qui peut abuser les multitudes, non pas les esprits réfléchis. La force des choses, aidée des influences de l'Eglise, aurait peu à peu amené ce résultat. La veille de 1789, la condition de l'ouvrier était très-supérieure à ce qu'elle était au moyen âge. A cette date, on entreprit une réforme immense, œuvre de géants, qui ressemblait à la création d'un monde nouveau : rien n'indique que l'Eglise ait cherché à l'entraver. Si elle avait développé toujours son action civilisatrice, nous aurions obtenu les avantages dont nous
sommes justement fiers, moins les misères que nous avons mêlées à notre œuvre.
Non contente de favoriser l'augmentation du salaire dans la mesure réclamée par la justice, la révolution s'est servie de ce levier pour soulever l'armée des travailleurs contre le capital. Ainsi elle a allumé dans les flancs de la société moderne cette guerre de classes, qui nous trouble depuis quatre-vingt-dix ans et qui menace à chaque minute notre sécurité. Ah ! le beau service rendu à notre génération ! Autrefois le monde a vu les excès de l'égoïsme : je ne dis pas qu'ils aient entièrement disparu ; aujourd'hui il assiste aux excès de la cupidité, qui ne valent pas mieux. Les prétentions de l'ouvrier sont devenues exorbitantes ; elles semblent se dilater tandis qu'on leur donne satisfaction. Le droit au salaire menace de dévorer le droit de propriété dont il n'est lui-même qu'une forme ; l'absurde engendre la brutalité ; la brutalité mène à l'absurde. Voilà le crime : maintenant voici le châtiment.
Avec un salaire presque décuplé, l'ouvrier est pauvre. Il s'est m'anifesté dans l'Europe moderne, si brillante par les surfaces, si misérable dans son fond, si fragile dans sa prospérité, une maladie inconnue des siècles de foi et qu'on nomme le paupérisme. La pauvreté, qui
est de tous les temps, a trouvé dans l'Eglise consolation et assistance. Le paupérisme est une pauvreté délaissée, sans pain, sans abri, sans vêtement et sans lendemain ; c'est une image delà désolation. Le pays qui a ce chancre attaché à ses flancs est un pays malade, et chez qui les sources delà vie chrétienne sont taries ; la charité légale n'est qu'un vain palliatif qui ne guérit rien ; l'impôt forcé n'a pas l'efficacité du don volontaire, fait avec un cœur qui aime et une main qui caresse. Nous pouvons déplorer notre situation : nous ne saurions en être surpris. Un modique salaire multiplié parles vertus chrétiennes est l'équivalent d'un salaire rémunérateur : un salaire élevé multiplié par les vices de l'industrie contemporaine c'est la misère avec tout le cortège des maux qu'elle engendre. Avis à ceux qui se complaisent à faire de l'économie sans Dieu.
3° La révolution a prêché à l'ouvrier une liberté que l'Evangile ne professe pas, et que le monde ne connaissait pas auparavant : c'est la liberté de l'erreur et du mal. C'est là tout ce que l'ouvrier doit à la révolution, sous ce rapport.
La liberté poUtique et civile était déjà dans les institutions de l'Europe chrétienne, quand la révolution éclata: l'ouvrier avait sa part. Il
n'y eut jamais des parias que dans l'Inde : les ilotes n'existèrent qu'à Sparte. Chez nous le soleil de la liberté luisait depuis dix siècles : tout 00 qu'on a écrit à la charge de l'ancien régime est pure fiction, inventée par une philosophie haineuse, impatiente de supplanter la foi et de s'emparer de la direction des affaires publiques. Des abus inhérents aux choses humaines ne nuisent pas à ma thèse ; les développements dont la liberté était encore susceptible ne sont pas une circonstance qui nous gêne, car l'Eglise ne demandait pas mieux que de les réaliser, à la seule condition d'avancer lentement et sans entasser des ruines. Nous n'avions pas besoin de la révolution pour donner à l'ouvrier son rang dans les intérêts politiques et civils : mais elle était nécessaire pour organiser l'émeute et nous préparer de grands deuils. C'est ce qu'elle a fait.
Qui aurait cru que par le chemin de la licence l'ouvrier marcherait droit vers l'esclavage? Ceci fera peut-être sourire quelques-uns de ceux qui m'écoutent : ce n'est pas un motif pour retirer ma proposition. L'ouvrier émancipé de l'Eglise ne s'appartient plus : dans l'ordre politique, il est esclave du parti qui le mène ; dans l'ordre économique, l'ouvrier estla victime de l'organisation du travail sécu-
larisé. Les grandes compagnies industrielles, qui se partagent le sol, les forces vives du capital et les âmes par-dessus le marché, l'ont mis à leur solde et à leur merci : elles lui ont enlevé la liberté du dimanche. Il s'inchne avec une résignation stupide, parce qu'il a peur de mourir de l'aim. Nous avons aboli la traite des nègres : elle s'établit pour les blancs civilisés. Ceci est un fruit de la révolution.
4° Poussons à bout notre réquisitoire. La révolution a cru faire merveille en abolissant la corporation. Après avoir ébranlé les bases de la famille naturelle, elle ne devait pas épargner la famille ouvrière. Nous ne mettons pas ces deux ruines au même plan : nous convenons que la liberté du travail et la suppression des monopoles ne furent pas sans quelques avantages matériels; mais on ne peut pas nier leurs inconvénients. Un des plus graves, ce fut de produire l'individualisme. Alors l'ouvrier fut un orphelin : libre à ses risques et périls, il devait être écrasé par les succès de la force. Dans cette lutte inégale, il allait courir des chances terribles, avec la perspective d'une vieillesse impuissante et délaissée. Egaré sur le champ de bataille du travail, l'ouvrier devait perdre la tête et obéir aux fatales inspirations de son désespoir. Il est vrai, l'association ne pouvait
pas manquer de renaître de ses cendres sous une autre forme. Malheureusement l'association moderne, conçue en dehors de Dieu et organisée sans ses lois, ne tarda pas à tourner au socialisme. La secte remplaça vite la corporation; elle tendit les bras à l'ouvrier perdu dans l'orage de ses pensées, et dévora avec la foi de son baptême son bon sens, son bonheur et jusqu'à l'épargne de ses sueurs généreuses.
De peur qu'il ne restât à sa victime une consolation, la révolution lui a fermé le ciel, en reléguant parmi les fables surannées la doctrine de l'avenir, aussi sublime qu'elle est fortifiante. Arrêté de ce côté, l'ouvrier s'est retourné vers la terre avec avidité et a cherché à y placer son paradis. Le positivisme, qui défraie certains déhcats d'institut et dont les formules abstraites échappent au vulgaire, est devenu sa religion. Il rampe sur son ventre, content de gagner pour manger, boire et se livrer à des distractions homicides. Si parfois les éléments de la jouissance lui font défaut, il ne sait plus que devenir et il finit mal. C'est tout le bonheur qu'on lui procure en le détournant de la contemplation du ciel.
Evidemment la révolution n'est pas une mère. En usurpant ce nom, le plus sacré de la langue humaine, elle le profane ; elle n'y a t
aucun droit, puisqu'elle ne sait pas remplir les devoirs qu'il impose. Quand donc elle prétend être la mère de l'ouvrier, elle ment; l'ouvrier qu'elle revendique ne lui appartient pas, car elle ne lui fait que du mal. Appelons-la autrement. La sirène antique était assise sur un écueil battu des vagues, au sein d'une mer tourmentée par la tempête et féconde en naufrages. Par la beauté de son visage et la douceur de sa voix, elle attirait les navigateurs imprudents, qui ne tardaient pas à expier leur confiance en se brisant sur les récifs. La révolution c'est la sirène antique, moins la beauté du visage et la douceur de la voix.
Maintenant voyons quelle est l'attitude de l'ouvrier moderne devant l'Eglise et la révolution.
L'ouvrier a de la défiance vis-à-vis de l'Eglise : il est dans l'illusion par rapport à la révolution.
La défiance de l'ouvrier envers l'Eglise est injuste. 11 y a des libéraux qui la soupçonnent d'être l'ennemie de la liberté; certains sages l'accusent d'être un obstacle à la diffusion des lumières; les humanitaires prétendent qu'elle s'oppose sourdement au progrès de la civilisa-
tion. Tous ces jugements sont faux: celui de l'ouvrier ne vaut pas davantage. L'Eglise a une origine divine qui est, à elle seule, une garantie suffisante : elle a une histoire qui proteste encore plus clairement contre de pareilles allégations ; en droit, elle ne peut nuire à aucun intérêt sérieux; en fait, elle les a tous favorisés.
Quand il s'agit de la révolution, l'ouvrier est atteint d'une illusion qui paraît irrémédiable : il s'en rapporte à sa parole; il croit à ses promesses; il attend d'elle sa félicité. Cependant la révolution a contre elle son origine et son histoire; l'expérience de\Tait ouvrir les yeux à l'ouvrier; mais aucune déception ne lui rend le bon sens : il est fanatisé.
Pour combattre cette double disposition, notre siècle nous fait assister à un double effort : l'effort rationaliste et l'effort catholique.
L'effort rationaliste est honorable, parce qu'il suppose un désir sincère de faire du bien à l'ouvrier : il ne nous en coûte rien de lui rendre pubhquement hommage. Il est le fait de certains politiques et de certains économistes, qui veulent résoudre le problème à leur façon, c'est-à-dire en se passant de Dieu et de son Eglise.
A cette fin, les pohtiques ont octroyé à l'ouvrier toutes les libertés qu'il convoitait et même celles qu'il ne désiraitpas, parce qu'il ne les con-
naissait pas; ils lui ont donné successivement la liberté de conscience, la liberté de la presse, la liberté du théâtre, la liberté de réunion et d'association, en dernierlieu le droit de coalition; ils l'ont armé du suffrage universel; ils lui ont ouvert tous les conseils publics; ils l'ont introduit dans les parlements, jusqu'au pied de la tribune aux harangues oii il s'essaie au bavardage officiel : bientôt sans doute il siégera dans le sénat, assis sur sa chaise curule, à côté des descendants do nos grands magistrats et de nos soldats héroïques. Pouvait-on faire davantage? Les économistes ont tourmenté à son profit les problèmes ardus de la production et de la consommation : ils ont abordé de front la question du travail, ses conditions physiques et morales, sa durée, son salaire, la mesure de considération à laquelle il a droit ; tout cela pour l'obliger, en faisant pencher toujours la balance de son côté.
Certes, on a dépensé beaucoup de talent et beaucoup de cœur pour l'ouvrier; peut-être y a-t-on mêlé un peu d'utopie qui gâte les meilleures choses. Cependant le résultat a été pauvre. Au hasard d'attrister les rationalistes qui suent du sang depuis un siècle, il faut bien reconnaître qu'il n'y a rien de fait : l'ouvrier est plus menaçant que Jamais. Quand on n'avait pas l'air de
s'occuper de lui, il était résigné ; depuis qu'on l'a flatté, il est devenu ingrat.
Parallèlement à l'effort rationaliste, l'effort catholique s'est dessiné de plus en plus : il est une des consolations de l'heure présente et l'espérance de l'avenir. Les Conférences de S aint-Vince7it-de-Paul marquent le point de départ de ce mouvement généreux : elles sont déjà anciennes et assez connues pour qu'il suffise de les mentionner ici. Plus près de nous, les Cercles de l'Union catholique sont nés de nos malheurs et de notre repentir. Des hommes, en petit nombre, mais de trempe supérieure, se sont groupés autour de la Croix; ils ont résolu de s'affirmer sans défaillance en face des tendances contemporaines qui semblent avoir atteint leurs derniers résultats; ils n'ont pas dissimulé leur dessein: ils veulent régénérer la société. Rédiger un pareil programme, c'est déjà beau : le réaliser, c'est chose sublime. Les Cercles catholiques d'ouvriers ont poussé à coté de l'inion catholique, comme le fruit sur sa branche. Ces deux institutions fraternelles, entrelacées comme deux ceps de vigne, montent ensemble et se prêtent un mutuel appui. L Union des Œuvres ouvrières est comme la clef de voûte qui relie entre elles toutes les forces éparpillées et leur donne de la solidité. Les Patronages de jeunes apprentis se sont multipliés.
Les Orphelinats industriels et agricoles couvrent le territoire. Les Congrès catholiques qui se tiennent chaque année dans quelques provinces, étudient les difficultés, indiquent les meilleurs moyens de les résoudre et constatent les résultats obtenus.
Rien ne devait échapper à l'action du zèle cathoUque. La même solHcitudo qui a créé pour les ouvriers les institutions mentionnées plus haut a fondé les Crèches et les Asiles pour les petits enfants, les Hospices pour les vieillards des deux sexes. A la môme heure, les jeunes apprenties, cette portion si intéressante de la classe ouvrière, sontl'objetdes plus touchantes attentions. Les Ouvroirs, les Patronages, les Associations des enfants de Marie, les Maisons de Marie auxiliatrice destinées aux ouvrières sans famille, enveloppent leur fragilité et les sauvent des périls qui les entourent.
Toutes ces œuvres en pleine sévc sont autant de manifestations de l'effort que l'Eglise a commencé et dont elle encourage les entreprises. Cet effort a déjà réussi : il a produit des ouvriers chrétiens, sur une échelle encore trop restreinte. Si jamais il généralise ses influences, et il ne faut pas en douter, l'Eglise aura fait un miracle de plus : elle aura sauvé encore une fois le monde abîmé dans l'erreur et livré aux convul-
sions de l'anarchie. Les classes ouvrières, par leur nombre, par leur intelligence et par leur ardeur, sont un élément important de la société. Sully a dit : La France a deux mamelles, l'agriculture et le commerce ; moi j'ajoute : La France a deux bras, le paysan et l'ouvrier. C'est avec ces deux bras qu'elle remue son sol merveilleux que le monde lui envie, et qu'elle donne à son industrie une fécondité qui lui permet de supporter avantageusement la comparaison avec la plupart des nations de l'Europe. C'est avec ces deux bras qu'elle tient haut et ferme le drapeau de sa gloire. Quand ce drapeau humilié tombe dans la poussière, avec ces mêmes bras elle peut le ramasser et lui rendre son prestige.
Le paysan a gardé ses traditions. Fidèle à Dieu, rude à la peine, pratiquant l'épargne, attaché à sa ferme, il est encore bon citoyen, parce qu'il est chrétien. Il n'est pas sans défauts: mais ses défauts sont de ceux qui conservent la chose publique et ne la menacent pas.
Il me serait doux de faire le panégyrique de l'ouvrier : je n'en ai pas tout à fait le droit ; il est plus atteint que le paysan son frère par le mal du temps. Je prie l'ouvrier qui m'écoute de ne pas se tromper sur mes intentions : le prêtre, qui ne le flatte pas, est son meilleur ami. Mais l'ouvrier n'est pas incurable. L'Eglise lui rendra les
qualités éminentes qui le distinguent, et qui sont compromises, non pas perdues. L'Eglise le réconciliera avec la société, et il sera encore ce qu'il fut si longtemps, un auxiliaire précieux de la civilisation chrétienne.