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56 VIS DE S, JOSEPH arriver aueun changement en Dieu lorsqu'il descendit-si bas que de prendre un corps humain, parce qu'il avait assurément le pouvoir d’unir notre nature à sa personne, sans rien perdre de son immutabilité : mais pour qu'une femme qui avait un corps terrestre donnât sa propre substance afin que Dieu s'y unit et se fit homme, il fallait, semble-t-il, nécessairement franchir un espace infini, et que cette femme fût aussi distincte des autres créatures qu'elle s'approchait davantage de Dieu. : © Or le jour arriva auquel la Très Sainte Vierge, dans cette disposition, devait se trouver assez près de Dieu pour devenir sa propre Mère. Dans cette nuit, à la même heure du plus grand silence, elle ouït la voix du Seigneur qui l'appelait. La très humble et très prudente Reine, répondant à cette voix, dit: « Me voici, Seigneur, mon | Cœur est préparé ; faites de moi tout ce qu’il vous plaira.» Ensuite elle fut ravie dans une extase sublime, et c’est alors que s'accomplit l'ineffable Mystère, ainsi qu'il est
‘rapporté dans les Saints Evangiies !
La ViSITATION. — C'est aussi vers ce temps-là, dit le texte sacré, après l'accomplissement de ce grand Mystère, que l'Auguste ‘Marie se levant, se hâta d'aller vers les montagnes, en une ville de Juda. Ce mouvement de notre Reine n'aboutissait pas seulement à une démarche extérieure et au départ pour la maison de Zacharie ; il se produisait aussi, dans son esprit et dans sa volonté, sous
une divine impulsion, pour faire sortir son âme de cette Pauvre retraite intérieure où elle se tenait dans une fort humble estime d'elle-même. Elle sortit de là comme du pied du trône de Dieu, où elle attendait sa volonté pour en exécuter les ordres, à la manière de la plus humble servante, qui a, selon David, les yeux fixés sur les mains de sa maîtresse, afin de saisir les moindres signes de ses commandements. S'étant donc levée à la voix du Seigneur, elle s'anima des plus doux sentiments pour accomplir sa très sainte volonté, en hâtant autant qu'il était possible la sanctification du Précurseur du Verbe incarné qui était dans le sin d’Elisabeth, renfermé, pour ainsi dire. dans la prison du péché originel. C'était là le but de cet heureux voyage ; voilà pourquoi la Souveraine du ciel se leva, et partit avec la diligence que saint Luc exprime dans son Evangile. Or, les très chastes époux Marie et Joseph, ayant quitté la maison de leurs parents et oublié leur peuple, se mirent en chemin pour se rendre chez Zacharie dans les montagnes de Judée qui étaient à vingt-sept lieues de Nazaret: | une grande partie de la route était âpre et rude pour une jeune femme si frêle et si délicate, L’unique ressource qu'elle eût contre des fatigues si au-déssus de ses forces était un petit animal, dont elle se servit durant tout le voyage. Il n'avait été pris que pour son service et son soulagement ; néanmoins Ja plus humble et la plus modeste des créatures
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ELLE aa en descendait souvent, et priait son époux Joseph de prtager les aises ausai bien que les peines, et de se reposer lui-même de temps en temps en y montant à son tour; ce que le diseret époux ne voulait jamais faire. Mais pour eondescendre en quelque chose aux prières de la divine Marie, il permettait qu'elle marchât de temps en temps à pied avec lui, autant qu'il lui semblait que son tempérament délicat le pouvait souffrir sans unetrop grande fatigue. Ensuite le Saint lui disait avec beaucoup de respect de ne point refuser ce faible soulagement, et la Reine du ciel obéissait en se remettant sur sa monture.
Ils continusient leur voyage dans ces humbles débats, et ils y employaient si bien le temps, qu'i. n'y eut aucun moment où ils n'accomplissent quelque acte de vertu. Ils marchaient seuls, sans être accompagnés des créatures humaines ; mais les anges qui gardaient la couche de Salomon, l’auguste Marie, les assistaient en toutes choses; et quoiqu'ils parussent sous une forme visible pour servir leur Reine et son très saint Fils, qu'elle portait dans son sein, il n'y eut pourtant qu'elle qui les vit; et ayant égard aux anges et à son époux Joseph, la Mère de la grâce marchait avec tant de modestie, qu'elle remplissait par sa présence les champs et les montagnes des doux parfums de ses vertus et des louanges divines, auxquelles elle
VIE DE S$, JOSEPH 59 RS St s'adonnait continuellement. Elle s'entretenait quelquefois avec ses anges, et ils faisaient alternativement des cantiques avec des motifs différents, tirés des mystères de la Divinité et des œuvres de la création et de l'Incarnation; de sorte que dans cet entretien le cœur très pur de notre Souveraine s'embrasait sans cesse de l'amour de Dieu. Saint Joseph contribuait à tout cels par le discret silence qu'il gardait, recueilli en lui-même et absorbé dans une très sublime contemplation, afin de permettre, pensait-il, à sa pieuse épouse d'en faire autant ; d’autres fois, les saints époux parlaient ensemble et conféraient de beaucoup de sujets relatifs au salut de leur âme, aux miséricordes du Seigneur, à la venue du Messie, aux prophéties qui l'avaient annoncé aux patriarches, et à divers autres mystères et secrets du Très-Haut. Il arriva à saint Joseph dans ce voyage une chose qui lui enusa de l'admiration: il aimait tendrement son épouse d'un amour très saint et très chaste, ordonné par une grâce spéciale et une disposition de l'amour divin lui-méme; d'ailleurs le Saint était d'un naturel très noble, très honnête, très affable, très obligeant ; tout cela lui inspirait une sollicitude prudente et affectueuse à laquelle le portaient déjà la sainteté même et la grandeur qu'il reconnaissait en sa divine épouse, comme en
l'objet spécialement favorisé des plus beaux dons du ciel.
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60 VIS DE 8. JOSEPH oo C'est ainsi que le saint marchait à côté de la Très Sainte Vierge, plein de soins et de prévenances, ne cessant de Jui demander si elle ne se lassait et se fatiguait point, ou en quoi il pouvait l'aider et la soulager. Or, comme la Reine du ciel portait dans son sein virginal le feu divin du Verbe incarné, le Saint éprouvait dans son âme, par les paroles et la conversation de son aimable épouse, des effets tout nouveaux dont il ignorait la ‘cause, si bien qu'il se sentait toujours plus enflammé de l'amour divin, et élevé à une plus haute connaissance des mystères qui formaient le gujet de leur entretien, par une flamme intérieure et une nouvelle lumière qui spiritualisaient et régénéraient tout son être; en sorte que plus s’avançaient dans le chemin et se prolongeaient ces entretiens, plus ces faveurs augmentaient, Aussi saint Joseph comprenait-il que les paroles de son épouse, qui péné. traient son cœur et enflammaient sa volonté du divin amour, étaient comme les organes par où ces faveurs lui étaient transmises.
1] y avait là quelque chose de si étrange, que le discret époux Joseph ne put manquer d'en êcre fortement frappé; Mais quoiqu'il n'ignorât point que tout cela lui arrivait par le canal de l'auguste Marie, et que, dans l'admiration où il était, il lui eût été d'une con-olation singulière d'en rechercher et d'en apprendre la cause sans une vaine curiosité, sa modestie fut telle,
. VIE D£ & JOSEPH 61 RE qu'il n'oss lui adresser aucune question pour s'en éclaircir; le Seigneur le disposant de la sorte, parce qu'il n'était pas ‘cr temps de lui découvrir le secret du grand Roi. La divine Souvoraine regardait son époux, connaissant tout ce qui se pos ait au fond de son cœur ; et réfiéhissint ou elle-même avec sa prudence ordinaire, elle vit bien qu'il fallait naturellement que son très cher et us chast ‘Poux s'aperçût bien de son étai et qu'ell: ne :e Jui pouvait pas cacher. Notre aimable Reine igrorui alcrs les voies dont Dieu se servirait pour conduire ce ::ystire: mais quoiqu’elle n'eût reçu à cet égard) 2 can ordre du Seigneur, son extrême prudence et sa propre discrétion lui apprirent combien il était bon de cacher à son époux ce divin secret, comme le plus grand de tous les mystères : ainsi, après que l'ange le lui eut annoncé, elle le tint caché sans le découvrir à saint Joseph, ni alors ni plus tard, quand il éprouva de telles angoisses, comme nous le dirons dans la srite,
O discrétion admirable ! 6 prudence plus qu'humaine ! Notre auguste Souveraine s’abandonna entièrement à la divine Providence en attendant ce qu'elle en ordonnerait ; mais elle ressentit quelque peine en prévoyant qu'elle ne pouvait ni empêcher ni dissiper d'avance ses perplexités. Ce qui augmentait ses peines, c'étaient les réflexions qu'elle faisait sur les grands soins que le
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62 VIE DE 5, JOSEPH Saint prenait de. ss personne et auxquels elle croyait devoir ‘ un juste retour en tout ce qui lui serait prudemment possible. Elle adressa à ce sujet une prière particulière au Seigneur, lui représenta ses pénibles. sentiments, son désir de bien faire et le besoin que Joseph avait de son secours dans l'occasion qu’elle prévoyait et le pris de l’assister et de la diriger en toutes choses. Dans cette anxiété, notre divine Maitresse exerça des actes héroïques de foi, d'espérance, de charité, de prudence, d'humilité, de patience et de force, donnant la plénitude de sainteté à toutes ses. actions et exécutant toujours ce qu'il y a de plus parfait.
Ce fut le premier voyage que le Verbe incarné fit en ce monde, quatre jours après y avoir fait son entrée : l'ardent amour qu'il avait ne put point souffrir de plus longs retards; il fallait que déjà ilse mît, en commençant la justification des mortels par celle de: son Précurseur, à allumer le feu qu'il venait répandre, C'est pourquoi il communiqua cette ardeur à sa Très. Sainte Mère, afin qu'elle allât en diligence visiter- Elisabeth, L'auguste Souveraine servit dans cette circonstance de char au véritable Salomon; mais bien plus riche, mieux orné et plus léger que celui du premier auquel le même Salomon la compara dans ses can tiques ; ainsi cette sortie fut beaucoup plus glorieuse,
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VIE DE 8, JOSEPH 63 —— plus agréable et plus magnifique pour le Fils uni. que du Père, parce qu'il se trouvait bien mieux dans le sein virginal de sa Mère, où il jouissait des saints transports d'amour au milieu desquels elle l'adorait, le bénissait, le contemplait, lui parlait, l'écoutait et lui répondait ; car elle seule, qui était alors la dépositaire de ce divin trésor et la confidente d'un mystère si ineffable, lui rendait plus d'honneur et Ini témoignait bien plus de reconnaissance pour les faveurs qu’elle et tout le genre humain en reéevaient que tous les hommes et les anges ensemble ne l'auraient su faire.
Durant le trajet qu'ils parcoururent en quatre jours, nos saints voyageurs ne pratiquèrent pas seulement les vertus qui ont Dieu pour objet et beaucoup d'autres intérieures, mais ils accomplirent aussi plusieurs actes de charité envers le prochain, parce que notre charitable Reine ne pouvait pas être oisive en présence de ceux qui avaient besoin de secours. Ils ne trouvaient pas partout le même accueil ; car quelquesuns, se laissant aller à leur naturelle insouciance, les congédiaient brusquement, tandis que d'autres, mus de la divine grâce, les recevaient avec plaisir et bonté.
Mais la Mère de la miséricorde ne refusait à personne celle qu'elle pouvait exercer ; c'est pourquoi elle n'en laissait échapper aucune vecasion, et si elle pouvait décemment visiter ou chercher les pauvres, les malades
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64 VIE DE 8. JOSEPH a et les affligés, elle les secourait et les consolait, ou : bien elle les guériwait de leurs :12!adies. Je ne m'arrête point à raconter tous lex faits de ce genre. Je dirai seulement l’heureuse rencontre qu'une pauvre tille malade eut de notre grande Reine dans un village par où elle passait, au premier jour de son départ. La charitable Marie la vit, et, touchée de compassion de l'état dangereux où elle se trouvait, elle se servit de son pouvoir, et, comme Maîtresse des créatures, elle commanda à la fièvre de quitter cette fille, et aux humeurs de reprendre leur cours et leur tempérament naturel. Grâce à ce commandement et à la très douce présence de la bienheureuse Vierge, le corps de la malade recouvra aussitôt une parfaite santé, et son âme un meilleur état : elle vécut ensuite fort saintement, parce qu'elle ne perdit jamais le souvenir de sa Bienfaitrice ; elle en conserva toujours l'image dans son imagination, et elle lui porta toute sa vie un amour intime, quoiqu'elle ne revit plus notre divine Souveraine et que ce miracle ne fût point divulgué.
Le quatrième jour de leur voyage ils arrivèrent à la ville de Juda qui était le lieu où Elisabeth et Zacharie demeuraient. C'était le nom propre de cette ville, que les parents de saint Jean habitaient alors, et s'est pour cela que l'évangéliste saint Lue l'appelle Juda, quoique la plupart des commentateurs de l'Evangile