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CHAPITRE HUITIEME

SOMMAIRE : Perplexité de saint Joseph, la Naissance de JÉSUS.

Définition de la jalousie, le Mystère,

à l'approche de — Prières de saint Joseph. —

— L'Ange lui révèle en songe

La Souveraine du Ciel était dans son cinquième mois, depuis l’Incarnation du Verbe, lorsque sn très chaste époux Joseph commença d'en découvrir de. indices dans la disposition de sa personne sacrée. Un : xw que l’auguste Marie sortait de son oratoire, saint Joseph la. regarda avec les préoccupations qui l'affli eaient, et reconnnt la nouveauté avec une plus grande certitude, sans que sa raison pût démentir à ses Yeux des signes. trop visibles, ainsi que le rapporte l'Evangéliste saint Matthieu. L'homme de Dieu en eut le cœur pénétré d’une: intime douleur, sans pouvoir écarter les pénibles. réflexions qui se pressaient en même temps dans son âme. Il pensait d'abord au très chaste mais très vif et. très sincère amour qu’il portait à sa très fidèle épouse,

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VIE DE S. JOSEPH 79 TE —— à laquelle il avait dès les premiers jours donné irrévocablement tout son cœnr; les manières agréables, la sainteté sans égale de la Bienheureuse Vierge avaient encore resserré les liens qui attachaient saint Joseph à son service. Or, elle était dans sa modestie et 4ans son humble gravité si parfaite et si ravissante, que le saint nourrissait, parmi les soins respectueux dont il l'entourait, le désir si naturel à son amour, de voir son épouse y correspondre. Le Seigneur l'ordonnait de la sorte, afin que le souhait de ce retour, de cette réciprocité, inspirât au saint un plus grand soin de servir et de respecter notre divine Maîtresse.

Saint Joseph s'acquittait de cette obligation en très fidèle époux et comme le gardien du mystère qui lui était encore caché ; mais autant il était assidu à servir et à honorer son épouse, autant son amour était pur, chaste, saint et juste, autant et plus ardent était le désir qu'il avait qu'elle y correspondit ; il ne le lui découvrit pourtant jamais, soit à cause du respect auquel l'humble majesté de son épouse l'obligeait, soit parce que son: dévouement pour elle ne lui avait certes pas été pénible en voyant sa sage conduite, sa douce conversation et sa pureté plus qu'angélique. Mais dans cette circonstance embarrassante, où ses yeux étaient

: témoins d'une nouveauté qu'il ne pouvait mettre en doute, son âme se trouva partagée par la surprise ; ainsi,

quoique convaineu du fait, il ne permit pas à son raison- * nement d'aller au delà des äpparences: en homme saint et juste, il suspendit, tout en connaissant l'effet, son jugement sur la cause; car s'il eût été persuadé que son épouse était coupable, il serait sans doute mort naturellement de douleur.

Tout ce qui se passait dans le cœur de saint Joseph était dévoilé à la Souveraine du ciel, qui l'observait à la lumière de la science divine dont elle était éclairée. Mais quoiqu'elle fût remplie de tendresse et de compassion Pour ce que son époux souffrait, elle ne jui parlait point du sujet de ses peines ; elle se contentait de le serviravec beaucoup de soumission et d'assiduité.

Dans la tourmente des soucis qui agitaient son cœur si droit, saint Joseph tâchait bien souvent de se procurer Par Sa prudence un certain calme, Pour pouvoir respirer un peu à l'aise après une trop cruelle oppression ; mais après de longues et pénibles agitations, il dut finir par

se rendre à l'évidence, et quoique son esprit se conformât toujours à la volonté de Dieu, cela n'empêcha pas que la faiblesse de la chair ressentit l'excessive douleur de son âme, qui augmentà à un tel point qu'il ne sut plus où trouver un remède à sa tristesse. Il sentit diminuer ou s'épuiser les forces de son Corps, et, bien qu’il ne fût réellement atteint d'aucune maladie déterminée, il s'affaiblit et maigrit beaucoup, et sa physionomie trahissait la

VIE DE S. JOSEPH 81 sombre et profonde mélancolie qui l'affigeait. Or, comme il la tenait secrète, sans la communiquer à personne <t sans chercher au dehors aucun soulagement (ce que font ordinairement les autres hommes), il en résultait que les peines que le saint souffrait étaient naturellement plus profondes et plus incurables.

Le cœur de la très pure Marie n'était pas pénétré d'une moindre douleur; mais quoiqu’elle fût très grande, sa généreuse magnanimité l'emportait encore, et par cette vertu elle ne tenait presque aucun compte de ses peines et se préoccupait seulement de celles de son époux Joseph, de sorte qu'elle résolut de l'aider en toute chose plus que jamais et de redoubler les soins qu’elle prenait de sa santé. Mais comme notre très prudente Reine se faisait une loi inviolable d'agir en toutes ses actions avec plénitude de sagesse et de perfection, elle continuait à cacher Ia vérité du mystère qu'elle n’avait pas ordre de découvrir, et bien que seule elle eût pu, en le lui révélant, tranquilliser saint Joseph, elle s'en abstint, pour respecter et garder le secret du Roi céleste. En ce qui la regardait, elle faisait tout ce qu'elle pouvait pour le soulager, s'informait souvent de l’état de sa santé, et lui demandait ce qu'il désirait qu'elle fit pour son service et pour la guérison de ce malaise, qui le réduisait à une si grande faiblesse. Elle l’engageait à se reposer, à se rafraichir, puisqu'il était juste de subvenir aux besoins et de réparer les forces

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du corps, afin de travailler ensuite pour le Seigneur. :

Saint Joseph, attentif à tout ce que sa divine Epouse faisait, considérant tant de vertu et tant de discrétion et. sentant les saints effets de la Conversation et de la présence de Marie, se disait: « Est-il possible qu'une Epouse: aussi vertueuse et en qui la grâce du Seigneur se manifeste avec tant d'éclat, me met.e dans une telle perplexité ! Comment concilier cette prudence, cette sainteté avec les signes qui me la font paraître infidèle à Dieu, infidèle à l'époux qui l'aime si tendrement? Si je veux la reuvoyer où m'éloigner, je perds sa désirable compagnie, toute ma consolation, ma maison et mon repos. Quel bien trouverai-je qui lui soit comparable, si je me retire ? et. quelle consolation si celle-ci me manque ? »

Dans cette douloureuse perplexité, le saint patriarche se détermina à s'éloigner, quittant sa maison, de nuit, secrètement. Sa très sainte Epouse, connaissant par une lumière divine, cette résolution extrême, s’adressa au Seigneur avec une intime affection et le supplia avec une ardente ferveur de ne Pas permettre que Joseph, son très chaste époux, exécute son dessein et qu'il l’abandonne. :

Le Très-Haut répondit en ces termes à la demande denotre Reine: « Ma Colombe et ma Bien-Aimée, je consolerai bientôt mon serviteur Joseph, et quand je lui aurai annoncé par le messager céleste, l'archange Gabriel, Je-

VIE DE S. JOSEPH 83 EEE mystère qu'il ignore, vous pourre. lui en parler, et vous lui direz clairement tout ce que ;':i opéré en vous, sans désormais vous renfermer à cet . urd dans le silence. Je le remplirai de mon esprit et lui apprendrai la conduite qu'il doit tenir dans ces mystères. Il vous y aidera et vous assistera dans tous les événements qui vous arriveront. » L'auguste Marie, toute fortifiée et consolée par cette promesse du Seigneur, lui rendit de très humbles actions de grâces, de ce qu’il disposait toutes choses avec un ordre admirable et avec poids et mesure ; car outre la consolation qu'elle ressentit en se trouvant délivrée d’une peine si sensible, elle comprit combien il était utile pour son époux Joseph d'avoir passé par cette tribulation qui avait éprouvé, élargi son âme à la mesure des gran- - des choses qui lui devaient être confiées.

Cependant saint Joseph continuait à peser ses doutes. Il avait déjà vécu deux mois dans cette cruelle affliction, lorsque vaincu par la difficulté, il dit: «Je ne trouve point de remède plus propre à ma douleur que de m'absenter. J'avoue que mon épouse est très parfaite et je ne vois rien en elle qui n’atteste sa sainteté ; mais enfin son étnt me laisse dans des angoisses perpétuelles et je ne comprends pas ce mystère. Je partirai donc sans diffé-

‘rer, et je m’abandonnerai à la providence du Seigneur qui prendra soin de moi. »

Il résolut, en effet, de partir la nuit suivente. Mais

tant à cause de l'étrangeté du cas que par une piense habitude, il se recueillit Pour méditer sur l'importance de son entreprise, et adressant ensuite sa prière au Seigneur, il lui dit: « Dieu de nos pères, Abraham, Isaac et ‘Jacob, unique et véritable protecteur des pauvres et des affligés, la douleur dont mon cœur est pénétré n'est point cachée à votre divine clémence. Vous Connaissez aussi, Seigneur, quoique d'ailleurs je ne sois pas exempt de péché, mon innocence touchant le sujet de ma peine, et je ne trouve aucun moyen de calmer mon esprit. Je choisis, comme un moindre mal, de m'en aller, loin de mon épouse, en un endroit où Personne ne me connaisse, et d'achever ma vie dans quelque désert, où je m'abandonnerai à votre providence, Ne me délaissez pas, Seigneur, Car je ne désire que de me consacrer à votre service, pour votre plus grande gloire. » Après cette prière, le saint patriarche prit un peu de repos, Pour sortir ensuite vers minuit, à l'insu de son épouse ; mais il lui arriva en songe <e que je dirai un peu plus loin.

Définition de la jalousie. — Les pointes de la jalousie entretiennent dans l'âme de celui qui en est atteint une douleur si vive, que maintes fois non seulement elle trouble son sommeil, mais elle l'éloigne de ses yeux et lui te entièrement le repos. Personne n'en ressentit si fortement les effets que saint Joseph, quoique, s’il l'eût alors connue, personne en réalité n'eût moins de sujet de

l'éprouver. I1 était doué d'une lumière et d'une science singulières pour découvrir la sainteté et les rares qualités de sa divine épouse, qui étaient inestimables, Mais cette science et cette lumière fournissaient en même temps les raisons qui l’obligeaient de renoncer à la possession d’un si grand bien ; et par conséquent, plus elles lui faisaient connaitre ce qu'il allait perdre, plus elles augmentaient les douloureux regrets que lui inspirait son départ. C'est pour cela que les peines de saint Joseph surpassèrent tout ce que les hommes ont souffert d'analogue: car aucun n'eut une plus haute idée de l'objet qu'il perdait, ancun ne put le connaître et l’apprécier comme le saint patriarche. -Mais il faut que nous mettions une grande différence entre la jalousie et les soupçons de ce fidèle serviteur, et ceux des autres hommes condamnés à la même épreuve. En effet, la jalousie ajoute à un amour violent le vif désir de ne pas perdre mais de conserver ce que l'on aime ; et par une conséquence naturelle, ce sentiment est suivi de la douleur que cause la crainte de le perdre et de voir quelqu'un nous l’ôter. C'est cette douleur et cette inquiétude qu'on appelle communément jalousie, laquelle produit en ceux qui ont les passions désordonnées, faute de prudence et des vertus nécessaires, divers sentiments de colère, de fureur et d'envie contre la personne aimée elle-mme ou contre le rival, qui empêche le retour de l’amour, qu’il soit bien ou mal ordonné.

on abhorre, et les appétits sont continuellement aux

’entenoral et bannit la prudence,

Pour rendre sa do aussi cher que 1

. VIE DE & JosEpr #7 —]

A ——— Joseph, il dût voir ls moindre marque d'infidélité et, éprouver la crainte de perdre le plus parfait, le plus beau, le plus agréable objet dont s'occupassent son entendement et sa volonté. En effet, quand l'amour a des motifs si justes, les liens qui retiennent le cœur comme un captif enchaîné, sont d'autant plus forts, d'autant plus indissolubles, surtout quand il n'y a point dans l'objet aimé des imperfections capables de les faire rompre par un violent effort. Notre divine Reine n'en avait aucune, il ne se trouvait rien en elle qui pâût diminuer l'amour de son saint époux ; au contraire, tout ce qu'elle avait reçu de la grâce et de la nature lui fournissait tous les jours de nouveaux sujets de l'augmenter.

Après donc que le saint eut fait sa prière, il s'endormit dans cette douleur, qui alla jusqu'à la tristesse, assuré qu'il s'éveillerait à temps pour sortir de sa maison à minuit, sans être aperçu, espérait-il, de son épouse. Notre divine Souveraine attendait le remède et le sollicitait incessamment par ses humbles prières, parce qu'elle savait que, les peines de son époux étant arrivées à leur plus haut degré, le moment de la miséricorde était proche, où la consolation descendrait dans ce cœur désolé, Le Très-Haut envoya le saint archange Gabriel, qu'il chargea de découvrir par une révélation divine, à saint Joseph endormi, le mystère caché dans son épouse Marie, Or, l’ar- Change, s'acquittant de cette mission, apparut au saint

dans un songe, Comme le marque saint Matthieu, et lui an. nonçÇa dans les termes que cet Evangile rapporte, tout le mystère de l’Incarnation et de la Rédemption. On sera

égard. La première est que saint Joseph était si prudent,

estime pour la Très Sainte Vierge, qu'il ne fut pas nécessaire de recourir à des moyens plus forts pour le con-

ayant commencé par les sens, à la vue de l'état de sa. . très chaste épouse, il était juste qu'ils fussent en quelque sorte mortifiés et privés de la vision angélique, et que la. Yérité ne fût pas introduite dans l'âme Par leur organe,

puisqu'ils avaient donné accès à l'erreur ou au soupçon. Une troisième raison fort analogue à celle-là, est que saint Joseph, tout en ne commettant aucun péché, soufirit un trouble tel, que ses sens contractèrent une espèce de souillure qui les rendit indignes de la vue et de la communication du saint Ange; il fallait par conséquent que l'ambassadeur céleste lui parlât dans un moment où les sens, naguère scandalisés, fussent interdits par la suspension de leurs opérations; dans la suite, le saint homme, étant revenu à lui, se purifia et se disposa par plusieurs actes, comme je le dirai, à recevoir les influences du Saint-Esprit, que son trouble eût écartées.

On comprendra par là pourquoi Dieu parlait aux anciens Pères dans des songes, plus souvent qu’il ne parle maintenant aux fidèles enfants de la loi évangélique, sous le règne de laquelle ces sortes de révélations sont moins fréquentes que celles par lesquelles les anges se manifestent d'ordinaire. La raison en est que, dans l’économie divine, les plus grands obstacles qui empêchent les âmes d'avoir des rapports vraiment familiers avec Dieu et avec ses anges, sont les péchés, même légers, et voire même les simples imperfections, Mais depuis que le Verbe s'est incarné et a conversé avec les hommes, les sens se sont purifiés, et nos puissances, sanctifiées par le bon usage des sacrements sensibles, se purifient aussi tous les jours, de sorte qu'elles se dégourdissent, se spiritualisent,

cette doctrine que, pour Seigneur, il faut non seu-

mérites, mais encore qu'elles aient le calme et la tranquillité de la Paix; car si cette république des puissances

par les peines et les tribu que la souffrance suppose

VIE DE 8. JOSEPH 91 de lutte contre les ténèbres, tandis que la jouissance consiste à se reposer en paix dans la possession de la lumière ; or la lumière n’est pas compatible avec la présence des ténèbres, dût-elle parvenir à les chasser. Ainsi, dans le plus fort du combat des tentations, qu'on peut comparer avec le sommeil ou avec la nuit, on entend d’ordinaire la voix du Seigneur par l'intermédiaire des anges, comme il arriva à notre saint, qu’il entendit et comprit tout ce que disait saint Gabriel, savoir : qu'il ne craignit point de demeurer avec son épouse Marie, parce que ce qui s'était opéré en Elle, était l'ouvrage du Saint-Esprit, qu'elle mettrait au monde un Fils qu’il nommerait JÉSUS, et qui serait le Sauveur de son peuple, et que dans tout ce mystère serait accomplie la prophétie d'Isaïe disant : « Qu'une Vierge concevrait et mettrait au monde un fils qui serait appelé Emmanuel, c'est-à-dire Dieu avec nous.» Saint Joseph ne vit point l'ange sous une forme sensible, il en entendit seulement la voix au fond de son âme, et connut le mystère. Des termes dont l'ambassadeur céleste se servit, on doit conclure que le Saint avait déjà, par la pensée, quitté la très pure Marie, puisqu'il lui ordonna de la recevoir sans crainte.

Saint Joseph s'éveilla convaincu du mystère qui lui avait été révélé et que son Epouse était véritablement Mère de Dieu. Partagé entre la joie de son bonheur et de son sort inespéré, et de nouveaux regrets de sa

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choisie pour Mère, lui qui ne méritait pas d’être son esclave. Par cette révélation et ces actes de vertu, l'esprit du Saint recouvra sa sérénité et se trouva disposé à res-

Plus hauts conseils du Seigneur; et le souvenir de cet.

événement fut une leçon qu'il médita durant toute sa vie.

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