CHAPITRE NEUVIEME
Sommaire: Nouvelle vie intime de Marie et de Joseph, à Nazareth. — Sublimes vertus qu'ils y pratiquent, jusqu’à leur prochain voyage à Bethiéem,
Saint Joseph, qui avait reconnu son erreur, attendait que la Sainte Vierge, son Epouse, sortit de son recueillement ; et, lorsqu'il crut que l'heure était venue, il ouvrit la porte de la petite chambre qu'occu pait la Mère du Roi céleste; et aussitôt il se jeta à ses pieds et lui dit avec une humilité et une vénération profondes : « Puissante Mère véritable du Verbe éternel, voici votre serviteur prosterné aux pieds de votre clémence. Au nom dn Seigneur votre Dieu lui-même, que vous portez dans votre sein virginal, je vous supplie de me pardonner ma témérité. Je suis certain, ma divine Maîtresse, qu'aucune de mes pensées ne peut être cachée à votre sagesse et à la lumière divine que vous avez reçue. Je fus bien hardi lorsque j'osai former le projet de vous quitter, et je ne fus pas moins téméraire lorsque je vous traitai jusqu'à
découvert, non plus que la grandeur de votre dignité quoique je révérasse en vous d'autres dons du Tri Haut. Oubliez, 6 ma
quelqu'un qui se trouverait tout-à-coup dépossédé d'un bijou ou d'un trésor auquel il attachait un grand prix. Elle fit lever son Epoux, et se Prosterna elle-même à ses pieds. Iltâcha de l’en empêcher, mais inutilerent, car elle était invincible en humilité, et dans cette humble posture, elle dit au Saint: « C’est moi, mon Maître et mon Epoux, qui dois vous demander pardon des peines et des gmertumes que je vous ai causées; je vous supplie done, prosternée à vos pieds, d'oublier vos soucis et la tristesse qu'ils vous ont donnée, puisquele Très-Haut a exaucé vosdésirs.»
Notre divine Reine erut devoir consoler son époux, et c'est plutôt pour cela que pour se disculper, qu’elle lui dit en continuant son discours: « Je ne pouvais, malgré mon désir à cet égard, vous rien confier du mystère caché que le Très-Haut a renfermé en moi, parce que je devais, petite esclave de sa Majesté souveraine, attendre les ordres de sa volonté toujours sainte, juste et parfaite. Si j'ai gardé le silence, ce n’est Pas que je cessasse de voir en vous mon Maître et mon Epoux. Je suis et serai toujours votre fidèle servante, et je répondrai dans toutes les circonstances à vos justes souhaits et à vos saintes affections. Mais ce que je vous demande du plus intime de mon cœur, au nom de Notre Seigneur et souverain Maître, c’est que dans vos rapports et dans vos manières vous conserviez le même genre qu'auparavant. Le Seigneur ne m'a pas élevée à la Maternité divine pour
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être servie ni pour commander ici-bas, mais pour être ja servante de tous, et particulièrement la vôtre; c'est pourquoi je dois vous obéir en tout. Voilà mon rôle; et si vous m'en privez, vous me priverez en même temps de ra consolation. Il est juste que vous me le laissiez, puisque le Très-Haut l'a ordonné de lu sorte, en m'assurant vos soins et votre protection, afin que je vive tranquille à l'ombre de votre nom.» Par ces paroles et par plusieurs autres pleines de la plus douce éloquence, l'auguste Marie consola et rassura son saint Epoux ; ensuite elle se releva pour lui apprendre toùt ce qu'il devait savoir. Or, comme notre divine Souveraine n'était Pas seulement remplie du Saint-Esprit, mais qu'elle renfermait encore dans son sein maternel le Verbe divin, dont le Saint-Esprit procède aussi bien que du Père, elle éclaira d'une manière merveil. leuse l’intelligence de saint J oseph, qui reçut en ce moment une abondante effusion des grâces divines. Il lui dit done, le cœur tout renouvelé et animé d’une nouvelle ferveur : « Vous êtes bénie, 6 mon Epouse, entre toutes les femmes, heureuse et bienheureuse entre toutes les nations et toutes les générations. Que le Créateur du ciel et de la terre soit gloritié-par des louanges éternelles, de ce qu'il Vous à regardée du plus haut de son trône royal et choisie pour sa demeure ;sila accompli en vous seule les Promesses qu'il a faites à nos Pères et aux Prophètes, Que toutes les générations le bénissent de ce qu'en aucune
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————— autre créature il ne s’est autant exalté qu'en votre humilité, et de ce qu'étant le plus inutile des hommes, il m'a <hoisi par sa bonté infinie pour votre serviteur. » Ces bénédictions et ce langage furent inspirés à saint Joseph par l'Esprit divin, de même que la réponse que fit sainte Elisabeth à la salutation de notre grande Reine; seulement la lumière et la science que le Saint reçut furent d'une certaine manière plus merveilleuses, comme étant en rapport avec sa dignité et son ministère. L'auguste Marie entendant les paroles de son bienheureux Epoux, lui répondit par le cantique du Magnificat, qu'elle répéta dans les mêmes termes qu'à sainte Elisabeth, en y ajoutant plusieurs nouveaux versets; et pendant qu’elle les disait, lle fut tout enflammée d'un feu céleste, ravie en une très
“sublime extase et élevée de terre dans un globe resplendissant qui l’environnait ; et elle y fut toute transformée, <omme si elle avait déjà participé aux dons de la gloire.
Saint Joseph fut rempli d'admiration et d'une joie inexprimable à la vue d’un objet si divin: car il n'avait pas encore vu sa très sainte Epouse élevée à un si haut degré de gloire et d'excellence, C'est alors qu'il comprit clairement, entièrement sa grandeur, parce qu'il découvrit en même temps l'intégrité et la pureté virginale de la Souveraine du ciel et le mystère de sa dignité; il vit ou reconnut dans son très chaste sein l'humanité sacrée de l'Enfant-Dieu, et l’union des deux
son père putatif et lui en donna le titre ; et pour qu'il pôt porter dignement un nom si extraordinaire, il lui
départit toute la plénitude de la science et des dons célestes que la piété
le plan de cette histoire.
Mais si ce fut une preuve de la magnanimité du glorieux saint Joseph et une marque très évideate de sa sainteté éminente de ne Pas mourir par suite de la jalousie que lui fit éprouver sa très sainte Epouse, c'est encore un sujet plus digne d'admiration de ne le voir pas succomber à la joie inespérée dont son £me fut inondée au moment où toutes ses craintes furent dissipées, Dans le premier fait on découvrit sa sainteté, inais dans. le second il obtint un tel surcroît de grâces et de dons du Seigneur, que si la Majesté divine ne lui eût dilaté le cœur, il eût été incapable de les recevoir et de résister à l'enivrement des cousolations spirituelles, Tout
son être fut renouvelé et éclairé, pour devenir de converser avec celle qui était Mère de Dieu aussi bien que son Epouse et
manifesté que i] avait reçus de ls main été départis par elle et pour elle : ceux qu’il avait obtenus afin de devenir son ‘époux, Parce que le Seigneur l'avait choisi Pour cette dignité ; et ceux qu'il recevait alors, parce qu'elle les lu; avait obtenus et mérités. I1 connut aussi l'incomparable -rudence qui avait réglé ses rapports avec lui nor.-seulement quand elle l'avait servi avec une obéissance si inviolable et avec une humilité si profonde, mais lorsqu'elle l'avait consolé dans son affiction, en lui procurant la grâcs et le secours du Saint-Esprit, et qu'elle , avait dissimulé avee une très grande discrétion tout ce qui se passait dans son âme; enfin ‘avait calmé, pacifé et animé des dispositions nécessaires — pour profiter des influences de l'Esprit divin. Or, de même que notre grande Reine avait été l'instrument dont Dieu s'était servi pour ifier le petit Jean-Baptiste et sa Mère sainte Elisabeth, de même elle
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fut l'organe par lequel saint Joseph reçut la plénitude de grâce avec nne bien plus grande abondance. Le très heureux Epoux comprit tout cela, et il y répondit en tiès fidèle et très reconnaissant serviteur. .
Les saints évangélistes n'ont fait aucune mention de
ces grands mystères ni de beaucoup d’autres qui arrivèrent à notre Reine et à son saint époux Joseph, nonseulement parce que ces deux incomparables modèles d'humilité les conservèrent toujours dans leurs cœurs sans les communiquer à Personne, mais aussi parce qu'il n'était pas nécessaire d'insérer ces merveilles dans la vie de Notre-Seigneur Jésus-Christ qu'ils ont écrite, afin que par sa Foi la nouvelle Eglise et la Loi de grâce s'affermissent ; d'ailleurs la connaissance aurait pu n'en être pas utile à la Gentilité au commencement de sa conversion. La Providence, toujours admirable dans ses secrets et impénétrables jugements, ce réserva de tirer de ses trésors ces choses qui sont à la fois nouvelles et anciennes, au moment marqué comme le plus Propre par sa divine sagesse lorsque, l'Eglise ayant déjà été fondée et la Foi Catholique établie, les Fidèles auraient besoin de l'appui et de l'intercession de leur P'issante Reine et Protectrice (1).
(1) Avec la très hante et très Puissante Protection de son Epoux, saint Joseph, l'rotecteur et Patron de l'Eglise universelle, ainsi que nous le dirons dans ls 11e partie de.cet ouvrage.
VIE DE S. JOSEPH = nr =
la puissance de juger, nécessités, comme à lu Pour savoir si Il époque, il ne faut q tions, grandes qu'à dans son sein
tant de misères
leurs frères (1)
Pontife Jésus-
de justice, crie
Pourquoi gardent-ils ce silence?
comment n'invoquent-ils Pas, n'appellent-ils pas à haute voix l’auguste Marie ? Comment, dans leur détresse, ne font-ils pas violence à Son cœur par leurs prières? On ne doit pas être surpris si le remède tarde, Puisque nous négligeons de le chercher et de reconnaître cette divine Souveraine Pour la véritable Mère de Dieu lui-même.
Re :
(1) Dans les Inttes fratricides et surtout dans les horribles profanations. commises par les Huguenots, à cette lugubre époque de notre histoire t
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