CHAPITRE DIXIEME
Sommaire: La Sainte Vierge et saint ::… h se rendent
à Bethléem, pour obéir à l'édit de …. "Auguste. —
Notre-Seignenr Jésus-Christ vient au monde. — Les Bergers.
Il était déterminé par la volonté immuable du Très- Haut que le Fils unique du Père naquît en la ville de Bethléem ; et, en vertu de ce divin décret, les anciens Prophètes annoncèrent l'événement longtemps avant qu'il arrivât, parce que la détermination de la volonté absolue du Seigneur est toujours infaillible, et que le ciel et la terre passeront avant qu'elle cesse de s'accomplir, puisque personne ne lui peut résister, Le Seigneur prépara l'exécution de ce décret immuable au moyen d’un Edit que l'empereur Auguste-César fit publier dans l'empire, et par lequel (au rapport de saint Luc) il ordonnait le . dénombrement des habitants de toute la terre, Cet empire s’étendait alors sur la plus grande partie du monde
connu des Romains ; et c'est Pourquoi ils s’appelaient les
————— maîtres de l’univers, ne faisant Pas grand cas du reste. Ce dénombrement consistait à faire déclarer sujets de l'empereur tous ceux qui s'y trouvaient, et à lui payer en même temps un certain tribut, comme au maître naturel, en ce qui regarde les choses temporelles; et pour faire cette reconnaissance, chacun allait se faire inscrire sur le registre commun de sa propre ville,
Cet Edit arriva à Nazareth et à la connaissance de saint Joseph : il retourna chez lui tout affigé (car il était dehors lorsqu'il en ouït parler) et raconta cette nouvelle à sa divine Epouse, Mais la très prudente Vierge lui répondit: « Il ne faut pas, cher Epoux, que l'Edit de l'empereur de la terre v us inquiète, puisque c'est le Maître et le Roi du ciel et de l'univers qui règle “tous les événements de notre vie ; Sa Providence nous assistera et nous guidera dans toute sorte d'occasions. Abandonnons-nous avec confiance à sa conduite, nos espérances ne seront point trompées,. »
La Sainte Vierge était versée dans tous les Mystères de son divin Fils; elle savait de quelle manière les Prophéties s'accompliraient, et que le Fils unique du Père et le Sien devait naître à Bethléem, comme pauvre et étranger. Mais elle n’en déclara rien à saint Joseph, parce que sans un ordre du Seigneur elle ne voulait pas découvrir son secret. Tout ce qui ne lui était pas <vmmandé de dire, elle le taisait avec une discrétion
admirable, nonobstant son désir de censoler son fidèle Evoux Joseph, en s'abandonnant sans réserve à ià divine Providence, et ne voulant point être prudente à ses propres yeux, contrairement au conseil du Sage. Ensuite ils conférèrent sur ce qu'ils devaient faire ; et. saint Joseph, bien qu'il eût pu faire le voyage seul, exprima à sa divine Epouse le désir qu’elle l'accompagnât, en la priant toutefois de consulter la volonté du Très-Haut à cet égard.
La très humble .Epouse se soumit à ce que saint Joseph lui proposait ; et quoiqu’elle n'ignorât pas la volonté divine, elle voulut profiter de cette occasion pour témoigner son obéissance et sa soumission. Elle présenta au Seigneur la Proposition et les désirs de son très fidèle Epoux ; et la Majesté divine lui répondit: « Ma Bien-Aimée et ma Colombe, conformez. vous à ce que mon serviteur Joseph vous propose et désire. Accompagnez-le dans ce voyage: je serai avec vous ; je vous assisterai et vous protégerai avec un paterne} amour dans les fatigues et dans les tribulations que vous endurerez pour moi; et, quelque grandes qu’elles doivent être, la puissance de mon bras vous en fera sortir glorieusement. Vos pas seront beaux -‘ agréables à mes yeux: ne craignez pas, ma Eien-Aimée, et marchez, car telle est ma volonté. » Ensuite Je Seigneur fit, en présence de l’auguste Mère, un nouveau commandement,
aux Ange: de sn garde de la servir dans ce voyage avee un soin particulier, selon les solennels et mystérieux événements qui l'attendaient.
Notre grande Reine fut alors renouvelée et élevée par une lumière céleste à la Connaissance de nouveaux mystères, relativement aux maux que lui ferait essuyer la persécution d'Hérode, après la naissance de l'Enfant- Dieu, et à plusieurs autres tribulations qui devaient lui arriver. Prêt: à tout, elle tint son cœur invincible dans la paix du Seigneur, et lui rendit mille actions de grâces pour tout ce qu'il opérait et disposait en elle.
La Souveraine du Ciel fit part de cette réponse à saint Joseph et lui déclara que le Très-Haut voulait qu'elle lui obéit et l'accompagnât dans son voyage de Bethléem, ce qui le remplit d'une grande et nouvelle joie.
Ils arrétèrent ensuite le jour de leur départ, et le saint Epoux s'empressa d'aller chercher par Nazareth quelque monture pour porter la Reine de l'univers : il lui fut très difficile d'en trouver une, à’ cause du grand nombre de personnes qui se rendaient er: différentes villes pour y faire enregistrer leurs noms, conformément à l’édit de l'empereur. Mais, à force de démarches et de peines, il finit par trouver un petit âne, heureux, pourrions-nous dire, entre tous les animaux irraisonnables, puisque non-seulement il porta la
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Reine de l'univers, et avec elle le Roi des rois et le Seigneur des seigneurs, mais même qu'il assista à la naissance de l'Enfant et rendit en cette circonstance, à son Créateur, suivant la parole d'Isaïe, le service que les hommes lui refusèrent et comme je le dirai plus loin. s L'auguste Marie et le glorieux Joseph partirent de Nazareth pour Bethléem, aussi seuls que pauvres et hunbles Voyageurs aux yeux du monde, sans qu'on leur accordât une plus grande estime que celle que l’humilité et la pauvreté peuvent obtenir. Mais, 6 admirables secrets du Très-Haut cachés aux superbes, et impénétrables à la prucence de la chair! ils ne marchaient pas seuls, ni pauvres, ni méprisés; mais avec un cortège magnifique, des richesses inestimables et. une très grande gloire. Ils étaent le plus digne objet du Père éternel et de son amour immense, et le plus estimable
que les eaux ‘du Jourdain ne reccnnurent celle qui n'en était que la figure, lorsqu'elles se divisèrent par respect pour lui frayer un libre Passage, ainsi qu'à tous ceux qui la suivaient. Ils étaient accompagnés de <ette admirable milice céleste, dont il a été parlé plus
haut; et c'est dans cet appareil royal, cachés aux yeux des mortels, que marchaient l'incomparable Marie et #0n saint époux Joseph, sûrs que leurs pieds ne heurteraient point contre la pierre de la tribulation, parce que le Seigneur avait ordonné à ces mêmes Anges de les porter dans leurs mains, et de les garder dans toutes leurs voies. Ces très fidèles ininistres exécutaient cet ordre, et servaient leur grande Reine en -ujets très soumis, exprimant leur admiration et leur joie à la vue de tant de mystères, de tant de perfections, de tant de grandeurs et de tous les trésors de la Divinité réunis dans une simple créature, et cela avec une si digne et si haute raison d'être, qu’elle surpassait leur propre intelligence. Ils chantaient des hymnes nouvel. les au Seigneur, au souverain Roi de gloire, qu'ils <ontemplaient appuyé contre son dossier de tin or; ex à l'auguste Mère, qu'ils considéraient tantôt comme un char incorruptible et animé, tantôt comme l’épi fertile de la Terre Promise qui contenait le grain vivant, tantôt comme le riche vaisseau d’un marchand, qui le portait pour le faire naître dans la maison du pain, je veux dire Bethléem, afin que, mourant sur la terre, il fût multiplié dans le ciel !
Le voyage dura cinq jours, parce que le saint Epoux ae voulut pas faire de fortes journées, à cause de l'état de la Vierge Mère. Il ny eut point de ténèbres pour
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Voÿageurs cheminaient une Partie de la nuit, les anges répandaient une si grande lumière, que quand même toutes les étoiles eussent été des soleils, elles n'auraient
très doux entretiens.
Le Seigneur mélait à ces faveurs et à ces privilèges ineffables quelques embarras, quelques souffrances que le voyage occasionnait à sa divine Mère. En effet, la rencontre de tant de gens qui remplissaient les hôtel. leries et qui couvraient la route pour obéir à l'édit de
la très pure Mère et Vierge, et afBigeait son Epoux. Pauvres et timides, ils étaient moins bien reçus ‘que les autres, et exposés à plus d'incommodités que les plus riches; car le monde qui ne consulte que les ap. pParences, partage d'ordinaire ses faveurs injustement
le et son Epoux se plus abjects et plus dédaignés par le monde; mais quelque misérable que fût le lieu, les Esprits célestes s'y trouvaient avec leur souverain Roi et leur auguste Reine; elle en était aussitôt environnée comme d'un mur impénétrable : de sorte que la couche du véritable Salomon était assurée et défendue contre les craintes et les surprises de la
de l'univers si bien gardée, se reposait et s’endormait en paix à la prière de notre charitable Souveraine qui tenait beaucoup à ce qu'il se remît un peu de la fatigue du chemin. Pendant ce temps-là, elle se livrait de son côté, à des entretiens célestes avec ces Esprits sublimes qui l’asistaient.
Quoique Salomon ait annoncé dans les Cantiques de grands mystères de la Reine du ciel sous diverses métaphores et similitudes, il a parlé plus expressément au chapitre troisième de ce qui arriva à la divine Mère, après l’Incarnation, et dans le voyage qu'elle fit
110 VIE DE 8. JOSEPH < à Bethléem ; car ce fut alors que s’accomplit à la lettre. tout ce qui est dit du lit de Salomon, de son char, du dossier de fin or, de la garde qu'il y mit des plus forts et des plus courageux d'Israël, qui jouissent de la vision divine, et tout le reste que contient cette prophétie. Ce que j'aidi sens, doit suflire Pour tourner toute mon admiration vers le mystère de la sagesse infinie que renferment ces œuvres si dignes de la vénération de la créature. Qui donc d’entre jes mortels sera si endurci qu'il ne. s'attendrisse ? ou si superbe qu'il ne rougisse de con fusion ? ou si préoccupé qu'il ne s'émerveille à la vue. d'un prodige où se rencontrent les extrêmes les plus éloignés? Un Dieu infini et véritablement caché dans. le sein virginal d'une jeune fille remplie de beauté et de grâce, innocente, Pure, agréable et douce, aimable. aux yeux de Dieu et des hommes au-delà de tout ce que ce même Seigneur a créé et créera jamais ! Cette auguste Souveraine, avec le trésor de la Divinité, mé. prisée, affigée et repoussée par l'ignorance aveugle et le stupide orgueil des mondains ! Et pourtant lors même qu'elle est retirée dans les lieux les plus abjects, aimée et estimée de la très sainte Trinité, favorisée de ses. caresses, servie, révérée, défendue et protégée par les Anges qui forment sa vigilante garde! O enfants des hommes ! jusqu’à quand aurez-vous le cœur appesanti ?
de sorte que vous désirs, Ambitieux, qui cherchiez les richesses, et avez été réduits à la
de Dieu, vous eussiez obtenu mille bénédictions de sa main libérale, comme Obédédom ; mais Parce que vous l'avez méprisée, un grand nombre d’entre vous ont éprouvé le même sort qu'Oza : vous avez été châtiés ! Parmi la diversité de ces événements successifs, nos Voyageurs la très pure Marie et Joseph arrivèrent à la ville de Bethléem, le cinquième jour £e leur voyage qui était un samedi, sur les quatre heures du soir, moment auquel, en Terre-Sainte, dans le solstice d’hives, le soleil commence à baisser et la nuit approche, Ils entrèrent dans la ville Pour y chercher un gîte; et ayant parcouru plusieurs rues et demandé l'hospitalité non-seulement dans les hôtelleries, mais dans les maisons de leurs amis et de leurs proches parents, ils ne furent reçus nulle part, et dans beaucoup d’endroits, ils
furent congédiés d’une manivre incivile et mébprisante.
seraient fermés; néanmoins elle voulut, pour obéir à saint Joseph, souffrir ce chagrin et la confusion que lui inspirait son extrême pudeur ; car il lui était bien plus pénible, à cause de sa retenue, de son état et de | son âge, de circuler au milieu de cette multitude que de ne pas trouver de logement. Or, continuant d'aller par la ville, ils rencontrèrent la maison où l’on tenait le registre commun : et, pour n'être pas obligés d'y retourner, ils se firent inscrire et Payèrent le tribnt royal. Débarrassés de cette affaire, ils recommencèrent leurs recherches et se présentèrent à d'autres hôtelleries, Ils demandèrent l'hospitalité en plus de cinquante maisons, où ils essuyèrent un dur refus, tandis que les Esprits célestes admiraient les très hauts mystères du Seigneur, la patience et la mansuétude de sa Mère Vierge, la magnanimité de saint Joseph et l'insensibilité des hommes, Dans ces sentiments, ils bénissaient le Tout-Puissant en ses œuvres et en ses mystérieux des. seins, comprenant qu'il voulait ce jour-là élever à la plus haute gloire l'humilité et la pauvreté que les hommes méprisent !....Marie et Joseph trouvèrent une étable et: NOTRE-S£IGNEUR Jésus-CHrisr VINT AU MONDE!
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=. — VIE DE S. J0S£pg ER —————, “...Sa Mère l'ayant enveloppé de langes, le coucha la crèche, parce qu'il n
la garde de leurs trou- Peaux. Et voilà qu'un Ange du Seigneur se présenta devant eux, et une lumière divine les environna et ils furent saisis d’uue grande crainte. Mais l'ange lui dit : Ne craignez point, car voici que je vous apporte la bonne nouvelle d’une grande joie pour tout le peuple ; c'est qu'il vous est né aujourd'hui, dans la ville de David, un Sauveur, qui est le Christ-Seigneur. Et ceci sera pour vous le signe: Vous trouverez un enfant <nveloppé de langes et couché dans une crèche, Au même instant se Jjoignit à l'ange une multitude de la milice céleste, louant Dieu, et disant: Gloire à Dieu au plus haut des cieux, et sur
disaient les uns aux autres :
nrent donc en grande hâte, <t ils trouvèrent Marie et Joseph et l'Enfant couché
dans une crèche ; et, en le voyant, ils reconnurent la parole qui leur avait été dite sur cet enfant (1). »
(1) Luc, O. II, 7-17,
114 VIE DE S. JUSEPH à Mille fois heureux entre tous furent donc les pas-teurs de cette contrée qui veilluient, gardant leurs troupeaux, à l'heure même de la Nativité de notre divin Sauveur! heureux, non-seulement parce que, avec une- : vigilance louable, ils employaient la nuit à une oecupation dont ils supportaient les fatigues en vue de. Dieu, mais heureux surtout parce qu'ils étaient pau-. vres, humbles, méprisés du monde, justes et simples. de cœur ; parce qu'ils étaient de ceux qui, dans le. peuple d'Israël, dttendaient et désiraient ardemment la. venue du Messie, dont ils parlaient et s’entretenaient. souvent. Ils avaient d'autant plus de ressemblance avec. ni l'auteur de la vie, qu'ils étaient plus éloignés du faste, ! ; à de la vanité, de l'ostentation du monde et de ses ruses. 1 # diaboliques. Ils représentaient par ces nobles qualités. jf l'office que le bon Pasteur venait exercer, en connaissant ses brebis, et en en étant lui-même connu. C'est. parce qu'ils étaient dans des dispositions si convenables, qu'ils méritèrent d'être appelés et conviés, commeles prémices des Saints, par le Seigneur lui-même, afin qu'ils fussent les premiers d’entre les mortels à qui le- \ Verbe incarné se manifestât et se communiquât, et. rt dont il reçût les louanges, les services et les adora- # tions. :
Le signe que l'Ange leur avait donné ne semblait pas très propre à convaincre les yeux de la chair, de-
rm À
VIE DE S. JOSEPH 115 ne
la grandeur du nouveau-né : car
crèche, emmaillotté do
avait point d'indice + majesté du Roi, s'ils ne 1 lumière divine dont ils
partirent aussitôt,
vèrent, comme vien Luc, Marie et
che. Et voyant tout ce qui leur avait été
illustration intérieure fait homme ;
les yeux sur
visage brillant d'une
et l'éclat blessèrent
116 | VIE DE S, JOSEPH É a sur les ineffables mystères de l'Incarnation et de la Rédemption du genre humain.
Les saints pasteurs firent encore d'autres visites à
la très pure Marie, à l'Enfant et à Joseph pendant le :
temps qu'ils demeurèrent dans la grotte: ils leur portèrent aussi quelques présents proportionnés à leur pauvreté. L'Evangéliste saint Luc dit encore que tous ceux qui les entendirent parler de ce qu'ils avaient vu admiraient ce qu'ils leur en rapportaient: mais cela n'eut lieu qu'après que Marie, l'Enfant et Joseph furent partis de Bethléem, la divine Sagesse le disposant de la sorte, et ne permettant pas que les pasteurs le publiassent avant leur départ. Tous n'ajoutèrent pourtant pas foi à leurs paroles : il y en eut qui ne les regardèrent que comme des pâtres et de vulgaires ignorants. Quant à eux, toujours pleins d’une science divine, ils vécurent dans la sainteté jusqu’à leur mort.