‹ Saint Joseph, sa vie -son culte [microforme]Chapitre 28 sur 87 · CHAPITRE QUATORZIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATORZIEME

Sommaire: La Fuite en Egypte. — Douleur de Marie et de Joseph. — Concordance des Evangiles. — Considérations sur le mystère.

« Après que les Mages furent partis, voilà qu'un Ange du Seigneur apparut à Joseph pendant son sommei!, et dit: « Lève-toi, prends l’enfant et sa mère, fuis en Egypte et restes-y jusqu'à ce que je te parle; car il arrivera qu'Hérode cherchera l'enfant pour le faire mourir. Joseph s'étant levé, prit l'enfant et ss mère pendant la nuit et se retira en Egypte. Et il s’y tint jusqu'à la mort d'Hérode, afin que fût accomplie cette parole que le Seigneur a dite par le Prophète: J'ai rappelé mon fils de l'Egypte (1). »

Après la Purification, nntre auvuste Souveraine eut une vision abstractive, dans laquelle le Seigneur lui avait fait connaître ce douloureux mystère.

Toute autre sainteté et toute autre foi que celles

(1) Marrs. co. II, 18-15.

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de Marie auraient pu ressentir queïque trouble, de mêms que les incrédules ont été fortement scandalisés <n voyant un Dieu puissant fuir devant un misérable mortel pour sauver sa vie humaine, s'éloigner et s’absenter comme s’il eût été capable de crainte, ou qu'il n'eût point été homme et Dieu tout ensemble. Mais la très prudente et très obéissante Mère ne répliqua pas un seul mot; elle n'eut aucun doute et ne se troubla nullement de l'étrangeté du fait. C'est dans cette tranquillité qu'elle répondit: « Mon Seigneur et mon Maître, voici votre servante avec un cœur disposé à mourir pour votre amour, s'il le faut. Faites de moi tout ce qu'il vous plaira. Je demande seulement que votre bonté immense, sans égard à mon peu de mérite, ne permette point que mon Fils et mon Seigneur soit aflligé, et que les peines me soient réservées, à moi qui dois les souffrir avec justice. » Le Seigneur la renvoya à saint Joseph, à qui il lui dit de se rapporter pour toutes choses dans le voyage. Elle sortit de la vision qu'elle avait eue, sans perdre l'usage dès sens extérieurs; car elle tenait l'Enfant Jésus entre les bras, l'extase n'ayant élevé que la partie supérieure de son âme; il en rejaillit pourtant sur les sens des dons particuliers, qui les spiritualisèrent et qui leur firent en quelque sorte témoigner que l'âme était

plus où elle aimait que là où elle animait.

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ne 162 VIS DE 4. JONEPH EEE Mais l'amour incomparable que notre grande Reineportait à son très saint Fils attendrit son cœur naternel et compatissant, à ls pensée des peines quel'Enfant Dieu souffrirait, selon qu'il lui avat été révélé dlans la vision. Ce fut done en versant des larm 8 ahondantes qu'elle se présenta devant son saint. Epoux Joseph. mais sans lui manifester la cause de sa douleur; et le Saint l'attribuait uniquement à la. Prophétie qu'ils avaient entendue de la bouche de Siméon. Mais le très fidèle Joseph, qui était d'ailleurs. naturellement officieux et délicat, l'aimait si tendre ment, qu'il ne put s'empêcher de se troubler un peu, en voyant son Epouse tellement affligée, sans qu'elle lui fit connaître le sujet de ses nouvelles larmes. Ce: trouble fut une des raisons pour lesqueiles l'Ange lui parla en songe, comme il l'avait fait à l'occasion du mystère de l'Incarnation, ainsi que nous l'avons rapporté plus haut. Car, cette même nuit, saint Joseph étant endormi, le même Ange lui apparut et lui dit. ce que raconte saint Matthieu: « Levez-vous, prenez l'Enfant et la Mère, fuyez en Egypte...» A l'instant saint Joseph se leva rempli de sollicitude et de peins, prévoyant tombien souffrirait sa bien-aimée Epouse. Et allant la trouver dans sa retraite, il lui dit: « Mon Epouse et ma Souveraine, le Très-Haut veut nous éprouver encore: car son saint Ange m'a déclaré que.

le Seigneur ordonne que nous fuyions avec l'Enfant en Egypte, parce qu'Hérode projette de lui ôter la vie. Préparez-vous, digne Amie, aux fatigues de ce voyage, et dites-moi comment je pourrai vous les adoucir, puisque je n'ai l'être et la vie que pour les employer au service de notre très doux Enfant et au vôtre. »

« Mon Epoux et mon Seigneur, répondit notre Reine, si nous recevons de la main libérale du Seigneur tant de biens spirituels, il est juste que nous en acceptions avec joie les peines et les afflictions temporelles. Nous porterons avec nous le Créateur du ciel et de la terre ; et s'il nous a placés si près de lui, quelle main sera. assez puissante pour nous blesser, fût-ce celle du roi Hérode ? Emportant où nous allons, toutes nos richesses, le souverain Bien, le trésor du ciel, notre Maitre, notre guide et notre véritable lumière, nous n'y saurions être exilés ; car il est notre repos, notre héritage et notre patrie, L'ayant avec nous, nous avons toutes choses; allons accomplir sa sainte volonté. » La très. pure Marie et Joseph s'approchèrent du berceau où l'Enfant Jésus était endormi, et ce sommeil n'arriva. point sans quelque mystère. La divine Mère le découvrit sans qu'il s’éveillât, parce qu'il attendait ces tendres et douloureuses paroles de l'amante: « Fuyez, mon bien-aimé, comme un faon de biche sur les montagnes des parfums. Venez, mon bien-aimé, allons aux champs

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EEE 164 VIB DE 8. JOSEPH Up et demeurons dans les villages (1).» « Mon unique

amour, ajouta la tendre Mère, très doux Agneau, votre ss limité par celui des rois de la terre; mais vous voulez le cacher par une très haute sagesse à cause de l'amour que vous portez aux hommes. Qui d'entre les mortels peut se promettre, mon bien-aimé, de vous Oter la vie, puisque votre pouvoir anéantit le leur? Si c'est vous qui la donnez à tous, comment vous l'ôtera-t-on ? Et si c'est vous qui les . cherchez afin de leur donner celle qui est éternelle, comment veulent-ils vous donner la mort? Mais qui comprendra les secrets impénétrables de votre Providence? Or donc, mon Seigneur et lumière de mon âme, permettez-moi de vous éveiller ; car, quoique vous dormiez, votre cœur veille. »

Saint Joseph dit quelque chose de semblable. Puis la bienheureuse Mère se mit à genoux, éveilla le très doux Enfant, et le prit entre ses bras. Notre aimable Sauveur, voulant montrer qu'il était homme véritable et attendrir davantage son amoureuse Mère, versa quelques larmes. O merveilles du Très-Haut en des choses qui paraissent si petites à notre faible jugement !

Mais il se tut aussitôt. L'auguste Vierge et saint Josep} lui ayant demandé sa bénédiction, il la leur

(1) Cawr. OC. VIIL

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douna d'une manière sensible, Puis lorsqu'ils eurent réuni le peu d'objets, très pauvres, qui devaient servir au voyage, ils partirent sans aucun délai, un peu après minuit, se servant de la monture sur laquelle notre Rcine était venue de Nazareth, et ils se dirigèrent du côté de l'Egypte, avec toute la diligence possible, comme je le dirai dans le chapitre suivant.

Et pour achever celui-ci, j'ai reçu l'explication de la concordance à établir entre les deux évangélistes saint Matthieu et saint Luc sur ce mystère ; car, comme ils écrivaient tous avec l'assistance et sous l'inspiration du Saint-Esprit, chacun d'eux savait par la même inspiration ce que les trois autres rapportaient ou omettaient, De là vient que par la divine volonté ils rapportèrent parfois tous les quatre les mêmes particulurités de la vie de Notre-Seigneur Jésus-Christ et de l’histoire évangélique, et que dans d'autres endroits les uns ont raconté ce que les autres ont omis, comme on le voit dans l'Evangile de saint Jean et des autres aussi. Saint Matthieu décrit l'adoration des Rois et la fuite en Egypte, que saint Luc ne décrit pas. Et celuici décrivit la circoncision, la présentation et la purification, que saint Matthieu avait omises. Ainsi, de ce que saint Matthieu, ayant raconté le départ des Rois Mages de Bethléem, dit incontinent que l’Ange ordonna à saint Joseph de fuir en Egypte, sans parler

(ANSI and ISO TEST CHART No. 2)

de la présentation, i! ne s'ensuit pas que l’Enfant-Dieu n'ait été présenté auparavant ; car il est certain que * cette présentation eut lieu après le départ des Mages <t avant la fuite en Egypte, comme le rapporte saint Luc. De même, quoique saint Luc dise immédiatement après la présentation et la purification qu'ils se rendirent à Nazareth, on ne doit pas inférer de là qu'ils ne soient allés d'abord en Egypte; car il est hors de doute qu'ils y allèrent, conformément au récit de saint Matthieu, quoique saint Luc se taise sur ce point ; et il n'a point parlé de cette fuite, ni avant, ni après, parce qu’elle était déjà racontée par saint Matthieu. De sorte qu'elle eut lieu immédiatement après la présentation, et avant le retour de la Sainte Vierge et de Joseph à Nazareth. Or, comme saint Luc ne devait pas écrire ce voyage, il fallait bien, pour suivre le til de son histoire, qu'il racontât leur retour à Nazareth immédiatement après la présentation. Que s'il dit qu'après avoir accompli les prescriptions de la Loi, ils retournèrent en Galilée, il ne nie pas pour cela leur fuite en Egypte ; mais il continue son récit, en omettant le voyage qu'ils furent obligés de faire pour éviter la persécution d'Hérode. On peut même inférer du texte de saint Luc que leur retour à Nazareth eut lieu après leur voyage en Egypte, puisqu'il dit que l'Enfant croissait et se fortifiait, étant rempli de sagesse, et que la

VIE DE 8. JOSSPH 167.

————.. grâce se montrait en lui; ce qui ne pouvait pas être avant qu'il eût achevé les années de l'enfance, par conséquent avant le retour d'Egypte, époque à laquelle il était dans un âge où l’on aperçoit d'ordinuire chez les enfants les premiers développements de la raison.

Il m'a aussi été découvert combien a été insensé le scandale des infidèles, ou celui des incrédules qui ont commencé à heurter contre cette- pierre angulaire, Notre-Seigneur Jésus-Christ, dès son enfance, en le voyant fuir en Egypte pour éviter la persécution d’'Hérode ;. comme si c'eût été un manque de pouvoir et non point un mystère qui tendait à d'autres fins plus hautes que celles de mettre sa vie à couvert de la <ruauté d'un homme pécheur. Ce que dit l'évangéliste devait suffire pour satisfaire son cœur bien disposé: à Savoir, qu'il fallait que fût accomplie la prophétie d'Osée, disant au nom du Père éternel : « J'ai fait revenir mon fils d'Egypte.» Il est sûr que les tins qu'il eut en lenvoyant dans ce pays et en le rappe- Jant sont très mystérieuses; j'en dirai quelque chose plus loin. Mais, quand même toutes les «œuvres du Verbe incarné n'auraient pas été si pleines de merveilles et de mystères, il n’est personne d'un jugement sain qui puisse reprendre ou méconnaître la douce Providence avec laquelle Dieu conduit les causes secon.des, en laissant agir la volonté humaine selon sa liberté,

EE —————— 168 VIE DE S. JOSEPH op C'est pour ce sujet, et non par manque de pouvoir, . qu'il tolère dans le monde tant d'injustices, d'idolätries, d’hérésies, et tant d'autres crimes qui ne sont pas moindres que celui d'Hérode, et qu'il permit celui de Judss et de ceux qui effectivement maltraitèrent: et crucifièrent le divin Maître. Il est constant que le Seigneur pouvait empêcher tout cela, et qu'il ne le fit point non seulement pour opérer la Rédemption, mais pour nous procurer ce bienfait de la liberté, en laissant agir les hommes à leur gré, selon leur volonté, et en leur ménageant la grâce et les secours que sa divine Providence juge convenables, et au moyen desquels ils peuvent opérer le bien, pourvu qu'ils veuillent user de leur liberté pour ce même bien comme ils le font pour le mal.

C'est avec cette même douceur de sa Providence qu'il donne aux pécheurs le temps de se convertir et. qu’il attend leur conversion comme il attendit celle d'Hérode. S'il usait de son pouvoir absolu et faisait: des prodiges pour arrêter les effets des causes secondes, l'ordre de la nature serait confondu, et en tant qu'auteur de la grâce, il serait en quelque sorte contraire à lui-même comme auteur de la nature. Voilà pourquoi les miracles ne doivent éclater que rarement et que pour des fins singulières; car Dieu les a réservés pour des moments opportuns auxquels il veut manifester sa

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Puissance et se montrer auteur de l'univers, et indépendant des mêmes choses qu'il a créées et qu'il conserve. On ne doit pas non plus être

permit la mort des

qu'on doit

“à; d'ailleurs si tous ces

enfants eussent vécu et fussent morts d’une mort naturelle, peut-être tous n'auraient-ils pas été sauvés. Les œuvres du Seigneur sont justes et saintes en toutes choses, quoique nous ne Pénétrions pas maintenant les

raisons de leur équité: mais nous les connaîtrons en lui quand nous le verrons face à face,

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