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CHAPITRE SEIZIEME

Sommaire: Séjour de la Sainte Famille à Hé:iopolis. — Merveilles qui s'y accomp'irent. \

Le souyenir qui se perpétua en plusieurs endroits de l'Egypte, des merveilles qu'y opéra le Verbe incarné, peut avoir donné lieu à divers auteurs d'écrire, les uns, que nos saints voyageurs séjournèrént dans telle ville, les autres, dans telle autre. Mais tous leurs témoignages peuvent être considérés comme exacts et se concilier si un les rapporte à des époques différentes, auxquelles la sainte Famille demeura à Hermopolis, à Memphis ou Babylone d'Egypte et à Matarieh, puisqu’ellé s'arrêta non. seulement dans ces villes, mais aussi dans plusieurs autres. Ce qui m'a été révélé, c'est qu'après y avoir passé, elle arriva à Héliopolis et qu'elle y fixa son séjour, parce que les saints Anges qui les conduisaient dirent à notre divine Reine et à saint Joseph qu'ils devaient s'arrêter en cette ville, où le Seigneur voulait, outre la ruine des idoles et de leurs temples que leur présence

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Y causait, ainsi que dans les autres endroits, opérer d'autres mervei Pour sa gloire et pour le salut de plusieurs âmes, afin que les habitants de cette ville (qui était appelée, selon l'heureux pronostic de son nom, ville du Soleil) vissent le Soleil de justice et de ‘ls grâce, et qu'ils en fussent beaucoup mieux éclairés qu'ils ne l'étaient du soleil matériel, Or, ayant reçu cet avis, ils s'y arrétèrent, et aussitôt qu'ils y furent arrivés, saint Joseph alla chercher un logement, offrant d'en payer le juste prix; et le Seigneur lui fit trouver une maison Pauvre, mais suflisante pour leur habitation, et un peu éloignée de la ville, comme la Reine du ciel le souhaitait. Quoique nos divins étrangers se crussent assez bien logés entre les tristes murailles de cette maison, il leur manquait pourtant et ls nourriture et les meubles nécessaires pour l'usage de tous les jours. Et comme ils se trouvaient alors dans un endroit habité, le secours miraculeux qu'ils recevaient par le ministère des Anges dans le désert, leur Manqua également, de sorte que le Seigneur les remit à la table ordinaire des plus pauvres, c'est-à-dire qu'il les réduisit à mendier. Lorsque dans leur dénûment, ils commencèrent à souffrir de la faim, saint Joseph alla demander l'aumône pour l'amour de Dieu, apprenant par cet exemple aux pauvres à ne point se plaindre dans leurs besoins, et à ne pas avoir honte d'y remédier Par ce moyen, quand ils

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182 = VIE DE S. JOSEPH ————————— | n'en auront point d'autre légitime, puisqu'il fallut mendier de si bonne heure pour entretenir la vie du Se}gneur de tout ce qui est créé, qui voulait avoir occasion par là de payer ses bienfaiteurs au centuple.

Les trois premiers jours de leur arrivée à Héliopolis, la Reine du ciel n’y eut, comme dans divers autres \ endroits de l'Egypte, point d’autres aliments pour elle et pour son adsrable Fils, que ceux que saint Joseph reçut par aumône, jusquà ce qu'il commençât à gagner quelque chose par son travail. Lorsqu'il eut pu réaliser quelque bénéfice, il fit une couchette dont les planches formaiènt toute la garniture et un berceau pour l'Enfant; quant au Saint, il n'avait point d'autre lit que la terre, ni d'autres meubles que ceux-là dans la maison, jusqu'à ce qu'il eût acquis par sa sueur le moyen d'acheter ceux dont ils ne pouvaient se passer. Je ne dois pas cacher ce qui m'a été découvert ici: c'est que dans une si extrême pauvreté, Marie et Joseph ne songèrent aucunement à leur maison de Nazareth, ni à leurs parents, ni à leurs amis, ni aux présents des Mages qu'ils avaient distribués, et qu'ils auraient pu garder. Ils ne regrettèrent aucune de ces choses, et se trouvèrent dans une si grande nécessité sans former la moindre plainte, sans se souvenir du passé et sans craindre l'avenir. Au contraire, ils conservèrent toujours une égalité et une

joie incomparables, s'abandonnant à la Providencé divine dans leurs plus pressants besoins. © bassesse de nos cœurs infidèles] De combien de troubles, de , Soucis et de peines ne sont-ils pas remplis au moindre embarras qui nous survient ! Nous nous plaisnons aussitôt d’avoir perdu une occasion, de n'avoir pas profité d'une autre; nous nous reprochons avec impatience que si nous eussions tenu une autre conduite, nos affaires iraient mieux. Toutes ces peines sont inutiles et insensées, Parce qu’elles ne servent de rien. Sans doute il eût été bon de ne pas donner lieu à nos afflictions par nos péchés, qui nous les attir-nt bien sc ivent; mais d'ordinaire nous ressentens le dommage temporel et non point le péché qui nous l'a mérité. Nous sommes trop attachés à la terre pour dé- <ouvrir les choses spirituelles, qui peuvent causer notre justification et les accroissements de la grâce: et assez matériels et téméraires Pour nous livrer aux choses sensibles et à leurs soins superflus, qui contribuent à notre perte. L'exemple de nos saints étrangers doit nous servir d’une sévère leçon, et confondre notre lâcheté.

Lorsqu'Isaïe dit que le Seigneur entrerait dans l'E- #ypte sur un nuage léger pour y faire éclater les merveilles qu’il y voulait opérer, il est constant, soit que l'on entende sa très sainte Mère, soit qu'avec d’autres interprètes l'on entende l'humanité qu'il en avait

184 = VIE DE 8. JOSEPH nn prise, il est constant, dis-je, qu'il à voulu signifier par cette métaphore qu'il fertiliserait cette terre stérile (c'est-à-dire les cœurs des habitants de ce oyaume), par le moyen de ce divin nuage, afin qu'elle produisit à l'avenir de nouveaux fruits de sainteté. par la connaissance de Dieu, ainsi qu'il arriva quand |, ce nuage céleste y fut entré. Car aussitôt la Foi du véritable Dieu se propagea dans l'Egypte, l'idolâtrie y fut détruite, et le chemin de la vie éternelle, que le démon avait tenu fermé jusqu'alors, fut ouvert; et cet ennemi de nos âmes l'avait tenu si bien fermé, qu'on eût trouvé à peine dans le psys une personne qui connût la véritable Divinité lorsque le Verbe incarné y entra. Il est vrai que quelques Egyptiens. avaient puisé cette connaissance dans leurs rapports

avec les Hébreux qui l'habitaient ; mais ils y mélaient. beaucoup d'erreurs et de superstitions, et plusieurs.

pratiques qui se rattachaient au culte du démon, comme

avaient fait autrefois les Babyloniens qui étaient.

venus demeurer à Samarie. Mais après que le Soleil

de justice eut éclairé ‘’Ezypte et que la nue exempte

de toute sorte de souillure, l'auguste Marie, l'eut fer-

tilisée, elle fut si remplie de sainteté et de grâce, qu'elle en donna abondamment des fruits durant plu-

sieurs siècles, témoin le grand nombre de saints et d'anachorètes qu'elle & produits ensuite et qui ont,

distillé dans ses montagnes le miel délicieux de la sainteté et de la perfection chrétienne.

Le Seigneur, voulant distribuer ses faveurs qu'il destinait sux Egyptiens, s'arrêta dans la ville d'Hé- Lopolis, ainsi que nous l'avons dit. Elle était fort peuplée et remplie d'idoles, de temples et d'autels consacrés au démon, qui tous croulèrent avec un bruit épouvantable lorsque l'Enfant Jésus y entra; aussi ne saurait-on exprimer la crainte, l'émotion et le trouble dans lesquels ce prodige inouï jeta tous les habitants. Ils erraient dans les rues comme éperdus de terreur, et la curiosité de voir les étrangers nouvellement arrivés se joignant à cet effroi général, il y eut un grand nombre d'hommes et de femmes qui se présentèrent à notre grande Reine et au glorieux saint Joseph. L'auguste Mère, qui savait le mystère et la volonté du Très-Hanut, répondit à tous avec beaucoup de prudence, de sagesse et de douceur, par des paroles qui touchaient profondément les cœurs. Ils admiraient se grâce incomparable et la sublimité de la doctrine qu'elle leur enseignait; et comme tout en les retirant de leurs erreurs, elle guérissait en même temps plusieurs des malades qui se trouvaient parmi œux qui la visitaient, ils étaient consolés en toutes les manières. Le bruit de ces miracles se répandit de telle sorte que la ‘prudente et divine étrangère se vit

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186 = VIE DE S. JOSEPH —, en peu de temps aborder de tant de personnes, qu’elle fut obligée dé prier son très saint Fils de Iuk indiquer ce qu'il voulait qu'elle fit dans cette rencontre. L'Enfant-Dieu lui répondit de leur apprendre la vérité et la connaissance de la Divinité; de leur enseigner son culte, et les moyens dont elles devaient se servir ; pour sortir du péché,

Notre Souveraine exerça cet office de prédicateur et de docteur des Egyptiens comme organe de son très saint Fils, qui donnait cette admirable vertu à ses paroles. Or le fruit que ces âmes en tirèrent fut si grand, qu'il fauêrait faire plusieurs livres s'il fallait raconter les merveilles et les conversions qui eurent lieu pendant les sept années qu'ils demeurèrent dans <e pays; car il fut tout sanctifié et rempli de douces bénédictions. Toutes les fois que la bienheureuse Vierge écoutait ou instruisait ceux qui la venaient voir, elle prenait l'Enfant Jésus entre ses bras, comme Celui tui était l’Auteur de cette grâce et de toutes celles que les pécheurs obtiennent. Elle parlait à chacun selon la portée de son esprit, et se servait des moyens les plus convenables pour que tous reçussent et comprissent la doctrine de la vie éternelle. Elle leur fit connaître la Divinité et leur apprit qu'il n'y avait qu'un Dieu et qu'il était impossible qu'il yen eût plusieurs, Elle leur enseigna aussi toutes les choses et toutes

VIE DE &, JOSEPH 187 les vérités relatives à la Divinité et à la création du monde. Ensuite elle leur ‘annonça que Dieu lui-même le devait racheter et réparer et elle leur expliqua tous les commandements que contient le Décalogue et qui sont fondés sur la loi de nature elle-même, leur enseignant de quelle manière ils devaient servir et adorer Dieu, et comment ils devaient attendre la rédemption du genre humain. =

Elle leur fit comprendre aussi qu’il Y avait des démons ennemis du véritable Dieu et des hommes ; elle les désabusa des erreurs dans lesquelles les entretenaient leurs idoles avec les faux oracles qu'elles rendaient, et que ces mêmes démons les portaient à consulter, en contribuant secrètement au désordre de leurs passions, pour les plonger ensuite dans des pé- Chés énormes. Et quoique notre auguste Reine fût si pure et si éloignée de toute sorte d'imperfection, elle ne laissa Pas, regardant en cela et la gloire de Dieu <tie salut des âmes, de leur inspirer une juste horreur des crimes abominables dont toute l'Egypte était souillée. Elle leur déclara aussi que le Restaurateur de toutes choses, qui devait vaincre le démon selon les prédictions des Ecritures, était déjà venu, sans leur dire pourtant que ce fût Celui qu'elle tenait entre les bras. Puis, afin qu'on reçût plus facilement toute cette doetrine et qu'on embrassât avee plus d'affection la vérité,

elle la confirmait par de grands miracles, guérissant toutes sortes de maladies, et délivrant les énergumè-

rait aussi les malades, et elle lui obtint une nouvelle lumière intérieure et une grâce spéciale de sainteté

VIS DE 8. JOSEPH 189 mm Pour exercer ce ministère. De sorte que, dans ls troisième année qui suivit leur arrivée, saint Joseph s mit à appliquer ces dons du ciel. 11 enseignait et &uérissait ordinairement les hommes, et la très Sainte Vierge les femmes. On ne saurait concevoir quels fruits ils produissient, tant par les faveurs continuelles que ce peuple en recevait, que par l'efficace des paroles de notre auguste Reine et par l'affection que tous lui portaient, charmés de ss modestie et attirés par la vertu de sa sainteté. On lui offrait de riches présents afin qu'elle s'en servit; mais elle n'en accepta jamais aucun pour elle-même; car les saints époux se nourrirent toujours du fruit de leur travail. Ou bien, lorsqu'elle

se croyait obligée de le faire quelquefois par convenance, elle le distribuait incontinent aux pauvres. On pourra deviner par ces merveilles, combien ils en auront | fait dans le cours de sept années qu'ils demeurèrent à Héliopolis; car il serait impossible de les raconter en détail.

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