‹ Saint-Just et la terreur (volume 2)Chapitre 18 sur 25 · QUELQUES INSTITUTIONS CIVILES ET MORALES · texte numérisé non relu

QUELQUES INSTITUTIONS CIVILES ET MORALES

» I. Sur VEducatim.

> Les enfants ^partiennent à leur mère jusqu'à cinq

• ans, si elle les a nourris , et à la République ensuite » jusqu'à la mort. (i).

> La mère qui n'a point nourri son enfisint a cessé d'être

• mère aux yeux de la Patrie. Elle et son époux doivent » se rq[>résenter devant le magistrat pomr y répéter leur » engagement, ou leur umon n'a flm à'effeis cinls.

» L'enûmt, le citoyen, appartiennent à la Patrie. Vint- » îruction commune est nécessaire. La discipline de Tent fiuice est rigoureuse.

» On élève les enfants dans l'amour du silence et le mé' » pris des rhéteurs. Ils sont formés au laconisme du lan-

(1) Les enfiints seront communs, et les parents ne connaissent pas leurs enfents, ni ceux-ci leurs parents. (Platon j de la Répti- Miquey liTre5.)

> gage. On doit leur interdire les jeux où ils déclament ,

> et les accoutumer à la vérité simple. Les enfants ne

> jouent que des jeux d'orgueil et d'intérêt ; il ne leur faut » que des exercices.

> Les enfants mâles sont élevés depuis cinq jusqu'à seize » ans, par la Patrie.

» Il y a des écoles pour les enfants depuis cinq ans jus- » qu'à dix. Elles sont à la campagne. Il y en a une dans » chaque section et une dans chaque canton.

» Il y a des écoles pour les enfants depuis dix jusqu'à » seize ans. Il y en a une dans chaque section et une dans » chaque canton.

» Les enfants , depuis cinq ans jusqu'à dix , appren- » nent à lire , à écrire , à nager,

» On ne peut frapper ni caresser les enfants. On leur

> apprend le bien, on les laisse à la nature. » Celui qui frappe un enfant est banni.

> Les enfants sont vêtus de toile dans toutes les saisons. » Ils couchent sur des nattes et dorment huit heures.

» Ils sont nourris en commun et ne vivent que de m- » cines, de fruits, de légumes, de laitage, de pain et » d'eau.

i Les instituteurs des enfants, depuis cinq ans jusqu'à 1 dix , ne peuvent avoir moins de soixante ans , et sont élus » par le peuple parmi ceux qui ont obtenu l'écharpe de la » vieillesse.

» L'éducation des enfants depuis dix jusqu'à seize ans • est militaire et agricole.

t Ils sont distribués en compagnies de soixante. Six î» compagnies forment unbataillon. F^es instituteurs nom-

TOIIB I t8.

> ment, tous Les mois, le chef parmi ceux qui se sont le >. mieux conduits.

> Les enfants d'un district forment une légion. Us s*as-

> semblent» tous les ans, au chef-lieu, le jour de la fête t de la jeunesse. Ils y campent et y font tous les exercices » de V infanterie y dans des arènes préparées exprès.

» Ils apprennent aussi les manœuvres de la cavalerie et i toutes les évolutions militaires, i Ils apprennent les langues.

> Ils sont distribués aux laboureurs , dans le temps des

> mmssons.

i Depuis seize jij^u'à vingt-un ans, ils entrent dans les » arts et choisissent une profes^on qu'ils exercent chez

> les laboureurs, dans les manufactures (i), on t^ur les » navires.

» Tous les enfantg conserveront le même costume jusqu'à » «m^ ans; depuis seize jusqu'à vingt-un ans, ils auront » le costume d'ouvrier; depuis vingt-un jusqu'à vingt- » cinq, celui de soldat, s'ils ne sont point magistrats.

» Ils ne peuvent prendre le costume des arts, qu'après 1 avoir traversé aux yeux du peuple un fleuve à la nage, le 1 jour de la fête de la jeunesse.

» Depuis vingt-un ans jusqu'à vingt-cinq , les citoyens » non magistrats entreront dans la milice nationale , ma-

> ries ou non. *

i Les instituteurs des enfants jusqu'à seize ans , sont » choisis par les Directoires des districts , et confirmés

(1) Pourquoi faire, puisque Tindustrie est bannie?

> par la commission générale des arts nommée par le » gouvernement.

> Les laboureurs, les manufacturiei*s, les artisans, les

> négociants, sont instituteurs.

» Les jeunes hommes de seize ans sont tenus de rester 1 chez les institut(?urà jusqu'à vingt-un ans, à peine d^étre i privés du droit de citoyen pendant leur vie.

• n y a, dans chaque district, une commission particu- » lière des arts, qui sera consultée parles instituteurs et » donnera des leçons publiques.

1 Les écoles seront dotées d'une partie des biens na- » tîonaux...

• Ce serait peut-être une sorte d'instruction propre aux » Français, que des sociétés d'enfants, présidées par un t magistrat qui indiquerait les sujets à traiter, et dirige- 1 rait les discussions, de manière à former le sçns, » l'âme , l'esprit et le cœur.

> Les filles sont élevées dans la maison maternelle.

t Dans les jours de fête , une vierge ne peut paraître i en public, après dix ans, sans sa mère, son père ou 1 son tuteur. >

La haute bouffonnerie se trouve là prodiguée à pleines mains. Tout est là matière à raillerie , la raillerte la seule punition capatHe de châtier une semblable aberration mentale, la raiHene si facile que nous ne voulons même pas récrire.

Le jeune citoyen ayant atteint ses vingt-un ans, Saint- Just s'occupe de ses affections et les codifie par ce curieux règlement :

t Tout homme âgé de vingl-on ans est tenu de décla-

)» rer dans le Temple quels sont ses amis. Cette déclarai ration doit être renouvelée , tous les ans , pendant le » mois de ventôse.

t Si un homme quitte un ami , il est tenu d'en expli' » quer les motifs devant le peuple ^ns les Temples, sur » l'appel d'un citoyen ou du plus vieuf ; s*il le refuse y il i est banni.

> Les amis ne peuvent écrire leurs engagements ; ils 1 ne peuvent plaider entre eux.

» Les amis sont placés les uns près des autres dans les i combats.

» Ceux qui sont restés unis toute la vie sont renfermés » dans le même tombeau,

» Les amis porteront le deuil l'un de l'autre.

» Le peuple élira les tuteurs des enfants parmi les amis » de leur père.

> Si un honune commet un crime , ses amis sont banm*

> Les amis creusent la tombe, préparent les obsèques Vu i de l'autre: ils sèment les fleurs avec les enfants sur la » sépulture.

» Celui qui dit qu'il ne croit pas à Vamitié ou qui n'a i pas d'amis^ est banni*

3 Un homme convaincu d'ingratitude est banni, i

Si ce qui précède est comique et désopilant , voici qui devient plus sérieux et n'excitera plus le fou rire, caria morale publique y est quelque peu gravement compromise. Les ombres de Lycurgue et de Platon ont dû se réjouir, quand Saint4ust écrivait son septième firagmeot qui traite des institutions nuptiales. Le voici en entier :

« L'h/>mme et la femme qui s'aiment sont époux. S'ils

» n'ont point d'enfants , ils peuvent tenir leur engagc- » ment secret; mais si l'épouse devient grosse, ils sont

> tenus de déclarer au magistrat qu'ils sont époux.

» Nul ne peut troubler IHnclination de son enfant, quelle

> que soit sa fortune.

» Il n'y a de omimunauté qu'entre les époux : ce qu'ils » apportent, ce qu'ils acquièrent, entre dans la commu- » nauté. Ils ne s*unissent point par un contrat, mais par » tendresse ; l'acte de leur union ne constate que leurs » biens mis en comnmn sans aucune clause.

» S'ils se séparent, la moitié de la communauté leur t appartient ; ils la partagent également entre eux.

» L'autre moitié appartient aux enfants; sHl n*y apeint » d'enfants, elle appartient au domaine public.

» Les époux sont tenus de faire annoncer leur divorce, » trois mois avant, dans le Temple.

>* Â l'instant, l'officier public &it nommer des tuteurs 9 aux enfants. La communauté doit être divisée et les t partages faits avant le divorce.

>. Le x)euple nomme , dans les Temples, un tuteur aux

> enfants des époux séparés.

> Tout engagement pris séparément par les époux est

> nul.

» Les dettes de la communauté sont payées sur la por-

> tion des époux, s'ils se séparent. Si l'un des époux

> meurt, les dettes sont payées en commun par les en- » fants et par celui des époux qui survit.

t Les époux qui n'ont point eu d'enfants pendant les sept

> premières années de leur union, et qui n'en ont point » adopté, sont séparés par la loi et doivent se quitter. »

Le huitième fragment traite de riK'rédilé. 11 n'y a là de remarquable que le principe ne permettant la successiou que entre les parents directs, ayeuls, père et mère, enfants, frères et sœurs (1); les parents indirects ne se succèdent pas dans l'utopie de Saint-Just ; c'est la République qui hérite des citoyens morts sans parents directs. Nous avons , de nos jours , vu reproduire à la tribune l'idée de Saint-Just détruisant, au nom de la liberté, une des plus précieuses et des plus consolantes libertés de l'homme : celle de disposer de son bien en faveur de ceux qu'il aime , en faveur de ceux qui lui sont attachés par les liens do la famille. Plus loin , le législateur SaiMt-iusl corrobore son premier précepte par celui-ci : « Nul ue » peut deshériter ni tester, i

Dans son chapitre Des Contrats^ Saint-Just rappelle celui où il a traité des Affections. Aucun des citoyens de sa république ne peut contracter ni traiter sans la pi'ésence de ses amis , ou le contrat est nul ; le contrat est encore entaché de nullité, s'il n'est signé par les amis.

(1) Allons, en avant, milord. Après les lois qui doivent proscrire le commerce et la finance, diminuer nos besoins et favoriser la modestie des mœurs, il n'en est pas de plus nécessaires que celles # règlent Tordre des successions. Les lois des premiers Romains, à cet égard , étaient admirables ; elles ne permettaient pas que le patrimoine d'une famiUe passât dans une autre comme héritage

Dans un Etat bien gouverné, le législateur établirait des formalités qui gêneraient la vente et l'aliénation des biens Réglez les degrés de parenté qui donneront droit au partage d'une succession vacante; mais ne les étendez pas trop loin , de peur que des espérances trop grandes n'ouvrent chance à la prodigalité et à Tavariee.

(Mably.)

€ Ce sont les amis qui reçoivent les contrats» elles procès » sont vidés devant les amis des parties constituées en » arbitres. » — c Celui qui perd son procès est privé du » droit de citoyen pendant un an. » Cette dernière règle rappelle d'un peu loin, il est vrai, la coutume madécasse punissant de la peine de mort par le poison le plaideur qui succombe.

Les institutions pénales ne sont pas très sévères chez le peuple fantastique que régirait Tutopie du député de Blérancourt : c Celui qui frappe quelqu'un est puni de » trois mois de détention ; si le sang a coulé, il est banni.

y Celui qui frappe une femme est banni.

» Celui qui a vu fi*apper un homme, une femme, et » n'a point arrêté celui qui frappait, est puni d'un an de » détention.

» L'ivresse sera punie; celui qui, étant ivre, aura dit > ou commis le mal , sera banni.

» Les meurtriers seront vêtus de noir toute leur vie , » et seront mis ù mort s'ils quittent cet habit. »

11 y a dans les Institutions tout un fragment c<Hi^cré à la reconnaissance de V Etre-Suprême , (1) le futur Dieu de Robespierre , et à l'immortalité de l'âme. C'est à ce Dieu de nouvelle olrigine que le peuple français t voue sa for- » tune et ses enfants. > Nous savions déjà par un passage du poéBie ô*Organt ce que Saint-Just pensait de la divinité. Son Etre-Suprême, c'est Dieu refait par la philoso-

(1) Mably a tout un chapitre intitulé : J)€ la néceêsité de reamnaUre un Etre Suprême; un autre traite de l» nécessité d'un Culte public.

phie du dixnhuitièiiie siècle ; sa rdigfion, c'esl un souvenir du paganifflue de la Grèce, moins la pompe des cérémonies extérieures sévèrement prohibées sous peine de banmssement. Le temple où Ton adore son Etre-Suprême, c'est un pasticbe du Farthénon, comme le prêtre qu'il a inventé n'est aussi qu'un souvenir du sacrificateur de l'antiquité, c L'encens fume nuit et jour dans les Temples

• publics, et sera entretenu tour^à-^our, pendant vingt- II quatre heures , par des vieillards âgés de soixante ans. » L'hymne i l'Etemel est chantée parle pei]q[)le, ious les

• matins , dans les Temples. > Les tenues de Saint-Just sont ouverts également ù tous les cultes, car tous les cultes sont également permis et protégés (i). C'est daos le teoif^e que sont proclamées les lois avec s(^nnité. Tout-à-l'heure , à propos du fi:agmettt sur la vieillesse, nous verrous quel rôle immense le temple joue dans la pensée du jeune novateur.

La portion la moins curieuse de ce dixième fragment n'est certes pas celle qui traite des fêtes publiques. D'après Saîiit-Just , le premier jour de chaque mois est conféré à l'Eternel, c Le premier jour du mois germinal, » la République célébrera la fête de la Divknté, de la I nature et du peuple. — Le premier jour du mo^s floréal, » la fête de la Divinité , de l'amour et des époux. — Le » premier jour du mois prairial , la fête de la Divinité et

(i) Je dis donc que le Gouvernement doit être intoléraDt...* Mais une religion nouvelle s*est-e]le formée, je dirai alors, avec Fauteur de Y Esprit deg Lois , qu^il n*est plus temps de la proscrire et qu'il faut la tolérer. (Mab^v.)

de la victoire. — Le premier jour du mois messidor , la fête de la Divinité et de Tadoption. — Le premier jour du mois thernûdor, la fête de la Divinité et de la jeunesse.. — Le premier jour du mois fructidor, la fête de la Divinité et du bonheur. — Le premier jour du mois vendémiaire, la République célébrera dans les Temples la fête de la Divinité et de la vieillesse. — Le premier jour du mois brumaire , la fête de la Divinité et de Tâme immortelle. — Le premier jour du mois frimaire, la fête de la Divinité ^t de la sagesse. — Le premier jour du mois nivôse ,f 4a fête de la Divinité et de la patrie. — Le premier-jour du mois pluviôse, la fête çiela Divinité et du travail. — Le premier jour du mois ventôse , la fêle de la Divinité et des amis. — Tous les ans , le premier floréal , le peuple de chaque conunune choisira , parmi ceux de la commune exclusivement et dans les Temples, un jeune homme riche, vertueux et tans difformité^ âgé de vingtrun ans accomplis et de moins de trente , qui choisira et épousera une vierge pauvre en mémoire de VégaUté humaine. • Une des fêtes nationales est celle où se distribuent des prix d'éloquence et de poésie, c Le prix de poésie ne sera «donné qu'à Tode et à l'épopée, » c'est-à-dire aux poètes inspirés seulement par l'amour de la patrie et de sa gloire. Le concours pour le prix d'éloquence n'appellera janaais devant le peuple les rhéteurs , les beaiix diseurs , les phraseurs inutiles ^ car nous savons que dans la République instituée par Saint-Just, c on élève les en- » fants dans l'amour du silence et le mépris des liié- * teui*s. »

Poiur obéir aux volontés du législateur, c le prix d'éloquence sera donné au laconisme, à celui qui aura I proféré une parole sublime dans un péril, qui, par y> une harangue sage, aura sauvé la patrie, rappelé le » lieuple aux moeurs, rallié les soldats, t Saint-Just aurait voulu que tous ses concitoyens se modelassent sur lui.

Voici maintenant une page naïvement fénéloni^one. Ou se croirait à Salente t

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