‹ Saint-Just et la terreur (volume 2)Chapitre 21 sur 25 · TOMB · texte numérisé non relu

TOMB

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lion de tous les en&nts en commun , quand il les arrache a leur mère pour les donner à la Patrie.

Aimi encore Sainl-Just n'est qn'un socialiste» quand il Mi passer tous les dtoyais d'une nati<m sous Taviliâdaiit niyeau de TEgalité absolue.

Sa république , c'est donc le sedali^ffle le p4os radical ; on ne peitf s'y méprendre, etsott aocialisme s'asseoit Mir la Terreur. H l's^roue toitt haut» aifec complaisance» avec orgueil n^me dans cette horriUe j^irase qtt'<Mi ne peut trop répéter pour qu'on sache bien ce que venlaat en défiiiitive tous ces novateurs » soit qu'ild parient avec franchise » soit que l'hypocrisie rende prudmtês et doucereuses leurs langues et leurs plumes : c Un gouvememeni

> républicain a la vertu pour principe t sm<»i la TERasuR* » (Fragments, page 44.) Qu'a dit de plus Babœuf quand » en cent endroits de ses proclamations détrempées de sang et de boue» il a écrit le mot : Moet! Mort! Notez que Saint-Just qui disait : c I^a pitié est un signe de trahison, » et ce qui constitue la République , c'est la destruction » de tout ce qui lui est conti^re » t n'a pas tout dit encore; car avec Machiavel il pai^ait qa'il ne Ëillail Uwer que la moitié de sa pensée. Dans un |our d'intlmilé confiante, il s*écriait au milieu de ses admrateurs et de ses seydes \ < Le caractère des conjurations est le déguisement. On se- » rait imprudent d*annancer ses desseins et son* crime. Il

> ne faut dmic pas s'attacher à la surface des discours, » mais juger les hommes par ce que la probité conseille.., > probité ! Où se serait donc arrêté cet homme dans son sr>cialismé9 s^il eut vécu? Danton » dans un accè^ de c<^re dédaigneuse» appelait Saint-Just un écolier! Quel éco-

lier! Robespierre était bien^phis dans le vrai quand îl disait de son jeone ami ; « Il est taciturne et observateur ; » nuMsj'ai remarqué qu'il a beaucoup de ressemblance » avec Charles IX, *

Un autre point de ressemblance avec tes sociatîste» et qui suffirait à convaincre Samt-Just, c'est f affectation avec laquelle il emploie le mot Bmkeur, t La révolution » doit s'arrêter à la perfection du bonheur et de la liberté > par les lois. » Plus tard , nous Tenlendrons Kre à la CoDv^tion un dKscours sur le bonheur à donner au peuple. Il précédait ainsi Babœuf qui n'a que te mot Bonheur Commun à la bouche ; il parte bonheur quand il allume la torche qui va incendier tout Paris ; Il parle bonheur, tout en aiguisant le poigfnard qui va boire le sang du Million doré/

Vraiment^ n'est-ce pas un temps {Précieux que nous perdons là en dissertations inutiles , en preuves superflues? Saint-Just socialiste se démontre par fuinnéme. Il suffit de le citer pour prouver; Son crime est malériel , et les éléments de sa condamnation , nous ne les puerons pas seulement dans le livre des Fragments; ses prochains discours nous en fourniront au-delà des nécessités de la démonstration ; puiâ de la théorie , son socialisme passera dans les faits à)Strasbourg.

Ce qui pour nous résulte de clair et de sérieux de l'étude]de ce livre , ce qui se prouve par quelques extraits de Platon', de Machiavel, de Mably, de Montesquieu, comtes notes qui auraient pu se multipRer à rinfini, cVst que Saint-Just], dans ses Fragments ^ s'est singulièrement < trompé s'il a cru y déposer sa personnalité, ses idées, les i

marquer au coin de son originalité. Sa (rfiilosopbie, comme sa politique d'ailleurs, n'est qu'une réminiscence. Pour celle*ciy il a trop bien lu et appris les histoires de la Grèce etde Sparte; il n'y a trouvé qu'un essai de républi* que. Pour celle-là, ses philosophes de prédilection ont déteint sur lui. Sans qu'il s'en doutât , le liwe de Brissot, les livres et les journaux de Marat ont encore exercé sur lui une influence incontestable. De ses souvenir^, de ses lectures, des débats de la presse qui vient de recueklir et publier mille et mule projets de Constitutions plus ou moins réalisables, plus ou moins incohérentes , absurdes , et par bonheur bientôt oubliées si ce n'est par lui, il s'est construit UQ système de pièces et de morceaux. Son édifice, par malheur ,^ ne s'est point immédiatement écroulé, comme il le méritait. Ses idées lui ont survécu, grâce à la forme dont il les a revêtues , la forme sentencieuse ^ facile à retenir, impérieuse à force de dureté et de c<mcision.

Quant à tomber en admiration , comme le philologue Nodier, devant ce si beau langage, nous ne pouvons y consentir sans réserves. Sous la netteté apparente d'une phrase serrée, se cachent souvent le.vague et l'indécision, parfois l'absence de la pensée. L'expression est souvent incorrecte ou mal appliquée. Il est vrai que chaque science a sa néologie ; mais pour être acceptables et passer dans la langue d'une nation, la langue non pas d'un moment et d'un jour, les mots nouveaux ont besoin de Élire preuve de clarté et d'exactitude. Ainsi que veut dire Veriu dans le langage et les livres de Saint-Jusl? Il parle de Terreur; que veut dire Terrctir? Ce mot ne signifie

pas pour nous ce qu'H a signifié pour lai. Pour lui , c'est lu force morale et gouvememeatale, c'est l'équivalent de mesures révolutionnaires extra-légales , violentes , et cpie justifie la nécessité d'un moment. Pourquoi cette expression a-t-elle changé de sens pour nous et s^n^nfie-t-elle système , oppression continue , épouvante et massacres , sang et exil? Ce n'est pas seulement Tusage qui consacre un mot, une expression; c'est la nature des faits qu'ils sont appelés à représenter^ Saint-Just s'est donc trompé , quand notre siècle a raison. Ce demier a donné au mot sa seule acception vraie et possible , l'acception qui peint et rappelle un ordre de faits, tandis que le premier se trompait quand, avec le même mot, il pensait rendre sensible une idée à inaugurer. Son idée était fausse, son mot s'en est ressenti ; tandis que les faits étant acquis à l'histoire , nous peignons justement leur horreuravec le même terme cette fois recueilli par la langue nationale et devenu impérissable comme elle.

11 en est arrivé peut-être même un excès d'indignation et de punition pour Saint-Just. Ne comprenant pas comme lui le mot Terreur qu'il employait, on a peut-être exagéré en mal son idée. Beaucoup ont cru qu'il tuait par système, par conviction, par cruauté, par amour du sang, comme une bête fauve, tandis qu'il tuait par nécessité, parce qu'on lui résistait, parce qu'il voulait arriver vite, comme un voyageur qui abat les branchages lui barrant le chemin. A la page 73 du livre des Fragments des InsHiutionsy Saint-Just a pris la peine d'expliquer en ces termes son système de Terreur : c II faut » , dit-il , « que » la République française soit redoutée ^Qio\k% les gouver-

1 nements. i Lu est la vérité de sa peasée. Pour se faire redouter, la République u*égorgera pa$ les gouvernements; mais par sa grandeur » sa ténacité, son inébranlable fermeté, ses efforts, ses armées , elle se fera craindre ; c'est la Terreur appliquée à la politique étrangère.

Certes, nous sommes loin d'excuser Saint-Just, Ce que nous disons ici ne tend qu'à démontrer toutes les fautes, les incorrections, les inexactitudes, les erreurs de ce stjle si complaisamment admiré par Nodier. Chaque page est ainsi marquée par un non-sens.

Maintenant, est<;e insuffisance, est-ce mauvaise foi? Ne savait-il pas s'exprimer de manière à se faire compi*endre? Voulait-il dissimuler et déguiser sa pensée, de peur d'effrayer? Faut-il accuser là un travers du siècle dont la littérature corrompue avait à la longue créé nue langue fautive, dont la philosophie avait perverti les esprits et le dictionnaire ? Peut-être toutes ces causes sont-elles vraies à la fois.

Hâtons-nous maintenant de quitter les livres et la pensée , pour aborder le domaine de l'action et du drame.

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Le temps des épisodes a fini pour nous, heureusement. Nous n'aurons plus à nous arrêter, à étudier la pensée de Saint-Just dans les livres où tout n'a point été dit par lui, nous le savons. A partir de ce moment, les faits vont, comme lui et pour lui, marcher à pas de géants. Cet homme va grandir, s'élever si haut comme puissance et domination que Tœil s'en étonne et peut à peine le suivre, jusqu'à ce qu'il s'affaisse plus vite encore qu'il a vite grandi, jusqu'à ce qu'il tombe aussi bas qu'il était immense tout-à-lTieure.

... Je n*ai fait que passer, il n*était déjà plus.

Au commencement de 1793» trois hommes, enveloppés de longs manteaux et se cachant soigneusement le visage , entraient mystérieusement dans la sombre allée d'iftie maison habitée par la fameuse pythonisse M"^' Lenormant. C'étaient Robespierre, Saint-Just et un autre conventionnel dont nous avons oublié te nom. Dans un

jour de gaité et comme par partie de plaisir, ces trois hommes avaient trouvé spirituel de consulter Toracle à la mode déjà et de se faire tirer leur horoscope. Que leur dit la sybille? Que leur apprit-elle? Ouvrit-elle pour eux Tabime de Tinconnu? Put-elle leur prédire le sort à eux réservé par un avenir si prochain et si tragique? Qui sait ce qui se passa là ( Du reste^, Tinflexible Saint-Just qui écrivait : t Je marcherais volontiers au milieu des bour-

> reaux, les pieds dans le sang et dans les larmes; t (1) Saint-Just qui s'écriait : t Je rimplore, le tombeau ^

> comme un bienfait de la Providence , pour n'être plus » témoin de l'impunité des forfoits ourdis contre ma È patrie et l'humanité; certes, c'est quitter peu de choses

> qu'une vie malheureuse dans laquelle ou est condamné » à v^éter le complice ou le témoin impuissant du i crime ; » (2) Saint-Just qui s'était familiarisé depuis 1791 avec la pensée de^a mort prochaine , avec un pressentiment qui ne le quittait pas , qu'on voit poindre en dix endroits de son livre des FragtjMtUs ; Saint-Just, si la prophétesse lui annonça sa brillante carrière et sa fin précoce, dut sourire à l'idée de ce qu'il appela sans doute sa gloire, de ce qu'il appela sans doute son martyre.

Nous l'avons laissé s'occupant, avec la commission du Club des Jacobins , de préparer le projet de Constitution radicalement républicaine à opposer par la Société au projet entachç de Modérantisme et déposé par Condorcet,

(i) (Report de Courtois.) Pensée de SaiDtrJost écrite de sa maiii sur iiD pa^er votant saisi chez lui a{>rès sa mort. (i) Notes saisies dans ses papiers.

au nom de la mtûorité girondine, sur la tribune de la Convwiion. Avstfit d'aller retrouver le jeune représentant de TAlsne ira. sein de ia connaission où il va se présenter armé de tootes pièees , fort de ses études métaphysiques et ^alitaires , disons un mot des succès qui commencèrent la Taj^kie réussite à lui prédite par M^**' Lenormant. Les éiècemrs prononcés par Saint-Just dans la discussîoii «tr les sttbmtances et pendant le procès du roi l'avalât tiré de la foule. Son talent , sa concision , sa fermeté de style avaienjt pkis bài pour lui déjà i|ue sa liaison avec Robe^)ierre. Le 28 janvier 1793, un nouveau triompèe Tattendait à la tribune. Sieyès, au nom du Comité de défense générale , venait de déposer un projet de décret SOT l'organisation du ministère de la guerre. Saint- Ju^ eut le premier la parole, n prouva des connaissances toutes spéciales ^ des études sérieuses de la matière. Il possédait à foad le mécanisme du Départen^ent de la guerre, les achats -et les fonUtures , le recrutement, la reoioiite et les subsistances. Il sut se fmre écouter , surtout kM*sque, entrant dans les entrailles de la question, a intéressa la Convention en essayant de lui persuader que c'était à «lie ocMOime Paiwôir Législatifs et non au Ministère^ Pautmr Exécutif âéik trop puissant, qu'appartenait la direction du Pouvoir Militaire. L'idée était nouvelle, *elie avait graine chance de succès. Sain-Just savait qv'une Asseablée unique est toujours absorbante et jakmse surtout. Il voulait donc, et ce devait être facile^ pousser la Convention à s'emparer de Tadministratiou de la guerre, il avait à la réussite son intérêt de

persofmaiité et de parti. Par la force des choses, la Tome I. 21

minorité montagnarde, qui déjà en plusieurs rencontres avait remporté à Taide de son audace des 6ucc^ importants sur les fractions modérées molles et inertes comme Test trop fréquemment le parti de Tordre, devait nécessairement prédominer dans un moment donné. Ce que plus tard on appela la conspiration de Robespierre préparait déjà souterrainement sa prise de possession défi affaires , sûre qu'elle était de réussir. Quils fussent ou non dénommés à l'avance, les fiiturs €k>mités de Surveillance et de Salut Public étaient en projet ; sous prétexte de la débarrasser de trop de travail , on se promettait d'enlever à la Convention le vrai pouvoir à envabîr alors par les chefs des Montagnards, et parmi ces chefs Saint-Just se désignait et se comptait lui-même. Ces prévisions ne sont point écrites et constatées dans Thistoire ; ce qui les rend probables pour Técrivain , ce qui les rend certaines pour nous, c'est le silice terrible de Saint-Just, c'est son sang-froid effrayant. V\us Feauest calme, plus elle est profonde et par conséquent dangereuse. Saint-Just ne disait rien sans motif. Chacune de ses paroles cache une pensée; et c'est la pensée, c'est l'espoir de son futur despotisme que nous découvrons dans cette partie de son discours du ^ janvier ^ discours jusqu'à présent resté inaperçu :

c La guerre n'est-elle point un état violent, et Fadmi- » nistratîon de la guerre doit-elle faire partie du gou- » vemement intérieur permanent? > se donmade-t-îl pour se donner l'occasion de se répcmdre : c Je ne le > crois pas. Le gouvernement civil dans un état eomme » l0 nôtre, devra nécessairement avoir une certaine rec-

tkiide. Peut-être, sous certains rapports ^ les deux pouvoirs auront-ils besoin d'éti*e balancés l'un pur l'autre ; ear , sans le balancementde pouvoirs , la liberté serait peut-être en péril» n'étant constituée que sur une base mobile et inconstante » si les législateurs, en certains C3& 9 étaient sans frein. Je voudrais qu'il me fût permis de traiter cette question fondamentale; sans sortir absolument de mon siget, j'y reviendrai ailleurs ; je dirai seulement que lorsque, dans une grande république, la puissance qui fait les lois doit être, en certains cas, balancée par celle qui les exécute^ il est dangereux que celle^i ne devienne terrible, et n'avilisse la première ; puissance législative , celle-ci n'a que l'empire de la raison ; et, dans un vaste état, le grand nombre des emplois militaires, l'appât ou les prestiges des opérations guerrières, les calculs de l'ambition, tout fortifie la puissance executive. Si r<m remarque bien la principale cause de Fesclavage dans le monde, c'est que' le gouvernement chez tous les peuf^es manie les armes. Je veux donc que la puissance nonmiée exécutrice ne gouverne que les citoyens.* » La. direction du pouvoir militaire (je ne dis pas VexéeiUion nUUiaire) est inaliénable de la puissance législative ou du souverain; il est la garantie du peuple ccmtre le magistrat. Alors la Patrie est le centre de Vhanneur. Comme on ne peut plus rien obtenir de la foveur et des bassesses qui corrompent le magistrat, il se décide à parvenir aux emplois par le mérite et L'honnête célébrité. Vous devenez la puissance suprême, et vous liez à vous et au peuple les généraux et les aj*jQées.

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» Il faut encore examiner la qaesUon soité un avire ra{^rt. L'état de guerre est Traknent une n^itimi eiténeure ; il n'appartient qu'an sonvieraia de délibârer sur les actes de force qui comprouMttent la vie des citoyens et la prospérité pubKqœ; si ceaaet^ sont une partie du pouvcMr qui gouverne , le magistrat sr la focîlîté d^abuser contre le peuple d'une force qui n'est instituée que contre les enn^ons extérteurs. On emi^ie des moyens pour prolonger la guerre, cm méns^ même des défaîtes , et on traique (ki sateil de l'Etat. 1 Le peuple n'a pas d'intérêt à faire ki guerre» Laimissance executive trouve dans la^ guerre faeerossenftent de son crédit, elle lui fournit mille moyens d'osurper. C'est pourquoi mon dessein serait de vous pr(^H>ser que le ministère militaire, détaché de la puissance exécutrice, ne dépendit que de vous sei^ etiH>us fut immédiatement soumis. Si vous vouiez que votire institution soit durable chez un peuple qm n'a plus d'ordres , vous ferez que le magistrat ne devteane point un ordre et une sorte de patriciat, en dirige»^ les annes par sa volonté : car la guerre n'a point de frein ni de rè^ présente dans les lois ; ses viciSKtudes rendent tous ses actes des aetes de volonté. Il est donc nécessaire qu'il n'y ait dans FEtat qu'une seijde vokmté,^ et que celle qui fait les Ims commande les opératloBS de la- goerre. Le magistrat doit être entièrement livré au maiiitien de Tordre civil : l'ordre extérieur chez un peuple qui obéit aux lois et n^est point soumis^au prince, appartient au souverain ou à ses représentants^ Je ne traite de cette matière que ce qui appartient à mon sujet.

» Je demande que l'aUributipu donnée par Sieyèè au

> conseil, c'est-à-^Ureà tous les ministres collectivement, I sur les opérations générales de la guerre , vous la pre-

> niez vous-même ; que le ministre réponde à vous de 9 Texécution des lois : pai*-là vous mettrez le peuple à » Tabri du pouvoir militaire, La responsabilité n'est point i compromise ; car vous ne gouvernez point» mais le mi^ » nistre vous répond immédiatement de Vexécutim des » lois ; il n'est point entravé » et tous les anneaux de la » chaîne militaire aboutissant à vous , les généraux ne i peuvent plus remuer des intrigues dans un conseil , et » le conseil ne peut rien usurper. »

€e discours est pour nous le. premier pas de toute une route jalonnée à l'avance et où vont s'élancer les Montagnards n'ayant pour armes que ces qualités distinctives de Saint-Just : une volonté de fer^ une persévérance indomptable» une inébranlable décision, la sécurité des allures , tout ce qui assure la réussite d'une politique quelconque , bonne ou mauvaise. Heureusement pour les sociétés, d'ordinaire, le but atteint, — c'est pour eux toujoiii« le despotisme, — les révolutionnaires ne savent I^us trouver en eux-mêmes les ressources suffisantes pour se maintenir au pouvoir escaladé avec tant d'audace et de persistance. Avec toutes les qualités utiles à l'attaque. Dieu ne leur a pas donné les qualités néces^ saires à la conservation. Dans les desseins d^ la Providence, ils n'ont servi que d'iostrument de punition, et, Je châtiment infligé, ils sont condamnés à disparaître comme enfin et à lalongue disparaissent tous les fléaux. Cette fermeté qu*on ne peut s'empêcher d'admirer, Tome I. 21.

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tout en regrettant amèrement qu'elle ne soit pas le par* tage exclusif des partis honnêtes , il fetttla consister dans ce passage qui clôt le discours de SâintHlust : c Du reste, j'envisage avec sang^-froid noire situatic» présente : nous avons de grandes ressources, il s^agit de les employer : mais pour cela il faut que tout le naoude oublie son intérêt et son oi^gueil. Le bonheur et rinlérét particulier sont une violence à Tordre social quand ite m sont point une portion de l'intérêt d» bonheur public; oubliez-vous vous-mêmes. La révoluti<m fi^auçaise est placée entre un ai*c de triomphe et un écueil qm nous briserait tous. Votre intérêt vous consfflamie de ne point vous diviser. Quelli3S que soient les (ëflérences d'opinions, les tyrans n'admettent point ces différences entre nous. Nous vaincrons tous, ou nous-périrons tous. Votre intérêt vous commande PosbH de votre ial^t; vous ne pouvez tous vous sauver que par le salut public. >

Quelques jours plus tard, Saint-Just saKÎt l'occasion de prendre de nouveau la parole dans la discussion du projet de loi présenté par Dubois-Crancé , au m»» du Gomité militaire, sur la réoi^nisation des armées. La Montagne voulait démocratisa l'araiée, lu frire à son image. Le Comité militaire était pleîu des représentants les plus avancés. Us avaient insci^t dans le projet de loi deux principes qui devaient livrer les- troupes à leur dévotion : le mélange des régiments et des bataillons et le scrutin pour l'élection des otlîeiers.

Saint-Just vint défendre le pro}et du Comité, il démontra que rien n'était moins révolutionnaire que le partage

de rarmée, tel que Favaient compm les rois, eu coips I^us ou moins privilégié» suiTant qu'ils approchaient de plus près la personne du tyran, en troupes de ligne et en troupes d'élite. Il ne veut plus de distinction que celle des différentes armes , et pour y arriver , il lui faut le mé« lange de tons les régiments- débaptisés de leurs noms aristocraliques. Voici comment il traita la question de réleeticm appliquée aux divers grades ':

€ lene connais qu'un moyen de résister à l'Europe , 1 c'est de lui opposer le génie de la ia>erté; on prétend 1 que ces électtOtts miKtinres doivent aff(ûèlir et diviser 1 Tannée; je crois au contriûre que ses forces en doivent » être sudtîpliées;

I Je sais bien qu'on peut m'opposer que V'instabUité de » l'avancement militaire peut dégoûter les cheft, qu'il » peut porter les soldats à laHcence, énerver la discipline » et compromettre l'esprit de sid»orditiatioo ; mais toutes » ces difficultés sont vaines; il dut même &ire violence » aux mauvaises mœurs et les dompter ; il faut d'abord

> vamcre Tarmée , si vous voidez qu'elle vainque à son » tour. Sile législateur ménage les difficultés , les diffieul- » tés rentrsrfnent; s'il les attache, il en triomphe à cha- 9 que instant. Je ne sais â'il &ut moins d'audace pour » être légisk^iir que pour être conquérant; l'un ne

> combat que des hommes; l'autre combat l-ei^reuis le »' vice et le préjugé; ji^is si l'uu ou l'autre se laisse em- » porter à la faiblesse , il est perdu ; c'est dans cet esprit xr seulement que vous pourrez conduire la Révolution ù 1 son terme. Je ne crains qu'une ^ose : c'est que la » puissance du peuple français n'éprouve point de la part

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» de ses ennemis ces obstacles vigoureux qui décident un

• peuple à la vertu. On ne fait pas les révolutions à moi-

> tié. Il me semble que vous êtes destinés à faire dianger » de face aux gouvernements de l'Europe; vous ne devez

> plus vous reposer qu'elle ne soit libre : sa liberté gat rantîra la vôtre. U y a trois sortes d'infamies sur h t terre, avec lesquelles la verturépublicainô ne peut poiat

> composer : la première, ce sont les rois; la seconde,

• c'est de leur obéir; la troisième, c'est de poser les ar-

> méà s'il existe quelque part un maître et un esclave.

» C'est encore cette vertu qui vous commande les élec*

> tions militaires; les emplois ne sont point institués pour t ceux qui les possèdent, mais pour le bien de la Repu- 1 bllque. Lorsque j'entends dire ici qu'il faut indemniser

> par de l'argent un agent public de l'obscurité de ses 1 services, il me prend envie de lui proposer les trois

• queues d'un pacha; et de même, lorsque l'intérêt de » quelques officiers ambitieux devient une considération

> dans le changement qui importe à Fénergle de nos ar- » mées , je me demande si la Patrie est esclave de ses

> gens de guerre. Je ne prétends pas dissimuler les dan-

> gers des élections militaires , si elles pouvaient s'éten-

> dre à l'état-major de l'armée et au généralat; maàs H

> faut poser les principes et les mettre à l^ur place. Les

> corps ont le droit d'élire leurs officiers, parce qu'ils

> sont proprement des corporations. Une armée ne peut

> élire ses chefs, parce qu'elle n'a point d'éléments fixes, » que tout y changé et y varie à chaque instant : une ari mée n'est point un corps ; elle est l'agrégation de plu- » sieurs corps qui n'ont de liaison entre eux que par les

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chefs que la république leur donne : une armée qui élirait ses chefs serait donc une armée de rebelles. »0n me dira que mes principes sont sans garantie contre la violence ; j'en puis répondre autant; la vérité n'est jamais sans garantie; die entraine tout : le crime est en&nt de l'erreur.

1 L'âection des chefs particuliers des corps est le droit de cité du soldat; comme ce droit est exercé partiellement , la force serait to^iours prête à &k réprimer l'abus; mais cet abus ne peut jamais exister , car les diefs d'un r^iment ne peuvent jamais effrayer la Patrie. > L^élection des généraux est le droit de la cité en«tière. Une armée ne peut délibérer ni s'assembler. C'est au peuj^e mén^e ou à ses légitimes représentants qu'appartient le choix de ceux desquels dépend le salut public.

• Si l'on examine le principe du droit de suffrage dans le soldat» le voici : c'est que, témoin de la conduite» de la bravoure et du caractère de ceux avec lesquels il a vécu» nul ne peut mieux que lui les juger.

» En outre, si vous laissez les nominations à tant de places miytaires entre les mains ou des généraux ou du pouvoir exécutif» vous les rendez puissants contre vous-mêmes» et vous rétablissez la monarchie. » Règle générale : il y a une monarchie partout où hi puissance executive dispose de l'honneur et de l'avancement des armes.

» Si vous voulez fonder une république» ^tez au » peuple le moins de pouvoir qu'il iest possible» et faites » exercer par lui les fonctions dont il est capable.

• Si quelqu'un s^oppos^ ici aux élections miliuiires, » après ces distinctions » je le prie d'accorder s^ princi- • pes avec la répnbliqm, •

On sait que les mesures proposées par lesMont^^arck furent adoptées par la Convention et converties en lois, malgré l'opposition des Girondins au nom desquels Buzot, Tun de leurs chefs les plus éminents, avait réclamé Tajoumement indéfini 4u projet du Comité militaire.

Ce n'était pas seulement les succès d'orateur que Saint- Jfust ambitionnait; il lui fallait ceux de factieux. Le joiff même où il venait de parler sur la réorganisation révolutionnaire de l'armée, quelques minutes avant d'apparaître à la tribune, il préparait ce qu'alors et déjà on appelait une manifestation populaire. Dans la prévoyance de l'avenir, il voulait se mêler aux masses par l'intrigue et s'en bien faire connaître,

La misère était extrême dans Paris. La Montagne commençait à exploiter la faim. Depuis le mois de décembre, la rareté et la cherté des grains amenait émotion sur émotion. Dans un intérêt de parti , le mal était encore exagéré. Les Sections et les, clubs poussaient le peuple à la révolte, à la violence, au pillage. Les agitateurs, Marat en tête , voyaient déjà jour à se servir de la populace affamée et furieuse pour écraser leurs adversaires à la Convention contre laquelle ils essayèrent, le iOfévrier, un premier envahissement sous prétexte d'une pétition sur les subsistances. Au club des Jacobins, Saint- Just eut Taudace de conseiller tout haut aux Sections de se lever, et ce conseil ne fut que trop Uen reçu. Le iO février , les quarante-huit Sections de Paris envahirent la Convention.

Un orateur se présenta à la barre en disant que la faim ne s'ajournait pas : c n est impossible, t syoutait-il avec kudace en cherchant de Tceil l'approbation des meneurs; c il est impossible que nous déseinparions sans avoir » été tous admis» à moins que nous ne soyons éloignés

> par un décret prononcé en présence des Parisiens et

> des Fédérés des quatre-vingt-cinq départements qui » sont avec nous* >

La Convention eut encore assez de courage et de dignité, — elle en manquera si complètement et si tôt qu'il faut la louer d'avoir su faire une fois son devoir, — pour repousser cette insolente pétition par le dédain de Tordre du jour, et de toutes parts, les reproches tombèrent sur Marat et Saint-Just les vrais auteurs de cette journée. Le lendemain, les députés des Sections se représentèrent de nouveau, mais seuls cette fois, et ils ftirent admis à déposer leur pétition à la barre. L'orateur de la députation eut des mots d'une incroyable violence* Il osa demander l'éloignement et l'envoi en Vendée de la garde de l'Assemblée. Il osa dire à la Convention que si elle n'adoptait pas les mesures qu'il était chaîné de lui proposer au nom du peuple, le peuple serait bientôt debout et avec lui tous les départements. Le girondin Louvet s'écria dans son indignation : c Y à-t-il en France deux 1 Conventions , deux représentations nationales ? > Bréard, qui présidait, ne put rien\rouver à dire aux députés , si ce n'est qu'ils c avaient commis une grande imprudence.» Carra proposa une enquête dont le but serait d'arriver à découvrir par qui les pétitionnaires avaient été entraînés. En désignant Saint-Just du doigt et du regard , il flétrit

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cm grands coupables de la politique qa*il osa appeler c les 4iypocrites en patriotisme. » Mais la Montagne , intéressée à rester dans l'ombre, repoussa la demande dn modéré Carra , et rAsseraUée, sur la propo^on de Barrère, se contenta de refuser aux pétitionnaires les honneurs de la séance. Gepend^U TsMiaûre ne doYait peint en rester là.

La Gironde voulait atteindre Saint-Just et l'écraser sons le poids de la honte que lui méritait son iiaervemion d's^ent secret de l'émeute, ^rrère, qui ne prévoyait pas le danger d'une teHe prq)08i^n9 émit l'avis que l'orateur des Sections fki arrêté et interrogé par le juge de paix des Tuâeries. Tout le côté droit appuya cette idée. Ëflra^é du danger et de la req[H)nssd)iMté qn*^ allait seul endossée, le «oUonnaire desKinda la par^ ^, s^i^rès l'avoir obtenue avec peine, il raconta que, le matin même, un membre de la Convention s'était m^ à la dotation des Sections, Tavant fort exhortée à insister pour ^re admise à la barre et pour présenter la pét^ion. c n nous » a dit, 1 continua cet homme, c qu'après la pétition i déposée, il faudrait demandée que la Convention s'oct cupât, toute afikire cessante, de (aire une loi sur les > subsistances pour la République entière. • C'est ce qui l'avait engagé de parler au nom de tous les départem«Bts.

c Le nom du membre qui a parlé au pétitionnaire! Smi » nom! > s'écrièrent tons les €4rondins dans l'exaltation du triomphe.

< On m'a dit qu'il s'appelle Saint-Just , • répondit le pétitionnaire ; t mais je ne le connais pas^ >

Saint-Just ^'élança à la tribune, t Quand je suis entré

» ce matin dans cette assemblée, » dit-il avec plus d'animation qu'il n'en montrait d'ordinaire, « on distribuait » une pétition des quarante-huit Sections de Paris , dans

• laquelle je suis cité d'une manière désavantageuse. > Je fus à la salle dés conférences , où je demandai à celui » qui devait porter la parole, si j'avais démérité dans » l'esprit des auteurs de te pétition : il me dit que non ;

• qu'il me regardait comme un très-bon patriote. Je lui » demandai les moyens qu'il voulait proposer : une per- » sonne me présenta du blé noir dans sa main , et me dit

• qu'il y en avait beaucoup de cette espèce débarqué au » port Saint-Nicolas. Je lui dis : Quelle que soit votre po- » sition, je vous invite à ne point agir avec violence : » calmez-vous, et demandez une loi générale. Si la Con- » vention ajourne votre proposition , alors je demanderai t la parole , et je suivrai le fil des vues que §k\ déjà pré- » sentées. Citoyens, je n'ai point dit autre chose. »

Les Girondins allaient insister sur des explications plus

complètes, quand,Marat accourut au secours de son ami

et demanda que l'orateur de la députation fût renvoyé au

Comité de Sûreté générale et que l'Assemblée passât à

l'ordre du jour. Le Montagnard Osselin , de la députation

de Paris, saisit l'intention de Marat et s'écria avec une

indignation simulée : c Je demandé que le pétitionnaire,

» qui a eu l'insolence d^ prendre le masque de repré-

1 sentant de la République , masque trompeur qu'il faut

» faire tomber à la face de l'univers, soit interrogé à Fins.

» tant au Comité de Sûreté Générale. » A l'unanimité

l'Assemblée adopta la proposition d'Osselin. On renvoya

raflTaîre au Comité ou tous savaient qu'elle serait enterrée ; Tome I. 22

mais la Montagne sauvait les apparences , et les Giron- (lins avaient appris tout ce qu'ils voulaient savoir. D'ailleurs, ils n'espéraient point obtenir im vote de blâme contre Saint-Just.

Voici comment le journaliste Prudhonune parle de cette affaire :

c Ce jour vit le premier ^^ d'insurrection qui , en

permanence active jusqu'air^uin, n'obtint dans cette

dernière journée que son complément et le triomphe.

La Convention avait résisté aux brigands qui , après les

plus exécrables propositions, avaient osé dire : c Si vous

n'adoptez pas ces mesures » nous vous déclarons , nous

qui voulons sauver la République, que nous sonunes

en état d'insurrection. Dix mille hommes sont à la

porte de la sa^c. > Cette audacieuse menace resta sans

vengeancu et Saint-Just qui l'avait conseillée ne fut pas

même censuré. > (1).

L'attention que toutes ces affaires aillèrent sur Saint-

Just lui valut les suffrages des Montagnards qui, déjà

maîtres à la Convention et disposant des nominations,

hi poitèrent au bureau en qualité de secrétaire.

Un peu plus tard, il fut envoyé en mission dans la Belgique au moment de l'évacuation de cette province par nos troupes. Le 34 mars, nous le voyons monter à la

(1) Prudhomme place ces faits à la date du 10 mars, et Dulaure à celle du 1er mai. Tout deux sont dans rerreur. Le preniier envahissement de la Convention par les Sections doit être fixé an 10 février. (Voir le Moniteur.) Du reste, c'est incroyable comme ces témoins de visu , comme les journaux et les écrivains du temps , se trompent souvent sut les dates, sur les faits et sur les hommes.

tribune des Jacobins et y signaler l'imminence du danger. Suivant lui, Beurnonville est un traître. Il promet d'en fournir des preuves à un moment plus opportun. Cette mission, fa tint4I de la Convention ou du club*? C'est ce que nos recherches n'ont pu nous faire connaître.

Elle dut être de courte durée, car nous allons le voir prendre part à toutes les délibérations de la commission de Constitution nommée par la Société des Jacobins et où il est entré avec Robespierre , Collot-d'Herbois , Dubois- Crancé, Billaud-Varennes,Couthon, le prussien Anacharsis Clootz , Saint-André , Robert , Thuriot , Bentabolle et l'imprimeur Anlhoine, avec tous ceux enfin qui feignaient de croire l'égalité menacée pour faire naître l'occasion de crier à l'aristocratie et d'écraser leurs adversaires accusés d'être des aristocrates. C'était en haine de la Modération représentée dans le Comité de Constitution nommé par l'Assemblée, par Condorcet, Gensonné, Barrère, Thomas Payne , Pétion , Vergniaud , Sîeyès et Barbaroux, que les Jacobins avaient composé leur Comité de tout ce qu'ils avaient pu trouver parmi eux d'hommes jeunes, ardents, violents, tranchés et surtout ambitieux.

Rien n'était plus démocratique que le projet de Condorcet. H y parlait d'égalité naturelle, de souveraineté résidant dans le peuple , d'admissibité de iom les citoyens à toutes les places , à tous les emplois publics. La Constitution d'Angleterre , disait-il, est faite pour les riches, celle d'Amérique pour les aisés ; celle de France sera faite pour tous les hommes; il n'y aura plus de populace, dès qu'on aura fait un peuple en accordant à tous les mêmes droits. Il posait le principe de l'impôt progressif avec

celle resiHclion qu'il ne frapperail que sur le superflu et jamais sur le nécessaire ; alors , disait-il y Fimpôt progressif est juste et utile. Et cependant les Jacobins n'étaient pas contents. H est vrai que Condorcet répugnait à l'universalité complète du suffrage ; il denmndait des garanties de résidence aux électeurs, et la Montagne, au contraire, n'espérait réussir qu'en appelant à son aide la mauvaise portion de la population évincée par les restrictions électorales du projet des Girondins.

Le Comité des Jacobins se mit ardemment à l'œuvre. Saint-Just apparaît partout avec des idées préconçues et qui ne permettent pas de nier son influence et sa coopération à la fameuse Déclaration des Droits de l'homme, généralement attribuée à Robespierre. Les principes des Fragments des Institutions ^ la phraséologie, les mots même, Robespierre a tout emprunté de son jeune et utile ami qu'il exploite sans pudeur, comme il a exploité tous ceux qui l'ont approché et de la substance desquels il a réussi à se composer une individualité puissante que peu d'écrivains ont osé nier et méconnaître , en lui arrachant son masque de plagiaire. Dans le sein du Comité, et d'après le peu de renseignements arrivés jusqu'à nous, Sainl- Just aurait essayé défaire adopter son opinion sur le partage des propriétés. Cette idée souriait ù ces jeunes gens qui se croyaient appelés à recommencer les Gracques. Cette fois, Robespierre eut peur de ce radicalisme bien fais et il avait raison, pour soulever la nation entière contre les partisans de la spoliation générale par le partage. Du Comité, il était sorti de vagues menaces de loi agiiiiir; on s'en était effrayé dans Paris. Plus prudent que Saiiu-

iust, et surtout moins audacieux, Robespierre sentit > comme Babœuf le sentira pkis tard , tous deux luttant d'hypocrisie, l'absolue nécessité de rassurer l'opinion publique. C'est ce qu'il fit dans cette phrase de sa Déclaration des Droits de l'Homme : c Je vous proposerai d'abord quelques articles nécessaires pour compléter votre théorie sur la propriété. Que ce mot n'alarme personne. Ames de boue, qui n'estimez que l'or, je ne veux point toucher à vos U*ésors, quelque impure qu'en soit la source! Vous devez savoir que cette loi agraire, dont vous avez tant parlé, n'est qu'un Êmtôme créé par les fripons pour épouvanter lés imbéciles ; il ne fallait pas une révolution sans doute pour apprendre à Tunivers que l'extrême disproportion des fortunes est la source de bien des maux et de bien des crimes ; mais nous n'en sommes pas moins convaincus que l'égalité des biens est une chimère. Pour moi , je la crois moins nécessaire encore au bonheur privé qu'à la félicité publique. Il s'agit bien plus de rendre la pauvreté honorable , que de proscrire l'opulence. La chsiumière de Fabricius n'a rien à envier au palais de Crassus. J'aimerais bien autant, pour mon compte, être l'un des fils d'Aristide, élevé dans le Prytanée aux dépens de la République , que l'héritier présomptif de Xercès , né dans la fange des cours, pour occuper un trône décoré de l'avilissement des peuples , et brillant de la misère publique. > Si Robespierre n'eût point succombé le 9 Thermidor, nous savons que les mêmes raisons ne l'eussent pas alors contraint peut-être à la même prudence. 11 vient de consacrer le droit pour tout citoyen de disposer à son gré de Tome I. 22,

ses biiins et de ses revenus; et le 9 Thermidor, on saisira sur Saint-Just uo agenda où est écrite sa résolution de décréter c le partage des fermages, i C'était un premier pas vers la loî agraire , sans contredit.

Nous allons pouvoir mieux encore constater le pl^iat de Robespierre. Nous savons que Saint-Just, dans ses Fragments , pose nettement le principe de Timpôt progressif. Â Sa suite , et cette fois encouragé par l'indication de la même idée dans le projet de Condorcet, Robespierre demande aussi que l'impôt soit déclaré progressif, c Les

> citoyens dont les réVenus n'excèdent point ce qui est

> nécessaire à leur subsistance , doivent être dispensés

> de contribuer aux dépenses publiques* Les antres doii vent les supporter progremvement selon l'étendue de » leur fortune. »

Une autre preuve de la dépendance de Robespierre visà-vis de Saint-Just en fait d'idées , c'est ce passage du même discours où il demande la consécration de la Fraternité des peuf^es. Saint-Just avait écrit dans sob deuxième Fragment , intitulé De la Société : c Les animaux de même espèce n'ont point formé de sociétés particulières armées les unes contre les autres. Les peuples se sont cependant armés contre les peuples.... Un peuple en corps (puisqu'il existe des peuples) , forme une force politique contre la conquête. L'état social est le rapport des hommes entre eux ; l'état politique est le rapport des peuples.... On a mal appliqué le principe politique; il n'appartient qu'au droit des gens, c'est-àdire qu'il était de peuple à peuple. Cela même est une loi de nos institutions ; ce ne sont pas les hommes qui

> se foiU hï guevte, mais les Etats, t Celte idée en gcfme encore et à laquelle manque une conclusion , Robespierre, plus habile , s'en empare. 11 en fait même un texte d'accusation contre le Comité girondin en la précisant en ces termes :

€ Le Comité a encore absolument oublie de consacrer les devoirs de fraternité qui unissent tous les hommes à toutes les nations, et leur droit à une mutuelle assis^ tance. Il parait avoir ignoré les bases de rétemelle alliance des peuples contre les tyrans. On dirait que votre déckiration a été foite pour un troupeau de créatures humaines parqué sur un coin tlu globe , et non pour l'immense famille à laquelle la nature a donné la terre pour domaine et pour séjour.

> Je vous propose de remplir cette grande lacune par les articles suivants. Ils ne peuvent que vous concilier l'estime des peuples ; il est vrai qu'ils peuvent avoir l'inconvénient de vous brouiller sans retour avec les rois. J'avoue que cet inconvénient ne m'effraie pas ; il n'effraiera point ceux qui ne veulent pas se réconcilier avec eux. Voici mes quatre articles :

f Art. P'. Les hommes de tous les pays sont frères , et les différents peuples doivent s'entr'aider selon leur pouvoir, comme los citoyens du môme État.

> II. Celui qui opprime une nation se déclare l'ennemi de toutes.

• IIL Ceux qui font la guerre à |in peuple pour arrêter les progrès de la liberté, et anéantir les droits de l'homme, doivent être poursuivis par tous , non comme

> des eunemis ordinaires , mais comme des assassins et » des brigands rebelles.

• IV. Les rois, les aristocrates» les tyrans, quels qu'ils 1 soient, sont des esclaves révoltés contre le souverain 1 de la lerre, qui est le genre humain , et contre le l^^is* » lateur de Tunivers , qui est la nature, >

Nous avons entendu Saint-Justdéclarerhautemeat dans ses Fragments que Tinsurrection est le droit exclusif du peuple et du citoyen. Robespierre va s'emparer de cette maxime; à la phra&e de Saint-Jùst il ne fera guères que changer le mot droit en celui de devoir, et, pour la première fois depuis Tempyrique Minos, on lira, dans le code d'une nation qui se prétend civilisée , cette épou^ vantable loi : c L'insurrection est le plus saint des de- » voîrs. »

Nous disons que Robespierre a pillé Saint-Just jasque dans sa phraséologie, jusque dans ses expressions de prédilection. Saint-Just, nous l'avons vingt fois fait remarquer, abuse du mot vertu. Dans son premier Fragment il dît, pour ne citer qu'un exemple : c La politique » des voisins d'un peuple libre s'est efforcée de corrompre

> ou de faire proscrire les hommes dont les talents et les 1 vertus pouvaient être utiles à leur pays. » Voici la rédaction de l'article quatre de la Déclaration des Droits de l'Homme, proposée par Robespierre, et adoptée sans modification par la Convention : c Art. IV. Tous Jes cii toyens sont admissibles à tous le3 places , emplois et » fonctions publics : les peuples libres ne connaissent » d'autres motifs de préférence dans leur choisi que les » vertus et les talents. »

Ainsi pour nous, flobespîerre ne nous a^^arait que comme une sorte de rapporteur du Comité constitutif des Jacobins. Plus connu , plus habitué , plus adroit, plus puissant par conséquent que ses collègues, il fut désigné par eux pour mettre en ordre leurs idées à chacun , pour les coordonner. Moins avancé , moins radical , ou pliMp disposé aux concessions qui n'effraieraient pas ce que c& jeunes hommes si ardents devaient appeler de méprisables préjugés, mais préjugés avec lesquels cependant il fallait compter, il s'assimila les doctrines de chacun ; il se les rendit propres. Son pavillon redouté couvrit cette marchandise hybride et de toutes provenances. C'est ainsi qu'il put donner son nom à cette monstrueuse Déclaration des Droits de l'Homme, où nous retrouvons des inspirations du fou Anacharsis Clootz à côté des pensées et du style de Saint-Just.

Saint-Just faisait à Robespierre sa politique, a dit der^ nièrement avec un grand bonheur d'expression M. Granier de Cassagnac, bien plus dans le vrai que M. de Lamartine qui sacrifie tout ù Robespierre. Il est un homme très à même de préciser l'influence de Saint-Just sur Robespierre, car il les connut intimement et votait avec eux et comme eux à la Convention. C'était le représentant Levasseur, l'une des sommités de l'extrême Montagne.

Quand il parle des projets communs à ces deux hommes, c'est presqme toujours Saint-Just qu'il nomme. S'il s'occupe de dissentiments entre les membres du Comité de Salut Public, c'est pour dire que Collot-d'Herbois et Billaut-Varennes, dirigés dans la crise révolutionnaire

par leurs intérêts particuliers, luttaient contre Sainl-Just par peur c de ses vues élevées. > Au c féroce Collot, un

> chef d'école, > il oppose le c rigide Saint-Just, i chef d'une autre école de démocrates. Bien plus rarement parie-t-il de Robespierre.

\' Voici ce que Levasseur dit dans ses mémoires :

c Robespierre a toujours été regardé comme la tête du *

> gouvernement révolutionnaire. Pour moi qui ai vu 1 de près les événements de cette époque , j'oserais pres-

> que affirmer que Saint-Just y eut plus de part que

> Robespierre lui-même. > Et plus loin, Levasseur syoute: c Intimement lié avec Robespierre, Saint-Just lui était » devenu nécessaire, et il s'en était fait craindre peul- » être encore plus qu'il n'avait désiré s'en faire aimer.

> Jamais on ne les a vus divisés d'opinions, et s'il a Mu

> que les idées personnelles de l'un pliassent devant cdies

> de l'autre, il est certain que jamais Saint-Just n'a cédé.

> Robespierre avait un peu de cette vanité qui tient de

> l'égoïsme ; Saint-Just était plein de l'orgueil qnî nait de » croyances bien affermies. » (i)

(1) Barère n*héske pas à déclarer que, dans sa pensée, Saint- Just valait bien plus que Robespierre. « Depuis le mois de mars » 1794, » écrit-il, « Robespierre m'a paru changer de conduite; Saint- » Just y contribua sans doute beaucoup ; mais ce guide était trop » jeune. » — Plus loin , il ajoute cette phrase encore plus exprès^ sive : « Nous ne nous dissimulons pas que Saint-Just , taillé sur un » patron plus dictatorial , aurait uni par renverser Robespierre pour » se mettre à sa place. » — Dans un autre passage de ses Mémoires, et revenant sur cette idée , Barère dit encore : « Saint-Just était » plus profond et plus capable de révolutionner que Robespierre. »>

£n dehors , du reste, de ces affirmations ai^uyées sur la fréquentation intime des hommes et Tétude de leurs caractères , les faits sont là avec leur éloquence ; ils nous prouvent au delà des nécessités de la démonstration Tinfériorîté inteUectuelle et morale de Robespierre et Timmense prédominence de Sâlnt-Just.

CeluiTciprit peu de part à la discussion publique de la Constitution de Condorcet qui, présentée le 13 février i793, ne fut débattue que le 17 avril suivant , apparut de loin en loin et fut enterrée le 27 mai dans ce qu'on appela le complot des Girondins contre la République, ce qu'on aurait pu nommer avec plus de justice et de sincérité la conspiration de la Montag^ne contre la Gironde. Saint-Just demanda pour la première fois la parole le mercredi 24 avril. Robespierre venait de terminer le discours où il avait exposé le plan du Comité Jacobin et lu sa Déclaration des Droits de THomme, aux applaudissements exagérés de la minorité et du public des tribunes.

c Tous les tyrans, » dit Saint-Just avec cette emphase, à la fois dogmatique et dédaigneuse, de l'attitude et de la € phrase; tous les tyrans avaient les- yeux sur nous lorsque

> nous jugeâmes un de leurs pareils; aujourd'hui que, par

> un destin plus doux, vous méditez la liberté du monde, » les peuples, qui sont les véritables grands de la terre , » vont vous contempler à leur tour.

> Vous avez, craint le jugement des hommes quand I vous fîtes périr un roi , cette cause n'intéressait que

> votre orgueil ; cdle que vous allez agiter est plus tou- » chante, elle intéresse votre gloire : la Constitution sera » votre réponse et voti*e manifeste sur la teiTc.

1 Qu*il me soit permis de vous présenter quelques idées

• pi*atique^ : le droit public est très étendu dans les » livres ; Us ne nous apprennent rien sur l'application et » sur ce qui nous convient.

» L'Europe vous demandera la paix, le jour que vous » aurez donné une Constitution au peuple français. Le

• même jour, les divisions cesseront, les factions acca- » blées ploironl sous le joug de la liberté ; les citoyens » retourneront à leurs ateliers , à leurs travaux , et la

• paÎK régnant dans la République fera trembler les » rois.

) Soit que vous fassiez la paix ou que vous fassiez la

• guerre, vous avez besoin d'un gouvernement vigoureux ; » un gouvernement faible et déréglé qui fait la guerre » ressemble à l'homme qui commet quelques excès avec » un tempérament faible; car, en cet état de délicatesse » où nous sommes, si je puis parler ainsi, le peuple » français a moins d'énergie contre la violence du des- » potisme étranger ; les lois languissent , et la jalousie de » la liberté a brisç ses armes. Le temps est venu de se- » vrer cette liberté et de la fonder sur ses bases, la paix 1 et l'abondance , la vertu publique , la victoire. Tout est » dans la vigueur des lois : hors des lois , tout est stéHle > et mort.

» Tout peuple est propre à la vertu , et propre à vaincre ; » on ne l'y force pas , on l'y conduit par la ss^esse. Le » Français est facile à gouverner ; il lui faut une Consli- » tution douce , sans qu'elle perde rien de sa rectitude. » Ce peuple est vif et propre à la démocratie ; mais il ne » doit pas être tiop lassé par l'embarras des affaires pu-

) bliques ; il doit être régi sans faiblesse , il doit l*étrc

> aussi sans contrainte.

» En général, l'ordre ne résulte pas des mouvements

> qu'imprime la force. Rien n'^st réglé que ce qui se ) nieut par soi-même , et obéit à sa propre harmonie. La » force ne doit qu'écarter ce qui est étranger à cette hari monie. Ce principe est applicable surtout à la Consli* » tution naturelle des empires. Les lois ne repoussent

> que le mal ; Tinnocence et la venu sont indépendantes » sur la terre.

> J'ai pensé que l'ordre social était dans la nature

> même des cboses , et n'empruntait de l'esprit hunu^in

> que le «oin d'en mettre à leur place les éléments divers; » qu'un peuple pouvait être gouverné sans être assujéti , » sans être licencieux et sans être opprimé ; que l'homme

> naissait pour la paix et pour la vérité, et n'était mal-

> heureux et corrompu que par les lois insidieuses de la » domination.

> Alors j'imaginai que si l'on donnait à l'homme des » lois selon sa nature et sou cœur, il cesserait d'être t molheui^ux ei corrompu, »

Le reste de ce discours n'est qu'un tissu de généralit('îs à la Montesquieu , de phrases empruntées aux deux brochures politiques dont l'étude bous dispense de reproduire la longue , aride et absti*aite leçon d'économie politique où nous ne remarquons plus guères que ces deux passages : c Si vous voulez savoir combien de temps doit

> durer voire République , calculez la somme de travail » que vous pouvez introduire, ei le degré de modestie I compatible avec l'énergie du magistral dans un grand

TouiE I. 25

» domaine. > •— f Dans la Constitution qu'on vou^ a pré- » sentée, ceci soit dit sans offenser le mérite, il y a peut- 1 être plus de préceptes que de lois -, plus de pouvait que > d'harmonie, plus de mouvement que de démocratie. » Elle est rhommage sacré de la liberté ; elle n'est point » la liberté elle-même, i Robespierre a oublié d'expliquer la pensée qui a présidé à la création dtî l'œuvre du Comité jacobin. Comme il n'a pas créé cette pensée luimême,peut-étre n'est-ce pas là de l'oubli^mais de l'impuissance. Saint-Just vient suppléer à l'insuffisance de son ami. N'y aurait-il que cette seule preuve de la paternité presqu'exckisive de Saint-Just, nous nous sentirions couvaincu , et cette paternité, nous la refuserions à Robespierre, le médiocre, le peureux, l'heureux plagiaire.

Une seconde fois, c'était le 15 mai, Saint-Just prit la parole dans la discussion des plans de Constitution , à propos de la division politique de la République française. C'est comme toujours une abstraction dure, incolore, magistrale , et qui semble ne prendre part que de loin aux événements; ceux-ci n'en sont que les prétextes. Nous ne parlerions pas de ce discours, si nous n'y apercevions en germe la haine et la lutte de la Centralisation réprésentée par la Montagne contre le Fédéralisme des Girondins , qui pensaient à refaire les anciennes provinces et à les soulever contre l'absorption et la tyrannie de Paris. « Il y a un féuéralisme de droit : ce serait celui où la » forme avouée du gouvernement l'aurait établi , » avmt dit déjà Saint-Just dans ses Fragments. < 11 y a un fcdei-a- » Usme de fait, dans le cas où, quoique le gouvernement » fut un, chaG\ue ville, chaque commune s'isolei^aient

1 d'intérêt. — C'est ce qui arrive en ce moment ; chstcun » retient ses denrées dans son territoire , toutes les pro- » ductions se consomment sur le sol. — Le but d'un gou- 1 vernement opposé au fédéralisme n'est pas que l'unité » soit au profit du peuple. // faut donc empêcher que per- » sonne sHsole de fait,.. » Tout le 31 mai est là. Ce passage est gros de menaces et de tempêtes politiques. C'est contre le Fédéralisme de fait , contre l'idée de la Décentralisation que fut inventée l'idée de la Terreur. Le discours du 15 mai fait pressentir le rapport accusateur de Juillet. Saint-Just condamne le Fédéralisme de France en condamnant en ces termes le Fédéralisme des Etats-Unis: t Cet Etat confédéré n'est point une République ; aussi les

> législateurs du Nouveau-Monde ont-ils lanssé dans leur

> ouvrage un principe de dissolution. Un jour (et puisse » cette époque être éloignée ! ) un Etat s'armera contre 1 l'autre ; on verra se diviser les représentants, et l'Amé- » rique finira par la confédération de la Grèce. >

En entendant ces paroles qui avaient un sens pour elle, qui ne paraissaient qu'un exemple et cachaient cependant une déclaration de guerre à mort , la Gironde dut frémir. Elle se sentait désignée. Elle était devinée , démasquée. Son plan de conspiration était connu dé Robespierre. Saint-Just en avait trop dit, et quand il ajouta avec cette froide détermination, un des plus grands mérites en temps de révolution : t Si pour avoir négligé les

> principes de la liberté, votre édifice s'écroule, les

> droits de l'homme sont perdus et vous devenez la fable » du monde , » les Modérés de la Convention prévirent

une attaque décisive et prochain^ C'était un prélude , un appel au combat.

Pourquoi Saint-Just demaude-t-il la suppression des Consdls généraux de déparlement? C'est qu'il voudrait détruire l'influence ho^e de la boui^eoisie entre les mains de laquelle se trouve concentré tout le pouvoir. Ce pouvoir, c'est pour l'obtenir qu*eUe a fait la Révolution; et pour le conserver, elle donne la main au Fédéralisme. Â Paris , on sait que la grande majorité des Conseils départementaux a pris parti pour la Gironde , et on songe déjà à les détruire pour leur substituer l'autorité oppressive et absolue. des représentants en mission, des conmiissaires envoyés par la Centralisation en vue seulement de la Centralisation. Saint*Just l'a dit : c L'autorité dans cha-

> que département se constitue en indépendance , et par 1 l'indépendance de son territoire, chaque départemeat

> aura des représentants distincts ; et si la représentation

> se divise par le choc des intérêts ou des passions, la

> République française est dissoute. > (Discours du 24: mai.)

Pourquoi veut-il la séparation de chaque département en trois grandes Communes. Il l'a avoué, la Gironde le lui a entendu dire : c C'est qu'il craint que , à un jour

> donné , un complot d'ensemble n'écrase le peuple épars » en petites municipalités. >

Pourquoi réclame-t-il l'unité du pouvoir municipal pour chaque ville et entre les mains d'un seul maire ? Les Girondins touchent du doigt sa raison : c'est d'ailleurs celle de tous les émcutiers et révolutionnaires dont les efforts se sont toujours et de suite portés sur l'Hôtel-de-

^•«■Bwé

Ville de Paris. Maîtres de rtiôlel-de-Ville, ils le sont de Paris; maîtres de Paris, ils le sont de la France. La Gironde sait qu1l n'a pas dit toute sa pensée dansée discours menteur où il réclame une seule mairie pour la ville-despote : € Vous craignez l'immense population de quelques villes , » de celle de Paris ; cette population n'est point redou- » table pour la liberté. vous qui divisez Paris sans le » vouloir, vous opprimez ou partagez la France! Que la 1 nation tout entière examine bien ce qui se passe en ce 1 moment. On veut frapper Paris pour arriver jusqu'à 1 elle ; on a dit que cette division de Paris touchait à son

> intérêt même , et qu'elle fixerait dans son sein les lé-

> gislatures. Cette raison même doit vous déterminer à » ne point diviser Paris : si les législatures étaient divî-

> sées comme nous , Paris bientôt serait armé contre 1 lui-même. Paris n'est point agité ; ce sont ceux qui le » disent qui l'agitent ou qui s'agitent seuls. L'anarchie » n'est point dans le peuple, elle est dans l'amour ou la » jalousie de l'autorité.

» Paris doit être maintenu , il doit l'être dans le bon- » heur commun de tous les Français ; il doil l'être par

> votre sagesse et votre exemple. Mais quand Paris s'é-

> meut, c'est un écho qui répète nos cris; la France en- » tière les répète. Paris n'a point soufflé la guerre dans I la Vendée ; c'est lui qui court l'éteindre avec les dépar- » tements. N'accusons donc point Paris, et, au lieu de le » diviser et de le rendre suspect à la République , renj dons à cette ville en amitié les maux qu'elle a soufferts » pour nous. Le sang de ses martyrs est mêlé parmi le

> sang des autres Trançais; ses enfants et les autres sont

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