‹ Saint-Just et la terreur (volume 2)Chapitre 22 sur 25 · Tome I · texte numérisé non relu

Tome I

> enfermés dans le même tombeau. Chaque département ¥ veut-il reprendre ses cadavres et se séparer?

» Si vous divisez la populStion pour diviser l'autorité » înunicipale , ou vous allumez une guerre éternelle entre » les citoyens , ou par le dégoût de lois tyranniques , de » lois immorales , vous les armez sans cesse contre le » gouvernement. La violence du peuple fait tôt ou tard ^"Jus^ice des lois, déraisonnables et insensées.

1 Si Ton a prétendu que plusieurs municipalités gou*

> vendaient mieux qu'une dans la même ville , on s'est » trompé, je crois. Leurs débats seraient étemels , la ré-

> partition des impôts serait dangereuse, et, faute d'un » centre commun d'harmcHiie, l'autorité administrative » devenant arbitre, senût trop violente, trop sujette à ^ l'arbitraire, trop corruptible. Mais si vous venez à exa-

> miner l'administration municipale dans sa nature, elle

> est une administration populaire , paternelle et dômes-

> tique; c'est la partie de la législation qui doit être la » moins embarrassée ; cette administration est pour ainsi

> dire étrangère au gouvernement. C'est le peuple en » famille qui régit ses affaires, c U ne faut pas diviser les ï amis, » dit Lycurgue. D'ailleurs, cette administration » n'a point de rapports étrangers , elle n'influe en rien » sur le reste de la République ; et si vous ci*oyez que 9 ceux qui gouvernent les peuples ont aussi leur morale, * leurs droits limités , des règles de justice qu'ils ne peu-

> vent enfreindre, vous convenez naturellement que des

> citoyens d'une même ville ne doivent éprouver Faction

> di' pouvoir suprême que lorsque dans leur administra- » lion privée ils se sont écartés des lois.

> Ainsi, pour qu'une ville puisse se régir, il lui faut un

> centre d'harmonie ; ce centre ne peut être hors d'elle-

> même; car, comme je l'ai dit, il n'y a plus alors de » liberté , et le peuple est trop assujéti.

> Dans une grande République où l'action du gou* 1 vemement est pleine de force par l'étendue de ses

> rapports f quel serait l'assujétissement des villes ainsi » partagées? On me dira que le même inconvénient existe » pour les campagnes; mais je réponds qu'on ne peut

> opprimer im peuple , si on ne l'opprime tout h la fois, » et que les grands rassemblements de population garan- » tissent beaucoup les campagnes. Les villes ne mena- » cent pas plus les cabanes, que les montagnes ne mena- » cent les vallées qu'elles garantissent du tonnerre.

> Je réfléchis si l'administration municipale peut être » légitimement divisée , car vous ne pouvez point légitî-

> moment ce qui est Injuste. Elle forme un conseil natu-

> rel : ce conseil n'est plus , si les citoyens n'ont point un » intérêt commun , et ne sont point administrés en

> commun.

» Je me résume ; on a voulu diviser Paris pour tran- .> quilliser le gouvernement, et je pense qu'il faut un

> gouvernement équitable pour tranquilliser toute la » France , et réunir toutes les volontés à la loi , comme t les étincelles de la terre s'unissent pour former la » foudre. 11 ne faut point diviser Paris , ni nous en prendre » à lui de nos propres erreurs, et le rendre le prétexte » de ces cris étemels. 11 faut aller au but et faire le bien ; • quelque forme qu'on prenne , on n'en impose point ù » tout le monde; il est sans douli) quelque homme d»

» génie , dans cel empire , qui apprécie les vues parllcu^ » lières et les combat avec tranquillité. Je finis en posant i ce principe : l'administration municipale n'a point de > division légitime dans TEtat. >

Sous la lettre dissimulatrice de ce discours, la Gironde savait bien qu'il fallait chercher toute une idée. 11 entrait dans le plan de la Montagne et de ses tneneurs de créer à Paris, et entre les mains d'une mairie de choix, un immense pouvoir, absorbant, dominateur par la centralisation. Paris eût été à la France ce que Home avait été à la conquête , la tête et le cœur à la fois , la volonté inspiratrice et l'exécution. Hébert l'avouait tout haut dans ses journaux. Chaumette laissa trace de ce projet dans un mémoire manuscrit sur les vues d'un nouveau régime municipal opposé à la décentralisation identifiée dans le Fédéralisme qui, tout à l'heure, allait se dénwfiquer. Plus positif que Robespierre, ce n'était pas nne politique libérale que venait proposer Saint-Just; dans son ardeur de Centralisation, on sentait les ardeurs pour le pouvoir longtemps envié, pour la force concentrée qui donne ce pouvoir.

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