‹ Saint-Just et la terreur (volume 2)Chapitre 24 sur 25 · TOME I · texte numérisé non relu

TOME I

f jours odieux lorsqu'on les isole. Ceux qui étaient les 1 plus aveugles, les moins instruits des vues des chefs, » et conséquemment fanatiques, ont le plus écrit et le » plus parlé dans les derniers jours de la conjuration :

> comme ils avaient vu de plus près les conjurés, ils de^ 1 valent être leurs plus ardents défenseurs , parce qu'ils i étaient les plus séduîls par leur hypocrisie* Qu'on lise

> les récits divers, ceux de Lanjuinais et Kabaut, etceuiL i des autres répandus dans la France : ils ont fait du 1 crime un martyre : tout est écrit avec Inquiétude , avec i faiblesse, esprit de parti*

1 Vous avez vu le plan longtemps suivi d'armer le i citoyen par l'inquiétude, et de confondre le gouveme-

> ment par la terreur et les acclamations; mais vous » respecterez encore la liberté des opinions, votre Cot mité la réclame; on pourrait dire que les discours d'un » représentant sont des actions ; que cette liberté n'est i que pour les citoyens , qu'elle est leur garantie , mais I que, dans les actes du gouvernement, elle peut être 1 une politique insidieuse et suivie, qui compromette le i salut public. Etait-elle sacrée l'opinion qui condamna i Socrate et lui fit boire la cigûe? L'opinion qui fait périr 1 un peuple l'est-^lle davantage?

i Quoi qu'il en soit , la liberté ne sera point terrible 1 envers ceux qu'eUe a désarmés et qui se sont soumis i aux lois; proscrivez ceux qui nous ont fuis pour prendre f les armes; leur fuite atteste le peu de rigueur de leur 1 détention. Proscrivez-les, non pour ce qu'ils ont dit, 1 mais pour ce qu*ils ont fait; jugez les autres, et par 1 donnez au plus grand nombre. L'erreur ne doit pas

être confondue avec le crime , et voua n'aimez point à être sévères ; il est temps que le peuple espère enfin d'heureux jours , et que la liberté soit autre chose que la fureur de partis ; vous n'êtes point venus pour troubler la terre 9 mais pour la consoler des longs malheurs de l'esclavage; rétablissez la paix intérieure. L'autorité, brisée au centre , fait paitout peser ses débris ; rétablissez en tous lieux la justice et l'énergie du gouvernement ; ralliez lés Français autour de leur Constitution ; puisse-t-elle ne partager pas la haine conçue contre ses auteurs !

» On a poussé l'oubli de la morale jusqu'à proscrire cet ouvrage, fût-il propre ù assurer le bonheur du peuple français , parce que quelques-uns n'y ont pas concouru ; ils régnaient donc , ceux qui sont si puissants! et qa'attendez-vous d'eux, après tant de crimes? des crimes encore! Quelle est donc cette superstition qui nous érige en sectes et en prophètes, et prétend foire au peuple un joug mystique de sa liberté ? Vous ne pouviez faire de lois avec eux; et vous n'auriez point le droit d'en Ëiire sans eux ! Il serait donc des cas où la morale et la vérité pourraient être nulles ! 1 J'ai peint la conjuration ; fasse la destinée que nous ayons vu les derniers orages de la liberté ! Les hommes libres sont nés pour la justice ; on profite peu à troubler la terre ; la justice consiste à réprimer ceux qui la troublent.

i Vous avez eu le droit de faire arrêter ceux de vos membres qui trahissaient la République. Si le souverain était assemblé, ne pourrait-il pas sévir contre

T^'ïr

» (juelqii.'S-uus de s:is membres? vous qui 1^ repiT- » sentez, qui pourrait sauver la patrie, si ce n'était » vous-mêmes? Les détenus avaient donne les premiers » l'exemple dii la sévérité envere les représentants du » peuple ; qu'ils subissent la loi qu'ils ont faite pour les » autres; ils sont des tyrans, s'ils se prétendent au-dessus » d'elle ; qu'ils choisissent entre le nom de conjurés et » celui de tyrans, i

S;\int-Just se résume et annonce qu'il résulte des pièces remises au Comité de Salut Public :

« Qu'une conjui'uliou a été ourdie pour empêcher en » France l'établissement du gouveniemcnt républicain; » que l'anarchie a été le prétexte des conjurés pour » (comprimer le peuple, pour diviser les départements, et » les armer les uns contre les autres ;

» Qu'on a tenté de mettre sur le trône le fils de Capet;

» Que les efforts des conjurés contre l'établissement de » la République ont doublé depuis que la Constitution a » été présentée à l'acceptation du peuple français;

» Qu'on avait formé, dans les conciliabules de'Valazé, » où se rendaient les détenus , le projet de faire assassi- » ner une partie de la Convention ;

» Qu'on a tenté de diviser d'opinions le nord et le midi » de la France pour allumer la guerre civile;

1 Qu'à l'époque du 31 mai, plusieurs administrations, » excitées à la révolte par les détenus , avaient arrêté les » deniers publics et proclamé leur indépendance ;

» Qu'à cette époque, la conjuration contre le système V de gouvernement républicain avait éclaté dans les corps » administratifs de Corse, des Bouches-du-Rhône , de

TEure y du Calvados, qui sont aujourd'hui en rébellion. Votre Comité a pensé que votre justice devait être inflexible envers les auteurs de la conjuration ; il m'a chargé de vous présenter le décret suivant :

1 Art, i<^. La Convention nationale déclare traîtres à la patrie Buzot, Baii)aroux, Gorsas, Lânjuinais, Salles, Louvet, Bourgoîng, Bîroteau,Pétion,quî se sont sous* traits au décret rendu contre eux le S de juin dernier , et se sont mis en état de rébellion dans les départements deFËurc, du Calvados et de Rhône-el-Loire, dans le dessein d'empêcher l'établissement de la République , et de rétablir la Royauté.

1 II. n y a lieu à l'accusation contre Gensonné , Guadet, Vergniaud, MoUevault, Gardien, prévenus de complicité avec ceux qui ont pris la fuite et se sont mis en état de rébellion.

» III. La Convention nationale rappelle dans son sein Bertrand, membre de la Commission des Douze, qui s'opposa courageusement à ses violences ; elle rappelle dans son sein les autres détenus, phitôt trompés que coupables.

> IV. La Convention nationale ordonne Timpression des pièces remises au Comité de Salut Public , et décrète l'envoi aux départements. »

Tel est ce discours plein de finesse, d'habileté hypo- \ dite, d'interprétations peu précises, de fausses ]ueui*s, de mensonges que le temps se chargera de démentir , et par lequel Saint-Just commença sa carrière , si bien remplie,de rapporteur-bourreau. 11 venait de débuter par un coup de maître. On a dit de ce discoiu^ qu'il étonna le

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coté droil lui-même pansa modération. S'il Télonna vraiment, ce fut par la hardiesse de ses mensonges et de sa cruauté. St-Just avait dit qu'on pouvait mener les hommes avec un cheveu. Oui, quand la tête vient après ce cheveu. Pour tous, pour lui-même, ce rapport, c'est la persécution, c'est la mise en jugement, c'est la condamnation par le tribunal révolutionnaire, c'est la mort, c'est réchafaud ; personne ne s'y est trompé. Et cependant, voici ce que Saint-Just écrit dans son dix-huitième fragment sur les garanties : < Un député du peuple ne pourra 1 être jugé que par un jury de vingt-six membres , tirés » au sort parmi les députés , dont il récusera la moitié , » afin de ne pas exposer la Patrie à la merci d'un tribu- » nal. — Si un député est condamné , it doit choisir ui!

> exil hoi*s de l'Europe, pour épargner au peuple l'image

> du supplice de ses représentants. » Quelle effroyable contradiction ! Et bientôt il ne s'agira pas seulement des Girondins ! Les rapports de Saint-Just, dont Barère a dit qu'ils frappaient comme hx hache , abattront les têtes dt*s députés héberlîstes, des Dantonistes, des Athées. Quand il tombera, c'est qu'il n'aura pas eu le temps d'égoi^er, ù l'aide <lu rapport qu'on neltti permettra pas de lire , les dissidents des Comités et de la Convention.

Il est une pièce très-curieuse et très-rare surtout. C'est la réponse inspirée par cet odieux rapport à un Girondin , à Louvet , si l'on en croit les collectionneurs des mémoires sur la Révolution; du reste, elle est assez dans son faire et dans son style. Elle est datée de Caen , le i3 juillet ildSy de imprimerie île la Vérité, rue du Puits- Qtn-Parïe, La date n«)us paraît prouver matérielleniL'nl

que cette réponse n'arrivait pas de Caen , où le discours de Saint-Just ne put parvenir que le 10 ou 11 juillet; le temps devait évidemment manquer pour la rédiger, la faire imprimer et parvenir à Paris.

Cette brochure débute ainsi : < Le voilà donc connu ce

> secret plein dliortur!,.. Ainsi s'exprimait Boucher t d'Arg^is, le Saint-Just de son temps, sur la grande cons-

> ph'aiion du 5 octobre 1789, à la barre de l'Assemblée t Constituante; et chacun savait, avant que Boucher

> d'Argis eut commencé, qu'il n*y avait d'horrible dans » sa procédure que la scélératesse qu'il y avait mise. » Coi^mencée sur ce ton de raillerie, la Réponse d'une Société de Girondins persifile continuellement et sans pitié le rappoileur du Comité de Salut Public. Elle met en opposition c M. le chevalier de Saint-Just, tout aussi noble que iBoucher d'Argis, le lieutenant-criminel du Chatelet, lavec le forouche républicain du rapport. On se moque de ses mensonges guindés , c mensonges en style académique , i de ses c élégantes i calomnies, de ses c jolies > scélératesses, toutes épithètes qu'appelait naturellement la c jolie > figui*e du rapporteur , sa mise < élégante , > ses prétentions i la phrase, c II n'appartenait, > lui dit-on, c qu'à sa ci-devant seigneurie , M. le chevalier de Saint-

> Just, de calomnier avec autant de gentillesse^ et de » tourner en calembourgs aussi délicats , les ordures du » Père Duchène , les alrocités de Maratet les rapsodiesde

> Robespierre, i II est constamment question des < char-

> mantes sottises de M. de Saint-Just, de ses dires élé-

> gants y des nobles joues de M. le chevalier, des bril-

» larUes aniithèftes de M. le chevalier, » le tout souligné pour plus d'effet.

Dans cette brochure, le rapport de Saint4tt$t est, on le comprend, amèrement discuté pas à pas, phrase à phrase, point par point. L'aigreur répond au mensonge. Les preuves font défaut dans cette brochure conune dans le rapport du 8 juillet. Mais s'agit-il bien de preuves en temps de révolution ! Ce qu'il faut, c'est Fénei^ie opposée à rénergie, c'est la menace repondant à la menace, rinsulte à l'insulte ; c'est le sang qui efface le sang. C'est ainsi que se termine la Réponse d*une Société de GirondinSf par l'énergie, par l'insulte, par la menace, par la promesse d'une vengeance 4>rochaine. On va le voir.

c Courage, M. de Saint-Just! » s'écrie le pamphlétaire Girondin, dans toute l'amertume de son ironie, c Cou- • rage l encore quelques moments ! Vous, vos amis du t Salut Public, votre Marat surtout, tous vous aurez 1 bientôt la joie de revoir ces maudits Traîtres y qui ont > eu la perfidie d'échapper à leurs gardes et de ne pas 1 aimer les caresses de M. Henriot ! Ils iront discuter eux- 1 mêmes votre joU rapport et feire à votre décret queli ques amendements dont vous serez satisfais! Courage! » nous vous promettons que cela ne tardera pas!... i

Alors, la raillerie fait place à la colère, c Oui , vilsscé- » lérats ! le moment des vengeances approche! La toute- » puissance nationale vous environne! La hache est prête! i Tremblez ! Les preuves de vos crimes ne sont point de 1 vains chiffons qu'on promettra sans les produire. Ces 1 preuves sont écrites déjà dans la mémoire de tous les » Français, et vos têtes coupables ne peuvent plus se

> dérober à ki juslico du peuple qii s'avance et déj'i » s'appesantit sur vous !... »

Malheureusement, la hache n'était pas prête, et h's têtes coupables ne tombèi^ent qu'api'ès de longs et ii*réparables désastres !

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