Tome I. i
• comme il a dû le faire; le suivre en son intéticiir » et dans ses mœurs domestiques aussi avant que ï> Ton peut le rattacher par tous les côtés k cette
* terre , à cette existence réelle , k ces habitudes de 9 chaque jour, dont les grands hommt^s ne dépen-
> dent pas moins que nous autres , fond véritable sur ■$ lequel ils ont pied , d*oii ils partent pour s^élever
> quelque temps et où ils retombent sans cesse. » Nous acceptons volontiers pour nous-mème cette
définition et ce programme du travail auquel nous allons nous livrer , travail ardu mais consciencieux ^ copieux et fécond en enseignements sérieux et nouveaux tout ensemble , forcément diffus et que nous ne craignons pas de < submerger sous les détails, » suivani l'expression de M. Victor Hugo, difficile mais utile en un moment surtout où les successeurs de rhomme dont nous allons essayer d'esquisser la biographie telle que la comprend le maitro, s'agitent violemment, reprennent en sous-<Buvre l'entreprise politique et idéologique de Saint-Just, osent nier Thistoire et glorifier leur horrible idole.
Ce que nous allons essayer, le voici sans ambages ^ sans détours , sans précautions de la phrase , sans
précaulions de la pensée ; le voici crûment , sévèreraent exposé en deux mois :
Il est une école politique qui , soit par inlérél d'avenir , soit par frayeur du passé , veut idéaliser Saint-Just. Pour dissimuler l'implacable dureté et les sanglants souvenirs , pour atténuer la portée de la tradition , les dévoués ont imaginé toute une légende poétique et chevaleresque. On ne nie pas les massacres, la tyrannie , la Terreur ; mais on présente l'égorgeur poussé comme par la main de la fatalilé et obéissant k une pensée systématique , invincible , qu'il a trouvée toute faite en lui dès son enfance, dès son entrée en ce monde , contre laquelle il n'a pu se défendre et résister. (Edipe était plus à plaindre qu'à blâmer , quand une fatalité qu'on ne peut définir le rendait le héros de tant de forfaits que sa volonté seule et sa conscience ne l'auraient point conduit h commettre. D'un autre côté , on tressait au plus jeune des Conventionnels une couronne brillante de vertus privées , de sagesse, de continence, et on parait ce front terrible et rendu moins sombre d'une auréole magique dont l'éclat violentait le regard et pouvait faire oublier peut-être les souvenirs du Comité
de Salul Public. Si, de plus, tous, amis et ennemis , s'accordaient a reconnaître en ce jeune homnie le courage du champ de bataille dans les plaines de Strasbourg et de Fleurus , le courage civil quand il marcha d'un pas si ferme à la mort , que lui manquait-il donc pour forcer l'admiration et les applaudissements de la foule ?
C'est cet échafaudage de vertus, le courage seul survivra , que nous voulons renverser , afin que le trop grand nombre d'honnêtes gens égarés à la suite de M. de Lamartine , de Charles Nodier , et de certains historiens intéressés k propager Terreur , connaissent bien tout l'homme et l'apprécient à sa juste valeur.
S'il avait obéi a une pensée créée avec lui , insurmontable, à cette fatalité qui Taurait rendu nécessairement cruel , Saint-Just dans ses livres que nous étudierons soigneusement , longuement , n*eût point chanté la Douceur , la Clémence en politique , THorreur du sang. S'il eût été sincèrement vertueux , s'il eût réellement aimé cette chasteté platonique dont il afficha les dehors austères aux dernières années de sa vie, il n'eût point écrit l'ignoble poëme dont la li-
eeoce et le dévergondage suffiraient seuls pour convaincre un homme de dépravation profonde.
Saint-Just a bien fait tous ses efforts pour préparer et fortifier l'illusion qui aveugle encore aujourd'hui beaueoup d'hommes honnêtes ; il a bien essayé d'anéantir le livre de son début , le livre qui Taccusait si hautement d'hypocrisie , de tromperie. C'est ce livre dont nous userons comme d'un levier puissant pour jeter k bas tout son édifice d'artifice et de mensonge. Ce livre, écrit par lui dans un moment où il ne soupçonnait point encore l'immense attention qui s'attacherait k sa personne ^ le démasquera mieux que la discussion la plus impartiaFe , que les négations aux quelles on pourrait donner la haine pour principe.
Nous ne nous en cachons pas : celle étude , ou plutôt cette démonstration , sera très systématique , très durement radicale : nous en prévenons , dès nos premières pages , ceux qui seraient tentés d'ouvrir ce livre. Nous croyons à une corruption précoce et qui a tout gâté , k une scélératesse empreinte , c'est vrai, de grandiose et d'éclat , mais qui n'en est que plus haïssable. \
Quand nous avons écrit la biographie de Camille^