Tome
ii'ctat fail>lit , tît les lois sans vigueuf Respectent l'or du coupable en faveur.
ÎKms ses écarts , la reine forcenée ' Foule, mon fils, d'un pied indifférent Et la nature et tout le peuple franc.
Son avarice , et cruelle et prodigue , Pour amasser partout cabale , intrigue, Kssipe ensuite et, sans s'embarrasser , Crache le sang qu'elle vient de sucer , Cruel vautour dont la faim irritée Du peuple entier fait un vrai Prométhée !.- Le maîheureiix pousse sous ces débris I)e vains soupirs étouffés par ses ris , E< le» sueurs et les pleur» dè»pro(viinces Moussent dans Tor à la table des princes»
La loi recule , et le crime insultant Broie en triompbe un pavé gémissant.
D'un bras débile et flétri de misère , Le laboureur déchire en vain la terre ; Le soir, il rentre.— et TaflOreux désespoir E^t descendu dans son triste manoir ; Il voit xevûx sai femme désolée :
Notre cabane est, dit-elle , pillée...
Et qui TaÊtit...? ditTépoux plein d*eflQroi.
Et qui Ta fait..? qui Ta voulu..? Le roi !.^ Le roi, mon fils ! Sa funeste indolence Ignore, hélas! les malheurs de la France.
De noirs tyrans écrasent ses sujet».
Et sa faiblesse épouse leurs forfaits.
La Corn* n'est plus qu'un dédale de crimes ; Des traces d'or y tiennent lieu de fil.
L'honneur s'y vend au coup le plus si J)til , Et , tour à tour triomphants et victimes , Dupes des rets par eux-mêmes tendus ,
Flattés tuer , anjoiurd'hui confondus , Tous ces tyran», assis sujt une boule , Sont un torrent qui bouillonne et s*écoule.
Telle est la France ! .>
L'Ange déposa Organt dans la Sicile. Pourquoi la Sicile plutôt que FEspagne, plutôt que tout autre contrée? C'est qu'en lîcile de toute éternité royaume de Vulcain, c'est qu'en Sicile le mari de Vénus a conservé un reste de pouvoir au milieu des forges de 'l'Etna où il a transporté sa puissance de dieu et son industrie de foi^cron.
Antoine Organt savait son catéchisme.
Vulcain , dit-il , vous ! Dieu du Paganisme î Par quel hasard vous retrouvè-je ici ?
Tout l'univers vous croit anéanti !
Pourquoi la Sicile? C^étaît afin de créer et saisir Toccasion de refaire l'Iliade ordurière déjà écrite et dessinée parParny. Vulcain raconte la lutte des deux Olympes, des deux Empyrées, des deux religions» Le Dieu des Chrétiens a vaincu Jupiter, et, voyant que le genrq humain, dit le mari boîteux de Cypris,
Ne serait pas mdlleur qu^ Tordinaire , 11 me laissa TanUque ministère De fabricant du céleste tonnerre.
C'est grand pitié qu'on ait ainsi chassé , Disait Organt, ces Dieux du temps passé !
Valaient-ils pas ce que vsSent les nôtres?
Ce Dieu fameux qui, le thyrse à la main , Endoctrina si bien le genre humain , Valait-il pas nos rechignes apôtres ?
Oh ! si jamais j'en avais le pouvoir ,
-^ Hï ~
(qu'on retienne bien ce souhait qui devra si tôt s'accomplir ! )
J'aurais bientôt TanUquité yengée,
Et balayé le dlTin apogée
D'Anges et de Saints à froc ou noir ou blanc. (1)
Pendant le récit de Vulcain, les Saxons et les Alains avaient envahi la France et marchaient sur Paris. Ils campent sous ses murs. Deux géants payens provoquent à un combat singulier deux chevaliers de la ville assiégée. Vous croyez assister à l'un de ces tournois, lieu commun banal et obligé des romans de chevalerie ! L'auteur vous réserve le récit de bien autres combats! Pour donnei* seulement une idée de ce qu*a osé sa plume effrontée , les mots nous manquent. Il faut s*en remettre ii Fimagination, encore pourvu qu'elle ne craigne pas de se souiller de fange et d'impudiques images. Organt, Nicette, le moine Georges, une nouvelle dévergondée qu'on appelle Isabelle, tournent et s'agitent dans un cercle infame,dans un imbroglio qu'il faut se hâter d'oublier. En fin de compte, Organt retrouve sa Nice et oublie près d'elle Turpin,
les armes , les combats,
Et laisse en paix rouiller son coutelas !
Enfin! nous touchons au dénouement. Ecoutons un dernier couplet de satire débité par l'écuyer d'Organt que son maître vient aussi de retrouver. Cet écuyer , quand Or-
(1) Ce dernier versa onze pieds. OrgatU en compte plusieurs de celle facture.
gaïit fut entraîné par l'âne créé par FËnfer pour le détourner du Bhln où la luxure retenait Turpln ; cet écuyer cherchait partout son maître. 11 arriva dans une plaine
Où voltigeait Tapparence incertaine
De spectres d*air. L'un s'appelait V Honneur,
Dans le cristal de sa Irèle substance
On distinguait les taches de son cœur »
La Fausseté , TOrgueU et Flmpudence ,
L'Intérêt nud et le Dépit rongeur.
Plus loin venait , sur une boule huilée »
De bulles d'air la Ptyriune habillée ;
L'ceil, ébloui par son édat changeant ,
Porte au cerveau le dé^ et l'envie.
Là , Y Avarice au ventre de harpie ,
Mourant de feim pour nourrir son argent.
Je Tois plus loin la Pditique douce
Qui va baisant le bras qui la repousse,
VBspoir gonflé , son haleine suivant ^
El que berçadt V Intérêt complaisanU
Plus lohi venaient les Promesses fidelles ;
On les voit tendre avec compassion
Une main vide à la Soumission ^
Et vers le dos elles ont les mamelles.
VOec€tsion vint ensuite à passer;
On la Êdt naître ; on ne peut la fixer.
Le tourbillon I qui roulait sur sa trace ,
Me laissa voir et V Intrigue et V Audace.
La Gloire vint sur un char azuré
Et de soupirs enfle un habit doré.
V Orgueil parut; il suivait la IMssimee ,
Et celles, mardiant à reculons.
Vint aboutir à l'antre d'un larron.
La Flatterie agaçait V Innocence.
Venaient après les Jugements humains Qui chancelaient sur leurs pieds incertains.
Ils immolaient mainte triste victime , Et sous le dais tranquillisaient le crime.
Enveloppés d'un tourbillon de vent, Ces spectres vains coulaient dans le néant.
Recueillons une dernière insulte , et non. pas la moins Sianglante, décochée à Tinfortunée et tant calomniée Marie-Antoinette. Charlemag^ne descend du Ciel :
Le bénoit ske en croupe rapportait Une Sottise à ses regards aimaJ)le , Mais en effet Furie épouvantable.
Un Ûel amer de ses lèvres coulait.
Son œil , rempli d'une candeur farouche , De TEmpereur la faiblesse irritait.
En rougissant , elle trame un forfait.
Devers le coeur on lui voit une bouche A triples dents. Elle mâche un lingot, Bouche livide et que baise Chariot !...
Ecoutons une dernière raillerie, et non pas la moins pleine de fiel , contre la noblesse. L'armée des Paladins français apparaît dans les dernières pages de VOrgant :
Les uns montaient un point d'honneur ardent , D'autres un char attelé de TEnvie.
Chacun était perché sur sa Folie :
Fortune faite en pays étranger , Songes brillants enfumés de lauriers, Prestiges vains , caprices , héritages , Projets d'écus , fidélité , bonheur , Honneur enduit de la crasse des âges , Protections , dettes de grand seigneur.
La chimérique et briHante oohtt« Formait enTairime profonde nue.
Et maintenant , pour en terminer avec ces haines , ces envies, ces passions abjectes , ces impudeurs de la pensée y ces impudeurs du style , courons assister à Tassaut de Paris. La plaine a disparu sous le nombre des Mécréants. Les échelles s'apprêtent. Les torches s'allument. Les escadrons se rencontrent et se mêlent. Les Français plient, cèdent et vont se laisser vaincre; mais TAnge gardien d'Organt, qui sait que l'heure est proche où Turpin va se repentir, a volé vers son libertin pupille. Ne pouvant le séparer de sa belle maîtresse , il les emporte tou^ deux
sur un char attelé
D'un palefroi dans la lune volé.
Tout fier de vaincre aux yeux de sa maîtresse , , Moms par courage Bicor que par faiblesse ,
Oi^nt se rue dans la mêlée, abat à droite Idamant, à gauche Arimbade ; en un mot, il Ëiit rage.
Le fier coursier qui traînait le cheval de l'Ange..., c'était encore un âne , et cet âne se mit à braire si terriblement que les Saxons en prirent la fuite; et cet âne..., c'était l'archevêque Turpin , Turpin que Nicette montait en ce moment. Turpin rede^ent homme ; mais il trouve Nicette si jolie qu'un nouveau retour de concupiscence le saisit, le livrant pour toujours à la colère céleste qui le punit en le condanuiant à porter la longue oreille et à braire pour toute l'éternité.
L'ombre déjà , si douce aux malheureux , Couvrait les champs d'un crêpe ténéj)roux.
Le roi Chariot passa la nuit à boirt Et perdit là le fruit de sa victoire.
OrgaDt partit, comme le jour naissait, Pour le châtel qu'au Maine il possédait* Il emmena Nicette sa maîtresse Qui ne voulut jamais être comtesse, Et Satanas, en ce désarroi-là, Monta Turpin et devers Sens alla.
Ainsi finit ce livre absurde, effronlé, salement impudique, dégoûtant ù force de cynisme et de grossièreté; ce livre que malgré toute la prudence et la circonspection possible, malgré un soin minutieux à veiller sur les témérités de notre plume, nous n'osons encore «opérer Élire arriver sans dégoût jusqu'aux oreilles d'hommes qui se respectent; ce livre dont ilous n'avons pu peutêtre assez bien encore dissimuler les odieuses hardies^s; ce livre mal conçu, mal fait, mal écrit, mal rimé, mal pensé, qui n'est pas dangereux parce que nul n'a eu et n'aura le courage, si ce n'est un biograi^e, nous ne dir rons pas de le lire jusqu'au bout , mais même de l'ouvrir, et cependant si curieux à étudier, à approfondir, à disséquer. Ce livre-là serait une mauvaise action dans la vie de tout homme , que cet homme reste et soit destiné à rester inconnu ; c'est surtout une mauvaise action qu'il faut relever et blâmer sans pitié et sans restriction dans la vie de Saint-Just. C'est une mauvaise action qui doit recevoir une flétrissure éternelle de l'honnêteté privée, tout aussi bien que de l'honnêteté politique de tous les partis.
La restitution du poëme d*Orgâht ù la grande histoire
qui Ta complètement oublié, qui Tignore mômey devrait» ~\ à notre avis, faire révolution. Certaine école, ne pou- ^^ant disculper son héros au point de vue politique, se rejetait sur une vertu privée que personne n'avait songé à mettre en doute« Le beau Saint-Just, aux yeux de quelques historiens, ceux^à même blâmant ses cruautés -et son implacable dureté, apparaissait en rêveur, en amant de la contemplation , eu héros de platonicisme. Il est telle page de M* de Lamartine fajte pour égarer Técrivain qui se laisserait surprendre. 11 est tel passage de CSharies Nodier, l'admirateur de Saint-Just, qui peut faire illusion.
Pour nous, l'arrêté pudibond, daté du camp de Guise et qui prohibe, sous peine de mort, la présence des femmes à l'armée du Nord , n'efface point la profonde impression laissée par le poème d'OrgatU, Le vrai Saint- Just, le' voilà! nous l'avons retrouvé! Il s'est peint luimême. A distance et ù travers la taie que jette sur les yeux de tout homme sa croyance politique , nous n'aurions point osé croire à oe que nous avions découvert, c'est-à-dire à une profonde immoralité , à un dévergondage non-seulement de conduite , celui-là se pardonne en considération de la jeunesse ^ de sa fougue et de ses passions , mais de pensée, ce qui est bien pire. Si nous avions osé formuler et arrêter une croyance pour nousméme , nous n'aurions peut-être pas osé la mettre en avant, affirmer et conclure publiquement. Organt parle pour nous. Ses pages , tachées de boue et de luxure , peuvent plaire peut-être à une certaine classe de lecteurs. Elles n'en sont que plus infâmes. On assure que le bon lan-