Tome I
livre compromettant ; mais Camille Dosmoutiiis , qui a assisté à la naissance de ce livre , qui dans ces annonces lui a servi de parrain, qui peut parler en pleine connaissance de cause, dé visu et de tactu, de cette progéniture honteuse et qui fait honte, s'opposa à cet in&nticide et intervint heureusement pour consei'ver à Favjnir un document important, utile et qu'aucun effort ne pouira plus anéantir.
Saint-Just a donc, autant qu'il était en lui, détruit la trace de son poëme; mais plus tard , quand il fut envoyé à la Convention par l'Assemblée électorale^ de l'Âîsne dont le Président lui fit compliment c mr ses Vertus qui devàn- » caient son âge > ; quand enfin il commença à se faire remarquer, à prendre rang parmi les grands révolutionnaires, soit qu'on ait voulu exploiter son succès et le hruît qui se fit autour de lui, soit qu'on ait songé à lui rendre un mauvais service, on réédita VOrgant sous ce titre: Mes Passe-Temps ^ ou le Nouvel OrgarU par m Député à la Convention. Evidemment, cette édition n'est pas le fait de l'auteur qui, déjà depuis longtemps, affichait cette austérité Ëmatique acceptée par trop de monde comme une vérité, et la publication d*Organi eût alors singulièrement compromis cette affectation de vertu stoique, d'empire sur soi-même qui, seuls, ont pu donner à cette sombre figure un reflet poétique sur lequel a soufflé, pour l'effacer à tout jamais, la trop longue et trop scabreuse étude à laquelle nous valons de nous Hvrer.
Lancés à corps perdu dans cette débauche au moins autant d'imagination que de corps, beaucoup d'autres jeunes gens y eussent péri. Ils y eussent du moins compromis leur avenir. Sainte Just fut assez fort pour mener de front la politique et la volupté. Il trouva dans la robuste puissance de sa jeupesse et de sou exaltation, dans son opiniâtre volonté, assez d'énei^e pour ne pas se laisser amollir par les dâices de sa Capoue de village, et, tout en poursuivant le cours de ses succès amoureux, trouver le temps de chercher sa vocation, de rassurer par le raisonnement, par de constants efforts et par une persévérance rare en un homme si jeune.
Le temps qu'il savait prendre sur ses plaisirs et ses études irfiilos(^iques, il le passait à Paris^ans la fréquentation des hommes jeunes et ardents conune lui. C'est là qu'il connut Camille Desmoulins que ses brochures (le la France Libre ^ de La Lanterne, de la Défense de
— oc —
Sainl-HupugueSy et ses premiers numéros des Révolutions de France et de ^ra^afU commençaient à sortir de la foule. Nous le rencontrons, dans un jour de folie, chez la courtisanne Théroigne de Méricourt, aux pieds de laquelle il fait fumer Tencensde la galanterie et de sa poésie licentieuse. C'est à Paris qu'il se mit en rehation avec tous ces jeunes révolutionnaires qu'il reti'ouvera à la Convention et dont les uns seront ses aides-bourreaux, les autres ses victimes. Cette crise d'exaltation devait nécessairement faire monter les plus exaltés à la surface, comme monte l'écume légère au dessus de toutes les ébullitions. Saint- Just saisit admirablement son temps et , le plus jeune parmi les hommes jeunes de sa contrée, il sut s'en mon* trer aussi le plus violent. Sûr de lui-même, ne connaissant ni crainte, ni timidité, abusant de l'empire que la beauté, l'audace et la parole conquièrent constamment sur la foule, tout gonflé de son érudition et sachant qu'il était le plus savant de son district, il aborda la tribune populaire avec toutes les chances possibles de «uccès. Les vieillards du pays nous le dépeignent hantant tous les clubs de Chauny, de Bléi*ancourt, de Coucy. Chaque fête patriotique le voit pérorer sur les places. Les jeunes gens admirent et applaudissent. Les hommes faits s'étonnent et craignent. Tous subissent l'influence de Fétonnement, de la crainte et de l'admiration. Dans ces comices populaires, nouveauté, besoin et mode du moment, le nombre était restreint de ceux qui savaient et pouvaient et osaient parler. Le bon sens et l'expérience se sentaient fflacés parla timidité et le peu d'habitude ,;et le spectacle de la foule attentive sèche le palais et taril l'éloquence des