‹ Saint-Just et la terreurChapitre 10 sur 34 · Tome · texte numérisé non relu

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rtre aussi sa mélancolie, avaient fait une profonde impression sur le cœur de la femme d'un des principaux habitants de Blcrancourt. Nous ne dirons pas tous les détails de cette intrigue que menait une autre femme du pays chez laquelle les deux amants se voyaient avec aussi peu de précautions et de mystère que possible. C'est rhistoire de toutes les femmes qui manquent à leurs devoirs , de tous les jeunes gens qui se font un jeu de riionncur des familles. M. Thorin était membre du Conseil général alore en permanence à Laon. Sa femme ne l'avait jamais aimé. L'isolement et la haine avaient depuis longtemps livré cette femme sans défense à Saint-Just. C'est à elle qu'il disait ses espérances d'avenir, ses projets, ses chagrins; elle l'encourageait et le consolait. C'est elle ([ui, plus tard, quand il fut au pouvoir, lui dénonçait ses compatriotes, ceux qu'elle appelait des ennemis et contre lesquels elle excitait ses colères. Cette femme lui était devenue si nécessaire qu'il l'emmena avec lui, nous l'avons déjà dit, quand, plus heureux que l'année précédente , il fut nommé représentant du peuple à la Conv(^ntion et quitta Blérancourt pour n'y plus revenir. Brutus allait prendre possession de Borne.

Cette fois, Saint-Just réunissait toutes les capacités exigées par la Constitution révisée et se présentait :i l'Assemblée électorale avec d'assez belles chances. Sa réputation s'était répandue dans le dépaitement. Tout ce qu'on y comptait d'exagérés, de révolutionnaires, d'hommes jeunes et par conséquent ardents, s'étaient donné le mot. De Paris les clubs , obéissant à Robespierre, poussaient aussi à la réUwSsit(» de Saint-Just qu'ils

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opposaient notamment à Condorcet , l'un de& chefs de la Gironde haïe. Ces agents électoraux , qu'alors ou ap|Nv lait les Frères-Lais , et qui avaient pour mission de travailler les élections en province, avaient fait dans TAisne une propagande très active en faveur du protégé de leur grand chef.

Los électeurs départementaux de TÂisne se réunirent , le 2 septembre 1792, à Soissons dans l'église Saint-Gervais. Après la célébration de la grand'messe chantée devant eux par Tévêque constitulionnel, les opérations commencèrent. Saint-Just , le plus jeune de tous , fut appelé comme secrétaire au bureau provisoire. Le 4 septembre , les préliminaires de l'élection se terminèrent par la constitution définitive des bureaux qui devaient procéder au dépouillement du scrutin. Saint-Just fut l>orté à la présidence du premier bureau. On le voit, son crédit augmente. Il gagne du terrain. Cependant, sur 050 votants , il ne réunit que 349 suffrages. Condorcet , présenté en même temps que Saint-Just, l'un au nom du Modéraniisme y l'autre au nom du Progrès ^ ne réussit pas à ce tour de scrutin.

Le nom de Saint-Just fut proclamé par le président de TAssemblée au milieu des applaudissements enthousiastes de ses amis. Quand le jeune conventionnel apparut dans la salle, ce fut un concert d'acclamations auxquelles se joignirent même les électeurs qui tout à l'heure lui avaient refusé leurs voix. Sa tendre jeu:iesse, son graii.l air, rintelligence froide qui rayonnait sur son fionl, su confiance en lui-même, avaient triomphé des hostilités. Vdici ce (|Utt nous lisons au procès-verbal d'élection •

> M. le présideni laî a dit deux mots iur ses vertus qm i ont devancé son âge. M* Saint-Just a réponau en mar* » quant h l'Assemblée toute sa sensibilité et\a pfns grande » modestie ; il a en outre prêté le seiment de maintenir • la liberté et Tégalité , et le son des cloches a annoncé

> sa nomination, >

C'en est fait. Dans Tivresse de son triomphe. Saint- Just court à Paris rejoindre Robespierre. Rien ne séparera plus désormais ces deux hommes qu'une attraction magnétique a unis bien avant qu'ils se connussent , qui se sont compris d'instinct, et que la lettre adulatrice de 1790 condamnait d'avance au même supplice , expiation des mêmes fautes , des mêmes crimes.

Mais avant de commencer le récit de la funèbre série d'événements préparés et accomplis par cette même volonté en deux corps, par cette effroyable dualité humaine à une seule âme , il nous faut relever une de ces erreurs qui font du livre de M. de Lamartine ^ les Girondins y un long roman sans valeur pour l'histoire ne sachant plus où est la vérité, où est le mensonge, où il faut croire, où il faut douter.

M. de Lamartine raconte les sanglantes journées de septembre 1792. Il veut prouver que Robespierre n'a participé en rien au massacre ; que s'il a laissé l'événement à lui-même, s'il n'a rien essayé pour en arrêter l'accomplissement, au moins n'y a-t-il pris aucune part matérielle , au moins ne peut-on lui en faire endosser la hideuse responsabilité. 11 se lava les mains de ce sang, dit M. de Lamartine, qui étaie son opinion d'une conversation intime où Saint-Just fournit, à la façon des

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