‹ Saint-Just et la terreurChapitre 14 sur 34 · QUELQUES INSTITUTIONS CIVILES ET MORALES · texte numérisé non relu

QUELQUES INSTITUTIONS CIVILES ET MORALES

k 1. Sur V Education.

i Les enfants appartiennent à leur mère jusqu'à cinq » ans, si elle les a nourris, et à la République ensuite ) jusqu'à la mort. (1).

» La mère qui n'a point nourri son entant a cessé d'être » mère aux youx de la Patrie. Elle et son époux doivent

> se représenter devant le magistrat pour y répéter leur » engagement, ou leur union n'a plus d'effets civils.

> L'enfant, le citoyen, appartiennent à la Patrie. £'fn«- » traction commune est nécessaire. La discipline de l'en- » fance est rigoureuse.

> On élève les enfants dans Famour du silence etlemé- » pris des rhéteurs. Us sont formés au laconisme du lan-

(i) Les enfants seront communs, et les parents ne connaissent pas leurs enfants , ni ceux-ci leurs parents. (Platon, de la République j livre 5.)

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gage. On doit leur interdire les jeux où ils déclameut , et les accoutumer à la vérité simple. Les enfants ne jouent que des jeux d'orgueil et d'intérêt ; il ne leur faut que des exercices.

1 Les enfants mâles sont élevés depuis cinq jusquà seize ans, par la Patrie.

» n y a des écoles pour les enfants depuis cinq ans jusqu'à dix. Elles sont à la campagne. 11 y en a une dans chaque section et une dans chaque canton.

> 11 y a des écoles pour les enfants depuis dix jusqu'à seize ans. 11 y en a une dans chaque section et une dans chaque canton.

> Les enfants, depuis cinq ans jusqu'à dix, apprennent à lire , à écrire , à nager.

> On ne peut frapper ni caresser les enfants. On leur apprend le bien, on les laisse à la nature.

> Celui qui frappe un enfant est banni.

1 Les enfants sont vêtus de toile dans toutes les saisons. Ils couchent sur des nattes et dorment huit heures.

» Ils sont nourris en commun et ne vivent que de racines, de fruits, de légumes, de laitage, de pain et d'eau.

» Les instituteurs des enfants, depuis cinq ans jusqu'à dix , ne peuvent avoir moins de soixante ans , et sont élus par le peuple parmi ceux qui ont obtenu l'écharpe de la vieillesse.

> L'éducation des enfants depuis dix jusqu'à seize ans est militaire et agricole.

• Ils sont distribués en compagnies de soixante. Six compagnies forment un bataillon. Les instituleurs nom-

TOMK I i8.

> ment, tous les mois, le chef parmi ceux qui se sont le 1 mieux conduits.

» Les enfants d'un district forment une légion. Ils. s'as- ) semblent, tous les ans, au chef-lieu, le jour de la fête 1 de la jeunesse. Ils y campent et y font tous les exercices » de U infanterie y dans des arènes préparées exprès.

1 Ils apprennent aussi les manœuvres de la cavalerie et » toutes les évolutions militaires.

» Ils apprennent les langues.

» Ils sont distribués aux laboureurs^ dans le temps des

> moissons.

» Depuis seize jusqu'à vingt-un ans, ils entrent dans les » arts et choisissent une profession qu'ils exercent chez

> les laboureurs, dans les manufactures (i), ou ^ur les » navires.

9 Tous les enfants conserveront le même costume jusqu'à » seize ans; depuis seize jusqu'à vingt-un ans, ils auront » le costume d'ouvrier; depuis vingt-un jusqu'à vingt- » cinq, celui de soldat, s'ils ne sont point magistrats.

> Ils ne peuvent prendre le costume des arts, qu'après » avoir traversé aux yeu^c du peuple un fleuve à la nage, le j> jour de la fête de la jeunesse.

» Depuis vingt-un ans jusqu'à vingt-cinq , les citoyens » non magistrats entreront dans la milice nationale , ma- » ries ou non.

9 Les instituteurs des enfants jusqu'à seize ans , sont » choisis par les Directoires des districts , et confirmés

(I) Pourquoi faire, |)uisque l'industrie est bannie?

> par la commissiou générale des arts nommée par le » gouvememenU

» Les laboureurs, les manufacturiers , les artisans, les » négodants, sont instituteurs.

> Les jeunes hommes de seize ans sont tenus de rester » chez les instituteurs jusqu'à vingt-un ans , à peine d'être » privés du droit de citoyen pendant leur vie.

« Il y a, dans chaque district, une commission particu-

> lière des arts, qui sera consultée parles instituteurs et

> donnera des leçons publiques.

» Les écoles seront dotées d'une partie des biei^s na- » tionaux...

> Ce serait peut-être une sorte d'instruction propre aux • Français, que des sociétés d'enfants, présidées par un

> magistrat qui indiquerait les sigets à traiter, et dirige-

> rait les discussions, de manière à former le sens, » l'âme, l'esprit et le cœur.

i Les filles sont élevées dans la maison maternelle. • Dans les jours de fête , une vierge ne peut paraître

> en public, après dix ans, sans sa mère, son père ou i son tuteur. •

La haute bouffonnerie se trouve là prodiguée à pleines mains. Tout est là matière à raillerie , la raillerie la seule punition capable de châtier une semblable aberration mentale , la raillerie si facile que nous ne voulons même pas récrire.

Le jeune citoyen ayant atteint ses vingt-un ans, Saint- Just s'occupe de ses affections et les codifie par ce curieux règlement :

€ Tout homme âgé de vingt-un ans est tenu de d(»cla-

)> rer dans le Temple quels soDt ses amis. Celle déclara-

• ration dcûtétre renouvelée, tous les ans, pendant le » mois de ventôse.

> ^ un homme quitte un ami , il est tenu d*en expli-

> ^luer les motifs devant le peuple dans les Tem^des, sur

* rappel d'un citoyen ou du plus vieux ; 9*il le refuse , il

> est banni,

> Les amis ne peuvent écrire leurs engag^nents ; ils i ne peuvent plaider ^itreeux.

> Les amis sont placés les uns près des antres dans les

> combats.

> Ceux qui sont restés unis toute la vie sont renfermés

> dans le même tombeau.

1 Les amis pc»-ter(»it le deuil Tun de l'autre.

• Le peuple élira les tuteurs des enfsmts parmi les amis » de leur père.

» Si un homme commet un crimie, ses amis wni bannis,

) Les amiscreusent la tombe , préparent les obêèfues fun » de Vautre; ils sèmaU les flenrs aïoee les enfants êur la » sépulture.

» Celui qui dit qu'il ne croit pas à Vamitié on qui n'a » pa^ d'amis, est banni.

> Un homme convaincu dUngratitude est banni. »

Sî ce qui précède est comique et désopilant, voici qui devient plus sérieux et n'excitera plus le fou rire, car la morale publique y est quelque peu gravan^it compromise. Les ombres de Lycurgue et de IHaton ont dà se réjouir, quand Saint-Just écrivait son septième trstgmeat qui traite des institutions nuptiales. Le void en entier :

€ L'homme et la femme qui s'aiment sont époux. S'ils

n'ont point d'enfants, ils peuvent tenir Leur engagement secret; mais si l'épouse devient grosse, ils sont tenus de déclarer au magistrat quils scmt époux.

» Nul ne peut troubler Vinclinatim de son enfant^ quelle que soit sa fortune^

» Il n'y a de communauté qu'entre les époux : ce qu'ils apportent, ce qu'ils acquièrent, entre dans la communauté. Ils ne s'unissent point par un contrat , mais par tendresse ; l'acte de leur union ne constate que leurs biens mis en commun sans aucune clause.

> S'ils se séparent, la moitié de la communauté leur appartient; ils la partagent également entre eux.

> L'autre moitié appartient aux enfants; s*il n)/ apoint d*enfants, elle appartient au domaine public.

» Les époux sont tenus de faire annoncer leur divorce, trois mois avant, dans le Temple«

» A l'instant, l'officier public fait nommer des tuteurs aux enfants. La communauté doit être divisée et les partages faits avant le divorce.

» Le peuple nomme , dans les Temples, un tuteur aux enfants des époux séparés.

» Tout engagement pris séparément par les époux est nul.

» Les dettes de la communauté sont payées sur la portion des époux, s'ils se séparent. Si l'un des époux meurt, les dettes sont payées en commun par les enfants et par celui des époux qui survit.

» Les époux qui n'ont point eu d*enfants pendant les sept premières années de leur union, et qui n'en ont point adopté , sont séparés par la loi et doivent se quitter. »

î.e huitième fî*agmcnt traite de rhérédilé. 11 n'y a là de remarquable que le principe ne permettant la succession que entre les parents directs, ayeuls, père et mère, enfants, frères et sœurs (4)7 les parents indirects ne se succèdent pas dans l'utopie de Saint-Just ; c'est la République qui hérite des citoyens morts sans parents directs. Nous avons , de nos jours , vu reproduire à la tribune l'idée de Saint-Just détruisant , au nom de la liberté, une des plus précieuses et des plus consolantes libertés de l'homme ; celle de disposer de son bien en faveur de ceux qu'il aime, en faveur de ceux qui lui sont atti^chés par les liens de la famille. Plus loin, le législateur Saint-Just corrobore son premier préceple par celui-ci : » Nul ne » peut déshériter ni tester. »

Dans son chapitre -Des Contrats y Saint-Just rappelle celui où il a traité des Affections. Aucun des citoyens de sa république ne peut contracter ni traiter sans la présence de ses amis , ou le contrat est nul ; le contrat est encore entaché de nullité, s'il n'est signé par les amis.

(1) Allons, en avant, milord. Après les lois quidoiveut proscrire le commerce et la finance , diminuer nos besoins et favoriser la modestie des mœurs, il n*en est pas de plus nécessaires que celles qui règlent Tordre des successions. Les lois des premiers Romains, à cet égard , étaient admirables ; elles ne permettaient pas que le patrimoine d'une famille passât dans une autre comme héritage

Dans un Etat bien gouverné , le législateur établirait des formalités qui gêneraient la vente et l'aliénation des biens Réglez les degrés de parenté qui donneront droit au partage d'une succession vacante ; mais ne les étendez pas trop loin , de peur que des espérances trop grandes n'ouvrent chance à la prodigalité et à l'avarice.

(Mably.)

c Ce sont les amis qui reçoivent les contrats , et les procès

> sont vidés devant les amis des parties constituées en » arbitres. • — t Celui qui perd son procès est privé du

> droit de citoyen pendant un an. » Cette dernière règle rappelle d'un peu loin, il est vrai, la coutume madécasse punissant de la peine de mort par le poison le plaideur qui succombe.

Les institutions pénales ne sont pas très sévères chez le peuple fantastique que régirait Tutopie du député de Blérancourt : c Celui qui frappe quelqu'un est puni de » trois mois de détention ; si le sang a coulé, il est banni.

> Celui qui frappe une femme est banni.

> Celui qui a vu frapper un homme, une femme, et

> n'a point arrêté celui qui frappait , est puni d'un an de

> détention.

» L'ivresse sera punie; celui qui, étant ivre, aura dit

> ou commis le mal, sera banni.

» Les meurtriers seront vêtus de noir toute leur vie ,

> et seront mis à mort s'ils quittent cet habit. >

11 y a dans les Institutions tout un fragment consacré à la reconnaissance de X Etre-Suprême , (1) le futur Dieu de Robespierre , et à l'immortalité de l'âme. C'est à ce Dieu de nouvelle origine que le peuple français « voue sa for-

> tune et ses enfants. > Nous savions déjà par un passage du poème d'Organt ce que Saint-Just pensait de la divinité. Son Etre-Suprême, c'est Dieu refait par la philoso-

(i) Mably a tout un chapitre intitulé : De la nécessité de reconnailre un Etre Sujn-éfne; un autre traite de la nécessité d'un Culte publie.

phie du dix-huitième siècle; sa religion , c'est un souvenir du paganisme de la Grèce, moins la pompe des cérémonies extérieures sévèrement prohibées sous peine de bannissement. Le temple où Ton adore son Etre^upréme, c'est un pastiche du Parthénon, comme le prêtre qu'il a inventé n'est aussi qu'un souvenir du sacrificateur de lantiquité. < L'encens fume nuitet jour dans les Temples » publics , et sera entretenu tour-à-tour , pendant vingt- » quatre heures , par des vieillards âgés de soixante ans. > L'hymne à l'Eternel est chantée parle peuple, tous les » matins , dans les Temples. « Les temples de Saint-Just sont ouverts également à tous les cultes, car tous les cultes sont également permis et protégés (i). C'est dans le temple que sont proclamées les lois avec solennité. Tout-a-l'heure , à propos du fragment sur la vieillesse, nous verrons quel rôle immense le temple joue dans la pensée du jeune novateur.

La portion la moins curieuse de ce dixième fragment n'est certes pas celle qui traite des fêtes publiques. D'après Saint-Just , le premier jour de chaque mois est consacré à l'Eternel. < Le premier jour du mois germinal , » la République célébrera la fête de la Divinité , de la » nature et du peuple. — Le premier jour du mo's floréal, » la fête de la Divinité , de l'amour et des époux. — Le » premier jour du mois prairial , la fête de la Divinité et

(1) Je dis donc que le Gouvernement doit être intolérant

Mais une religion nouvelle s'est-elle formée , je dirai alors , avec l'auteur de VEspril des TMs , qu'il n'est plus temps de la proscrire

et qu'il faut la tolérer. (Mably.)

— fii —

*> de la victoire. — Le prunier jour du mois meisidor » la » féie de la Divinité et de l'adoptioii. — Le prenier jour » da mois thermidory la fôte de la Divinité et de la jeo- » nesse. — Le premier jonr dn mois firoctidor , la tète de 1 la IKvînité et du bonheur. — Le premier jour du mois 1 vendémiaire» la République célébrera dans les Temples

• la fête de la Divinité et de la vieillesse. — Le premier » jour du mois brumaire , la fête de la Divinité et de l'âme

• immortelle. — Le premier jour du mois frimaire , la

• fête de la Divinité et de la sagesse. — Le premier jour

> du mois nivôse, la fête de la Divinité et de la patrie. —

• Le premier jour du mois pluviôse , la fête delà Divinité

> et du travail. — Le premier jour du mois ventôse, la i fête de la Divinité et des amis. — Tous les ans , le pre- » mier floréal , le peuple de chaque commune choisiia ,

• parmi ceux de la commune exclusivement et dans les

> Temples, un jeune homme riche, vertueux et tans 9 difformité f âgé de vingt-un ans accomplis et de moins

• de trente , qui choisira et épousera une vierge pauvre en

> mémoire de l'égalité humaine. •

Une des fêtes nationales est celle où se distribuent des prix d'éloquence et de poésie, c Le prix de poésie ne sera » donné qu*à Tode et à l'épopée, > c'est-à-dire aux poètes inspirés seulement par l'amour de la patrie et de sa gloire. Le concours pour le prix d'éloquence n'appellera jamais devant le peuple les rhéteurs , les beaux diseurs , les phraseurs inutiles , car nous savons que dans la République instituée par Saint-Just , « on élève les en-

* fants dans l'amour du silence et le mépris des rhé-

» leurs. »

Pour obéir aux volontés du législateur, « le prix » d'éloquence sera donné au laconisme , à celui qui aura » proféré une parole sublime dans un péril, qui, par » une harangue sage, aura sauvé la patrie, rappelé le » peuple aux mœurs, rallié les soldats. > Saînt-Just aurait voulu que tous ses concitoyens se modelassent sur lui.

Voici maintenant une page naïvement féuélonienne. On se croirait à Salente :

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