Tome II
a SU'asbourgy les cooiiuissaii'es extraordinaires l'avaieiil nommément menac.*. c Ma tête proscrite, » écrit-il daus un Mémoire justificatif daté de 1795, f a été exposée à > leur vengeance implacable. »
De son côté , Sainl-Just , il est vrai , n'avait point dissimulé le mécontentement que lui inspirait la conduite do son collègue. Lacoste s'attribuait publiquement le mérite tle tous les succès; c'était Lacoste qui avail nourri et velu Tarméc, Lacoste qui l'avait disciplinée, Lacoste qui l'avait doublée par la levée en masse de la jeunesse du llas-Uhin et de la Meurthe ; la reprise de Wissembourg, le ravitaillement de Strasbourg à la fiice de l'ennemi , la délivrance de Landau et du fort de l^tche , l'invasion du Palatinat et la défaite des ennemis , devaient être attribuées, c'est Lacoste qui i'écnt, à l'impulsion énergique (fue Lacoste n'avait jamais cessé d'imprimer. Cette outi*ecuidaute vanité ne sera égalée que par celle de Levasseur(dela Sarthe); celui-ci, collègue de Saint-Just à l'année de Guise, en 1794, se vantera d'avoir seul dirigé les opérations militaires, à Texclusion de Saint-Just c qui ne » disait jamais un mot , > et d'avoir affronté la mitraille, tandis que Saint-Just suait la peur. Peut-être bien même Lacoste poussa-t-il l'esprit de dénigrement jusqu a accuser tout bas Saint-Just de trahison; car il parle, dans une de ses lettres a la Convention , de la résistance opiniâtre opposée c par lui à Saint-Just et Lebas, > et il souligne intentionnellement ces mots : c Qui avaient d'autres » projets. » Saint-Just eut probablement méprisé ce bavardage envieux , si une opposition plus sérieuse ne s'en fut aussi niclée;mais I^cosle avait refusé de faire ari-êler
Schneider , et il proposait pour toute punition de Tinterner à vingt lieues des frontières. Hoche déplaisait à Saint- Just qu'il détestait de son côté ; la même haine avait li<*. Hoche et Lacoste mieux qu'une étroite amitié ne Tcût jamais fait, c Lacoste pleurait avec moi sur la Républi- » que , » écrivait Hoche en 4795. Saint-Just réclamâ-luiméme alors le rappel de Lacoste, nous Tavons vu déjà. Lebas se plaignait, une autre fois, à Robespierre, de ce qu'on ne débarrassait point assez vite le département du Bas-Rhin, des premiers représentants envoyés à l'armée ; Saînt-Just, à la suite de la lettre de son ami , écrivait eu post-scriptum ces lignes ayant trait au même sujet : c La
> confiance n'a plus de prix , lorsqu'on la partage avec
> des hommes corrompus ; alors on fait son devoir par
> (e seul amour de la patrie , et ce sentiment est plus » pur. »
Enfin y on peut juger de la haine mutuelle de tous ces proconsuls par celte lettre où Gatteau , l'ami de Saint- Just, a versé tout son fiel contre les adversaires des commissaires extraordinaires. « Ruamps, Nion, Milc haud et Borie, tous quatre représentants du peuple, > écrit-il en les dénonçant à Daubigny, adjoint du minisire de la guerre , c tous quatre indignes du caractère sacré
> dont ils sont revêtus, se sont conduits ici comme des • imbéciles, de plats insouciants, des lâches et peut- » être quelque chose de plus. Au premier moment de » libre, je m'occuperai d'eux, et aussitôt que j'aurai mes » matériaux, je les dénoncerai aux Jacobins, et je rappel- » lerai les forfaits de quelques autres , d'Hofmann, etc..
> Le moment de la justice terrible est arrivé, et toutes
> les tètcft coupables doivent passer sous le niveau na* i lional. >
Le coup de tC^u^ de Hoche et de Lacoste donnait beau j.'u h Saint-Just. Après leur défaîte , Saint-Ju&t s'était plaint avec amertume de leur imprudence et de leur bute contre la discipline. < Nous partageons votre peine, > lui écrivait Camot , le 5 décembre , c en apprenant la • retraite de nos troupes au moment où tout semblait
> nous promettre une victoire certaine et décisive. Le
> courage que montre le général Hoche soutient cepen-
> dant notre espoir. Peut-ôtre eût-il mieux fait de mar-
> cher plus directement sur Landau , ainsi que l'avait
> proposé le Comité de Salut Public, que de se porter si
> fort sur la gauche ; il eût été plus à portée de donner la
> main à Pichegru et de tomber sur les arrières de Tar-
> méc qui bloque celui-ci. Mais rien n'est perdu, pourvu ) que Landau se soutienne. Nous vous faisons passer
> dix mille hommes de Tarmée des Ardennes; vous » verrez avec Hoche s'il convient de les attendre, ou s'il
> vaut mieux attaquer de nouveau sans elles. Que Hoche » examine s'il faut absolument qu'il force Tennemi dans » son poste de Keysser-Lautem pour d^ger Landau , t ou si , en le tenant en respect dans cette position par » un détachement, il serait possible d'arriver au même
> but par une marche plus serrée et plus directe ; qu'il
> examine encore si par une marche rapide il ne serait
> pas possible qu'il attaquât en flanc ou par derrière 1 l'armée ennemie du Rhin qui tient Pichegru en échec ; t c'est la nature des chemins et des localités qui doit ^ résoudre ces diver»*** qu^«*ions ; mais quelle qu'en soit
> l;i sululion, il fiiut un &ti-ivi im|H-urii'attk-. dos inc-sui >» * promptes et beaucoup d'tmsemiik'. Noas cMUiplons,
i» chers collègues . sur votre Fcrmeic ei les talents da • général que nous persistans.nia)givré<;heci|u'iUessuyé, ■ à regarder comme digne de DOtrt confiance. Hdtez-vous 1 de pnrgtr l'année des traîtres, des Uk-hes. et des in- > triganls qui jieuvem s'y trouver; que lenr punition ■ soit terrible et que des braves sans-culottes les rempla-
> cent pHHnptement. •
Dans ces circonstances, l'orgueil de Satol-Just fut mis i une terrible épreuve. Hodie, éclairé par sa débite, comprit ses torts. Il se résolut à rejmndre l'année du Ittin , ce qu'il aurait dû faire dès l'^Htrd. Après de nombreux eObrts enfin couronnés de succès, il traversa les Vwtfes.battit la droite desAotrichieas,etfitbeureusemenl MB œoaveiiient de jonction avec Pîchegni qui, lui, n'avait ceifté de triompher daus une série d'eugagemenls menés prudemment. Saint-Just, nous l'avons dit. reservait le commandement en chef à Pichegni , dont il s'était parfaitement fait comprendre, et qui lui avait constammciH obéi. Quand les deux armées purent enfin se réunir, Saint-Just était à Strasboui^. Lacoste et Baudot profitèrent habilement de cette absence pour nommer Hoche général en chef. Qu'on juge de la fureur du jeune commissaire-dictateur. Il ne parla d'abord que de vengeances terribles à exercer. Ses menaces s'adressaient aussi bien à Hoche qu'aux deu\ insolents représentants dont l'audace avait osé s'exercer vis-à-vis de lui. Mais le sert do l'ai'mée qu'il était dangereux d'exposer de nouveau aux divisions , à l'iiiUiscipline , mais le succès delà campagne TOHE II. 0.
:i iK* p:\< <'i>inproinet(re pour de si minimes intérêts de IRTsonnalitt's jalouses , mais un bon mouvement de sa^ ç^csse reniportcrent sur la colère. Saint-Just syourna ses haines et Si*s vengeances, et confirma l'arrêté de Lacoste ot Baudot par la proclamation suivante que signèrent ensemble, pour le bien de la discipline, tous les représentants alors h Tarmée :
c Le général Hoche poursuivra les opérations militaires
> jusqu'à nouvel ordre du Comité de Salut PubKc.
> Lesreprésentantsdu peuple fSAi^T-ivsi ^ L-B. Lacoste,
) M.-A. Baudot , Deutzel, • Lebas.
> INiur copie conforme :
> Le citoyen commandant les armées de la République,
» L. Hoche. >
Cependant , le même jour, les deux lettres que Ton va lire partaient pour Paris :
» Lacoste et Baudot , représentants du peuple près les armées i du Rhin et de la Moselle , à leurs collègues membres du
> Comité de Salut Public.
Ils annoncent que, dans la journée du 5 nivôse, le général Hoche a emporté de vive force les hauteurs retranchées de Geisbei^, et qu'ils se sont déterminés h lui confîer le commandement des deux armées.... f Nous » venons d'avoir à ce sujet, » ajoutent-ils, « une confé-
> rencc avec Saint-Just et Lebas. S'ils avaient fraternisé » avec nous plus promptcmcni , nos mesures ne se seraient » point contrariées et nous aurions moins eu à nous plain-
> (ire. Noire conférence s'esl terminée p.n un lonMiirs *iv 1 iiODne volonté pour la délivrance de Landau...
> SainL-Jnst et Lebas ayant (^arcié un profond si*
1 lence avec nous â l'exemptedu Comité, nous avons agi;
• que Landau soit délivré , nous nous féliciterons tous.
• Dans tous les cas , la foi-ce des (circonstances commao-
> dail une action unique dans le commandement. Nous I l'avons donné ù Hoche , ignorant qu'un autre en lut \a- 1 vcsti, , . »
» Leg représenta/ils en mission extraorilinair: , Saint- » Jmt et Lebas , à leurs coUè-gues.
) Haguenau , le .'> nivôse à minuit (2S décembre.)
> Conformément à vos intentions , nous primes à n(rtre
> arrivée un arrêté qui prescrivait aux deux g^énéraux en
> chef de la Moselle et du Rhin de conca'ter sans délai
> leur plan pour débloquer Ljndau ; nous donnâmes à
• Ficbegru le commandement du rassemblement. Les
> deux généraux conférèrent en effet, et le lendemain
> la première attaque eut lieu. Le rassemblement fut vic-
> torieux. Nous espérions beaucoup de bien de l'accord
• qui semblait régner entre les deux généraux. Hoche
> était ardent et jeune , Pichegru plus mQr , plus expén-
> mente; ses premiei's ordres nous avaient valu un suc- ■ ces décisif. Hier, nous arrivons à Haguenau! Pichegru
> iious fait part d'un arrêté de Lacoste et Baudot qui 1 donne le commandement en chef des deux armées de
> la Moselle et du Rhin 6 Hoche qui l'a accepté.
• Pichegru nous communiqua les ordres en consé-
• qiiencc de Horhe. l«i circonstance était délicate; il a
fallu dans cel instant ne se ressouvenir que de la |kitrie , apaiser l'amertume , ôter le découragement et prévenir les suites des passions qui s'élèvent en pareil cas. Nous agirons prudemment ; nous partons de suite pour voir Hoche ; pourquoi , lorsque vous envoyez de vos membres pour surveiller l'exécution de vos plans, pourquoi y quand vous et nous sommes responsables, abandonnez-vous la Patrie à l'exercice imprudent et léger du pouvoir ? Vous n'ignorez pas que ceux qui ont détruit notre arrêté ignorent vos vues. Comptez sur nos cœurs ; ils sont incapables de compromettre par une faiblesse l'intérêt public. Vous savez ce que vous avez à faire.
> Nous espérons que tout ira bien. Rendez justice|à Pichegru , il a envoyé quinze mille hommes de son armée à Hoche ; il lui a fallu avec le reste réparer les trahisons de Wissembourg. Il a fait une diversion vigoureuse, pendant que Hoche agissait avec le premier rassemblement; faites connaître au plus tôt l'intention du Comité ; nous ferons tout ce qui sera possible pour accorder toutes les passions ; il est impossible que ce coup ne vienne pas d'une intrigue pour diviser et décourager des armées triomphantes. Souvenez-vous de presser les fournitures. > Bientôt nous verrons comment Saint-Just se vengea de Hoche.
Pour l'instant, refoulant son chagrin , plus froid et impassible que jamais , il parut ne s'occuper que du soin de préparer de nouvelles victoires.
Le 26 décembre, la bataille de Geisberg, gagnée par un
supréine effort , rendait à rarmée fifunçatee les Ugae^ de Wissetnboorg. Saint-Just et Lebas entraient dans la ville en même temps que les soldats. Le ^, Desalx s'emparait de Lauterboui^ et de Haguenback. Le 28» cônune ils se préparaient à visiter les avant-postes de l'armée française pour exciter par leuf présence le courage et Fardeur des troupes, on vint brusquement annoncer que l'ennemi fuyait et avait découvert Landau. Saint-Just courut avec Pichegru vers cette ville, où il pénétra avec l'avant^rde légère envoyée à la découverte. Ainsi finissait cette immense campagne, par une réussite si bien préparée par Saint-Just, réussite à laquelle avaient si puissamment coopéré sa persévérance, son énergie, son courage moral et physique, mais réussite dont il n'eut point les honneurs tout d'abords Lacoste et Baudot accoururent à Paris pendant que Saint-Just organisait la^ victoire. Baudot se hâta de rédiger un rapport ou, mettant à profit l'imprudence commune à Lacoste et à lui, leur indiscipline heureuse, leur coup de tête dé la nomination de Hoche au grade de général en chef, il attribuait à son collègue et à lui-même tout le mérite de la victoire» Une seule fois dans ce rapport et à propos d'une circonstance très-secondaire, les noms de Saint-Just et de Lebas avaient été prononcés. Baudot et Lacoste recueillirent tous les applaudissements. La Convention ordonna l'impression de leur rapport, son insertion au bulletin, son envoi aux armées, sa traduction dans toutes les langues des puissances avec lesquelles la France était en guerre, et elle approuva dans leur entier les mesures prises par ces deux représentants.
M»ii» \\i\%\mp, a dMsAfné le nppott et r/*4f)l»^ h fkêinUivM, ia vraie part dsB f 1)1 (;1o)r«!.
Pourquoi fnnt-il qoe cette gloire mf''f)iK^, pnr tant dVrreurs» par taat de litni fil) ftniiK ^fn^*' * Pourquoi SaintJusi frnploy/i vvn mngniflqueft qualités que h fiYHif rif'pnrf l(!ft (Inm un Jour de généreiHi
Qmw} Lnmlnu fut (iï^Moqué ; quand F; M" fftf nmpiir<^«! (1«? S|>in% de Neuwstadl, de W< rlti* fut rliibllo fiAnnnent dans ses quartiers dVmr ftflDiMi du Palntinnt (-vacué par les troupes coalisées: f|UfiiMl fnuf diuigiT eut disparu, Saint-Just songea enfin l'i AH vi'ngnHnrn si longtemps retardée. Dans nn rapport hiiiiiiMiK fi mnlvislllnnt, il demanda au Comité de Ssdot l'ulillr In ditntilulion de Hoche qui avait failli tout perdre pur Ail |)ri^rJpiltitlon la sa d<»obélssance au plan arrêté Il Piii'iM piir In (lomité et sur le terrain jugé le plus oonveiiiililn piir Ins commissaires extraordinaires. Sans attendre In t'ôpoiise fin (lomit<^, Saint-Just fit arrêter Hoehe au iiilllfMi (II* nos troupes encore enflammées d'enthousiasme» (MM'orn f roMKuillanl crorgucil et pouvant peut-être essayer dn vdiilolr (rouMirvcr par la force un général aimé pour Ht's NU(*r(>N. (iommo la réponse tardait, il l'envoya à Paris niï hlonl At il accourait lui-même avec Lebas. Ce fîit Gamot ipii instruisit Taflaire, heureusement pour Hoche et la FriiiKM». Tout autre membre du Comité de Salut Public rcîAt sacrifié sur Theure. Hoche, interrogé, se plaignit de Pichegru, de son mauvais caractère, de son peu d'initia- (ivc; s'il avait marché de l'avant, et refusé de suivre à
la lettre quelques prescriptions du plan de campagfne, c'est que mieux que personne il les aTsût à l'appUcatkm jugées dangereuses , désastreuses même pour son armée et le pays; il avait pu se faire battre au premi^ jour, mais enfin il avait accompli sa missiofi, débarrassé la frontière, sauvé Landau et permis un mouvement d'agression pour le printemps.
Mais Hoche avait désobéi. Sa faute ftit punie par une longue détention au Luxembourg. Barère prétend que Camot le fit emprisonner pour ne pas l'exposer au choc de certaines passions; et par là il entend parler de Saint* Just t qui ne pardonnait jamais et à qm le brave général > était antipathique. » Nous ne comprenons pas comment rcmprisonnemeiil de Hoche eût pu le dérober à la haine de son ennemi. Le 9 Thermidor rendit à Hoche sa liberté; évidemment , il a fallu que Saint-Just Tait oubUé au milieu des préoccupations immenses et sans fin où nous allons le voir se débattre.
Quant à I^coste, à son retour à Paris où il devançait Saint-Just, libre cette fois de toute crainte, il avsût donné carrière à toutes ses rancunes. Pour le foire taure, le Ck)mité de Salut Public l'avait envoyé en mission à Sedan d'où il revint plus tard pour faire annuler par la Convention le décret aux termes duquel Saint-Just avait fait arrêter, envoyer à Paris et traduire les administrateurs du déparlement de la Meurthe.
Ce n'est là qu'un commencement de vengeance ; celle de Lacoste sera et terrible et complète. En Thermidor nous le verrons conspirer et triompher avec les dissidents du Comité de Salut Public.
- lis -
Ce ne fut pas, du reste, seulenieut à Paris que Saînt- Just se vit ardeminent attaqué, vers le commcncemem de 4794. 11 quittait à peine Strasbourg qu'une] réaction violente se souleva contre luL Contenus par sa présence, les anciens afiiliés de la coterie allemande , les amis et la f^ropagande de Schneider avaient gardé un silence prudent; si parfois quelque sourde plainte se faisait jour dans les réunions populaires, on se hâtait de l'étouffer de peur ikt cette colère dont les coups ne se faisaient jamais attendre. Mais Toppresseur une fois disparu, les x)pprimés se vengèrent de leur longue frayeur, c Tel » était le degré de prévention dirigée contre Lebas et 1 Saint-Just, i dit le maire Monet dans ce discours où plus d'une fois nous avons puisé des documents inédits et utiles , c que leurs noms ne pouvaient se prononcer à la i Société populaire , sans que des cris d'indignation ne i partissent d'un coin des tribunes entièrement dévoué
> au parti contraire ; celte prévention n'est pas détruite i aujourd'hui même que la hache de la loi a frappé la i tète des coupables et que le Comité de Salut Public, » armé d'une nouvelle énergie , est sorti vainqueur de la » conjuration tramée contre le gouvememeift et ta pa- 1 trie. Schneider n'existe plus et son esprit respire en-
> core ; que son système, si favorable à l'aristocratie, se
> reproduise à la tribune, des applaudissements nom-
> breux s'élèvent , tandis que des huées étouffent la voix
> de l'orateur qui tonne contre le relâchement du res- » sort révolutionnaire. >
C'est l'histoire anticipée et en petit de la réaction de Thermidor. Ia'S Terroristes vainqueurs souillaient de
leur rage et de leur bave les Terroristes vaincus ; mais ce n'était pas encore Thonnéteté qui châtiait le crime. L'honnêteté et la raison publiques n'ont rien à réclamer dans ces exécutions de misérables se décimant entre eux. Elles ne devaient pas encore de si tôt reconquérir leurs droits*
TOMK II, 10
l)v, Slr;ist)oiirf; et dr loin, Suint-Jiisl, livré cependant à tant et de si immenses pm>ccupalions » veOlait sur le Comité (le Salut Public. I) entrolcnail une correqmndauce suivie ave(' Robespierre. La plupart de ces lettres sont nia1heureuH(;menl perdues ; il n'en reste qu'une conservée par la famille de I^?bas. Celte lettre renferme des conseils prouvant mieux que toutes les déductions possibles Fimmense influcmce conquise par Saint-Just sur ses collègues et notamment sur Robespierre, premier des triumvirs en apparence, et subissant alors en réalité Tt^mpire d'im g;vuui [)lus <*omplet que le sien, c On fait f> trop de lois, trop p(!U d'exemples, » écrivait de Strasbourg Saint-Jusl h son ami f^obespierre. t Vous ne pu- I niKS(>/. que les crimes saillants, les crimes hypocrites
> sont im[)unis. Faites punir un abus léger dans chaque
> parties c'est le moyen d'effrayer les méchants, et de » leur faire voir que le gouvernement a l'œil à tout. A » peine tourne-l-on le dos , rarislocralie se monte sur le
» ton du jour, et fait le mal sous les couleurs de la li- » berté.
> Engage le Comité à donner beaucoup d'éclat à la » punition de toutes les fautes dans le gouvernement. » Vous n'aurez pas agi ainsi un mois , que vous aurez » éclairé ce dédale dans lequel la contre-révolution et la » révolution marchent péle-méle. Appelle, mon ami, » l'attention de la Société sur des maximes fortes de bien » public ; qu'elle s'occupe des grands moyens de gou- » vemer un état libre,
» Je t'invite à faire prendre des mesures pour savoir si » toutes les manufactures et fabriques de France sont en » activité , et à les favoriser, car nos troupes dans un an >^se trouveraient sans habits; les febricants ne sont pas » patriotes, ils ne veulent point travailler, il les y fout • contraindre et ne laisser tomber aucun établissement » utile.
• Nous ferons ici de notre mieux. Je t'embrasse et nos » amis communs. »
Quand il arriva à Paris reprendre sa place au Comité, Saint-Just trouva de grandes modifications dans la situation telle qu'il l'avait laissée pour courir à Strasboui^. Si l'exécution des Girondins avait excité la pitié, la loi créatrice du gouvernement révolutionnaire inspira la peur. Peur et pitié divisèrent la Montagne plus profondément que les ambitions particulières et de parti. Ce fut là l'origine du Modérantisnie dont Danton ftit l'orateur et Camille Desmoulins le pamphlétaire. D'un autre côté, des monstres ù face humaine, Hébert, Ronsin, Vincent, Momoro, Chaumelte , prenant au pied de la lettre les dé-
crets rcvolulionnaires obtenus par Bazire et Saint-Just au commencement d'octobre, ne parlaient que de sang et de massacres; leur fureur extravagante ne connsdssait plus de bonies, et, s'appuyant sur l'armée révolutionnaire aux ordres de Ronsin , ils commençaient à devenir très dangereux, sous le nom d'Exagérés. Les Clubs , la Convention et Paris se divisaient alors en vieux Cordeliers à Danton, en Jacobins à Robespierre, et en nouveaux Cordeliers à Ronsin et à Hébert. Pour rester gouvernemental et possible , Robespierre , à qui Saint-Just faisait aloi^s défaut, crut pouvoir s'arrêter dans un juste miUeu qui le distinguerait des abominables sectaires de l'Hébertisme tout autant que de la suite doucereuse de Danton. Robespierre, manquant de précision dans les vues, d'audace dans l'exécution, souffrait de l'absence d'une direction absolue. Il ne savait vers qui se tourner^ qui admettre, qui abattre. Un jour, il croyait Danton moins dangereux que Hébert , et il défendait Danton aux Jacobins. Le lendemain, effrayé du succès du journal le Vieux Cordeliery drapeau de ralliement des Modérés, il menaçait en plein club le eUrà^évolutiannaire Camille Desmoulins. Plus tard encore , comprenant que jamais la majorité saine de la nation ne serait aux impiétés de révéque apostat Gobel , il faisait suspendre le culte infâme de la déesse Raison et emprisonner les uUrà'TévoltUùm' naires Maillard , Vincent et Ronsin. Enfin , ne sachant plus à quoi se résoudre, le cauteleux Robespierre mettait aux prises tous ses ennemis, Hébertistes et Dantonistes, dans l'espoir qu'ils se ruineraient et se détruiraient les uns par les autres. 11 nous parait évident que seul il ne
pouvait se décider à prendre résolument un parti. C*est ce qui explique à nos yeux le retour de Saint-Just quand il pouvait être utile encore à Tarmée du Rhin.
A l'arrivée de Saint-Just, c ce jeune et vigoureux > a^lète de la Révolution , > comme l'appelait CoUot^ d'Herbois avant qu'ils ne devinssent ennemis mortels, tout change pour revêtir un nouvel aspect. Cette fois, on va sentir la pensée , la direction , l'action. Saint-Just disait souvent : t Je sais où je vais. > Il montrera bientôt toute la vérité qui se cache au fond de cette courte phrase. Les Hébertistes sont relâchés ; on leur laisse le soin de se compromettre eux-mêmes; leur sotte impertinence et l'absence complète de toute qualité les perdra vitement. Les épauletiers de Ronsin se montt*eront plus insolents , plus agressifs que jamais. La Commune est à eux ; l'armée révolutionnaire leur obéit ; plus ils seront puissants, plus sûrement ils tomberont. C'est bien là l'école de Machiavel, ses errements , sa duplicité habile , et nous savons que Saint-Just admire et étudie les livres du grand politique de Florence ; il nous a prouvé qu'il sait attendre et que la froide patience compte au nombre de ses meilleurs , moyens. Donc Saint-Just attend.
Mais il affermit son pouvoir sur le Comité de Salut Public qui le revoit avec enthousiasme ; les ennemis étant aux portes de la place , on ne s'y était point encore divisé. Mais il pousse le Comité, qu'il espère bientôt confisquer au profit exclusif du Triumvirat, à se rendre complètement indépendant de la Convention , à laquelle ou ne daigne plus souvent demander d'avis ni parfois même de décrets. Il a reparu plus froid encore, plus ré-