‹ Saint-Just et la terreurChapitre 21 sur 34 · IJ · texte numérisé non relu

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serve , plus dcduigncux , plus dogmalique que par le passé. S*il n'a plus d'occupation spéciale au Comité, il prend part a toutes les affaires. Laborieux comme nous le savons, infatigable comme nous Tavons toujours connu, il veut tout voir, tout savoir. A cette table ronde, revé^ tue d'un drap vert , et autour de laquelle se discatèrent tant et de si immenses questions , sur laquelle se signè-^ rent tant d'affreuses mesures, tant de sanglants arrêté», on le reconnaît à sa raideur prétentieuse , à son geste dédaigneux , — l'homme extérieur est moulé sur l'homme intérieur, a dit Swédemborg, — à sa phrase aussi bruitale que celle de Barère est prétentieusement fleurie, aussi simple et courte que celle de Robespierre est pâteuse et ampoulée* On le reconnaîtrait d'ailleurs à sa jeu^ nesse déjà un peu obèse, à sa petite taille, à la recher^ che de son costume qui dédaigne la hideuse saleté de la sans-culotterie.

Tout ce qu'il dit est sérieux, visant à la dignité, empreint de dureté. 11 est pour toutes les mesures implacables, c Thuriot donna sa démission du Comité, i dit Barère, c parce qu'il était sans cesse aux prises avec Saint- » Just pour les mesures violentes que celui-ci ne manquait • jamais de proposer. > Barère ajoute : c Saint-Just ne y votait jamais que comme un oracle. Ses paroles étaient » toujours dirigées vers une sévérité inflexible. Il délité- » rail comme un visir, »

Bien que la majorité du Comité fut alors à Robespierre et à son triumvirat, Saint-Just, inquiet du commencement d'opposition annoncé par la retraite de Thuriot , voulut rcs(cr le niailre sans <îOuleste des affaires impor-

tantes qu'à un moment prochain la dénonciation, clevéc par lui jusqu'à la hauteur d'un moyen gouvernemental « allait nécessairement amener au Comité. D avait fait décider par la Convention qu'un bureau, appelé bureau de surveillance administrative et chargé d'examiner toutes les dénonciations sur les fonctionnaires publies, serait créé, opérerait dans les appartements des Tuileries où siégeait le Comité de Salut Public, et préparerait les so«lutions à rendre sur les délations. Les collègues de Saint- Just ne pouvaient deviner où tendait cet habile jeune homme« Par une suite de transformations successives, de manœuvres secrètes et adroites, tout à coup ce bureau, hier pourvu de c modestes attributions, » comme ditBarèrc, se trouva chargé d'un travail très considérable. On en avait confié la direction à Saint-Just. A torcd d'empié^ tements, il s'empara de toute la police générale tombée entre ses mains et entre celles de Robespierre^SaintWust, par mesure de précaution, voulut même donner pour chef à ce bureau une de ses créatures , un homme à sa dévotion.

11 connaissait un de ses compatriotes de l'Aisne, le Soissonnais Lejeune (1), dont une fois déjà nous avons parlé. Blessé dans les dernières campagnes, Lejeune languissait dans un modeste emploi d'une administration où il s'était fait remarquer par son intelligence. Sainl-iust l'y alla déterrer pour lui donner le poste important et de confiance de chef du bureau de la police générale: Il lui expliqua nettement ce qu'il attendait de lui en retour d'un

(I) Voir I" volmiM', paîro S2.

liai'eil senice; celait à son ami, à son bieufaùteur, que Lejeune irait demander conseil, toutrq>porter, tout apprendre» tout confier, c inorganisé les bureaux, > écrit Lejeune dans un Mémoire poMié pour sa justification après Thermidor, c Saint-Just en détermine les fiDoctions. » Il donne les ordres nécessaires pour que lesdénoncia-

> tions faites au Comité de Salut Public nous soient ren- » voyées. 11 nous recommande la concision, c D faut» ■ me disait-il, « que Ton consacre trois mots qui seront pour » moi la buse* des mesures a prendre : Modérée^ — Arisiih • crûtes^ — Coilre-rérolutionnaires; — ces indications

> me suffisent pour prendre un arrêté. « Plus 'loin «^Lejeune saoule : < Soumis aux ordres de Robespierre ei » Saint-Just que le Comité a chaînés de la police géné-

> l'aie , je suis destiné à tremper avec eux mes mains dans

> le sang !... Je dois présenter à leurs yeux vingt millb » victimes à immoler!... »

Lejeune n'était point un méchant homme; ce n'était [)as la perversité de sa nature qui l'avait poussé à accepter ces terribles fonctions ; mais la pauvreté, la peur, le désir d'être quelque chose, lui eussent fait commettre, comme à tant d'autres, tous les crimes possibles. Ce que voulut son protecteur, il le fit. Plus tard, le protecteur tombé et craignant aussi pour lui-même, Lejeune parla de contrainte morale. Dans son Mémoire justificatif, après avoir affirmé que, sur son refus, Saint-Just lui avait envoyé deux fois un employé du Comité pour l'engager à prendre la direction du bureau de la police gàiéiTile et enfin Tétait venu , dans son impatien<*e , chercher en per-

sonne, il éciitces lignes où vont se peindre tout Todieux de sa mission :

c Me voici le chef de bureau de la surveillance administrative et de la police générale. Je tremble d*aborder les opérations qui m'y attendent. Il doit en résulter l'esclavage ou la mort ! Je suis épouvanté de mes devoirs. Utiles ou funestes à la liberté , ils sont Clément l'objet de ma secrète aversion. Je puis y conserver mon innocence : je ne suis qu'un instrument que la force toute-puissante exerce. Ce que ma main doit tracer, je le désavoue ; ma conscience est pure ; mais mon cœur est-il tranquille à l'aspect d'une foule de malheureux qui, arrachés des bras de leurs parents, de leurs amis, doivent être à mes yeux précipités dans les cachots? J'entrevois l'épouvantable avenir que l'âme atroce de Robespierre commande en souverain ; je ne découvre que forfaits et dévastations ! Je prête l'oreille aux accents plaintifs des victimes traînées injustement devant un tribunal de sang , et je vois sur les lèvres de Dumas le sourire féroce , signe ordinaire que la mort va frapper les victimes ! i Ces regrets , ces hésitations sont-ils sincères , ou inspirés seulement par la crainte de la réaction qui triomphe? Peu importe. Quel que soit le sentiment dont Lejeune s'inspire , il nous donne une idée complète et suffisante et des projets de Saint-Just quand il créa son bureau de police , et de la besogne qu'il tailla , et des exigences et de la pression à laquelle on dut céder. Lejeune lui présentait, un jour, un rapport où se prouvait clairement rinnocence d'un détenu victime de la délation et d(; la

eaUminie? c A quoi boii^ » s*écm Saînt-Just dans un acoès d'impatience, « ce ramassis d'innocence plâtrée? 1 Cache-t-on à plaisir les ennemis du peuple dans un fe- » tras de contes bleus? Veut-on noyer le crime dans une 1 foule de vertus hypocrites, pour qu'il échappe au glaive • de la loi? Des commis aux gages du peuple seraient-4b 1 les protecteurs des ennemis de la liberté? i Lejeone prétend qu'il persista à présenter des rapports consciencieux. Nous n'en croyons rien. Après un avis donné' d'un pareil ton, il n'y avait qu'à obéir, et Lejeune obéit, si tant est qu'il eût jamais essayé de la résistance.

Nous trouvons tous les renseignements de Lejeune confirmés à la lettre dans un Mémoire publié au nom des membres des anciens Comités de Salut Public et de Sûreté Générale attaqués par Lecointre, quand les vainqueurs de Thermidor se divisèrent a leur tour et se proscrivirent. D'après ce que nous apprend Barère, lorsqu'il s'a^t dans le Comité de se partager le travail , Robespierre voulut que Saint-Just prit la police générale pour attribution. Ce bureau ne fut présenté d'abord que comme chai^ de la surveillance sur les fonctionnaires et les agents nationaux. Plus tard, à l'aide de mille manœuvres et d'anticipations successives, Saint-Just fit renvover à ce bureau l'examen des listes de suspects , de détenus, des indigents de toute la République. Plus tard encore, la correspondance avec les fonctionnaires parut nécessiter des arrestations parmi eux, an*es(ations que Saint-Just ordonna seul et de son chef. Plus tard encore, Saint-Just força le maire de Paris :\ venir travailler avec lui , à lui communiquer les rapports des agents delà police chargés

des recherches et des arrestations; enfiio, quaod Saint- Just s'en alla par deux fois à Farmée du Nord, son travail était devenu si intime, si important, que Robespierre» n'ayant plus d'âme damnée au sein du Comité» Voulut lui-même remplacer son ami absent.

Sûr maintenant de tout savoir ce qui .se dira» se fera et se pensera au Comité de Salut Public aux .flancs duquel il a attaché son espion , presqu'un autre lui-même , parfaitement tranquille de ce côté, croyant que le moment n'est point encore venu de débarrasser le triumvirat de ses ennemis , à droite des Dantonistes , à gauche des Hébertistes, Saint-Just courut à l'armée du Nord enn ployer cette incroyable activité qui dévore l'espace et les affaires.

La France alois occupait la trêve forcée de l'hiver en préparatifs immenses. Elle s'attendait à être attaquée par la Coalition et l'Angleterre. La frontière du Nord, déjà entamée par la perte de Valenciennes , du Quesnoy, de Condé , était encore menacée par une double armée qui partirait au printemps des Pays-Bas et du Luxembourg. 11 s'agissait non-seulement de résister à l'invasion prochaine, mais de reprendre le pays perdu. Saînt-Just voulut pour lui le poste le plus important et se rendit à Lille où se concentraient de grandes forces, sous les ordres de Pichegru. Celui-ci devait son grade de général en chef à l'amitiiî et à la protection du jeune représentant qui l'avait apprécié à sa valeur pendant la campagne récemment terminée sur le Hhin.

Tous les historiens , jusqu'à présent , font apparaître

Suiiii-Jusi :i rarnuH' du Nord seulement vers le mois de mai ITtU. Oiiains fixent même positivement l'époque tlo son anîY(H\ on la datant du 2 de ce mois. Tous ne le iviitHUUroni i\iCii Guise pour le conduire à Fleuras et à la vitioiro. Ils lai&siMit ainsi une lacune importante à comh\n\ \a\ nouYollo mission de Saint-Just est aussi peu connue ()uo sa mission do Strasboui^. Nos recherches nous ont mis à nu^nio d on |)ouvoir faire un récit exact et très t'ttmploi.

S;uiii-Jusi tpiiiia lo Comité de Salut Public et Psiris voi-s lo miliou do janvier 1794. Nous le voyons d'abord IKUH'tturir aviv Loluis toute la ligne occupée par nos tnuiiH's; o*ost 00 que constate cette lettre du général FoiM-and oonunandani larmée de Réunion-sur^Mse (Guise) au minisiiv do la guerre, en date du 27 janvier : c J'ai » riM;u ta lettre datée du â pluviôse, à mon retoiu* de

• l^uulnH'ios d*oii je me proposais de me rendre à Mau-* » iHHi^tS lor$(]u'on nfa annoncé que les représentants du i iHHiplo Saint-Just et Lebas se rendaient au quartier de

• KcMinion-sur-Oise av«îc le général en chef Pichegru. Je » m'y suis rendu de suite , comptant sur leur prochaine )» arrivé(î de laquelle je n'ai actuellement aucune noui vellc. • Le 28 janvier (9 pluviôse) , il est à Lille d'où il date deux arrêtés » l'un qui enjoint à un général de renforcer de deux mille hommes d'infanterie la division campant sous cette place , l'autre qui rappelle trop bien la Terreui* à Strasbourg pour que nous puissions le passer sous silence. Le voici textuellement :

» Lille , 9 pluviôse an 2* de la République française > une cl indivisihlc.

1 Nous , représentants an peuple envoyés près l'armée i du Nordy

1 Arrêtons ce qui suit :

1 Art. !«>' Les portes de Lille seront farmées à trois heures après midi et seront ouvertes à huit heures du

matin.

• Art. â. Il est interdit à toute personne de se trouver dans les ouvrages de la place , sinon pour cause de service, à peine de six mois de détention.

1 Art. 3. Les membres du Ck)mité de Surveillance de Lille seront tour à tour de service aux portes et accom-* pagneront les rondes de nuit.

> Art. 4. Tout militaire qui n'appartient pas au service de la place de Lille , est tenu d'en sortir sous vingtquatre heures , à peine de trois mois de détention.

1 Art. 5, Tous les étrangers qui se trouvent dans Lille sont consignés dans leurs maisons après six heures du soir et avant huit heures du matin. Ceux qui seraient trouvés dans cet intervalle hors de leurs maisons seront mis en arrestation jusqu'à la paix.

» Art. 6. Toutes les personnes suspectes détenues dans Lille , seront mises au secret et ne pourront communiquer avec personne. La Municipalité de Lille est chargée de l'exécution du présent ordre et en répond. » Alt. 7. Les portes de la citadelle seront fermées chaque jour à trois heures après-midi et ne seront ouvertes quïi huit heures du matin ; tout officier qui ne se trouvera point dans la citadelle a la fermeture des portes sera destitué. Le commandant de la citadelle est chargé de l'exécution du présent ordre et en répond, ToMi: IL 1!

» Art. 8. Il est ordonné au tribufial criminel du dépar- > tement du Nord de faire raser les maisons de quiconque • sera convaincu d'agiotage^ et des marchands qui ne se M seront point conformés à la loi du maximum.

» Saint-Just, Lebas, Florent, Guyot. »

Nous le surprenons ensuite s'occupant, toujours comme ù Strasbourg, des moindres détails. Il voit tout ; il pourvoit à tout. Il s'occupe un jour des poudres, le lendemain des farines. 11 prend soin lui-même d'indiquer comment se fera la réquisition des bestiaux nécessaires à Talimentation de Tarmée ; on s'emparera des bœufs , et des vaches seulement quand les bœufs seront épuisés ; on requerra d'abord chez les propriétaires les plus considérables ; on prendra le tiers des bestiaux chez ceux qui ont plus de quatre bétes, et on le pourra chez ceux qui en ont moins après l'épuisement de ce tiers; on requerra ensuite successivement parmi ceux qui ont quatre, trois, deux et une bétes. Seront confisqués les bestiaux de c(;nx qui en auraient caché , ou auraient pris tout autre moyen de se soustraire à l'arrêté.

Comme à Strasbourg, un emprunt forcé est ordonné par lui. A son arrêté il attache cette clause pénale et impérative : t L'emprunt forcé sera double pour les riches c de Lille qui n'auront point satisfait dans les dix jours à » leur imposition ; il sera triple dix jours après. >

Evidemment , nous serions obligé pour Lille de réécrire la funèbre histoire qu'une fois déjà nous avons racontée en parlant de Strasbourg sous la tyrannie de Saint-Justet Lebas , si les documents locaux ne nous avaient pas à

peu près complètement manqué. Mêmes proscriptions , mêmes iniquités, même épouvante, mêmes infortunes^ mêmes larmes, même deuil. Cela se devine par les rares indications parvenues jusqu'à nous.

Par exemple , Thistoire des méfaits d'André Dumont nous apprend que Saiot-Just et Lebas ont ordonné l'arrestation de tous les ci-devant nobles du Pas-de-Calais , de la Somme, du Nord et de T Aisne. Piqué de se voir devancé dans une si belle idée et ne pouvant prétendre au mérite de l'invention, Dumont aspire à celui de Texagération. La mesure de Saint-Just ne frappait que les nobles ; Dumont la complète en y englobant leurs femmes et leurs enfants.

Plus tard, ce même André Dumont, menacé, poursuivi par rhonnéteté publique , vint accuser Saînt-Jnst et dénoncer ses cruautés. Le 14 frimaire an 3, (4 décembre 1794,) il s'exprimait ainsi devant la Convention et ses paroles étaient recueillies dans le rapport de Courtois : c On avait envoyé dans les départements du Nord et 1 du Pas-de-Calais, Saint-Just, Lebas et Lebon.Les deux

• premiers traitaient la dépopulation en grand ; ils pros- » crivaient tous les ex-nobles, tous les prêtres, tous les

• marchands , gros propriétaires ou riches. Ils alimen- > talent des tribunaux féroces de victimes qu'on envoyait » sans examen à Téchafaud. i

Mais, comme nous le disions , ce ne sont là que des indications.

Voici deux arrêtés datés de Lille , le 10 pluviôse (29 janvier), dont l'un est assez curieux, dont l'autre rappelle le roll<'»gion qui se venge d'une insulte :

a Le directoire du district de Saint-Pôl fera remettre

> cQ liberté les membres du Comité de Surveittsmce de » Saint-Pôl, détenus à Béthune. Ce Comité reprendra ses

> fonctions et respectera dans les autres le patriotisme

> au nom duquel il a réclamé sa liberté !

• Saint-Just et Lebas . »

c Le maître de poste de Saint-Pôl qui, consulté par » les représentants du peuple sur les principes des mem- » bres du Comité de Surveillance de cette ville, leur a

> répondu avec mépris qu'ils étaient tous de la lie du

> peuple, sera mis en arrestation à Béthune pour un

> mois, en expiation de son insolence.

» Saint-Just et Lebas. »

Le 31 janvier, Saint-Just arrivait à peine au camp de Guise qu'il datait, de cette ville et de ce jour-là même, un arrêté de proscription à l'aide duquel il annonçait à tous les nobles de Tarmée le sgrt dont il les menaçait :

< Les représentants, considérant que Bodin-Saintt I^aurent, ex-noble, chef de brigade au i®'' bataillon du » 56® régiment d'infanterie, Medrano, Le Bret, La Char- » me et Jacques-François Bouvier de La Motte, tous » ex-noblcs et officiers dans le même corps, se sont

> (V ailleurs rendus indignes de la confiance de leurs su-

> bordonnés , soit pour leur défaut de civisme , soit par » leur mauvaise conduite , arrêtent que les sus-nommés » sont destitués, qu'ils seront mis en arrestation à Beau- » vais et qu'il sera procédé sur le champ à leur rempla- » cernent. •

D'un coup d'œil, S^î^^-^nsi reconnut la situation. Voici

ce qu'il écrivit de Guise, le même jour 31 janvier, au Comité de Salut Public :

f L'arrondissement prescrit à Tarmée du Nord est insuffisant , vu que lorsqu'on le détermina , on calculait sur cent mille hommes, et qu'il faut aujourd'hui calculer sur deux cent quarante mille. L'oi^nisation des convois n'a pas le sens commun. On fait partir du même point tous les caissons ; la même tige de chemin se trouve embarrassée de sept cents voilures , le pain et les fourrages arrivent lard, la cavalerie périt. Pourquoi ne pas établir des caissons et magasins de fourrages sur les points où l'on veut faire agir les armées. Âtlendez-vous qu'on vous attaque , ou voulezvous attaquer? Dans le dernier cas , préparez dès ce moment la position des magasins, vos plans, placez votre cavalerie, dirigez les convois, afin de faciliter l'explosion de nos forces à l'ouverture de la campagne, i Augmentez l'arrondissement de moitié pour l'approvisionnement, puisque, par l'incoiporaiion, l'armée augmente de moitié et plus. Voici l'état à peu près des choses. Les routes sont impraticables. Nous avons fait en poste huit lieues par jour, depuis Douai jusqu'à Guise.

> L'ennemi a un camp de cinq mille hommes au Caté* let; nous avons versé quatre cents quintaux de farine dans Bouchain ; il y a trois à quatre mille hommes au Gâteau.

» 11 serait liés sage de votre part de vous rendre agres- » scurs , d'ouvrir la campagne les premiers , et comme * voire armée sera très foite, vous pourrez en même

ToMi: 11. 10.

> Iciiips portei' une armée sur Oslciide, une sur Beau- » nioni , cerner Valenciennes et attaquer la forêt de Mor- » raale. Soyons toujours les plus hardis , nous serons » aussi les plus heureux ; nous allons paitir pour Mau- )' beuge ; nous vous écrirons de là. »

Envoyé à Guise pour ranimer Ténergie des troupes, pour y rappeler la discipline , pour y bâter les préparatifs, pour y secouer Tapathie des généraux et des administrations , Saint-Just imprime à tous les services l'activité dont il donne Texemple et qu'il rend nécessaire par des proclamations dans le style de celle-ci :

1 Les représentanls du peuple à Tarmée du Nord, con-

> sidérant que Tinertie des administrations des armées » résulte de la négligence des fonctionnaires, du défont » d'activité dans les rapports , arrêtent ce qui suit :

» Les commissaires ordonnateurs, les régisseurs des » vivres correspondront avec les administrations du dis- » trict , les commissaires des guerres , gardes-magasin et » tous préposés , par des ordres ou des demandes suc- » cinctes. Le délai pour y répondre sera fixé. Les dépè- » ches seront remises par des ordonnances, et leurs » chevaux seront nourris aux dépens des administrateurs » et préposés auxquels elles auront été adressées. — Les » ordonnances ne pourront revenir sans réponse, à peine « de trois mois de détention. — Le présent arrêté sera

> imprimé et publié. »

Deux lettres, que nous extrayons du registre de correspondance du ministre de la guerre, et adressées personnellement à Saint-Just, nous montrent tout ce qu'on attend de Tactivité , de l'énergie du jeune représentant eu

mission. Il faut qu'il soit partout, sachant tout, surveil^ lant tout, parant à toutes les conspirations, nettoyant tous les ennemis de la République. On veut qu'il n'ignore rien de ce qui se passe , rien de ce qui se prépare. Le temps et Tespace ne paraissent point exister pour ces hommes étranges : (1).

t Du 10 pluviôse (6 février. )

» Marchand , du Comité de Surveillance du département du Nord, dénonce les complots contre-révolutionnaires des officiers du 13« régiment de chasseurs à cheval, entre autres de BIscardon , chef d'escadron ; si tu vas à Lille, tu seras à même de te faire rendre compte et d'y porter remède , s'il y a lieu.

» Si on dénonce aussi des complota a Maubeuge , depuis longtemps il y règne un esprit qui n'est pas rassurant. La Société populaire y était tombée sons l'influence d'un général Vézu, qui est rappelé en ce moment. Le sansculotte énergique y est comprimé. Il serait avantageux à la chose publique de déchiffrer l'esprit public de ce pays-là. Au milieu de tout cela, l'ennemi s'est rapproché entre Sarabre-et-Meuse. Le même esprit d'intrigues est sur la frontière des Ardennes. Des hommes nouveaux crient plus haut que les vrais sans-culottes ; ils paraissent plus révolutionnaires pour l'être moins. Au milieu de tout cela, ils font siffler le mot de paix, portent nos succès au-delà du réel pour donner une fausse sécurité, annoncent de grandes prises pour ralentir l'cf*

(A) Monslrum aclivilalis, a dit Qcéion de Jules César.

fi*t d«:s H'tiuisitioiis; »< tu peux nelloyer tout cela ^ lu feras encore une bonne rruvre.

• Pichegrun*cst |>as encore arrivé; je m'en impaliente. Hieii de nouveau aux Pyrénéen-Orientales. Les Occidentales doivent être sous la neige. Les Anglais promènent qm*]qu('S kitiments le long de nos côtes; Ton est en surveillance. La rentriH; du parlement ne durera pas autant qu'on pense. L'opposition, qui est composée des };ens riches , ne disputera que pour la forme et pour occuper le peuple. Il existe encore des chouans ; ils sont dans les bois ; on les poursuit. 11 existe encore des dél)ris de Charrette à la gauche de la Loire. L'Ardenne fait quelques petites prises de subsistances. La Moselle et le Rhin n'envoyent rien depuis quelques jomrs ; ils doivent être en mouvement. Les Alpes sont sous les neiges ; Tltalie à peu près de môme. L'esprit des grandes villes qui ont été rebelles n'est pas encore guéri. Heureusement qu'il existe un intérêt social bien senti et que la grande masse veut de cette manière. >

t Du 17 pluviôse (13 février.)

» Picliegru va te rejoindre. Le Comité Ta vu avec plaisir; il ne demande qu'à bien faire, tu le sais'; je suis bien aise qu'il te rencontre encore sur les lieux. Il recevra les renseignements du patriotisme ; c'est beaucoup dans le temps où nous sommes de pouvoir se reposer avec sécurité sur une opinion. Les idées sont fixées sur un grand projet (1); tu en recevras de lui les détails.

( n Lo Coniitô <lo Salui PuMio avait rrsolii «lo faire iiiu' liosiTiilo on

1 Les opérations vers le Rhin et la Moselle n'ont pas rendu

> ce qa'on désirait ; les grandes subsistances et approvi- » sionnements de tous genres se sont évanouis comme les » brouillards du Rhin ; il doit y avoir des mouvanoits I dans les Ardennes. Si tu pouvais parcourir cette oon- » trée, ce serait un bien, i

Voici quelques-uns des arrêtés pris à Tarmée du Nord, par Saint-Just et Lebas. Ils n'ont besoin d'aucun commentaire; nous avons cru leur publication intéressante , car Us sont inédits , ainsi que la correspondance dont ils sont suivis :

f Réunion-surOise (Guise), 12 {duviôse.

c Les représentants du peuple , informés que Pierre- » Louis-Joseph Sueur de » district de Vervins,

> a laissé sa fenmie et deux enfants sans appui pour » se livrer à la défense de la Patrie, arrêtent qu'il

• lui sei*a délivré par le payeur de l'armée du Nord une

> somme de six cents livres. •

c Maubeuge, 15 pluviôse.

> Le commandant de Maubeuge fera mettre en arres- » tation le nommé Le Preux, inspecteur des vivres à

> l'armée du Nord près du nommé Ravanne, commis des » vivres, lequel est prévenu d'espionnage et de conspi-

> ration contre la liberté. H fera mettre aussi en arresta- » tion le nommé Nègre, ci-devant au semce du ci-devant

> duc d'Orléans , employé dans les charrois, t

c Maubeuge, 15 nivôse, an 2«.

» Les représentants du peuple à l'armée du Nord , ins-

* truîts des complots tramés à Maubeuge , pour livrer

> celte place aux ennemis de la République » arrêtent que

» le nommé , commis des vivres à Tarmée du Nord,

1 prévenu d'être Fun des agents de ces complots et tous » ceux qui y auraient participé, seront sans délai jugés

> par la commission militaire qui est à Maubeuge , la- » quelle est autorisée à les faire arrêter partout où ils » pourront se trouver. Les citoyens Legros, juge de po- » lice à l'armée du Nord, et le citoyen , sont adjoints

> pour cet effet à la commission militaire. >

c Héunion-sur-Oise 9 13 pluviôse.

> Le corps appelé la légion de la Nièvre est dissous. Le

> général de Tarmée du Nord rendra compte demain de

> son incorporation.

c Arques, 13 pluviôse, an S^.

» A Prutia , commissaire à l'armée du Nord,

> Que faut-il penser de l'homme qui, chai'gé du soin de » l'armée, a laissé depuis quatre jours la division d'Ar-

> ques sans fourrages? Cet homme est toi ; nous nousiiiy formerons tous trois de ta conduite , et tu dois t'atteu- D <li*e à être puni rigoureusement si tu es coupable, t

< Réunion-sur-Oise, 13 pluviôse, an 2«.

> Chaque citoyen de la première réquisition incorporé » dans les corps qui composent l'armée du Nord, sera » ((Mui de romeltn; son nom , sa profession , celle de son « [)ère et le lieu de son domicile. •

« Maubeuge, 15 pluviôse, an2^

» Les représentants du peuple invitent les sans-culottes f de Maubeuge , membres de la Société populaii-e, àfaiiv

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