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» passer rigoureusement à un scrutin épuratoire tous les » agents comptables du gouvernement « tels que gardes- 1 magasin , commissaires des guerres , etc^ , qui pré- I tendront être admis dans leur sein.
« La Municipalité de Maubeuge fera imprimer et affî- » cher la présente invitation. »
€ Arras, 16 pluviôse, an 2«.
1 Tous les ci-devant nobles qui se trouvent dans les dé- » partements du Pas-de-Calais, du Nord, de la Somme,
> de TAisne , seront mis en arrestation et demeureront au » secret.
> Le présent arrêté sera publié par les administrations
> du district d'Arras, et les Comités de Surveillance des-
» dits départements sont chargés de l'exécution du pré-
» sent arrêté , et en rendront compte au Comité de Salut
» PuJ)lic. »
f Réunton-sur-Oise, an 2®.
c A Massieu , notre cher collègue.
» L'armée des Ardennes est peu considérable , son ar-
» rondissement a été moins épuisé que les autres. L'ar-
» mée du Nord augmente et ses ressources diminuent.
» Nous te prions de faire les plus grands efforts pour nous
» procurer des fourrages. Tu en as promis; il faut, s'il
» est possible, porter cetenvoi à deux cent mille rations ;
» le temps presse; la campagne va s'ouvrir; ce pays
» doit être le théâtre des principaux événements.
> Salut et amitié ! »
« Maubeuge, 46 pluviôse, an2«.
« A Vadministratiofi du district d^ Arras. » Vous voudroz bien, citoyens, au reçu de la présente,
• employer les mesures les pluâ promptes et les plus
> sûres , pour faire traduii*e devant la commission mîli-
> taire de Maubeuge, le nommé Faëding, Anglais, rési- » dant à Calais , qui doit être logé chez Dessault. H est
> prévenu d'être l'un des agents d'un complot dont l'ob-
• jet était de livrer Maubeuge aux ennemis de la Républi- » blique. >
» Maubeuge, 17 pluviôse, an 2*.
> Au Comité de Salut Public.
» Nous vous adressons, citoyens collègues, plusieurs
> pièces qui vous feront connaître le complot tramé pour » livrer Maubeuge aux ennemis de la République ; nous i avons chargé la commission militaire établie dans cette
> place de juger les coupables. Nous avons cru qu'il fal- » lait un exemple prompt et sur les lieux. Nous écrivons
> à l'administration du district d'Ârras , poui* faire tra* » duire ici l'un des agents du complot. C'est un nommé » Faëding, Anglais, qui doit se trouver à Calais. Nous » avons donné des ordres nécessaires pour qu'aucun des » traîtres n'échappât.
i Les subsistances et les fourrages sont on ne peutplus » rares dans l'année du Nord. Nous avons trouvé des di- » visions entières manquant de fourrages depuis quatre
• jours. Nous avons été forcés d'autoriser l'administration
> des subsistances à requérir, dans les districts-frontières, » d'abord les bœufs , ensuite le tiers des vaches chez les » plus riches propriétaires, et progressivement jusque >» chez les moins aisés.
> 11 faut des armes. Hâtez l'embrigadement. L'armée
» ouvrira la campagne au plus tard dans trois semaines.
• Saint-Just et Lebas. >
Pour un moment, Saint- Just ne se croit plus nécessaire à Tarmée. Il part donc pour Paris où de prochains événements rappellent. Le second acte de la tragédie révolutionnaire est bien près de s'achever, puisque voilà le bourreau qui accourt !....
Le 49 février, lui, le plus jeune des Conventionnels, il est appelé par ses collègues au périlleux honneur de la présidence de la Convention. Le 20, il siège déjà..« ou plutôt il trône ; car cet homme n'a jamais été un républicain ; c'est un despote , c'est un autocrate. Eu le créant, la Providence a oublié de le jeter dans u» milieu qui lui convînt , où probablement il eût été utile.
Sept jours plus tard, on vit Saint-Just quitter le fauteuil de la présidence et monter à la tribune. On crut que c'en était fait de la faction de Hébert et de Ronsin longtemps battus en brèche par Camille Desmoulins et son Vieux Coi'delier et menacée par Robespierre dans son fameux rapport du 17 pluviôse (5 février), sur les prirt" cipes de moi'ale qui devaient guider la Conveniian dans Vad/mnisiration intérieure de la République ; mais fidèle encore à sa politique tortueuse et prudente, à cette politique que Saint-Just appelait, lui, « de l'hypocrisie, • Robespierre croyait qu'à un discours contre Hébert il fallait donner pour pendant un discours contre Danton. Saint-Just était chargé de dénoncer aux Modérés une scission définitive.
Il prond préte\t(; d'un décret du i veniôse ordonnant
Ail Comité de Salut Public de faire 1111 rapport sur les dctenlions, sur les moyens les plus courts de reconnautre et de délivrer rinnocence et le patriotisme opprimés, romme aussi de punir les coupables. Il va porter publiquemont le premier coup au Modérantisme dont Robespierre voulait se défaire , et dans lequel Saint-Just , pour les besoins d'une vengeance trop long^mps retardée , n'atta(]uait (|ue Camille Desmoulins, son ennemi personnel, son insolent mystificateur, celui qui avait retrouvé et rc^vivifié son méfait et son erreur poétiques d*Organt.
Avant de courir aux Modérés qu'il faut peindre , l'orateur voulut avertir les Exagérés qu'on ne les oubliera point pour longtemps. « Nous sommes inondés » , dit-il, t d'écrits dénaturés ; la loi déifle lathéisme intolérant et 1 fanatique. On croirait (jue le prêtre s'est faii athée et » que l'athée s'est fait prêtre; il n'en faut plus parler. » // no^iJ faudrait de V énergie; on nous suggère le délire » et la faiblesse, »
Après ce reproche envoyé droit à l'adresse de Robespierre, Saint-Jtist saisit corps-à-corps le parti de la Modération dans la personne de Camille Desmoulins qu'il ne nomme pas , mais que ses allusions ti*ansparentes permettent (îicilement de reconnaître. Le Vieux Cordelicr est mis constamment en scène. Camille Desmoulins, dans son journal et sous prétexte d'une traduction de Tacite, de la réprobation éternelle à jeter sur Tibère, sur Néron, sur l'ignoble Claude, a stigmatisé du fouet de sa satire la TorrcHir et les Terroristes. « Vous avez voulu, » s'écrie Sinnt'Just avec sa cruelle logi(|Me, -ï vous avez voulu -une : P; publique; si vous ne vouliez point en même temps
> c<^ qui la constitue, elle ensevelirait le peuple sous sosr » débris. Ce qui constitue une République y c^est ladestruc- » tion totale de ce qui lui est opposé... Ou se plaint des • mesures révolutionnaires ! Mais nous sommes des Mo-
> dérés en compai*aison de tous fes autres gouveriie- B ments ! '9
Pour le prouver, ramassant dans la boue et le sang une vieille calomnie de Marat, il ose attribuer à crime à Louis XVI et à la reine les malheureux événements qui marquèrent les fêtes de leur mariage, les massacres du Champ-de-Mars causés par. Desmoulins lui-même , par Danton, par ce qu'on appelle maintenant les Modérés. « La cour pendait dans les prisons ; les noyés qu'on i*a- » massait dans la Seine étaient ses victimes ; il y avait » quatre cent mille prisonniers ; Ton pendait par an » quinze mille contrebandiers; on rouait trois mille hom- B mes; il y avait dans Paris plus de prisonniers qu'au- » jourd'hui. Dans les temps de disette, les régiments » marchaient contre le peuple. » 11 prétend qu'à l'heure où il parle , il y a dans l'Europe quatre millions de prîscmniers et il reprend: t Citoyens, par quelle illusion » persuaderait-on que vous êtes inhiunains? Votre tribu- » nal révolutionnaire a fait périr trois cents scélérats
> depuis un an...! >
Sans nous arrêter à réfuter ces mensonges et ces niaiseries auxquels personne ne se laisse tromper d'ailleurs, suivons Saint- Just et monti'ons-le reniant à la fois ses souvenirs de jeunesse et de cœur, ses amitiés particulières, ses relations politiques.
' A Camille Desmoulins les triomphes du journalisnie ; à
Siiini-Jiist les succos de la tribune. A Camille Oesmoufins réloge de la Clémence ; à Saint-Just l'apothéose de la Terreur. En lisant les numéros du Vieux Cordelier^ les nombreux détenus des prisons de Paris avaient tressailli d'espoir; ils tressaillirent de crainte au bruit des bravos (|ui leur arriva de la Convention où Saint-Just »'était écrié : c Supputez quels sont ceux qui vous trahissent,
> en pesant tout au poids du bon sens» Sont-K;e ceux qui < vous donnent des conseils sévères, ou ceux qui vous en " donnent d'indulgents?... Ceux qui demandent la liberté 1 des aristoci'ates ne veulent point la République et crai- I gnent pour eux. C'est un signe éclatant de trabisoa
> que la pitié que Ton fait paraître pour le crime, dam » une République qui ne peut être assise que sur l'inflexi- * bilité» »
En quelques lignes , Saint-Just va esquisser le portrait de Camille Desmoulins et de Danton, Tun qui a peur d'être dévoré par la Ten*eur , l'autre qui a pUlé la Belgique :
c 11 est une secte politique dans la France , qui joue » lous les partis ; elle marche à pas lents. Parleat-vous » de Teri'cur, elle vous parle de Clémence; devenez- vous » cléments > elle vous vante la Terreur ; elle veut être » heureuse et jouir ; elle oppose lu perfection au bien , » la prudence à la sagesse.
» Ainsi, dans un gouvernement où la morale n'est » point rendue pratique par des institutions forte» qui 1 rendent le vice difforme , la destinée publique change » au gré du bel (\sprit et des passions dissimulées.
» Eprouvons-nous des revcTs » les Indulgents prophé-
» lisent des malheurs ; soiumes-nous vainqueurs , on en » paile à peine. Dernièrement on s'est moifds occupé des victoires de la Répubiiquef que de quelques pamphlets , et tandis qu'on détourne le peuple des mâles objets , les auteurs des complots criminels respirent et s'enhardissent.
> On distrait l'opinion des plus purs conseils et le peuple français de sa gloire pour l'appliquer à des querelles polémiques. Ainsi Rome sur son déclin , Rome dégénérée , oubliant ses vertus » allait voir au Cirque combattre des bétes ; et tandis que le souvenir de tout ce qu'il y a de grand et de généreux parmi nous semble obscurci , les principes de la liberté publique peu à peu s'effacent , ceux du gouvernement se i^elâchent , et c'est ce que Ton veut pour accélérer notre perte. L'indulgence est pour les conspirateurs , et la rigueur est pour le peuple. On semble ne compter pour rien le sang de deux cent mille patriotes répandu et oublié. On a &it un mémoire , on est vertueux par écrit, il suffit; on s'exempte de probité, on s'engraisse des dépouilles du peuple, on en regorge, et on l'insulte, et l'on marche en triomphe , traîné par le crime pour lequel on prétend exciter votre compassion ; car enfin on ne peut garder le silence sur l'impunité des plus grands coupables qui veulent briser l'échaftiud parce qu'ils craignent d'y monter, »
Un instant, il abandonne les Indulgents, pour parler de ses idées de gouvernement. C'est à la politique de Robespierre qu1l vient en aide dans ce passage où , comme Hahœuf le i'era plus tard, il parle du Bonheur du
TouF II. 12.
peuple : « \ olrc but est de créer , » dit-il , t uii ordi*e de choses tel qu'une pente universelle vers le bien s'établisse , tel que les factions se trouvent tout-à-€oap lancées sur Téchafaud , tel qu'une mâle énei^e incline l'esprit de la nation vers la Justice , tel qne nous obtenions dans l'intérieur le calme nécessaire pour fonder la félicité du peuple ; car il n'y a, connue au temps de Brissot, que l'aristocratie et l'intrigue qui se remuent les Sociétés populaires ne sont point agitées , les armées sont paisibles ; le peuple travaille ; ce sont donc tous nos ennemis qui s'agitent seuls » et qui s*agitent pour renverser la Révolution. Notre Imi est d'établir un gouvernement sincère^ tel que le peuple soit heureuse y tel enfm que , la sagesse et la Providence présidant seules à l'élablissenient de la République , elle ne soit plus chaque jour ébranlée par un forfait nouveau. » Et ce Bonheur y il le fonde sur ces cruels conseils : Les Révolutions marchent de faiblesse en audace et de crime en vertu \ il ne faut point que Ton se flatte d'établir un solide empire sans difficultés ; il faut faire une longue guerre à toutes les prétentions ; et comme l'intérêt humain est invincible , ce n'est guère que par le glaive que la liberté dhm peuple est fondée. » Répugnant a l'indulgence qu'il proscrit et condamne dans la personne de ses adversaires, il veut que la Répu« blique abatte ù ses pieds tous ses adversaires. Un jour de faiblesse , selon lui , coulerait trente ans de guerre civile. Mors il édicté ces axiomes impitoyables : c 11 est r> difficile d'établir une République autrement que par la > censure inflexible de tous les crimes. — La jalousie
» vous est nécessaire ; vous n'avez h draU %\i d'élte cU" » nientB ni d'être sensibles pour les tnhisoiis* Voo» ne • travaillez pas pour votre compte, mais pour le peuple.» — c On croirait, > contînue4-il, c que cbacun, ^[)ouvanté
> de sa conscience et de rinSexibilité des lois , s'est dit » à lui-même : « Nous ne sommes pas assez veriiteux I pour être si terribles ; législateurs phflosophes , com- I pâtissez à ma faiblesse ; je n'ose vous dire : je suis » vicieux ; j'aime mieux vous dire : vous êtes cruels. »
Ce n'est pmnt avec des paroles qu'on doit répondre aux Indulgents. II faut des actes et des foits à Saint-Jttst« Si les partisans de Danton veulent qu'on ouvre à deux battants les portes des prisons, le peuple attend tout antre cbose de la Montagne, c Abolissez , t s'écrie l'orateur , c la mendicité qui déshonore un état libre. Les c propriétés des patriotes sont sacrées , mais les biens » des Conspirateurs sont là pour tous les malheureux. Les
I MALHEUREUX SONT LES PUISSANCES DE LA TERRE. Ils Ont
I le droit de parler en maîtres aux gomemements qui les
> négligent ! > Nous apprenons là et sàrement à quoi
servaient les lambeaux de papier sur lesquels Saint-Just consignait pour les besoins de son éloquence ses phrases h effet , ses coupables pensées , les ordres qu'il dictait à la Convention.
Ce n'est point assez pour lui de poser en principe le droit des masses a la prédominance. II faut maintenant enrichir le nouveau maître, c La Révolution nous a con-
> duits à reconnaître ce principe: que celui qui s'est mon-
> tré Tonnemi de son pays n'y peut être propriétaire, » a dit Sainl-Jnst , (^n affirmant qu'il ne faut jamais faire
:iiï«- irvfiliitioii a iiioitii* , sous peine de se conilainun ;i |j ruine. Voilà le |K)iiit de départ de la confiscation, de la s|>oiiation des émigrés , du brigandage exerce en grand sur les morts de la politique. Voilà l'origine de celle immense fortune volée par l'Etat, et si tôt et si inutilement gaspillée , dilapidée.
(<ha(|ue mot est une; invitation au massacre : c Que
• rien de mal ne soit pardonné ni impuni dans le gou- ^ vrrnemeni; la justice (»t plus redoutable pour les ennc^ » mis de la Képnhlîque que la Terreur seule» Que de
• traîtres ont échapiM* à la Terreur qui parie , et n'écbap- » peraient pas à la justice qui pèse les crimes dans sa » main! La justice condamne les ennemis du peuple et » les partisans de la tyrannie parmi nous à un eschvage
• éK^Miel : la Terreur leur en laisse espérer la fin; car » loiiies les tem|KHcs finissent, et vous l'avez vu. La jus- » tic<; condamne les fonctionnaires à la probité ; la justice » iHMid le p(;uple heureux et consolide le nouvel ordre de » choses : la Terreur est une arme ù deux tranchants
> dont l(ïs uns se sont servis à venger le peuple et d'au- » Ires à seiwir la tyrannie. La Terreur a rempli les mai- » sons d*arr^t, mais on ne punit point les coupables : la
> Ternnir a passé comme un orage. N'attendez de sévérité » durable dans le caractère public que de la force des » institutions. Un calme affreux suit toujours nos tera- » péus , et nous sommes aussi toujours plus indulgents fc aprt^s (|u'avaiit la Terreur. »
Saint-Just en est arrivé , par la colère et la rancune piM'soinielles, à ctî point crabcrraiion mentale qu'il va |M»hli(|n('mrin rop[n'lt(M' que la mort ait j(»té dans la
tombe Marat et ses abominables principes : c Marat avait > quelques idées heui'euses sur le goayemement repré- » sentatif , que je regrette qu'il ait emportées; il n'y «fait » que lui qui pût les dire ; il n'y aura que b JBéceaHté qui » permettra qu'on les entende de fai boodie de tout • autre. »
Danton avait fait de Taudace la pr&acipade vertu de sa République; mais il avait reculé devant rapplicatkm » dès le premier essai de septembre i79S. Saint-liist reprend le mot pour son pi*opre compte ; mais le saag et le meurtre ne Teffraieront point. U s'écrie : c Ossz ! ce mot renferme toute la politique de notre Révolutioa. L'étranger veut régner chez nous par la discorde; éUmf^fons'la en séquestrant nos ennemis et Imurê pëHisms; rendons guerre pour guerre ; nos ennanis ne peuvent plus nous résister longtemps. Us font la guerre pour s*entre-détruire. Pitt veut détruire la maison d'Autriche, et celle-ci la Prusse, tous ensemble l'Espagne. • Pour vous, détruises le parti rebelle, bronze» la li^ berté, vengez les patriotes victimes de l'intrigue; mettez le bon sens et la modestie à Tordre du jour; ne souffrez point qu'il y ait un malheureux ni un pauvre dans l'Etat. Qui vous saurait gré du malheur des bons et du bonheur des méchants? > A ce mot Osez, la Montagne bondit et huria d'enthousiasme. La Convention se leva et adopta d'acclamation ^ au milieu des applaudissements unanimes , le projet de décret présenté par Saint-Just, — ce n'est peint lù une phrase de facture et à l'usage des peintres et des écrivains d'histoire; c'est le Moniteur que nous copions tex-
tiicillenieiil. [ai (Uiciel oitionnaîl que les biens des persoimes reconnues ennemies de la Révolulion seraienl séquestrés au profit de la République , que ces personnes seraient détenues jusqu'à la paix et bannies ensuite à perpétuité. Touchante et surtout puissante méthode pour introduire Tunanimité des sentiments politiques au sein (Fune grande nation !
A partir de ce moment, ce n'est plus un homme que ce Saint -Just. Il a banni de son cœur revêtu d'un calus, comme le dit Courtois, tout ce qui pouvait y avoir survécu de sentiments humains. Il s'est épris de son idée. Ses essais et sa réussite de Strasbourg et de Lille l'ont enivré. Parce que, sous l'impression de la Terreur dont il est le plus exact représentant, toute résistance a disparu devant lui, il s'imagine s'être trompé quand il croyait à la nécessité de cette Terreur fonctionnant avec înte^ mittence seulement. Il en inaugure la permanence aujourd'hui. Soit que son activité fiévreuse et un excès de travail aient surexcité ses nerfs , en le portant à la mauvaise humeur, à de sombi*es passions; soit que son insuccès en amour l'ait prédisposé ù la haine s'exerçant a1oi*s contre toute l'humanité ; soit que des instincts pervei*s se développent en lui au furet à mesure qu'il avance dans la vie; soit enfm qu'il se laisse involontaii*ement entraîner au courant de son système , plus une bonne pai^ole ne sort de sa bouche , pas un acte de clémence n'est signé do sa main. 11 marche et il fauche les hommes» sans regret , sans pitié , sans remords , comme ferait une de ces formidables machines anciennes que, du haut d'une colline, une année lançait sur renuemi et qui abattaient
tout sur leur passage , jusqu'à ce qu'un obstacle soudain les jetât sur le sol sans force et sans effet. Ainsi fera-t*il jusqu'au bout de sa carrière.
Si le rapport de Saint-Just ayait eu pour but de fermer les yeux à Hébert et à ses amis, jamais il n'eut pu mieux atteindre son but. Les Exagérés crurent à la perte prochaine de leurs adversaires de la Modération mis enjeu à peu près seuls dans le discours du 26 février. Dans l'espérance d'une lutte prochaine entre Danton et Robespierre, ils se préparèrent à un suprême assaut du pouvoir découvert par rimprudcnle division du Jacobinisme. I^lomoro, Honsin, Vincent, Hébert, tous ces hommes sans intelligence et sans valeur, tous ces ambitieux à tête légère et sans prudence , chantaient à l'avance leiur victoire prochaine. On les entendit parler de chasser la Convention , de voiler la statue de la Liberté , de rendre au peuple sa souveraineté indignement usurpée. Paris se remplit de tumulte. On put craindre d'un instant à l'autre un coup de main de la part de Ronsin et de son armée révolutionnaire; mais satisfaits de traîner leurs grands sabres et de parader sous leurs grosses épauleltes, les officiers se contentent de faire peur aux femnies dans les théâtres, et leur général s'amuse à parcourir les prisons pour y recruter quelques patriotes méconnus et persécutés. Chaque matin , de nouveaux placards tiennent la Convention en haleine et au courant de ce que ses niais ennemis lui préparent.
Le Comité de Salut Public se rassemble; Billaud est absent; Coulhon est malade; Robespierre s'ennuie et n'y vieni pas. Mais Sainl-Jusl est là. 11 veille. Il attend Tins-
tant favorable. Fouquicr-Tînville reçoit enfin l'onliv il'agir. Pendant que Ronsin pérore, la nuit, aux Goi'deliors , Saint-Just écrit son rapport sur c les factions de
• l'étranger et sur la conjuration ourdie par elles dans la » République pour détruire le gouyernement par la cor-
• ruption et pour affamer Paris. >
Cette fois, ce discours ne se laissera empreindre ni de dout(; , ni d'ambiguité. La menace ne s'y cache plus sous Vabsti*action des termes ; la phrase y sera toujours ampoulée ; la généralité emphatique y domine encore ; le l)eau et savant diseur ne s'y est point oublié; mais si Tarme est brillante , elle est acérée aussi. Ce sont des coups mortels qu'elle va porter.
Nous passerons sous silence ces interminables préambules, — nuages qui voilent la scène, — où foisonnent ces mots aussi connus que mal définis : Vertu, Justice, Amour de la Patrie, Esclavage, liberté. Le véritable acte d'accusation débute par cette phrase : c 11 y a dans la » République une conjuration ourdie par l'étranger, dont » le but est d'empêcher par la corruption que la liberté > ne s'établisse. Le but de rétran<?er est de créer des » conjurés de tous les hommes mécontents, et de nous
• avilir, si c'était possible, dans l'univers, par le scan- » dale des intngues. On commet des atrocités pour en » accuser le peuple et la Révolution ; mais c'est encore la B tyrannie qui fait tous les maux que l'on volt ; c'est elle » qui en accuse la liberté ; l'étranger corrompt tout; son » but, depuis que la simplicité des habits est établie, est » d'appliquer toute l'opulence à la voracité des repas,
aux débauches, à la ruine du peuple, et à tenir tous les crimes à sa solde. > Â en croire Saînt-Just, l'étranger veut ravir l'abondance au peuple* c Nous ne trahirons point, > dic-il, c le peuple dans celte occasion où nous lui répondons de son salut. Qui plus que vous est intéressé à le sauver et ne le point trahir? qui plus que vous est intéressé à son bonheur? Votre cause est inséparable : vous ne pouvez être heureux sans lui, vous ne pouvez survivre à la perte de la liberté ; la cause populaire «t vous devez avoir ou le même char de triomphe, ou le même tombeau.
» C'est donc une politique insensée que celle qui par des intrigues ravit au peuple l'abondance pour vous en accuser vous-mêmes. Seriez- vous les anus des rois, ô vous qui les avez tous fait pâlir sur le trône ! vous qui avez constitué la démocratie , vous qui avez vengé le meurtre du peuple par la moit du tyran, et avez pris l'initiative de la liberté du monde!
• Quels amis avez-vous sur la terre, si ce n'est le peuple tant qu'il sera libre , et la ciguë quand il aura cessé de l'être ?
Suivant l'orateur, le plan de la conjuration, c la plus atroce qui se peut concevoir, puisqu'elle immole la vertu et l'innocence pour riniérêt du crime, » devait ainsi s'exécuter : Tout Paris était plein de réfugiés étrangers se prétendant persécutés dans \euv pays , Italiens , Napolitains, Allemands, nouveaux Sinons chargés de s'introduire dans les assemblées du peuple, dans les ministères, d'y tout voir et épier , en se cachant sous le masque du