Tome II. IH
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« toutes sortes ircxcès qui l'évoltaient les amis des r mœurs, el que ces orgies se répétaient êouvent. i
Chez l'excellent traiteur Vénua, où le gourmet Camille Desmoulins aimait a se faire offrir à dîner par les gcnéraux qu'il payait en articles landatib ; che2 Héot du Palais-Royal , le Vcfôur du temps , nous rencontrons Saiiit-Just , toujours Saint-Just. Villatte , dans sa brochure sur les Causes secrètes de la révolaiian du 9 att 10 thermidor , nous a déjà fourni le récit d'un diner chez Vénua. Il y avait là Barère, Robespierre, Saint-Just qui lardait à venir et que Villate fut chargé d'aller chercher en toute hâte. Il se dit là d'atroces paroles à propos de Texécution de la reine. < Les mœurs gagneront à cet 1 acte de justice nationale, » avait dit Saint-Just entre deux coupes d'un vin généreux qui, le mettant en verve d'apophtegmes , lui inspira cette abominable maxhne : « Une nation ne se régénère que sur des monceaux de
> cadavres ! i Courtois avait-il tort d'aflirmer que ces hommes s'enivraient de sang en même temps que de vin..?
Proussinalle a écrit une Histoire secrète du Tribunal révolutionnaire ; dans le tome 2 et à la page 150 de ce livre aussi rare que curieux, il parle aussi du diner chez Vénua, de ce diner dans une chambre f secrète, bien
> fermée i , de ce f fameux diner t , comme dit Villatte ne trouvant pas de meilleure expression pour peindre son admiration et ses souvenirs de bonne chère. Voici de nouveaux détails ajoutés par Proussinalle à ceux de Villatte : c Un plan qui fut arrêté, en sablant le Cham- » pagne, et qui augmente le nombre des victimes, était » de déblayer rAsscmblée Constituante en commençant
1 par les réviseurs. » Pix)ussînalle explique dans une note ce que les convives entendaient f)ar cette expression de réviseurs, f Les Jacobins donnaient ce nom aux députés » de l'Assemblée Constituante , qui, après avoir concouru
> à la création de la Constitution, sentirent que cette 1 charte lésait trop Tautorité royale, et firent tous leurs » efforts, lorsqu'on la révisa, pour rendra au roi les pré- 1 rogatives et les droits qui doivent être inhérents au 1 trône et qu'ils avaient aidé ù lui enlever. > — f Ainri, i continue Proussinalle, c Bamave, Fréteau,. Lechapelîer » et nombre d'autres personnages distingués par leur es-
> prît , leurs talents et leur amour de la patrie , ont été » envoyés à Téchafaud, peut-être pah;e que la digestion f de Barère était trop laborieuse. »
A ce < fameux diner, i il fut question de la liberté de la presse ; voilà comment Barère l'entendait : f On sera
> obligé de supprimer les journaux, > disait-il, c et de
> /)^/^^o/(?mi8^r leurs auteurs. Nesuffit-^1 pas d'une feuille
> sous la direction immédiate du Comité de Salut PttMic » pour neutraliser l'opinion publique, i Sous l'influence de l'ivresse , quelqu'un [proposa de brûler toutes les bibliothèques qui ne se composeraient à l'avenir que du Bulletin des Lois et de l'Histoire de la Révolution. Il faut savoir gré à Saint-Just d'avoir pensé et dit que les Français ne permettraient jamais de brûler tous les livres.
c Les murs de la chambre rouge de Méot , dans laquelle
> nous avons diné quelquefois ensemble, i dit encore Villatte, « gardent le souvenir d'autres conversations • analogues à la couleur dont ils sont peints. » — t Méot » avaii une chambre isolée dans lacfuelle ces régénéra-
» leurs de la Fitince dinaient ordioairement , » dit de &oa côté Proiissinalle. c Sa tenture rouge répondait au carac-
• tères de ces Arimanes. Celte chambre avait aussi Fa- » vautage, par sa position retirée » de pouvoir laisser dire
> et fiiire tout ce qu'on voulait sans crainte d'être vu et
• entendu. On pense bien que la Révolution était le siyet » ordiiiaii'e que l'on traitait dans ces diners. >
On sait la vie désordonnée que menaient à GUchy, Burère, Dupin c le eoupe-téle de laMaltôte» * Youlaud et Yadier« Ils avaient là une de ces petites maisons dont le luxe et les mystères rappelaient admirablement les beaux jours de Louis XV. Les déesses de ces vertes retraites étaient la Démabis et la Bonnefoy dont Dupin et Uurèi'e échangeaient les tendresses fai:iles, et encore la Veslris de rO|)éra qui était amenée par Vouland. La vertu de Saiut-Just ne s'effiraya point de cette atmosphère chaude de voluptés* Il osa meUi*e les pieds dans cette Paphos au petit pied. C'est encore ù Proussinalle que nous empruntons des délails sur ses voyages à ce nouveau Temple de (iuide« i C(^ quatre députés, » (Barère» Dupin de l'Aisne, Yadier et Youland , ) t furent les fondateurs des réunions » de Clichy« Chacun d'eux y avait sa chambre. Barère
> présidait aux plaisirs; Dupin à la cuisine, qui le disi putait en délicatesse et en suavité à celle du premier » gourmand de TEurope. Robespierre, Gouthon, Saint- » Just ^ un petit nombre d'autres députés, y étaient I quelquefois admis ; mais cela était rare : c'était les » jours où il ËiUait inventer de ces conspiraticms que i réchafaud devait anéantir. Alors il n'y avait pas de » femmes ; alors les jardins de Qichy pouvaient se com-
parer à celte île de Caprée, où Tibère et Séjao; au milieu des orgies » imaginaient des proscriptions et de nouveaux supplices.
« Dans une de ces réunions extraordinaires, après avoir compté le nombre et la qualité des tètes qu'il fallait abattre, on y discuta le partage des terres» que chacun d'eux regardait intérieurement comme impossible. Ils ressemblaient en cela à Moïse, qui parlait sans cesse aux Juifs de la terre promise, et qui, au lieu de les y conduire, les retenait toujours dans le désert, f Chaque famille, disait Gouthon, aura une portion de terre , au milieu de laquelle s'élèvera une modeste cabane couverte de chaume. — Ce sera l'âge d'or des Français, dit Dupin. — Le bonheur de la France, ajouta Saint-Just, aura lieu lorsque chacun, retiré sur son arpent de terre , passera doucement sa vie à le cultiver. — Du pain , de l'eau et du fer, voilà le meilleur des mondes, s'écria Couthon. — Des patates, comme les noirs, ajouta Barère, en voilà assez pour être heureux. > f C'était en mangeant les mets les plus délicats, en buvant les vins les plus généreux, que ces destructeurs de la France mettaient au pain et à l'eau les Français qu'ils ne proscrivaient pas. Si Ton ne pleui*ait pas sur les maux qu'ils ont faits, on serait forcé de rire de leurs extravagances. »
Le Monileur, le grave Moniteur lui-même, va nous fournir aussi son contingent de scandale. Dans la séance du 27 Thermidor (14 août), Barras, une lettre dénonciatrice à la main , vint accuser les Robespierristes tombés. Barras blâmant riminoralité ! Voilà ce qu1l lut à la tri-
bunc d*unc lin^gue iutire dont oousextrayons seulement ce qui a ra])|>ort à riionime objet de cette étude : c Ces sa- » tyrcs avaient dans presque toutes les communes envi-
> ronnant Paris , des lieux de plaisance où Us s'abandon-
• liaient à tous les excès. Il paraitque Robespieire s'était » rései'vé Monceau. Bagatelle était pour Gouthon ; Saint-
> Just avait le Uaincy. Quand ces sulians^taient dans ces
> lieux enchantrs , Tonti^ée en était rigoureusement dé-
> fendue. Malheur au citoyen qui n'eftt pas respecté ces » ordres souverains. Arrêté aussitôt comme suspect , il
> eût été le lendemain compris par Fouquier au nombre
> des conspirateurs des prisons. »
Pour en finir avec cette dégoûtante hypocrisie, avec ces excès, avec cette débauche , il ne nous reste plus qa'à montrer cette inconduite devenant la pâture de la notoriété publique cl arrivant jusqu'à la publicité de l'histoire contemporaine et honnête aux yeux de tous les partis, inconduite appréciée et jtigée comme elle méritait de rêlre. Voici un curieux passage de VHisloire de la Révolution par Deux Amis; il est aussi explicite que possible :
c Si Ton considère les occupations multipliées de tous 1 ces hommes, Saint-Just, Uobespierre, Collot, Amar, etc.;
> si l'on réfléchit à leurs voyages dans les dépaitements, » à la multiplicité des affaires qu'ils expédiaient dans les
> Comités; si l'on considère que ces hommes, outre les
• séances des Comités, assistaient encore aux séances de 1 la Convention, des Jacobins, et que dans toutes ces
> assemblées il n'y avait guères que pour eux à parler;
> si l'on pèse enfin toutes leurs démairhes et leurs opé- » rations, on sera tenté de (;roire qu<» la soif de la domi-
1 iiaiion et le désir de conserver le pouvoir occupaient
> uniquement toutes leurs facultés et physiques et morales. » Cependant on sera dans l'erreur.
1 Presque tous ces décerovirs, aussi prodigues de la 1 fortune publique dans leur intérieur que prodigues du i sang humain à la Convention , avaient dans les environs » de Paris des lieux de plaisance , des maisons secrètes » et isolées où , se vautrant dans les débauches les plus » crapuleuses , ils renouvelaient de nos Jours les scènes » de Caprée.
• Robespierre avait à Malsons un château magniflque f entouré d'un parc superbe et provenant d'un émigré.
> Il faisait occuper ce château par un aide-de-camp
> d'Hanriot qui lui servait à la fois de concierge et de » pourvoyeur. Cet aide-de-camp avait soin , quand Ro- » bespierre arrivait à petit bruit et particulièrement la » nuit , de tenir le château garni de femmes de mauvaise 1 vie et d'une table somptueusement servie où l'on se li-
> vrait à des excès de tout genre. C'était an milieu des
> images lubriques réfléchies par des glaces nombreuses,
> au milieu des peintures lascives éclairées par cent
> bougies , à Todeur des parfums brûlant dans des casso-
> lettes précieuses, à la senteur des vins les plus exquis,
> que le Dieu Robespierre, entouré de Couthon, de
> Saint-Just et d'Hanriot , d'une main tremblante de dé-
> bauche , signait de nombreuses proscriptions ! . . . t Laissons là tous ces récits de débauche et, pour en
finir à tout jamais avec cette Vertu si pure, essayons de raconter l'histoire de M"^ de Samte-Amarantbe et de sa fille.
- - MO
PcîulaiU rhiver de 1794, l'acteur Trial Fun des jurés du tribunal i*évoluiioimaire, l'un des amisdeRobespien'e, avait introduit chez M"** de Sainte-Amarauthe quelquesuns des membres des Comités. Robespierre fut un des invités. On soupait encore alors, et les soupers de W^ de Sainte-Âmarantbe avaient de la réputation. A ces collations du soir où, contraste bizarre! cette femme de bonne maison réunissait tout ce qu'il y avait de plus exagéré comme opinion politique , que ce fût ou sympathie pour les doctrines de ces hommes, ou peur de se voir compromettre pour être restée à Paris , ou espérance d'acheter leur protection au prix de quelques-uns de ces excellents repas que ces Spartiates passaient iK>ur ne pas fuir et mépriser, Saint-Just, présenté à son tour par Robespierre, vit une jeune ûile dont les charmes chassèrent pour un instant de son cœur les images de M*"* Thorin et de M^** Lebas.
Voir et désirer cette jeune fille, la désirer et la vouloir, ce fui tout un pour cet homme qui jouait au despote. Il fut repoussé ; M*^^ de Sainte-Amaranthe était défendue contre celle passion furieuse par son amour pour M. de Sartines , à qui sa main était promise et tut bientôt donnée. Saint-Just n'avait jamais connu la défaite; il jura de se venger, et l'on sait comment il se tenait parole. Il ne reparut plus chez M™° de Sainte-Amaranthe ; Robespierre continuait cependant ses visites.
Sur ces entrefaites, arrivèrent d'abord les grandes affaires de la lutte contre Danton, contre Hébert, ensuite la mission qui entraîna Saint-Just loin de Paris ; mais les victimes , désignées par sa haine , n'en devaient pas moins lui être sacrifiées. Trial avait reçu le récit de ses douleurs
et de SCS proJKls ; cVlail à lui qii'i-tuil aussi cuofic le soin d'assurer la venfteanc<!. Une inipiiidence de Robespierre iicheva la riiiue des diiines de Sainte- Ainaraiilhe. Il s'élail oublié dans l'eairaincnient d'un de ces repas nocturnes ojji tousse croyaient amis. Il avait un peu bu, et le vin lui avait délié la langue. Il parla de ses vues d'avenir et d'ambition, de ses moyens d'assurercetteambiiion. Trial, rétcrnel con. vive de M"'°dcSainle-Amarantlie, crut devoir, le lendemain, faire eniendro de prudenles obsorvaiions et rappela Ta scène dp Ui veille, scène que IlolKtspîerre paraissait avoir complètement oubliée. Dès-lors, M^sdcSainte-Amaranthn et sa fille furent perdues sans ressources et coiidanniées à expier l'amour de Saint-Just et la faute de Robespierre. Le 23 mai, une double tentative d'assassinat, double comédie, nvuit été tentée sur Collot-d'ilcrboîs par Ladmiral et sur Kobespierre par Cécile Renault. Elie Lacoste, membre du Comité de Salut Public, présenta un rapport où il demanda le renvoi devant le tribunal révolutionnaire de cinquante-<iuatre personnes, fort étonnées de se \<Âv compromises dans la même accusation de conjuration avec l'étranger, A entendre Lacoste, on aut^it cru que les factions de Fabre d'Ëglantine, de Hébert, de Chabot, de Danton, venaient de renaître. Les prétendus assassins, I^dmiral et la fille Renault , s'assirent sur les bancs des accusés à côlé du vénérable Sombreuil ; une acti'icc des Italiens coudoyait le duc de Laval - Montmorency et M.deRohan-Rochefort; le valet de chambre et le secrétaire de l'allemand de Batz pleuraient à côté d'un ancien juge du roi ; le prince de Saint-Maurice offrit pour gravir les degrés la main à Iji présidente d'Bspiéménil, la femme TOM,. II. 19
d*un dos plus ardents parlemeal aires des années qui prcrédèrent la Révolution ; enfin , toute la famille de Sainte- Âmaranthe , mère , fils y filles et gendre » étaient là, tous nobles et plébéiens , jeunes gens et vieillards , sachant qu'ils étaient accusés d'avoir c par l'assassinat , la famine ,
> rintroduction de faux assignats, la dépravation de la t morale et de Fesprit 'public, le soulèvement despri- » sons, voulu faire éclater la guerre civile, dissoudre la
> Représentation Nationale , rétablir la Royauté, ou iatUe
> autre domination tyrannique. > Est-il besoin de dire ce qu'il advint de ces cinquante-quatre infortunés? En une seule journée, ils furent jugés, condanmés, conduits à réchafaud revêtus de chemises rouges, et exécutés. En mourant , les membres de la famille de Sainte-Amaranthe eurent au moins une consolation : celle de succomber tous et ensemble , ne laissant derrière eux ni pleurs qu'il fallût cacher, ni regrets qui compromissent. Tous les (^inq, appuyés l'un sur l'autre, montrèrent devant la mort un magnifique courage. La mère soutenait ses deux filles, dont lune avait à peine quinze ans , dont l'autre, M"»« de Sariines , ne quittait pas un instant de son doux reganl le regard désolé de son mari.
11 ne faudrait point essayer même un doute sur la participation de Saint'Just à celte épouvantable affaire. Lorsqu'il mourut, on trouva dans ses papiers ce billet autographe qui l'accuse etconvainct: « La citoyenne veuve Âmaranthe » demeure à Paris, rue Vivienne, n<> 7. Il y a longtemps » qu'elle n'y est venue. Elle demeure maintenant à une » campagne, à S..., près de B..., route de Maisons. Il est t certain qu'il s'y fait nu Fassemblement , soit pour le jeu
» ou pour toute autre chose. J'observe qu'il n'est pas be- » soin de passeport pour se rendre chez elle, et que cela » facilite soit les joueurs , soit les conspirateui^ qui s'y V rendent journellement. — Sart,..,fils, p(Hir n'être point > soupçonné, demeure rue Caumartin , diez Bourtier , et
• c'est là qu'on suppose qu'il voit les différentes personnes
• qui vont journellement chez la citoyenaeAmaranthe,sa
• belle-mère, et qu'il les instruit de tout ce qui se passe. » Si Saint-Just n'avait point eu intérêt à perdre la famille
de Sainte- A maranthe, pourquoi cette note? pourquoi cette attention d'espion? pourquoi, parmi tant de personnes à livrer à Fouquier-Tinville , ne s'occupe-t-il spécialement, seulement, que de M*"® de Sainte-Âmaranthe et de son gendre Sartines? C'est donc lui qui les dénonce par ce billet et les fait poursuivre. Ce premier point admis, on arrive à chercher le motif de cette haine , de cette attention hostile. Nous avons affirmé une vengeance d'amour, et voici nos preuves :
Un Terroriste des plus dangereux, Senart, secrétairerédacteur du Comité de Sûreté Générale, publia, en 1824, des Mémoires qu'il intitula : Révélations puisées dans les eartons des Comités de Sûreté Générale et de Salut Public, Sénart savait beaucoup de secrets que lui avait livrés sa position et l'amitié des puissants du gouvernement révolutionnaire. Ce qu'il avait vu de si près, il le raconta sans exagération , sans colère , comme s'il eût voulu décharger sa conscience d'un fardeau moins pénible une fois confié au papier. Quand Sénart parle, on peut le croire ; car les écrivains révolutionnaires lui ont délivré un certificat de bonne foi. « Les révélations de Sénart ont
» on gi'iiéral un certain caractère do A'anchise , et elles » nous semblent mériter confiance toutes les fois qu'elles
> portent sur des choses que la nature de ses fonctions
> lui penncttaient de bien connaître , > ont dit MM. Bûchez et Houx , les auteurs d'une Histoire parlementaire de la Révolution, livre écrit au point de vue de la réhabilitation la plus complète de Uc^espierre, deSaint-Just et de leurs princip<*s. Or, voici ce qu'a écrit Sénart en parlant de rniïaiœ Ladmiral , Cc^cile Renault et autres prévenus <le conspiration avec l'étranger. Il parle de l'innocence d'une jeune fille de dix-sept ans désignée par Vouland comme conspiratrice et d'une femme sacrifiée par Jagot , et il ajoute :
c Ce no fut point là tout ; chacun faisait immoler ses vic-
> limes. Le cruel et féroce Saint-Just avait fait arrêter la » Sainte-Âmaranthe par ressentiment de n'avoir pu jouir » d'elle, et par crainte de soupçon qu'un autre , en cet
> instant , lui eut été pnîféré. Elle était en prison ; elle
> avait osé se plaindre du despotisme révoltant de ce
> monstre. Saint-Just demanda sa tétel, en la déclarant
> complice de cette conspiration à laquelle elle était abso- 1 lument étrangère. Saint-Just l'exigea» et on la lui sacrifia
> sans preuve » sans aucun indice de suspicion. > Tout-à-rheure, Sénart:, aux yeux de MM. Bûchez et
Houx, était un homme très-digne de créance; on nous l'indiquait comme sachant beaucoup, comme pouvant raconter beaucoup , et comme ayant le droit de se faire accepter par les hommes sérieux, justement ù cause de sa franchise cH de l'absence de tout parti pris dans ses écrits ; mais parce que , une fois par hasard , Sénard sort des généra-
lilés du récit, précise et accuse, MM. Bûchez el Roux s'indignent et nient : Sénart a calomnié dans cette importante circonstance ; c'est bien Saint-Just qui a dénoncé les dames deSainte-Amaranihe ; ^ heureusement , la note trouvée chez lui ne souffi*e pas contradiction ; — c'est bien lui qui a fourni les renseignements pour leur arrestation ; mais il n'obéissait pointa une lâche vengeance, et pour prouver ce qu'ils avancent, MM. Bûches et Roux font appel à une autre version qui attribuait jadis à Robespierre la ruine et le massacre des Sainte-Âmaranthe. Ils citent ce passage du dernier volume des Mémoires sur les Prisons , recueillis par Nougaret :
c Conduit par Trial, acteur des Italiens, Robespierrealla
> souper chez M^'® de Sainte-Amaranthe, où se rassemblait
> très-souvent une brillante société. Le monstre se mk » en pointe de vin, et eut l'imprudence de développer une
> partie de ses sanguinaires projets. Le lendemain , Trial » crut devoir lui faire des reproches sur l'indiscrétion » qu'il avait commise. Robespierre, après avoir rêvé un
> instant, dit à l'acteur de se tranquilliser, et qu'il ar- » rangerait tout cela. Voici les mesures qu'il prit pour » s'assurer du silence des personnes devant qui il avait » parlé. Il imagina la conspiration du baron de Batz, et y » amalgama la jeune Sainte-Amaranthe, sa société et ses » amis , même ceux qui ne s'étaient pas trouvés à ce fa- » tal souper , el qui étaient pour lors en détention ; il » immola au moins , dans cette circonstance , soixante » victimes parmi lesquelles on compte le jeune d'Haute- » ville, avec Sombreuil, etc., etc. »
Le récit de Nougaret n'a nullement détruit , selon nous, Tome IU 19.
le récit de Séiiart. Nous y constatons un mauvais acte de plus, celui de Robespierre, et aussi la complicité de Trial dont nous avions signalé Tapparition. Proussinalle affirme que Trial donna à Robespierre la liste de toutes les personnes qui avaient diné chez M"^ de Ste-Amarantbe et qui toutes périrent, et il rapporte ce fait: * Une ver-
> sion plus probable est que la belle Sainte*Âmaranthe, » ayant été enfermée avec ses deux enfants dans la
> maison des Anglaises , cette femme feignit de ne pas 1 reconnaître un nommé Annaud , scélérat consommé et
> qui faisait métier de mouton (délateur) dans cette pri- 1 son. Cet homme fut piqué, et pour se venger» fit des
> rapports si affireux contre cette famille , qu'on les com-
> prit dans la conspiration de l'étranger, t
Tout ceci constitue non pas trois versions d'un même fait, mais un seul £iit qui se complète par trois narrateurs. Saint-Just aime M"^ de Sainte-Amaranthe , se voit repoussé et jure de se venger : premier récit, celui de Sénart. Robespierre se compromet chez M™» de Saiute- Amaranthe qu'il immole avec toute sa famille et ses amis aux nécessités du silence , sur la délation de Trial confident de Saint-Just et chargé d'assurer la vengeance de ce représentant alors eu mission à l'armée du Nord : deuxième récit, celui de Nougaret. Et enfin, M"« de Sainte-Amaranthe, dont on ne sait encore comment on se défera, est compromise parles délations mensongères du mouton Annaud, comme Lucile Desmoulins et le général Dillon ont été englobés dans la conspiration des prisons sur les mensonges des moutons Amans et de La Flotte : troisième récit, celui de Proussinalle sgoulant qu'à son
lit de mort, Trial se reprochait amèrement d*avoir été rinstrument de la perte de M"» de Sainte-Amaranlhe.
Le véritable auteur de cette tragédie ^ ce n'est ni Annaud, ni Robespierre, ni Trial, c'est Saint-Just. On ne nous touche que médiocremenl quand on écrit (Bûchez et Roux, Histoire 'parlementaire de la Révolution^ tome 33, page 238) : • L'histoire de Senart est une allégation ca- » lomnîeuse, en ce qui regarde les motifs qui purent » déterminer Saint-Just à faire traduire au tribunal révo- » lutionnaire la belle-mère de Sartines fils. Saint-Just
> poursuivait alors , et depuis assez long-temps , un ma-
> riage d'inclination avec une sœur de Lebas. SHl est , » au reste , un fait sur lequel amis et ennemis sont à peu » près unanimes , c*esi la pudëuh fahougqe de ce Jeune 1 homme, i Nous avons fait, a vingt reprises, justice de ces admirations ampoulées et déclamatoires. ThuiUier nous a appris comment on appréciait à Blérancouri, comment il apprécie lui-même et comment la postérité appréciera cette c vertu farouche > de Saint-Just et son respect pour le lien sacré qui, d'un instant à l'autre, pouvait l'unir pour la vie à M**« Lebas. La liaison adultère de Saint-Just avec M"« Thorin nous autorise à conclure , sans croire noire conscience chargée d'un jugement téméraire et calomnieux, à la passion furieuse et sanglante de cet homme pour M**® de Sainte-Amaranthe. C'est un forfait de plus à ajouter à la liste de tous SCS forfaits.
Constatons bien la véritable position de Saiut-Just.
Il est un des orateurs les plus écoutés de la Ck)nvenUoii qui ne Taime pas, parce que non-seulement elle pressent, mais elle reconnait en lui un de ses maîtres. U n'a guères caché ses mépris pour les Assemblées délibérantes qui prétendent au pouvoir suprême , arrivent parfois k s'en emparer pour un moment , mais ne savent ni ne peuvent le garder, parce qu'elles sont aussi peuplées de divisions que de votants , d'ambitieux que de députés; parce que chacun de ces ambitieux, se faisant illusion sur sa capacité , sur sa valeur personnelle , tient en réserve une arrière-pensée de domination et ne s'occupe nullement de préparer une réussite d'ensemble , par conséquent abstraite , par conséquent ruinant son avenir à lui ; parce qu'alors l'unité de vues , de principe politique , de système à suivre , fait complètement défaut au corps parlementaire , serpent à plusieurs têtes , effrayant mais impuissant. Saint-Jusl a dit partout , dans ses conversa-
lions , dans ses livres , dans ses actes » qu'il croit seulement à une impulsion unique et ferme , décidée dans sa volonté y et qui ne veut point se laisser gêner par la disrcussion. Lui seul est donc vraiment un homme de gouvernement ; mais aussi il effi^aie les parlementaires qui savent comment il marche à la réalisation de sa théorie du pouvoir, c'esl-à-dire en abattant les oppositions; car le Dantonisme, ce n'était pas une idée , mais une opposition ; car l'Hébertisme, ce n^était pas une idée , mais une opposition en vue de la puissance à conquérir. Déjà» on comprenait d'instinct, à la Convention, que tout avenir , tout relief seraient à jamais perdus pour les partisans , ou plutôt pour les exploiteurs du parlementarisme, dès rinstant où le gouvernement serait aux mains d'un pareil homme pourvu d'une pareille volonté de dominer seul et qui briserait la Convention à sa première velléité d'indépendance. Les Assemblées nombreuses se dégoûtent vite aussi des hommes ik succès ; et le succès de Saint-Just ne s'imposait point par la facilité des formes ; on commençait à se fatiguer de sa parole sèche , de sa phraséologie rude et brutale , profondément empreinte du caractère de l'orateur, impérieuse et tranchante comme lui » sentant le despotisme. Mais justement parce qu'on ne l'aime pas à l'Assemblée, Saint-Just y rst tout-puissant ; il a obtenu là le seul succès qu'il ait jamais cherché : la prépotence et non la sympathie.
Au Comité de Salut-Public , bien qu'il puisse déjà le sentir tressaillir d'impatience et préparer aussi l'opposition , Saint-Just a toute l'influence. Il parle et on lui obéit encore ; pour combien de temps ? il ne s'en prcoc-
cupc pas; car il si' sent îiuinense à r^té de tous ces médiocres; cai' il se sait pleio d'énergie, de volonté, de ressources. Là encore, on le déteste, mais comme les hommes de médiocre portée détestent les bommes supérieurs, eu leur obéissant; comme les sceptiques détestent hîs fanatiques, en se laissant guider jusqu'à ce qu'on rencontre l'occasion favorable de se débarasser du dominateur haï. C'est tout ce qu'il faut à Sainl-Just. D'ailleurs, qu'a-t-il à craindre d'un CoUot-d'Herbois , d'un Hillaud-Varennes , d'un Vouland, d'un Amar, d'un Jagot, d'un La Vicomterie , d'un Lacoste , de tous ces peureux tremblant devant son regard et que , seul , en l'absence de Hobespierre , de Lebas et de Couthon , il contient et force à la soumission ?
En dehors des éléments législatifs et de gouvernement, les Jacobins qui appartiennent à Robespierre, appartiennent par cela même à Saint-Just, bien qu'U sache que s<^s dédains , son silence, ses rares apparitions à la tribune , ne lui ont fait là aussi que de très-rares partisans.
Le peuple, que Saint-Just méprise comme iin détestable levier à repousser dans la fange quand on s'est servi de lui pour l'œuvre de démolition ; le peuple à qui Saini-Jnst n'a fait ni caresses, ni avances; le peuple dont ce jeune homme hautain a beaucoup parlé dans ses livides et ses discoui*s, mais le peuple qui ne lit pas les livi*es et n'entend pas les harangues ; le peuple à qui Saint-Just a tué ses flatteurs , ses chefs aimés et adoptés : l'ignoble journaliste Hébert, le moustachier Ronsin, le procureursyndic Cliaumette , ce proxénète du culte de la Raison ;
le peuple, où si Ton veut la populace , a des- rancunes cl des vengeances à exercer. Du resle, pour celte tourbe méprisable, qui ne sait et n'aime que violence et tumulte, Saint-Just est un des chefs du gouvernement , c'est tout dire. La queue de THébertisme le maudit publiquement. et signale eu lui un futur restaurateur de Tordre , de la modération, du respect des lois et d'un pouvoir plus honnête. « Le parti de Robespierre » , dit en effet Levasseur dans ses Mémoires , 4 avait surlout contre lui la haine de » la Convention et même la haine du peuple contre le » gouvernement , haine qui s'était presqu'entièrement » concentrée sur Robespierre et Saint-Just. » Ce n'est donc pas là non plus que Saint-Just doit songer à chercher sa force de résistance en cas de danger.
Nous posons bien ces données , parce qu'elles nous serviront bientôt de préface et de prolégomènes à la lutte qui délivrera la France de ses deux vrais maîtres et tyrans , et réinaugurera , mystères de la Providence , le règne des vrais principes justement à l'aide de misérables cent fois pires que les victimes de Thermidor.
Mais Saint-Just ne se préoccupait que médiocrement de tous ces obstacles plutôt d'avenir et à naître que se soulevant sérieusement et en ce moment devant lui. Avec sa confiance en lui-même et en sa constante réussite , il se crut assez fort pour quitter encore une fois Paris eu n'y laissant que son souvenir et ses traditions. 11 se prépara à retourner à l'armée du Nord.
Ce fut là la véritable cause de sa ruine et de celle de son parti.
11 aurait du se souvenir cependant d'un exemple que,
on tombant, Danion lui avait donné naguères. Danton 8*cnnuie , se fatigue , se dégoûte de la politique. Il court demander à sa famiUe» aux champs, ou Toubli du passé, ou des forces pour l'avenir; Robespierre met à profit cette faute, grandit, absorbe le pouvoir, et quand Danton reparait à Paris , l'occasion a fui à tout jamais pour lui. Dans c(; combat atroce de la politique , il n'y a ni trêve , ni repos pour Thomme public; le sommeil est une erreur , le découragement uu crime , et l'absence la ruine.
l^our Saint-Just, la faute et les résultats seront les mêmes. Pi*ésent, il est la tête , la force réelle du parti de Robespierre ùla Convention et au Comité; en lui résident la pensée et l'exécution , la prudence et la témérité , le courage piitient , le courage d'attaque , tout enfin. Absent , il manque à tout et à tous. Qu'est-ce que Robesbespierre moins Saint-Just ? Que pourrait-il à la Convention? Qu'y serait-il? Tout bonnement le Robespierre de TAsseniblce Constituante : un ambitieux médiocre et impuissant.
Danton disparaît, et il perd la partie.
Saini-Just va se battre, et il perdra son parti.
Le même fait, la même erreur, les ruinent tous les uns a{)rès les autœs. Ces glands événements , ces sanglantes tragédies sont donc bien minimes de causes, et bientôt nous verrons comment vaincus et vainqueurs seront incapables, médiocres, misérables d'attitude et de conduite au moment de la lu: te suprême.
Plusieurs motifs contribuèrent au départ de Saint-Just , l'amour surtout. H faut que le cœur entre pour quelque chose dans tous les actes de cet homme. A Strasbourg,
nous l'avons déjà vu tout attristé d'uu coiamenceinent de rupture avec Henriette Lebas. Une promesse de mariage échangée entre lui et la sœur de sou ami paraissait singulièrement compromise. En avril 1794 , tout semble rompu à jamais. Saint-Just se désole , et sa dûutair le rend injuste même pour Lebas, pour sob ami întHne. Il lui fait porter la peine du refus de sa sœur. Lebas quitte Paris avec Saint-Just à la un d'avril , et il écrit de Noyon à sa femme : c Nous sommes actuellement très bons amis, i Saint-Just et moi; il n'a plus été question de rien. Nous 1 avons sur-le-champ agi ensemble comme à Tordinaire. r Gatteau et Thuillier ont paru très-contents de cette bonne 1 harmonie ; ils en augurent bien et nous aussi. > — « Ae- » commande à Benrietle de ne plus être si triste ; mais il
> est possible qu'une voix plus puissante que la mienne i ait parlé. Tant mieux ! >
Mais plus tard , dans ses lettres intimes à sa femme , Lebas semble constater quelques nouveaux dissentiments : c Ma position n'est pas fort agréable; les chagrins do-
> mestiques viennent se mêler aux peines inséparables de I ma mission. Gela mine mon existence. Encore si j'étais » rassuré sur toi ! > (Sa femme était sur le point d'accourher.) t Allons , allons ! je n'ai jamais eu besoin de plus » de courage. Que je sois le plus malheureux des hommes, » pourvu que la Képublique triomphe! .. Mille amitiés à » Henriette. Je nose parler d'elle à Saint-Just. Get homme ^ est si singulier! » (Lettre datée de Guise, du 14 mai i794.) — « Je n'ai avec Saint-Just aucune conversation • qui ait pour objet mes affections domi^stiques ou les » siennes. Je suis seul av.c mon cœur^ Embrasse Hcn-
TOMK !I. 20
1 ricMle pour moi. > (Lettre de Maubeugc, du 16 mai.) —
• J'ai reçu aujf «urd'hui , ma chère amie, une lettre
• d'Henriette adressée à Saint-Just et à moi. Saint-Just I l'avait ouverte cl lue. Il me Ta rendue sans me dire autre t chane , si ce n'est qu'elle était pour mai tout seuL i (Lettre de Lebas à sa femme du 28 floréal , 48 mai.) — c .... E&or » nette me dit que tu te plains de mon silence, ^parem- I ment tu n'as pas reçu toutes mes lettres, car je t'ai
> écrit tous les deux jours. C'est mon seul plaisir ; ce n'est I p^uères qu'avec toi que je puis m'explîquer; il est si peu
> d'amis! i (Id.) -— • Mes compliments à la famille, à
> Henriette. La personne que tu sais est toujours la même. > (Lettre du 3 prairial, ââ mai.)
C'est à celte dernière date que prennent fin les lettres de Lebas à sa femme , celles du moins qui ont été publiées, et nous ne savons plus rien de l'amour malheureux de Saint-Just et de sa rupture avec Henriette. L'obstination de Saint-Just tint-elle contre les avances de la jeune fille, avances bien constatées par la lettre qu'elle lui écrit en l'adressant par pudeur à son frère en même temps qu'à son amant? Sa morgue hautaine et despote en amonr comme en politique , céda-t-elle enfin dans les derniers jours de sa vie? Se revirent-ils h Paris? C'est ce que personne ne pourrait dire peut-être. La conclusion de ce roman amoureux manqua probablement pour Saint-Just, comme elle nous fait absolument défaut.
En même temps que Saint-Just essayait d'oublier ù force d'activité ses contrariétés de cœur, d'importants événements accomplis et à accomplir bientôt dans le nord de la France, rendaient, du moins le croyait-il ainsi, sa pré-
sence indispensable à l'armée quittée pai* lui vers le milieu de février ; il annonçait h cette époque au Comité de Salut Public la reprise des hostilités pour les premiers jours de mars ; les armées n'entrèrent cependant en campagne que vers le 4 avril. Les coalisés vinrent mettre le siège devant Landrecies dont ils espéraient s'emparer comme de Valenciennes , de Coudé , du Quesnoy ; quelques divisions françaises avaient été repoussées, et 11 devenait évident que les ennemis se proposaient d'attaquer Guise ; mais les Français avaient dégagé cette ville parla reprise de Bohain, de Prémont, d'Ëtreux et de Vériérolles. Un revers sérieux menaça , le 21 avril , nos troupes de se voir coupées ; le corps d*armée du centre ne se reliait plus à la division de Maubeuge. Pour empêcher un pareil désastre , une attaque générale fut résolue sur toute la ligne, depuis la mer jusqu'à la Meuse«
C'est alors que Saint-Just partit de Paris , avec l'espérance d'arriver à temps pour assister à ce grand et décisif mouvement. Â la date du 30 avril (Il floréal) (i) , il devait être en route déjà ; car son collègue Camot lui
(1) Ce qui nous étonne, c^est qu'à cette môme date, ce jour-là raème 50 avril , nous trouvons un arrêté du Comité de Salut Public où nous constatons encore la signature de Sàint-Just. Cet arrêté ordonnait à Jourdan , général en chef de Tannée de la Moselle, de faire marcher toutes ses forces, moins celles strictement nécessaires à la garde des frontières , sur les pays de Liège et de Namur. Nous connaissons encore un autre arrêté du Comité de Salut Public, portant, à la date du 2 mai, la signature do Saint-Just. llnous paraît évident que le registre a été signé en son nom par un de ses ^'ollègues.
<''ri'ivait de Paris pour lui envoyer ces tnstrucUons dont il se montrait si prodigue :
c Du i 1 floréal , an â de la République une et 1 indivisible. (30 avril 4794.)
> Le Comité de Salut PubUc aux représentants eu peuple I Saini-Just et Lebas , au quartier^énéral de Réunion- » sur-Oine.
I Nous vous envoyons les collections de lois militaires
> et de cartes topographiques dont vous avez laissé la » note , ainsi que le sabre qui vous manque.
> D'après les divers renseignements qui nous ont été
> donnés aujourd'hui sur les diverses attaques faites pour 1 dé^j^ager Landrecies , il paraît qu'elles auraient pu être I mieux conduites. La principale colonne de nos troupes 1 qui était, dit-on, de 30,000 hommes, a été dirigée sur
> les postes de Solesmes et du Gâteau, tandis que, du
• côté de la rive droite de la Sanibre, en avant de la foret
> du Nouvion, on a attaqué avec des forces médiocres; il I est cependant évident que c'est de ce côté qu'il follait
> attaquer en masse. Car de l'autre il fallait, pour parve-
• nir jusqu'à Landrecies, emporter d'abord les postes de I Solesmes et du Cateau , chose très difiicile par la facilité » qu'ont les ennemis de faire arriver à leur défense toutes » les forces de la forêt de Mormale; et de plus en les sup-
> posant battus vers ce point , cetle même forêt leur of- 1 frait une retraite qui arrêtait les oPetsde notre victoire.
1 Du côté do la rive droite de la Sambre, au contraire, » les secours ne pouvaient arriver aux ennemis que diffi- » cilenient par des ponts, et en cas de défaite, ils se
> trouvaient teilenieut acculés entre la rivière d'Elpe et » celle de la Sambre qu'ils risquaient d'y périr tous avec
> leur artillerie , ou plutôt ils n'auraient pas attendu s'ils
> eussent vu qu'on se disposait à les attaquer en force. 11 1 aurait donc fallu se borner à une fausse attaque du côté » du Gâteau et porter la grande majorité des foi*ces entre i Priche et les Fayt et agir en masse, au lieu qu'on nous i assure que les forces ont été fort disséminées et ont » opéré sans ensemble.
> Au reste, nos collègues Richard et Choudieu nous I annoncent que Pichegru se rend en personne à la co- 1 lonne du centre , et nous n'aurions pas cru nécessaire » devons faire ces observations, si nous n'eussions craint I que Pichegru n*arrive pas à temps.
» Salut et fraternité , Garnot. •
Saint-Just avait laissé à Noyon son collègue Lebas, pour aller à Blérancourt embrasser sa mère qu'il ne reverra plus. En arrivant à Guise, le 13 floréal (2 mai), il apprit en même temps une victoire et un insuccès. Pichegru, son protégé, avait attaqué les Autrichiens et les Hanovriéns réunis dans la Flandre sous les ordres de Clairfayt, et les avait complètement battus; la ville de Menin s'était rendue ; mais, au moment même où Menin était forcé, Laniirecies capitulait presque sans combat, pendant «(ue la Convention décrétait que l'armée du Nord n'avait cessé de bien mériter de la Patrie , et pendant que le Comité de Salul Public expédiait en toute hâte ce décret aux rcprésenianls en mission , dans l'espérance que , roîinu biciUôl dans la place assiégée, « il produirait à Lan-