TO.ME
« iln*iies une émulation qui devrait avoir des effets salu- » tâircs pour la République. •
Le lendemain , Saint-Just trourait encore dans ses dépiVhi-s une nouvelle lettre de Carnol. Le Comité Javait enfin ap]»ns la reddition de Landrecies et ne s'en était qoe peu afTectf?. Celte lettre est assez curieuse pour que nous ta veuillons publier. On y voit Camot , satis&it de la réus- >iie du plan de campagne que de Paris il avait dressé pour les armées de la Moselle et du Rhin, plan si imprudemment compromis dans les Vosges par la fougue de Hoche et de Lacoste, et si parfaitement compris à Strasbour{^ par Saint-Just et Picliegru, reiaire exactement le même plan qui consiste à enfermer Tennemi dans son succès, à se borner à la défense du point menacé , et ù développer les deux ailes de Tarméc qui , bien conduite partout , enserrera et anéantira les cn\'ahissants. Camot compte toujours sur la même obéissance intelligente de la part de Saint-JusL Voici sa lettre datée du 2 mai :
c Nous apprenons en ce moment, citoyens collègues,
• la fâcheuse perte de Laudrecies ; quelqu'affligeant que t si>it ce revers, nous ne croyons pas qu'il puisse avoir
> des suites bien funestes. On nous assure que Tennemi
> se poi'ie sur Cambrai ; c*est , de toutes ses manœuvres,
> celle qui nous donne le moins d'inquiétude , cette ville
• étant très forte , ayant une citadelle qui seule pourrait » Tarrèter très-longtemps et étant presque impossible à
• cerner à cause du camp d*Arlem et de celui de Paillcn-
> court qui peuvent tomber en masse sur tout ce qui » aui-ail passé TEscaut. Nous ne craignons pour cette f place que la tj*ahison, mais nous espérons que votre
présence saura la déjouer. Nous ne pensons pas que vous ayez besoin d*appeler au secours de vos forces qui doivent être considérables « celles qui se trouvent à Beaumont et sur les bords de la Sambre; car ce serait vous réduire à la défensive et leur abandonner des postes plus importants que celui qu'ils viennent de nous enlever. Il faut vous défier du mouvement subit par lequel ils pourraient se porter sur la rive droite de la Sambre poui* attaquer Avesnes ou Maubeuge ; car il pourrait se faire que leur attaque sur Cambrai ne fût qu'une feinte pour attirer vos forces de ce côté, vous faire abandonner Rcunion-sur-Oise et sa communication avec Avesnes. Défendez donc à présent les passages de la petite Elpe et de la Sambre , et poursuivez invariablement le projet de cerner Fennemi et de l'enfermer dans la trouée qu'il a faite. Il y a sous les murs d' Avesnes, du côté de la Capelle, une position qui pourrait devenir excellente et garantir la ville d'un siège avec une seule redoute ([u'on poun*ait exécuter dans très peu de jours ; il serait bon que Pichegru reconnût ou fit reconnaître cette position. * Nous allons vous parler d'une autre idée dont vous ferez l'usage qui vous paraîtra convenable. Nous vous » invitons seulement à la peser attentivement. Si, comme » on l'assure, l^ndrecies ne s'est rendue qu'après lades- » truction entière de son artillerie, l'ennemi ayant mené • la sienne devant Cambrai , pour en faire le siège , il ne » doit plus y en avoir pour défendre cette première ville, » si elle se trouvait brusquement attaquée par vous. Nous » pensons donc qu'il serait possible de la reprendre par
I un coup de niaîn bien préparé , sL le secret est bien t gardé. Ce coup de main serait encore plus (acile si la
> bi*eche a été faite , et elle a dû Tétre si , conmie on le I dit , le commandant était brave et fidèle. Nous vous
> invitons , citoyens collègues , ù prendre sur ce point h les renseignements les plus exacts.
> Dites à Pichegru que Jourdan doit marcher dans peu i (le jours vers la Belgique , avec vingt-cinq ou trente 1 mille hommes 7 pour seconder ses opérations; mais,
> s'il peut les Ëiiro sans attendre Jourdan, il ne faut pas
> qu'il perde un instant, i
Comme à Strasbourg, toute la correspondance de Saint-Just porte bien deux signatures : la sienne et celle do Lebas; mais c'est Saint-Just seul qui écrit , ainsi que nous le prouve cette lettre autographe qu'il adresse, le 3 mai , au Comité :
c Chers collègues, ù notre arrivée à Réunion-sur-Oisc (Guise), nous avons apris la nouvelle de là reddition de Landrecies. Ce malheur vient du désordre extrême qui règne dans cette partie de Farmée du Nord , depuis Maubeugc jusqu'à Cambray. L'administration n'est pas meilleure , il manque une grande quantité d'effets de campement, et surtout des patriotes pour administrer. La division d'Avesnes occupe encore Maroelles près Landrecies. Les régiments de cavalerie sont bons, mais la réquisition , ayant été incorporée tard , matiquenl d'instruction. Nous avons trouvé de Vabatement parmi » les généraux ; aucun plan n'existait. 11 faut à tout un >' but déterminé ; Ton n'en a point ici. Hâtez-vous de
> noîis (envoyer un plan des mouvements depuis (-am-
— tu —
> bi'ay jusqu'à Beiiumoiit. L'ennemi n'est point en foive. » Nous pourrions en même temps avancoi- dans la Flan- » dre maritime, cenier Vaienciennes , le QuL'snoîs, Lao- » drecies et mau-her en avant. Répondez-nous sur-le-
> champ, ne penkz pas une heure; nous allons css^iyer • dé rétablir l'ordre,
• Salut et amitié. * > Saiht-Just et Lbbab. >
Nous savons déjù, par ses précédents de Strasbourg, comment Sain t-Just s'y pi'eiidra pour rétablir cet ordre si compromis , cette discipline si relâchée , pour cmnpléter <;ette éducation militaire qui manque , pour échaufler ce patriotisme qui s'éteint , pour forcer ces succès retardés par tant de mollesse. « Tu sais peut-Otrc la prise 1 de Laiidrecies, • éciivait alors ù sa femme Lebas , qui ne fait de politique et ne parle de guerre que dans ses lettres intimes et confldeniielles; * les affaires ne sont 1 pas brillantes dans cette partie de l'armée ; nous au- < rons h travailler ; mais n'importe , nous espérons ■ réussir. >
Comme à Strasbourg , le premier soin de Saint-Just est de restaurer la discipline dans l'armée. Les soldats quittent le camp, envahissent Guise , où les attendent les plaisirs qu'ils l'echerchenl. Le premier arrêté des représentants force les femmes de mauvaise vie il quitter le camp, sous peine de mort. On raconte qu'un soldat garda pi'ès de lui sa maîtresse et ne la reconduisit à Guise que deux jours après le délai flxé pour l'expulsion des femmes hors du camp. Livre à la commission militaire , cet homme fut condamnéà être fusillé. Cet arrêté est du 3 mai.
Vm- di^s mesures équivalentes ù celles que nous avons
vu prendrai ù Strasbourg, tout officier ou sous-officier trouvé ivre un jour do bataille , tout officier atteint de mal vénérien, devaient être destitués sur l'heure et détenus jusqu*ù la paix comme suspects. Saint-Just destituait égal<;ment et déclarait incapable de servir tout officier attendant dans les hôpitaux la guérison de maladie honteuse et qui n'aurait pas rejoint son corps dans le courant du mois.
Un autre arrêté, du 3 mai, interdit aux soldats l'entrée de la ville :
c Les représentants près de l'armée du Nord, voulant
> fortifier la discipline qui fait vaincre, interdisent, jus-
> qu'à nouvel ordre, sous peine de mort, à tout militaire
> qui n'est point de la garnison et de l'état-rnsgor, l'en- * trée des quartiers-généraux après la publication dupré- » sent arrêté.
« Il ne sera donné chaque jour que deux permissions
> par corps pour porter les demandes au quartier-général.
> Dans aucun cas , les militaires porteurs de permis- 1 sions ne peuvent coucher dans la ville et devront en
> être sortis ù cinq heures après-midi , à peine d'un mois » do prison.
> Nul ne peut quitter son drapeau et son quartier.
> Les tribunaux militaires sont chargés de poursuivre
> les infractions au présent ordre qui sera publié et im- » primé dans l'armée.
I Les tribunaux militaires répondent de l'impunité de
> tous ceux , quels qu'ils soient, chefs ou soldats , qui au-
> ront violé la discipline et seront poursuivis eux-mêmes. Trois jours plus tard , cet arrêté impitoyable , qui enlevait aux accusés leur dernière garantie , celle du jury.
garantie cependant si problématique , si minime en présence de la Terreur apportée par Saint-Just, était encore rendu et affiché par tout le camp :
i Liberté, égalité y ou la mort*
» A Réunion-sur-Oise.
1 Les représentants du peuple près l'armée du Nord,
• informés que plusieurs chefs négligent leurs devoirs et 1 donnent à leurs subordonnés l'exemple de Tindisci- 1 pfîne , informés des abus sans nombre qu'un tel ordre
> de choses a produits ; considérant les malheurs qui 1 pourraient en résulter ; convaincus que le salut de la
• Patrie exige que la discipline soit ramenée par des 9 moyens plus prompts et plus sévères que ceux em-
• ployés jusqu'à ce jour,
» Arrêtent que jusqu'à nouvel ordre, le tribunal mili-
> taire de l'armée du Nord jugera sans être astreint à la
> formalité du jury.
> Lebas, Saint-Just. >
Dans un de ses moments d'expansion conjugale , Lebas écrit à sa femme : c Que je hais les ennemis de notr^ li-
> berté ! Nous nous occupons sans relâche à prendre les 1 moyens de les exterminer L... > Le 4 mai, en effet, les deux représentants ordonnaient la formation à Guise d'un tribunal militaire ou Commission spéciale, souvenir de la fameuse Commission révolutionnaire de Strasbourg; il condamna , sans aucune forme de procédure , à être fusillés en présence de l'armée, 1° « les agents ou partisans
> de reunemi qui peuvent se trouver soit dans l'armée du
> Nord , soit dans les environs de cette armée ; 2<* les
» agents prévaricatcui^s des diverses administrations de ia
> même armée; 3"* les déserteurs qu'il aura reconnus
> agents ou partisans de l'ennemi, i C'est qu'en effet, un grand mal gisait dans ces trois causes, la trahison , la concussion, la désertion. A ^laubeuge , on avait découvert un complot pour livrer la ville ; Landrecies , mal défendue , faisait pensera la trahison. Les foiunisseurs pillaient Taimée et raflamaient. l'n agent français était venu de Tarmée ennemie embaucher jusqu'au milieu de Landrecies et de Guise des grenadiers d'élite ; dans des combats de détail, on avait vu des officiers passer aux alliés avec des détachements entiera et porter ainsi le trouble dans nos troupes prises alors de panique et s' enfuyant à la débandade. On avait entendu, dans quelques occasions , le cri de : Sauve-qui-peut ! Le 30 avril 1794, Barère, au nom du Comité de Salut Public , était venu dénoncer ces faits coupables à la Convention et s'exprimait ainsi : c Déjà le 2 floréal , lorsque les républicains se mettaient
> en mouvement pour attaquer l'Autrichien, des lâches,
> payés par lui au milieu de nos troupes, ont jeté le cri » infâme de : Sauve-qui-peut ! tandis qu'im scélérat, mas-
> que en militaire dans nos rangs, assassine le général
> Goguei qui essayait dt5 rallier les troupes et de les re- » porter vei's renuemi. » Le général Ferrand écrivait de son côté que la malveillance de l'étranger jetait parmi les troupes des hommes qui, dans chaque combat, répandaient la terreur et causaient de grands désordres.
Un officier qui avait poussé le cri de sauve-quù-peut ! fut, le premier de tous, livré à la Commission révolutionnaire (le Saint -Jusl et fusillé devant les troupes. Des dé-
serteurs , en assez grand nombre , furent aussi frappés par la terriUe commission. Ce fait est consigné dans le registre dtt club de Guise , manuscrit moins fertile en renseignements utiles que nous nous Tétions figuré, et où , cependant , nous avons çà et là glané quelques faits importants.
Mais ce n'était pas tout que de punir les traîtres , il fallait aussi punir les fuyards. Quelques volontaires, nouvellement arrivés au camp de Guise , avaient été jetés le long d'un ruisseau pour en défendre le passage. Mal aguerries, peu habituées àla fusillade et à l'aspect des chevaux, quand elles virent le passage près d'être forcé par des dragons soutenus par des tirailleurs adroits, ces recrues reculèrent d'abord, laissèrent passer le ruisseau et se dispersèrent dans la plaine. Après une enquête qui eut pour résultat de faire décimer le détachement battu , on rasa tout le derrière de la tête aux survivants et on les exposa ainsi à la risée de l'armée. Ou nous nous trompons fort , ou ridée émane de Saint-just.
Ce qu'il poursuivit avec plus d'énergie encore, ce fut la concussion et le désordre du service des vivres. Un jour, tous les muniiionnaires furent arrêtés et immédiatement remplacés par des habitants du pays qui reçurent de Saint-Just lui-même l'ordre de s'approvisionner sans délai, comme ils le pourraient, comme ils l'entendraient, de tout ce qui manquait à l'armée. Nous savons une personne qui , ainsi chargée forcément d'un service auquel elle n'entendait rien , ne put remplir sa périlleuse mission , fut emprisonnée et ne dut son salut qu'à la fuite et à une longue disparition.