Tome II
L'ordre ne se rétablissait point encore assez vite au gré de Saint-Just dans les administrations des vivres ; le iO mai, il prenait cet arrêté signé par le greffier de la Commission révolutionnaire : c 11 est ordonné au commis-
> sairo- ordonnateur de faire parvenir , avant quatre » heures du matin ^ dans les magasins de Saint-Cermain « i les fourrages et Pavofne nécessaires , et faire en sorte I qu'il y ait toujours dans les magasins au moins pour un
> jour d'avance. 11 est ordonné à Taccusateur puMic de 9 faire parvenir chaque jour, par des commissaires, â i cinq heures du matin , les cantonnements pour vérifier » l'exécution du présent et en rendre compte aux repré-
> sentants. >
Pour nous, ces soins incessants, cette constante attention à veiller, tant à Strasbourg qu'à Guise, à ce que les troupes soient convenablement traitées et nourries, ces poursuites sévères exercées contre la dilapidation, contre les déprédations des foiu*nisscurs , nous apparaissent bien prouvés. Il est certain pour nous que Saint-Just» autant qu'il fut en lui, ne toléra ni vols, ni concussions. Cependant , Caniot, dans ses Mémoires , écrit que Saint-Just lui reprocha, un jour, d'avoir accordé sa confiance à un général et de n'avoir pas voulu entendre son accusateur. Carnot aurait répondu que ce délateur ne méritait aucune confiance; ce n'était, selon lui, qu'un concussionnaire cherchant ainsi à mettre à l'abri les fruits de son brigandage. S'il fallait en croire Carnot, Saint-Just se serait mis en fureur et lui aurait répondu que t les patriotes ne » pouvaient jamais être des concussionnaires, puisque
> tmd leur appât tenait , et qu'il n'y avait qu'un mauvais
- «7 - 1 citoyen pour pouvoii- It'S ai^iusci-. > Do |iLiicillos scciii* se seraient souvent renouvelées au Comité de Salut Public. Nous pensons qu'il s'ugit ici de Tbuillier et de Gntteau , tous deux amis du Saint-Just , lous deu\ ses proliigés, tons deux admiiiisiratenrs des vivres à l'urméc de <kiise où ils l'avaient suivi , et qu'il dut défendre plusieui's fois , même devant la Convention , contre des accusuiions de concussion. Personnellement intègre , sévère seulement pour lui , femmit-il ]<» yeux sur les méfaits de ses amis , ne voulait-il rien voir , ou réellement n'avait-il rien TU , laissant ainsi échapper les grands coupables pour m; frapper que les voleurs de bas-étage ? Nous ne sommes point en mesure de résoudre ce problème.
De Guise encore, Saint-Just portait sim attention sur l'immense étendue de pays occupé par l'armée du Nord. Déjà en janvier, on se le rappelle , il avait ordonné l'arrestation de tous les nobles des dépaitements de l'Aisne , du Nord , de la Somme et du Pas-de-Calais. En revenant à Guise, il s'enquit de l'exécation de sou arrêté. 11 s'irrita du petit nombre de détenus dont il lut les noms sur les listes envoyées par les administrations départenieiilales. Comme on lui faisait remarquer qu'ù Guise les prisons militaires étaient pleines dt\jà de prisonniers : > Il
* faut, > s'écria-t-il , < que \v.s cimetières plus (lue les
• prisons , regorgent de traîtres. (1).
On sait que Saint-Just n'épargnait guères ses amis; l'officié né ù Noyou et fusillé à Sirasboui^, et Camille
rit'sniouliiis. ru sont des pivuTes éclatantes. Voici unfail tnrs-inconnu et très-curieux qui prouve cette insensibilît(^ du citoyen dans lequel s'absorbent complètement l'homme privé , l'ami, le camarade. Le futur général Foy, ancien condisciple de Saînt-Just au collège des Oratoriens de Soîssons , servait h rarmée de Guise en qualité de capitaine d'artillerie. Il s'y était fait remarquer par son ardcnr contre-révolutionnaire. Sur un ordre de Saiat-Just, Foy fut arrêté, consigné dans la maison qu'il habitait, et il devait être prochainement traduit devant le tribunal militaire de Tarmée. Heureusement j son hôte vint à son secours. U^ logis où Foy était gardé h vue, avoisînaii l'Oise dont il n'était séparé que par une seule maison. Un mur mitoyen fut [lercé , et , par une fenêtre du bâtiment riverain , Foy put gagner la rivière et s'échapper. Si on le poursuivit, ce que nous ignorons , il était en sikretc dans une retraite d'où il regagna son régiment cantonné sur un autre point de la frontière (i).
Mais Thcure des grands engagements a sonné pendant qiicSaint-Just s'occupe à refaire le moral et la discipline de l'année, à effrayer les fraudeurs de l'administration, à sévir contre les ennemis de la Révolution. Le 9 mai , il écrivait à Pichegni celle lettre dont le souvenir nous servira toul-à-rheure à prouver contre son collègue Levas* scur(|ueSaint-Justse mêlait activement,quoi qucLevasseur en ail pu dire, aux opérations militaires :
(1; Nous ccitilioiis rautlicnticité do oc fait qui nous a été raconté par iin<; porM^nnc di}^iio'c!o foi, fait dont lo souvpnir est encore vivant daiiK la inémoirc do vioillards très honoral)les do la ville de Giiiso.
t Kéuuion-sur-Oise , 20 floréal an 3, 9 b. duswr.
t Saint-Jtist et Lebas, rcprém-ntmts du peuple, à
Piehegru , général en chef de l'armée dv Nord.
I Tu ne nous as poiat adressé ion plun d'opéi-ations.
> Ferraud nous l'a monuc. Elles nous ont purn un peu
• précipitées, vu l'état dia langueur où était le comman-
• dément dans les divisions que tu destinais ù marcher de
> suite avec les mêmes élémcul que ceux de la fâcheuse 1 affaire de Landrecies. Le Comité nous a ordonné de ré- 1 tablir l'harmonie afin de suivre ion plan avec plus d'us-
• surance et d'énergie. Nous avons fait tout ce que doiis
• avons pu ; nous nous sommes fuit désigner les pati'io-
• les expérimentés. Nous en avons placé plusieurs. Nous » avons commencé de i«parer les désordres. Tu viens de
• suspendre l'exécuUoit du plan, à ce que nous mande
• Ferrand. Mais d'après la conférence que nous avons
> eue ai^ourd'bui avec Desjardins , nous pensons qu'il ne
• pourrait recevoir^ temps ton ordre. Il est Bcufheures
• du soir. Le mouvemeui s'est fait enlièremeat. Dumain
> 31 , à deux heures du mutin , on se met en marche , on
• attaque. Desjardins ne peut sans s'exposer laisser re- » connaître le mouvement par l'ennemi. Il n'aurait pas le
> temps de contremander ses ordres. Une division mar-
> cherait, l'autre non.
> Préviens-nous avant de déterminer les mouvements, » car il faut les préparer avac sagesse comme avec rapi- ■ dite. Réponds-nous sur-le-champ. Dis la conduite que
• tu veux que tiennent pendant le mouvement les troupes » du camp de Réunion. Nous irons rejoindre De^'ai'dins