Tome II. îl
1 uussiiùl ta ivpoiiscs dans le cas où lu laisserais le camp
* retranché immobile. Sàint-Just, Lebas. >
En même temps , il envoyait copie de celte lettre ù ses collègues du Comité de Salut Public et leur mandait : c Ce » n'est qu'aujourd'hui neuf heures du soir que IMchegru
> a donné' l'ordre de la suspension du mouvement. Mais
> il était fait. Toutes les troupes sont rassemblées. L'atta- » que a lieu demain à deux heures du matin. Nous allons
> délibérer sur les mouvements que pourraient faire les
• troupes du camp retranché pendant demain et après
> lK)ur faire diversion. »
En effet, le 10 mai, le général Clairfayt attaqua les postes français de la Lys et les culbuta. Le lendemain, on se battit toute la journée autour de Courtrai menacé, et , le 11 , une action sérieuse s'engagea sur la chaussée et dans les rues de Bruges dont les Autrichiens furent chassies avec une perte très considérable d'hommes et d'aitillerie. En même temps, l'aile droite passait la Sanibre. Mais si, le 18 mai, les ennemis furent encore enfoncés et mis en fuite par l'armée de gauche, les Français furent loin d'être aussi heureux sur la Sambre oîi Saini-Just et Lebas avaient suivi l'armée de droite dans son mouvement d'agression.
Il était dit que, dans cette campagne du Nord, tout ^assemblerait à ce qu'on avait vu dans la camunigne du Uhin. Deux armées étaient chargées de préparer un mouvement d'ensemble. Elles obéissaient à des généraux dilTérents. Plusieurs rcprt'^sentants en mission s'y jalousaient et s'y disputaient Tautorité, l'initiative. Ces divisions t'aiiliivnt amener la défaite.
Kléber, Marceau, Schérer, Charbonnier, Desjardkis, commandaient l'armée de droite qui comptait plus de représentants encore que de généraux. Sans parler de Saint-Just et Lebas, on voyait là Goupilleau (de Fontenay ) , Guyton de Morveau , Choudieu et Richart. Un jour, on vit encore arriver Levasseur (de la Sarthe) qui avait quitté Dunkerque et Taile gauche, où il ne s'entendait pas avec le général Houchard accusé par lui de trahison, parce qu'il n'avait pu forcer les Anglais à se rembarquer. Levasseur et Saint-Just une fois en présence, on revit l'ancien scandale des querelles entre Saint-Just et Lacoste. Ce que Saint-Just voulait, Levasseur le repoussait, et réciproquement. Un jour, les deui ref^résentants filrent mis en présence; Pichegru voulut présenter Levasseur à Saint-Just, et Levasseur dit h celui-ci : « Il me semble » que tu devrais plutôt me présenter le général. • C'était un commencement d'hostilités.
Sainl-Just voulait que l'armée de Guise passât la Sambre pour faire une pointe de son côté sur fennemi ; d'ailleurs, il y était autorisé par cette lettre du Comité de Salut Public :
t 21 Floréal an 2 de la République une et indivisible.
> Le Comité de Salut Public aux représentants du 1 peuple Saint-Just et Lebas.
» Persuadés, citoyens collègues, que la grande opéra- • tion du passage de la Sambre était différée , nous ve- » nions d'écrire à Pichegru sur ce sujet , lorsque nous » avons reçu votre lettre qui nous annonce que l'expé- » dition a dû avoir lieu hier matin. Notre lettre à Piche- » gru devenant par là inutile, nous ne l'avons point fait
» l>arlir. La halle est lancée, vous n'avez plus à prendre
> conseil que des circonstances. Si vous avez le succès » que nous espérons , vos vingt-cinq mille hommes qui
> sont à Guise y deviendront inutiles ; il faudra bien vite » les employer activement à chasser les ennemis de lu
> trouée d'un côté, pendant que vous les presserez de
> lautre , ou si vous n'en avez pas besoin là , les envoyer
> sur le champ bloquer Namur et seconder Joordan qui
> dans peu doit s'acheminer vers vous. >
Un second passage de la Sambre avait été tenté, le SO mai , contre l'avis de Levasseur qui prétend avoir présidé le conseil ou le mouvement avait été résolu ; il n'avait pas réussi. L'ennemi était en force; il avait repoussé les Français en leur faisant un certain nombre de prisonniers ; on laissait beaucoup de morts sur le terrain cl quelque artillerie entre les mains des Autrichiens. En écrivant au Comité de Salut Public, Saint-Just avait singulièrement diminué l'étendue de nos pertes. < La posi- » tion dont notre armée s'est emparée dans la journée
> du i*^ prairial, > disait-il, c et qu'elle a maintenue
> dans celle du 2, a &it connaître aux ennemis que, » si les républicains savent attaquer avec vigueur au be-
> soin , ils savent tout aussi bien modérer leur impétuo-
> site , lorsqu'il s'agit de conserver une position avan- » tageuse.
> Les redoutes dont nous nous sommes emparé le i* » prairial nous servent comme si elles avaient été faites » pour nous ; les ennemis ne s'attendaient guères à être
> attaqués de ce côté-ci.
* Noire perle se monte a trois cents hommes tant tués
» que blessés. Celle de l'ennenii peut s'évaluer de douze
> ù quinze cents hommes au moins. L'artillerie légère a i fait un prodigieux effet sur l'ennemi. >
En finissant cette lettre écrite en style menteur de bulletin , Saint-Just recommandait à ses coUèjjfties de la lire à la Convention» et envoyait quelques renseignements sur l'organisation donnée par lui à l'armée de la Sambre: « Desjardins commande en chef dans cette partie
> sous le général en chef Pichegru. Nous lui avons ad- » joint Kléber et Schérer qui ont montré des talents dans » les dernières journées. Ces trois généraux se conceritent ensemble et se distribuent le centre et les ailes i dans les combats. Les généraux de division sont sous » eux. La plus grande harmonie règne. Tout présage » d'heureux succès. >
Cette harmonie ressemblait singulièrement à la victoire qu'il prétendait avoir été remportée sur la Sambre. Une troisième et semblable réussite l'y attendait encore. Pichegru, le général en chef, avait voulu visiter l'armée de la droite. Aussitôt après son départ, un conseil de guerre se réunit. Saint-Just insista pour une attaque de la Sambre. Schérer partageait son avis; mais Levasseur s'y opposait encore avec insistance. Saînt-Just l'emporta cependant. La Sambre fut passée le 22 maî , et les Français durent rétrogader de nouveau. La ténacité de Satnt-Just et sa toute-puissance devant laquelle il fallait se courber, déterminèrent encore , le 25 mai , une nouvelle tentative aussi malheureuse. Enfin, le 29, le succès parut un instant couronner tant de volonté et d'efforts; la Sambre fut repassëe , Chaiieroi bloqué , bombarde et presque brûlé ;
iiKiis une foU de plus , les Français furenl obligés de se relîrer derrièi'C la l'ivière.
Comme toujours , Saint-Just avait fait preuve de hardiesse et de courage; en allant visiter les avant-postes, il avait failli se faire prendre à Merbes-le-Château. C'est Justement ce moment que choisit Levasseur pour adresser à son jeune collègue l'accusation la plus extraordinaire , la moins prouvée , nous voulons dire la mieux démentie.
Levasseur écrit que, le Si mai, de très-bonne heure, il fut réveillé par le bruit du canon et qu'il courut chercher le général Charbonnier; puis tons deux volèrent anx avant- postes. Les autres représentants et généraux n'arrivaient point ; Levasseur courut au-devant d'eux, et il rencontra, marchant tranquillement , Saint-Just, Lebas, Schérer , Kléber et Desjardins, c Comment ! § leur aurait crié de loin Levasseur, c vous venez du quartier-général » et on se bat lik-bas ? • — c Est-ce que vous croyez, i lui répondit Kléber, c que nous avons peur!,.» >
Pei*sonne n'eût osé accuser Kléber de poltronnerie; mais dans le groupe une personne n'était point à son aise, va laisser entendre Levasseur qui sgoute : c J*accompa- » gnai les généraux à Thuin. En arrivant, je demandai h » Saint-Just s'il avait donné des ordres pour marcher en > avant. — c Non, mais je crois qu'il y a des traîtres, et il » faut chercher à les connaître. — 11 n'est pas question » de traîtres ; l'ennemi n'a-t-il pas ses espions qui Tau- B ront informé de la séparati.m des dix mille hommes de » notre arnuîc ctdu mouvement qui s'est opéré? i Je laissai » 1rs «généraux à Thuin se concerter entre eux ; je me
portai sur une hauteur d*oà l'on voyait le camp ennemi; Saint-Just m'accompagna. Nous ylmes très distinctement l'ennemi mettre le feu au canon, le dis à mon collègue : c Les représentants du peuple ne doivent pas voir de si loin une bataille ; courons dans la mêlée. — Que veux-tu ^ue nous allions finre là? » Cette réponse fit sourire quelques officiers qui se trouvaient près de nous. J'en pris de l'humeur /et je dis ironiquement à Saint-Just : c Je vois que l'odeur de la poudre t'incommode. > Je le quittai ensuite en donnant de r^ron à mon cheval, t L'accusation ne se précise point encore; elle s'indique cependant. Elle va se corroborer par une autre anecdote dont Levasseur fait suivre son premi^ récit : i Le len- » demain , Saint-Just vint dans ma chambre i J'étdis oc-
> cupé de mon courrier et Je le priai de me laisser finir t malettre.Pendantquej'écrivaiSy il aperçut macarabine,
> s'en empara et s'amusa à en examiner la batterie : elle
> était malheureusement chargée , le coup partit, la balle
> passa près de moi et alla percer mon porte-manteau » qui éiait sur une chaise, à cinq ou six pas ; je me levai
> aussitôt , le fusil était tombé des mains de Saint-Just , 1 il pâlit j chancela y et tomba dans mes bras. — n me dit 1 ensuite d'un ton pénétré : c Âh! Levasseur, si je t'a- 1 vais tué? — Tu m'aurais joué un vilain tour; si je dois 1 mourir d'un coup de fusil, que ce soit au moins d'une » main ennemie. > En entendant la détonation , plusieurs
> officiers qui étaient près de ma porte entrèrent précipi- * tamment dans ma chambre et trouvèrent Saint-Just
> dans mes bras et aussi pâle que la mort « Pardon , re-
> présentant , mais le bruit d'une arme à fea nous a ini quîétés et nous sommes entrés pour voir ce qui se pasi sait, > me dirent-ils. Je leur racontai ce qui venait de
> nous arriver et je les remerciai de leur bienveillante at-
> tention ; ils se retirèrent. Hélas ! à quoi tient la vie et » l'honneur d'un homme! Je pouvais être tué, et Saint-
> Just aurait infailliblement été accusé de meurtre parles » officiers qui avaient entendu la réponse ironique que je t lui avais faite la veille. Craignant toutefois qu'on n'eût 9 des soupçons injustes à ce sujet, j'eus l'attention de me B promener dans la journée, bras dessus bras dessous,
> avec mon collègue. >
Peu à peu, la calomnie fait des progrès ; d'abord, eUese glisse à mots couverts ; puis elle sa risque un peu moins sournoisement, et enfin, croyant son terrain bien préparé, elle se dévoile avec audace. Levasseur a dix fois raconté son courage, ses faits d'armes; c'est lui qui, un jour, au galop de son cheval, a entraîné toute l'armée sur ses traces. A sa valeur il donne pour repoussoir la lâcheté de Saint-Just ; il nous le montre c sans courage physique , et i faible de corps jusqu'au point de craindre le sifflement
> des balles. > Ce n'est là qu'un odieux mensonge qui ne peut tenir un nK)ment contre les preuves multipliées dont l'histoire fourmille.
Soit courage naturel, soit puissance sur lui-même, sur ses nerfs domptés , vertu plus belle alors que l'entrain puisé dans un tempérament fougueux , Saint-Just porta dans les combats cette audace froide dont il avait donné tant de preuves en politique. Un fait accompli à Strasbourg porte avec lui toute une démonstration. Une
colonne était chargée d*cnlever une redoute. Saint-Just marchait avec les troupes. Au retour, un grenadier lui dît avec sa franchise soldatesque : t F....^ noussommes coni tents de toi, citoyen représentant; ton plumet n'a pas
• remué un brin ; nous avions Fœil sur toi« Tu es un bon
• b.... ; mais avoue qu'il faisait chaud à cette redoute. • A Guise, son attitude fut la même, puisque tout*à-rheure nous Tavons vu courir le risque de tomber au pouvoir de Tennemi.
Il est également à remarquer que Levasseur, qui se montre Tami et l'approbateur de Saint-Just dans tout ce qui touche à la politique, lui devient extrêmement hostile dès qu'il s'agit des faits militaires. Il lui refuse même cette obstination à l'aide de laquelle il força l'armée à passer et à repasser dix fois la Sambre un moment encombrée des cadavres de nos soldats: c Tout languis- » sait faute d'une direction et d'upe volonté, • écrit-il, c bien loin qu'on pût reconnaître dans ces événements la
• prétendue vo1onté*de fer de Saint-Just. •
Tous les historiens sont d'accord pour protester contre les assertions de Levasseur. Les auteurs du Tableau historique des guerres de la Révolution i*estituent au jeune représentant tout le mérite de son initiative, en appelant Saint-Just et Lebas monstres de cruauté y commissaires tigres , ei en les accusant c d'avoir placé l'armée entre le
• danger de mourir par les bourreaux et celui de se faire
• tuer en combattant les étrangers. •
Voici des extraits très-probants tirés de deux ouvrages spéciaux :
« Victoires et Conquêtes ^ tome 2, page 261 : « Lo
TOMK U. 22
1 Counlé de Salut Public , tout en acceptant le plan d'une
> divei*sion en Flandres , n'avait point renoncé au projet
> de Gharleroi, opération qui, dans le principe, devait
> ouvrir la campagne du Nord. Les conveulionncls Lebas
> et Saint-Just s'étaient rendus à rann«^ des Aixlennes
> dans ce dessein, et le dernier de ces proconsuls, jeune » homme ardent, qui croyait que leianatisme républicain
> devait suppléer à toutes les connaissances militaires » dont il n'avait pas d'idée , était le plus grand instiga- » teur de tous les mouvements qu'opérait Tannée des j> Ardennes. Le général Charbonnier, qui commandait
> cette armée, était loin de posséder les moyens miiitai- » res qui distinguaient alors un grand nombre de nos gé- » néraux. Il serait diiïicile de justifier le choix qu'avait
> fait de lui le Comité de Salut Public poiur commander
> en chef. Brave comme un grenadier, mais incapable de
> duMger une armée , le général était l'agent aveugle et » passible du déclamateurSaint-Just, véritable général en
> chef. Contre l'avis des généraux les plus distingués, le » fougueux conventionnel s'obstinait à Texécution intem-
> pestive du plan du Comité de Salut Public ; il ordonna » un second passage de la Sambre, et l'armée l'eflectua
> le 20 mai.»— c L'armée des Ardennes éprouva dans cette » dernici'e affaire » (le passage de la Sambre du 22 mai et l'insuccès dont il fut suivi) c une perte de trois mille » hommes. L'opiniâtre Saint-Just, prodigue du sang des » soldats , fit renouveler le passage de la Sambre à cinq » leprises différentes jusqu'au 29 mai et toujours avec les » mêmes résulUilvS. »
» Manuel des Braves, tome 3, page 109. « Les
généraux de l^armée des Ardennes avaient passé la Sambre et s'étaient établis à Kaunitz ; alors les députés conventionnels réglèrent la marche des troupes, désignant le genre d'opérations qui devaient être exécutées , et sur le refus qu'un général faisait de remplir leurs intentions , ils le déclaraient traître à la patrie , le jetaient dans les cachots, ou lui arrachaient la vie. Deux de ces proconsuls, Saint-Just et Lebas, commandaient alors l'armée des Ardennes. Saint-Just surtout voulait être obéi; il fallait suivre tous ses conseils; son esprit, naturellement fougueux, était exalté jusqu'au fanatisme; mais ce qui rendait plus dangereux encore le pouvoir dont il était revêtu , c'était la faiblesse du général qui commandait enchef l'armée des Ardennes : brave comme un soldat, mais dépourvu de toutes les connaissances nécessaires à celui qui dirige de grandes opérations , Charbonnier suivait avec un respect aveugle et religieux tout ce que désirait le conventionnel Saint-Just. Ce fut d'après ses ordres qu'il repassa la Sambre et prit position vers Merbes-le-Château. Le prince de Kaunitz , qui déjà une fois nous avait obligés de nous retirer sur l'autre rive, nous attaqua presque aussitôt que nous y étions établis : soutenu par le prince d'Orange, il fit plier notre gauche ; notre centre et notre droite allaient aussi lûcher pied , quand lia division Kléber , avertie par des fuyards , survint et rétablit le combat. Cependant nous nous reportâmes sur l'autre rive , après avoir perdu trois mille hommes. B L'impétueux Saint-Just ne s'arrêta point là : il ne ba- » lança poiiil de sacrifier le sang français pour venger
• son autour propre, et surpris qu'on ne pût exécuter
> un passage qu'il avait juge praticable » il donna de nou-
> veaux ordres. La Sambre fut passée cinq fois; mais
> cinq fois les Autricbîens vainqueurs nous repoussèrent
• sur l'autre rive.
Tout-&-rheure, nous lirons ces deux phrases explicites dans la relation du siège de Charleroi rédigée par le général du génie Marescot présent à toutes les attaques :
• Les représentants étaient d'avis que Ton allât au de-
• vant de l'ennemi fatigué ; je ne sais ce qui s'y est op- » posé. Mais on a reçu la bataille » au lieu de la donner. • ^ c Le 29, le représentant Saint-Jnst voulait qu'on re-
• passât la Sambre sur le champ et que l'ennemi fût atta-
> que; mais les soldats» les cavaliers et les chevaux
> étaient excédés de fotlgue; les munitions et l'artillerie i étaient épuisées ; la partie fut remise au lendemain. •
Est-ce assez clair? Ici la réfutation n'a pas été plus difficile qu'elle ne le sera contre cette nouvelle inexactitude de Levasseur : t Saint-Just ne se mêlait point de la
> guerre, i Les arrêtés de Saint-Just, sa correspondance avec les généraux et le Comité de Salut Public , les lettres qu'il reçoit de Camot» tout ce que nous avons publié enfin , nous donnent une idée complète de la foi à ajouter en Levasseur jaloux de Saint-Just comme l'avait été Lacoste, et désireux du pouvoir que sou collègue {dus puissant ne lui permet d'exercer qu'en sous-ordre. Cette coopéi*ation active, incessante, à toutes les opérations militaires va se prouver bien mieux encore par cette lettre que le Comité de Sahil Public écrivit , le 25 mai, à
Giiylon , aussi représentant en mission à Tarmée du Nord.
« Le Comité, cher collègue, vient de se déterminer ù » faire revenir ici notre collègue Saint-Just. Il te charge, > pendant le temps de son absence , de te rendre au quar- » tier-général de Desjardins et de l'y concerter avec Le- » vasseur sur tous les objets qui concernent les fonctions » des représentants du peuple près les armées pour les » remplir conjointement avec lui. Tu te trouveras encore » assez près de Maubeuge pour continuer de surveiller » les opérations qui y ont été préparées sous ta direction, » et tu pourras même en tirer le parti le plus avantageux.
• Le Comité apprécie ton dévouement à la patrie et les
• services que lu peux lui rendre ; il se repose avec coni> fiance sur ton zèle.
> Salut et Fraternité.
» Les membres du Comité de Salut Publie ,
» Robespierre, Billaud-Varennes, Prieur, Carnot.»
Ainsi encore c'est seulemonl à Saint-Just et Lebas, et au général en chef de l'armée du Nord , que Jourdan , commandant de l'armée de la Moselle en marche pour se lier à celle des Ardenncs, rend journellement comptede ses mouvements, ainsi que nous \e lisons dans unelellrc de Jourdan au Comité de Salut Public et dans celte autre lettre du même aux deux représentants tout-puissants : « Au quartier-général à Warveille , le 8 prairial , l'an » 2« de la République. (27 mai)
» Le général Jourdan , commandant en chef de larmce » do la Moselle ,
TOMF 11 ±2,
B Au\ ropivsentanls du peuple Lebas et Saîol-Just.
> Cîloyens représenlants, B Mon avant-garde est aujourd'hui à Marche, elle sera
> demain à Clnez ; le corps de bataille prendra position
> en avant de Marche. L'ennemi fuit devant nous; il » nous laisse le regi'et de ne pouvoir le eomlxittre en
> plaine; nos marches lui en imposent tellement qu'il a
• pris le parti de se i*etirer dans un camp retranché que
> je connais parfaitement pour y avoir été posté dans la
> dernière campagne de la Belgique. I! couronne le pla-
• teau de la Serche-Âudoi ; cette position est très avanta-
> geuseel ils sont fortifiés depuis une quinzaine de jours ;
• j'espère cependant l'en déloger; je ferai tous mes » efforts pour cela ; je continuerai de vousinstriiire jou^ » nellenient de mes mouvements, i
11 H*est pas une seule fois question de Levasseur. Par hasai*d seulement , nous trouvons les signatures de Guyton et de I^ui*ent mariées à celle de SaintnJusl au bas d'un arnHê qui livre à la rigueur du tribunal militafrcrévolutionnaire les officiers supérieurs d'un n^ment dont les fausses manœuvres ont gêné un des nombreux pass;ig(^s de la Sanibre.
f I..es repri^niants du peuple près l'armée du Nord , » Arrêtent que le ii'ibunal militaire prendra connais-
• sance de la conduite des chefs du 2^ régiment de ca-
• Valérie, prévenus d'avoir ordonné, dans la retraite da
> cinq, des manœuvres qui ont culbuté l'infanterie, ex- » poM» raiiillei-ie , rompu les rangs et entraîné les soldais à une esiH^ce de déroute.
» Il ôiiMulra ses recherches aux généraux de brigade
> <(ui , ayant reçu l'ui'ili'e de lenir leurs lrou|)e5 en Iki-
> laillc pendant h »uil, uc s'y sonl point conrormés et
> ont occasiminé , j)ar cetli; infraction à leurs devoirs , la
> surprise qui a eu lieu dans la matinée du 5.
> Maul>euget re lU prairial, l'an 3 de la Hi'puMiqne. » Signé : GtiiTon, Lâchent et Saist-Just. • Pour copie conforme :
> Dekon. >
Nous avons dit un mot de l'anivée prochaine de Jourdan et de l'armée de la Moselle , accoumnt k marches forcées pour prendre leur part des efforts tentés sur la Samhre et contre Charleroi. Il était temps qu'un booune d'expérience et d'wiioriié vint prendre le commandemcni de cette armée des Ardeones oà de iioaibrea& revers, l'ineaputïté du général en chef, te trop gnaà nombre de généraux et de représenlauls avaient amàté ces divisions qui eussent esAn tourné au grand désavantage de la France. On ne peut mieux peindre ledé^oniblo eflet de ces dissensions que ne le faisait le généi-al Favreau dans une lettre adressée h son coll^^ue Desjardin», le lendemain de la levée du si^ de Charlen» ; < Lea t évënemenis ne doivent pas nous abattre, moi brave
> camarade ; mais ils doivent nous tenir plus en garde
> contre les esprits désorganisaleurs. La levée du siège
* de Charleroi n'est point un échec militaire, puisqu'il a
> été amené, non par la force que l'ennemi avait, mais par
* une conduite ambitieuse qui ne tendait rien moins qu'à 1 perdre noire patrie. Jourdan va tout i-accommoder; il
> counait les arniées eta lu confiance.... »
L('vasseiir attribue ces dissensions à la présence i\v i|uati*e généraux. Le hautain Kléber méprisait Tîncapable Charbonnier ; Schérer n'était bon que pour un coup de main et enviait le commandemtAt en chef ; Desjardins seul savait se rendre justice et avouait qu'il n'avait pas les qualités indispensables au chef d'une grande armée de défense et d'invasion à la fois. Là cependant était le moindre mal. La faute principale devait s'attribuer aux représentants qui ne purent jamais s*entendre. Ainsi , pendant que Levasseur s'en allait partout criant contre Saint Just, bavardait, s'attribuait toute l'impulsion, gênait son collègue et menait cette c conduite ambi- • tieuse « dont parle la lettre de Favreau , un autre représentant, Ghoudieu, lui plus hardi , défesait ce qu'avait fait Saint-Just.
Ghoudieu détestait cordialement son jeune collègue. Jaloux de sa propre initiative , et craignant d'être absorbé , quand le Comité de Salut-Public l'avait envoyé en mission à Tarmée des Ardennes , il avait déclaré qu'il ne s*y rendrait point si Ton ne rappelait Saint-Just. Robespierre aN'ait été obligé d'intervenir, c Est-ce que deux > républicains comme vous ne pourront vivre ensemble?! avait-il dit à Choudieu , et celui-ci avait été obligé de céder: mais il gardait en lui un reste de colère qui se fil jour bientôt. Nous savons que Saint-Just avait institué près des armées des Commissions militaires décidant en dernierressort,$ans formalités judiciaires et sans secours du jury. Se fondant sur les événements qui ne nécessitaient plus les rigueurs extraordinaires et insupportables
lions militaires, et il revint à Paris. De grands changements s'y étaient opérés en son absence.
Si les membres du Comité de Salut Public , Robespierre, Sain t-Just, Couthon, Lebas, d'un côté, et d'un autre, Billaud-Varennes, Collot-d'Herboîs , La Vîcomieiie, Amar, sans parler des inconnus, sans parler de Gamot et de Prieur (de la Marne), ceux-ci s'occupant uniquement, l'un de la guerre , l'autre des finances , sans parler de Barère qui ne savait avec qui se lier, s'étaient longtemps entendus pour paitager l'empire, il fallait plutôt donner h cette union pour cause le danger qui veillait, à droite çt à gs(u(;he du Comité, sous les traits d'Hébert et de Danton , que la volonté bien franche de marcher toujours d'accord. Le danger disparu , l'union devait disparatti*e aussi. Bien des sujets de discorde n'avaient pas tardé à naître après la victoire de mars n94. lien surgissait de tous les côtés à la fois. Dès après la mort de Danton, on avait pu remarquer les allures étranges de Robespierre, deSaint-Just et de Couthon; ces trois hornmes nesequittaient plus ; on les voyait sans cesse causant entre eux , sans cesse du même avis, sans cesse votant ensemble. II devint donc évident qu'il y avait alliance, parti pris. Cette unanimité, ce concert impossibles à nier, avaient dès-loi*s donné ù penser. Si le départ de Saint-Just vers la fin d'avril fil laii'e ces craintes , elles reprirent plus d'activité par l'imprévu de son retour auquel il fallait chercher et donner une cause bientôt trouvée. Les meneurs du Comité de Sûreté Générale se croyaient aussi aples à gouverner que leurs collègues du Salut Public. Dans ce (!:Tnier Comité, plusieurs se plaignaient de l'accapare-
ToMK II. :23
a ver Saiiit-Jiist cl le suivre ù Paris uù , dans sa i(*tlnf du ir> mai , Ui (^ouiitt* de Salut-P^iblic , ou plutôt Hobes- ))icMTe, Tavait mandé.
Or , voici la lettre qui avait rappelé Saint-Jost à Paris : c Paris, le 6 prairial (35 mai) anii de la République
> une et indivisible. — Le Comité de Salat-Pablic ail ci** » toyen Saint-Just, représentant du peuple à Tarmée du » Nord. — Cher collègue, la liberté est exposée à de » nouveaux dangers ; les factions se réveillent aviHî us » caractère plus alarmant que jamais. Les rassemliie^ » ments pour le beurre , plus nombreux et phis t«rbu«* » lents que jamais , lorsqu'ils ont le moins de prétextes ,
> une insurrection dans les prisons qui devait éclater » hier , les intrigues qui se n^anifestèrent au temps d*Sé-» j bert , sont combinées avec les assassinats tentés à plu- » sieurs reprises contre des membres du Comité de Salut » Public; les restes des factions, ou plutôt les factions » toujours vivantes, redoublent d'audace et de perfidie. » On craint un soulèvement aristocratique , fatal à la li- » berté. Le plus grand des périls qui la menacent est à » l*aris. Le Comité a besoin de réunir les lumières et.
- MB —
• lenergie de tous ses membres. Calcule si l'armée du
> Nord , que tu as puissamment contribué à mettre sur
• le chemin de la victoire , peut se passer quelques jours » de ta présence. Nous te remplacerons, jusqu'à ce que
> tu y retournes , par un représentant patriote. — Les » membres composant le Comité de.Salut-PublIc : Robes-
• PIERRE, Prieur, Carnot, Billâud-Varennes, Barèrb. > Cette lettre n'était pas due , les événements le montreront bientôt, à l'initiative de tous les membres du Comité. Quatre au moins des signataires n'avaient nullement désiré la présence de Saint-Just parmi eux. Robespierre seul avait intérêt à son retour. Il avait écrit de sa propre main la minute de la lettre qu'il avait fait signer par ses qpllègues, afin de fournir à Saint-Just ainsi rappelé officiellement, un pn'ïtexte plausible pour quitter l'armée. Depw's le départ de Saint-Just pour le Nord, les événements avaient en effet marché à pas de géant, et Robespierre, desseulé , privé du concours si actif et si ferme de son jeune ami , ne suffisait plus pour les diriger et les dominer. Il avait besoin d'appui , et il le faisait comprendre à Saint-Just. Celui-ci, cependant, n'avait pas bien saisi l'idée d'insistance qui avait dicté Fa lettre ; d'ailleurs, il voulait ne quitter l'armée qu'après l'arrivée de Jourdan ; il avait besoin de faire comprendre son plan par le nonveau général, de s'assurer de son obéissance, et de plus il tenait à assister en personne au prochain passage de la Sambre , le croyant le dernier et le décisif. Quand il vît les Français repoussés une fois encore et l'assaut de Charleroi différé pour quelque temps , il comprit qu'il n'avait plus rien à faire pour rinstant sur le théâtre des opéra-
lions mi1itaii*es, et il revint à Paris. De grands change^ ments s'y étaient opérés en son absence.
Si les membres du Comité de Salut Public , lîobes^ pierre, Suint-Just, Couthon, Lebas/d'uii côlé, et d'un autre, Billaud-Varennes, Collot-d'Herbols , La Vicomterîe, Amar, sans parler des inconnus, sans parler de Gamot et de Prieur (de ta Marne), ceux- ci s'occupaùt imiquenient^ l'un de la guerre, l'autre des finances, saAs parler de Barère qui ne savait avec qui se lier, s'étaient longtemps entendus pour partager l'empire, il fallait plutôt donner à cette union pour cause le danger qui velttait, à droite çt à gsfucbe du Comité , sous les traits d'Hébert et de Danton , que la volonté bien franche de mardïer tott^mrs: d^accord. Le danger disparu , l'union devait di8parat6*e auissi. Bien des sujets de discorde n'avaient pas tardéft^ nattre après la victoire de mars il9Â. lien sargissaHde tous les côtés à la fois. Dès après la mort de Danton, on avait pu remarquer les allures étranges de Robespierre, de Saînt-Just et de Couthon ; ces trois tioninieft ne seqmi^ taient plus ; on les voyait sans cesse causant entre eux ^ sans cesse du même avis , sans cesse votant ensemble. 4i devint donc évident qu'il y avait alliance, parti prte. Cette unanimité , ce concert impossibles à nier, avaient dès-loi*s donné à penser. Si le départ de Saint-Just vers la fin d'avril fil laire ces craintes, elles reprirent plus d'aclivilé par Tiniprévu de son retour auquel il fallait chercher et donner une cause bientôt trouvée. Les meneurs du Comilc de Sùrelé Générale se croyaient aussi aptes à gouverner que leurs collègues du Salut Public. Dans ce cliTnier Comité, plusieurs se plaignaient de l'accapare-
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ment pai* Saînt-Just , puis par Robespionrc , du bureau de la police; , que le Comité de Sûreté Générale réclamait de sou côté comme faisant partie de ses attributions; on sentait ici et là que , par rcnvahissement de ce bureau , Ilobespierre etSaint-Just exerçaient au dedans uo énorme pouvoir et un étrange prestige au dehors, et on parlait déjà de dictature. Ceux ensuite qui voulaient dominer par Tanarcliie, et on en comptait beaucoup malgré l'exemple des Hébertistes abattus, ne pouvaient pardonner à Robespierre son rapport sur la reconnaissance d'un Etre Suprême , rapport considéré par eux comme un premier pas vers un gouvciiicment régulier dont ils seraient nécessairement exclus.
La plus vraie d'ailleurs de toutes les causes, c'était l'impossibilité de mettre d'accord toutes ces ambitions furieuses. La République, en écrasant les Girondins d'abord, puis les Hébeilistes, puis les Dnntonistes, avait obt^i îk la loi étemelle qui régit les gouvernements populaires condamnés par leur nature à l'inquiétude, à l'action, au mouvement, le mouvement cette roue étemelle qui élève, abaisse et «H^rase. Quand les vainqueurs croyaient se re|)oser ensemble au faite du gouvernement, la nécessité les forçait à refaire entre eux ce qu'ils avaient déj:\ tant de fois et avec un si redoutable succès tenté contre leurs alliés, leurs frères des premiers jours de la Révolution. Tous se sentaient assis sur un sol mouvant et qui pouvait les engloutir d'un instant à l'autre. En ce moment, la vraie question était de conduire ses futurs ennemis vers Tablnie ou bien de s'y laisser entraîner par eux, et trile était la fatAl>t<' nui les poussait, que si Robes-
pieiTe el Ssùnt-Jusi eusseot triomphé eu niermidcMr, Us n'auraient pu looglemps rester ensemble ; le plus iort et le plus résolu , qui sait d'ailleurs si ce n'eût pas été le plus médiocre et le plus hypocrite? eki absorbé l'autre, comme on le vit arriver plus tard pour les Ther» midoriens, avant qu'ils n'eussent même fiiit di8psu*aAtre les traces sanglantes de leur succès Inespéré. Courtois le croyait aussi quand y dans son premier rapport, il prétend que Robespierre aspirait à r^ir seul l'empire, et que, s'il s'était réservé trois affidés, s'il les leurrait de l'espérance du pouvoir, c'était seulement afin de s'aider de leur crédit, de leur influence, de leur secours dans sonimmense entreprise.
De part et d'autre, tous se sentant ou se croyant menacés , ils prirent leurs précautions vers la fin de m^/t 1794, Robespierre eu rappelant son frère, Saint-Just et Lebas, les auti*es membi*es du Comité de Salut Public, en faisant alliance avec Tallien, Fouché, Fréron , Barras, du Comité de Sûreté Générale. Ce n'était point encore k guerre ouverte ; mais un présage d'hostilité prochaine en vue de laquelle on armait souterrainement.
Pour rappeler Saint-Just , Robespierre s'était servi d'un prétexte adroit. Vers le 20 mai, il était arrivé tout aSairé au Comité ; il parla de nouveaux partis qui se formaient dans rAsscmblée , de nouveaux complots û étouffer dans leur germe , et qui parviendraient peut -être à détruire les libertés publiques , si on les dédaignait maladroitement; pour anéantircesennemis, personne ne valait Saint- Just, qui déjà avait tant de fois enlevé les votes delà Convention. Robespierre insinua donc qu'il fallait écrire û
Siiiiit-Just rlf; n;v«;fiir; mais ses coUègnes, qai acoHaîent Uh\H%\H4:rvii < do ne voir partoat que co^jnralioBS, > r/ifftt l'i;xpn;ssioD d(; Barère, se rcfiisaie«t i ttNUe résolution ; il ne (allait fias, disaieai-ils , affidUir et nnaer rirtti; OHiv<mtion di'jà si dimiouée et qui eo définitive brniait Ui centre apfuirent de la démocraiie. Robespienre r/'|»/mdait que la Oinvention se résumait toute dans le Ofiniti* de Saliil l'uhlir, et ce Comité, n'étautplusen nombn;, perrJait |iar ati'd inc^one beaucoup de son prestige; il fallait le re»fon:er, et [lour cela rappeler Soiot-Jost et I^ïIkim. Do f^uiHTc lasse , oo céda, mais de mauvaise ffrAce, et en s<! pmmc^tant une surveillance rigoureuse, HurveillauiM! dr^nii84*e sous Tapfiarence de la soumission la plus s(;rvile , de la déférence poussée jusqu'à la bonté |>arfolH; eetU; nullité volontaire couvrait une intrigue liirn habile.
Ou avait esfHïré d'un tôuS et i>enséde l'autre que Salnt- Jnst acr^iurniit imnn'^iialement , et on s'étonnait de son retard , qand, le 0 ou 7 juin , il apparut au Comité alors en K<*since. Peut-être avait-il dc^à vu Robespierre, c'est prohahie; mais il aiïecta , après avoir été saluer ses col- In^ues, de demander les motifs de son rappel. On sait très-|N!u de détails, malheureusement, sur tout ce qui se fiassa dans riiiu'^ieur de ce fameux Comité; si ses registres eusHi^nt encore existé, il eût été intéressant pour riiistoinî d'aller y étudier, heure par heure, discussion par discussion, menace par menace, ces dominateurs de la rrance, leurs jalousies, leurs passions médiocres, l(*iirs (|uerell(;s de ménage, leurs petitesses. A dé&ut de documents olficiels, il faut demander aux Mémoires du
temps le peu qu'ils connaissent et racontent. Dans sa réponse à Lecointre, Barèi*e achève la scène où nous avons vu Saint-Just feindre d'ignorer les raisons qui Font feît mander à Paris, t RTobespierre lui dit , i rapporte Barère, c que c'est pour faire un rapport sur les factions nou-
> velles qui menaçaient de détruire la Convention Natio-
> nale. Robespierre est le seul orateur dans cette séaiH^.
> Le silence le plus profond lui répond « et il sort dans une » colère horrible. •
A partir de ce jour-là , on commença à voir Robes|^ierre disparaître peu à peu du Comité jusqu'à ce que bientôt il cessa complètement de s'y montrer, lorsque les opposants, dénoncèrent malgré lui la secte de la Mère de Dieu. Mais que risquait-il à enfouir dans la retraite ses fureiurs et ses projets de vengeance? N'avait-il pas au Comité Saint-Jost, un autre lui-même?
Coliot, Billaud, Âmar, eussent vu avec une joie extrême Saint-Just s'en aller aussi et retourner à sa mission de la Sambre ; mais celui-ci avait voulu rester à Parts pour y étudier de près la marche des affaii^es. Jamais on ne l'avait vu plus assidu aux séances du Comité ; il n'en manquait aucune. Le matin, il s'occupait avec Lejeune de la police générale et statuait sur les dénonciations , sur les arrestations qui ne furent jamais aussi nombreuses. 11 employait sa journée avec le mair^, avec les membres de la Commune qu'il attirait à lui dans l'espérance que si l'Hùtel-de-Ville était au triumvirat, il serait maître do Paris avec Hanriot, le commandant de la force armée qu'à un moment donné on se promettait de toui'ncr contre la Convention , si celle-ci répugnait au
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jniiî?. i.c soir venu, rouquicr-TinvîHe lui apporlait ses dossiers; c'est ensemble qu'ils préparaient toutes les aiïaii'es à présenter au tribunal révolutionnaire qui ne ehoma plus désormais. Plus tard, le Comité de Salut Public se réunissait; Saint-Just assistait aux séances; il yaiïectait, les premiers jours, un silence dédaigneux. On a dit que Saint-Just y parlait beaucoup et que ses pal'olcs sentencieuses y arrivaient toujours à beaucoup (ri^ffet. G'e<t une erreur, c H entrait souvent vingt fois » dans une séance du soir, i raconte Barëi*e, c et il ne » parlait que [)ar sentence ou par colère , quand il ne » s'astreignait pointa un silence affecté et pénible; ou » plutôt il espionnait le Comité. »
La vérité est dans cette phrase : Saint-Just n'était resté à Paris que pour tenir ses collègues en respect par sa présence, et surtout pour tout étudier, tout savoir. Cette manœuvre du reste fut bientôt percée à jour ; fous avaient découvert le mystère de son apparente impassibilité. Le 81 août 1794, Billaud-Varennes, un des vainqueurs de Thermidor, disait à la Convention : c L'abscmcc » de Robespierre du Comité a été très utile à la patrie; > car elle nous a laissé le temps de combiner nos efforts » pour l'abattre. Vous sentez que s'il s'y était rendu très » exactement , il nous aurait beaucoup gênés. Saint-Just » et Couthon, qui y étaient fort exacts, ont été pour » nous des espions très incommodes. >
Mais bientôt , une situation aussi tendue était devenue intolérable pour tous. Enervé par ses fatigues de la mission du Rliin, de sa carrière de rapporteur, de ses deux missions de Guise et delà Sambre, maintenant puissamment
surexcité par >la lutte qu'il sait être la dernière et eonduîre ou au pouvoir absolu, ou à !a mort, Saiut-Just nous apparaît comme n'ayant plus rien d'humain que la forme extérieure.
Le maladif et cruel €k)uthon est le insipporteur du Comité; le maladif et cruel Saint-Just lui inspire les idées les plus effroyables. Couihon avait préparé un projet de décret qui tendait à rendre la procéckii'e révolutionDaire plus prompte, Saint-Just se rappelle la méthode adoptée pour juger Danton et ses complices; il inspire à Gouthoa ses articles qui repoussent témoins et avocats, qui dé* crètent la mort comme seule peine. Couthon plagiait Saint-Just quand il disait : c La loi donne pour défen- > seurs aux patriotes calomniés des jurés patriotes; elle » n'en accorde pas aux conspirateurs. > Saint-Just avait prononcé, depuis longtemps à la tribune, cette phrase mais plus brève, mais plus dure, c La loi, « dit un témoin du temps, • passa par le silence des législateurs » plutôt que par leur consentement. Les murmures que » celle violence législative fit naître portèrent néanrâoins » les deux Comités de Salut Public et de Sûreté Générale » à se plaindre hautement de ce que la nouvelle loi n'a- » vait été ni proposée , ni connue , ni délibérée préala- » blement par aucun des deux Comités, quoique l'objet » de cette loi touchât aux attributions du Comité de Sûreté » Générale, et qu'elle fût proposée par un membre du » Comité de Salut Public. Les députés de la Convention » furent alors très étonnés d'apprendre que nous n'y ?> avions pris aucune part , et que le projet de décret était
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» de la fabrique du triumvirat Coulhon, Saiiit-Just cl » Uobespierre. •
Saîiit-Just confère chaque soir avec Fouqaier-Tlnville, nous venons de le voir. C'est alors que celui-ci eocombrc ses prisons de détenus , ses bancs de prévenus , soa tribunal d'une guillotine en permanence; c'est alors qu'il condamne et exécute en trois jours jusqu'à cent soixante malheureux , mélange inique de toutes les classes , de tous les sexes, de toutes les innocences. Du iO juin, date de ranivéc de Saint-Just, au 9 thermidor , treize cents têtes tombèrent. Faut-Il en accuser la protection que Saint-Just étend alors sur son compatriote de l'Aisne?
On se rappelle qu'aux termes d'un décret du S3 vcdtose, la Convention avait établi des Commissions populaires qui prépareraient les affaires des détenus à envoyer an tribunal révolutionnaire. Certains membres du Comité de Salut Public avaient vu avec frayeur cette invention nouvelle qui n'avait d'autre but, h leurs yeux» que d'activer encore les massacres juridiques; ils retardaient autant qu'il le pouvaient les nominations des membres de ces Commissions. Saint-Just se montre encore lu av(ïc son Insistance qui force tous les obstacles ; il obtint enfin , après son retour de la Sambre , la formation de d(^ux Commissions populaires. Mais elles ne fonctionnent pas ; mais on ne les réunit point ; mais il se plaint avec aigreur de Bar(>re, de Carnot, des nouveaux Indulgents. Il fallut lui obéir ; ù force d'instances, il réunit pourtant les signatures des membres présents au Comité. Une Commission populaire fut donc installée dans la Section du Muséum; elle opéra si bien, si résolument, qu'en qticl-
qucs jours elle désignait pour être mis eu jugement plus de cinq cents détenus, hommes, femmes, vieillards, enfants, dont les uns, c'est le plus grand nombre, étaient marqués pour la mort, dont les -autres, plus heureux , n'étaient indiqués que comme méritant la déportation.
Un jour, il cause avec un employé de son bureau de police générale ; celui-ci tient une liste de détenus à envoyer au tribunal révolutionnaire. Sans la lire , sans y jeter nu'^me un coup d'œil , Saint^ust la prend , la signe tout en parlant, la passe à Billaud-Yarenues pour qu'il la révèle aussi de son nom, et la rend à l'employé stupé&it de cette prompte expédition des affaires où il ne s'agit de rien moins que de la vie de plusieui*s hommes.
11 rencontre, dans un jardin public • un juge du tribunal révolutionnaire; celui-ci l'accoste, se plaint d'avoir été choisi pour raiïreuse mission qui lui répugne et parle de donner sa démission. « 11 n'y a qu'un Idche » pour abandonner un poste où il a été appelé par la » volonté nationale, > lui dit Saint-Just du ton le plus dur et le pins menaçant, c et si je faisais part au Comité • de ton inteution , tu serais arrêté sur le champ. »
La mort, ce n'est rien que la fin des soufirances et du désespoir en temps de République sanglante. Saint-Just parvint encore à rendre la mort plus désirable. Sous prétexte de conspirations continuelles ourdies dans les prisons , il voulait faire diminuer les aliments des détenus et empêcher de leur laisser parvenir certains secours d'argent et de vivres qui jusque-la avaient pu pénétrer dans leurs câchois. t Un jour, dit Barrère, t il voulut ré-
k cluii'c à quinze sous ia dépense de chaque détenu , et » nous traita de défenseurs des contre-révolutionnaires ,
> pnreeque nous stipulions pour les droits de rhumanité. > Il avait , dans son décret de gouvernement révolutionnaire , posé cette théorie : qu'il follait eni|doyer les détenus et les suspects aux grands travaux de l'Etat; au Comité, il revint plusieurs fois sur ce projet barbare. En vain lui disait-on que les détenus étaient des otages et non des criminels , qu'ils étaient arrêtés par mesure de sûreté et non encore condamnés pour crimes ; il persistait et cheit^hait un moyen de tourner l'oppositioa rencontrée si mal à propos par sa fureur, c II y a mille
> uns que la nobk'sse oppiîme le peuple français par des
> exactions et des vexations féodales de tout genre, » disait-il à ses collègues du Comité, c La féodalité et la
> noblesse n'existent plus. Vous avez besoin de Ciire ré-
> parer les routes des départements-frontières, pour le » passage de l'arlillerie, des convois, des transports de » nos armées. Ordonnez que les nobles détenus iront • par corvée, tous les jours, à la réparation des grandes » routes. • Quand on lui répondait que la générosité nationale flétrirait un semblable supplice , fùt-il même ordonne par des lois, et que la Republique en France ne pouvait agir comme agissait Marins à Rome: c Eh bien! > disait-il avec dédain, c Marins était plus politique et plos
> homme d'Etat que vous ne le serez jamais ! J'ai voulu » essayer vos forces , votre tempérament , votre opinion. » Vous n'êtes pas de taille à lutter avec hi noblesse , car » vous ne savez pas la détruire. C'est elle qui dévorera
> la Révolution et les révolutionnaires. *
C'est en ce momeut que le repi-cîsentanl ilt- l'Aisne cnil pouvoir satisfaire les nécessilt^s de ses resseiilimorils personnels et de pays.
Noos avons raconlé en son temps l'opposition soulevée conire le Jeune candidat auv lileclions dt! 1791, les n'i^lamations du notaire Gelée, père de M^'Thorin, et l'irfsuccès que Saini-Just dut à son Inconduile. Le corps électoral de l'Aisne , réuni jk Soissons , ne vota pas 1 l'unanimilé pour lui le 2 septembre 1792, il s'en fallait de beaucoup; car il n'avait obtenu que 349 voix sur 330 électeurs préscnis , c'est-à-dire une minorité très-peu importante. Suint-Jost savait h qui s'en prendre : beaucoup de ses camarades de eollège , nous ne distHis pas SCS amis , lui avaient refusé leurs suffrages autant par jalousie , il faut en convenir , que par peu de sympathie pour son caractère qu'ils savaient altier, impérieux, très difficile. Sa nomination n'avait point fait taire ces 0[q>esitions ; on avait osé rire du nouveau dépnlé ; les jeunes gens élevés avec, lui , ceux qui se croyaient capaUes et envi^ent la haute position d'un homme qa'Ws se disaient valoir, ne l'avaient poîut pris au sérieux. Par sa mattresse qui parfois violait Blérancourt et qui , elle aussi, avait des vengeances h exercer contre les biftroes et les mépris dont on la poursuivait , Saint-Just était tenu très au courant de tout ce qui se disait dans b contrée. Aussi ne dut-on point s'étonner , quand des ordres d'arrestations parvinrent à Soissons , à Coucy , à Blérancourt , k Chauny, partout où l'élu du déparlemenl de l'Aisne avait eu des relations.
Sans parier du conseiller-général Thoi'in expiant le
(ii:flh''iir iJ ivoir «-fi -Oi^.' nîif femm*:* împ IHI- <km il n'avait pu Vf faire aim^r : sans parlfT da oc>aÊe de Lanra;!uuîs '.h^'Z qui , on Sff U.- rjpf*^lle . Saial-J«st s'anosaût un j^Mir à :i(iatir«; d«f<^ t^les de f^rnigères . en si^ne de aiefiafre, <ft dont U; firincipal ^fff était d avoir iatgrdh reaircVf d<f vfS bois où l'on voulait prendre Hn arlife de liNfrttf* l'I } , un c^^rtain nombre d'habitants pami les plus rorisidérabi'fs de la iront n'i- qui enviroane Hêranoowt avaifrnt ««tf* incarcérés à Chaïuv d'abord , et easaite à l'aris, grâce aux dénonciations de M"* Thorîn c?i.
fi, *• Xntii/i fJu OfUiiU'r (Je Salut Public qui ordonne b tradatUon du
" <:ito)(:ri ÏJtur^iUày au Tribuiol-Ré^olutioimiire. — Extnit do
* rt'içisin: 'les arr^t/-s du OtoûXé de Salut-Poblîc de b ConmiîoD
» trAtmi:tU%
A. Du â8 messidor, an n de h BêpablM|iie.
» U', OfUttU; tUt Salut Public arrête que le ci-deTant comte de Lao- " rajniay , r(;«>Uuit à <;ti;iuiiy , sera arrêté sur le champ , et tndnit ao » Triliunal R(';\oluttoriniiire , de bri^rade en brigade.
>/ i'Àurt/;f: Parfont national du district de Chaony , de Teiécatei dn » (fr<?M*ut arrêté.
» Il rtu:tuH\U:n et enverra au (jonûié toutes les pièces contre Lan- " i:i;{uay , iiotainnieiit l(r jugement qu'il a fait rendre contre la moid- " ripalité du Manifariip, [K>ur avoir fait couper, dans ses bois, un arbre " florit fllff a fait Tarlire de la liberté.
»» SiQné au regûire , CiR!<(OT , SAixr-JtST , B. Bârèie ,
" OoLLOT-D'HeRBOIS , BUXAUI^VAiUE!S3a:S , ROKS- " liKRKE , COLTHOX , R. LlXDET.
i> Pour (fxtrait : Billaid-Yakennes , Collot-d^Herbois , » B. Barère, Saitt-Just. »
(i) Pour no \t\us revenir sur cette femme , disons de suite qu'après l'Iieriiiidor elle rei>arut à Blérancourt où elle afficha la conduite la plus sf'àU&AU'iiSi'. ; son mari se s«^para dVlle et obtint un jugement de (\ï\iivvj\ Son souvonir «'xiste encore dans la ville où Ton en parle roiiitiH* (riitif fcriiiiif ]uTt\w*,
ÂSoissons, si Ton en croît le mémoire justificatif de Lejenne , le protégé de Saint-Just , le chef de son bureau de police générale , la liste de proscription était bien plus nombreuse encore.
Lejeune raconte deux faits atroces qu'il attribue a Saint-Just et qui se rapportent aussi à deux de Ses compatriotes. Il écrit : c Tribalet fils , de Goucy , payeur d'une » armée , est aiTété par ordre dé Saint-Just et traduit au » Comité. Saint-Just le flatte quand il le voit arriver , et
> il me dit confidentiellement : c'est un gibier de guiHo- » Une. Je tremble sur le sort de ce jeune honmfie. Je
> m'empare des pièces ; j'examine son affaire : il est in- » nocent, et mon rapport le constate si clairement que • celui qui Ta mandé au Comité pour le perdre ne peut » s'empêcher de signer sa liberté et de le réint^^r » dans sa place. »
C'est encore Lejeune qui va parler :
« Les malheurs de la France , » rapporte Lejeune , avaient aliéné la raison d'un nommé S..., mon parent; plusieurs fois il avait ameuté du monde sous ses fenêtres , par de violentes déclamations contre le nouvel ordre de choses et ses adhérents ; Saint-Just en fut informé en passant a Soissons. Il va trouver la mère de S... et la décide à laisser transférer ce jeune homme à Paris , où il se charge de le faire guérir : cette pauvre femme croyait voir en lui le sauveur de son fils......
Quinze jours après , elle lut le nom de son fils sur la liste des condamnés que l'on conduisait à la place de la Révolution ! »
Kn (juelquc doute que Thonime sérieux veuille tenir ces ToMi: ÎI. 2i
deux df.Tuiers récits , quand on constate les fureurs de Saint-Just (i) , ses menaces contre ses collègues , contre
(1) C'est îk toi point qu'après avoir refusé de croire à de populaires traditions de cniautés atroces , on ne sait plus si Ton doit do pas les accepter. Ainsi, par exanpie , on raconte que Saint-Just, 8*en allant à Tarnuk* de Guise , s'arrêta pour dîner dans une auberge entre Senlis et Pont-Sainte-Ma\encc. On ne lui offrit (pic des œufs et du pain ;. mais il aperçut une volaille qui rôtissait au feu de la cuisine. Son système de la ri^quisition forcée devait pourvoir aux exigences de son appétit , puisqu'il a^'ait bien pourvu aux nécessités de la guerre, il voulut cette volaille qui lui fut refusée au nom de la personne assez bcureuse pour Tavoir demandée la première et assez osée pour ne pas s'effrayer du nom et de Fautorité du représentant en mission. On affirme qu^en arrivant à la \ille , le premier soin du jeune autocrate fut d'aller requérir la gendarmerie, de renvoyer à Tauberge où le gounno.t voyageur se prélassait à table devant les restes de la volaille si ardemment enviée et si imprudemment refusée. L'homme aurait été arrêté et bientôt condamné et exécuté comme ennemi de la patrie.
On voit , après Thermidor , la famille d*un nommé Cablet , adminisnistrateur des subsistances à Strasboivg^ dénoncer à la (invention un horrible abus de pouvoir, s'il estvraL Cablet serait tombé victime de la honteuse dépendance de la Commission révolutionnaire de Strasl>ourg \is-à->is ^ Saint-Just qui se serait vengé de Cablet, parce que cehii-ci lui aurait refusé une superbe carpe achetée pour lui-même et que Saint-Just voulait fave servir sur sa table.
Dans un autre ordre d'idée ou plutôt de folie , voici encore un fait plus ou moins facilement acceptable rapporté par Lejeune en ces termes : « A son retour de Varmée , Saint-Just me raconta qu'un » général de brigade lui avait dépêché un courrier pour lui annoncer » qu'il viendrait prendre ses ordres. Le courrier , ancien militaire , » plein (le iH'avoure , était un de ces hommes intelligents et défiés , M que le sort a négligés et (fui n'attendent qu'une occasion de s'élever. M Le général parut bientôt , suivi de deux grands laquais de la plu^ » belle encolure. Le général , tout au contraire du courrier , était de
tous ceuiL qui lui résislent, ses longues et fréquentes conférences avec Fouquier-Tinville « la recrudescence dk^s condamnations et des exécutions qui suivent imn^édiate^ ment son retour à Paris, comprend-on que cerUMns écrivains aient osé prétendre que Robespierre et Saint-Just n'ont voulu le pouvoir que pour le moraliser « pour le rendre mile» pour l'employer à des mesures réparatrices, à un retour vers l'ordre? Cet ordre ne pouvait être immédiatement assuré sans doute, disent-ils pour excuser les massacres de juin et de juillet 1794; et comme U fallait encore combatti*e , comme il restait des hostilités à vaincre , des répugnances à abattre, il fallut que le triumvirat se résignât à joncher encore le sol de victimes, € c'est-à-dire, » Levasseur a osé l'écrire, c à créer encore • des lois de sang et accroître le désordre que Robespierre » et Saint-Jttst voulaient éteindre, i U est d'auti*es écrivains q/m n'ont pas craint d'aller plus loin encore; ils ont affirmé que si la lutte avait éclaté entre les membres du Gomrté,. o'est que Robespierre et Saint-Just voulaient ouvrir les prisons*, délivrer les détenus, sauver les com-
w ces êtres nuls et incapabtes dont Télévation , œuvre du hasard , fidt y ressortir la vaniteuse iiiepUe. Saiot-Just , voulant remettre chacun u. à sa (ilacc ,.fit le général courrier,, le courrier général , et envoya M les deux laquais comme soldats dans un régiment, m
On comprend pourciuoi nous reléguons dans des notes ces histoires vraies ou fausses. Ce n'est point là de Thistoire. Les souffrances , les rancunes politiques sont assez portées à Texagération , pour que cette exagération soit repoussée par la dignité de Técrivain qui veut rester sincère ; mais aussi les excès historiques et constatés n*amenaient-ils pas forcément les excès de Topinion publique et réagissante , ou du moins ne les atténuent-ils pas ?
promis , taudis que Billaud , Tallieu , dc parlaient que de nouvelles Journées de septembre. Voilà jusqu'où peuvent mener l'esprit de parti et les nécessités de la justification.
Nous avons vu Saint-Just assister en silence aux séances du (Comité dont il étudie les actes, les pensées, les allures; mais bientôt nne étrange exaltation succède à ce mutisme. L'agitation do ses nerfs se traduisit en éclats de colères effroyables, incessantes , presque chroniques. Rarèrc raconte une scène effrayante qui donne une idée de la nouvelle attitude dc ce jeune homme. Nous le laissons parler :
c A une séance du soir, il s'éleva brusquement une que- » relie entre Saint-Just et Carnot , au sujet de l'adminis- » traiion d<^ armes portatives dont Saint-Just n'était pas • chargé , mais bien Prieur (de la Cùte-d'Or). Saint-Just » prenait grand intérêt au beau-frère de Sijas, agent
> comptable des ateliers du Luxemboui^que l'on préten- » daii opprimé et menacé d'arrestation arbitraire. Dans
> cette querelle faite inopinément par Saint-Just , on vit » clairement son but qui était d'attaquer les membres du
> Comité qui s'occupaient des armes et de perdre leurs » coopérateurs.
» Aussi essaya-t-il de réunir dans l'inculpation notre » collègue Prieur , en l'accusant d'avoir voulu perdre le » beau-froœ de Sijas et de le faire incarcérer. Mais Prieur » nia si foi*mellement les faits calomnieux articulés par
> Saint-Just que celui-ci n'osa plus insister. Il se retourna » aloi*s vei*s Carnot qu'il attaqua avec une injure cruelle. » Nyon était présent à celle scène scandaleuse ; il se re-
> tira conslenié et craignit d'accepter une mission pour
les poudres , mission qui pouvait devenir», disaitnl, un sujet d'accusation:, puisque les patriotes s*oceupai«at à se détraiire ainsi. Nous nous serions plaints de^cette attaque indirecte ; mais fallaît-ildans le moment oùeiLn'y avait pas un seul grain de poudre fabriqué à Purïs, prodap^r une division qui pouvait être aussi fimeste? M bien faHait-il avant tout tirer la Patrie du dani^er de manquer de poudre et étouffer ce germe de division dans )e sein du Comité de Sahit Public, plutôt que de foire connaître ce mal secvel^'?
• Au milieu des inculpations les plUs vagues et des expressions les plus airoces* proférées par Saint-Jnst, Camot fut obligé de les rqMusser en îe traitant, lui et ses ami», d'aspirer à la dictature ^ d'attaquer succèssivement tous les patriotes pour rester seuls et s'emparer du pouvoir suprême avec ses partisans. » C'est là où Saint-Just montra une fureur excessiveu II s'écria que la République était perdue si les hommes chargés de la défendre se traitaient ainsi de dictateurs ; qu'il voyait bien le projet de l'attaquer , mais qu'il se défendrait. C'est toi » ajouta-t-il, qui es lié^avec les en* nemîs des patriotes, et apprends que je n'ai que quelques lignes à écrire pour faire un acte d'accusation et te faire guillotiner dans deux jours. Je t'y invite, dit Camot avec la fermeté qui n'appartient qu'à la vertu; je provoque contre moi toute ta sévérité , je ne te crains pas ; vous éles des dictateurs ridicules. » Les autres membres du Comité insistèrent en vain plusieurs fois pour éteindre ce ferment de discorde dans le Comiié; pour rappeler Saint-Just à des idées plus Tome H. 34.
> justes de son collègue et à plus de déceuce dans le Co- » niilé, ils voulurent ramener les esprits aux Hflaires pu- » bliques ; mais tout fut inutile. Saînt-Just sortit comme » enragé , entrant en fureur et menaçant ses collègues.
» Saint-Just n'eut sans doute rien de plus pressé que
> d'aller avertir Robespierre de la scène qui venait de se
• passer; car nous les vîmes revenir ensemble le lende-
> main au Comité vers une heure. A peine sont-ils entrés » que Saint-Just, prenant Robespierre par la main, s'a*
> dresse à Ganiot en divsant : Tiens , les voilà, mes amis, » voilà ceux que tu as attaques hier ! Robespierre essaya » de parler des torts respectifs avec un ton très-hypo-
• crite. Saint-Just voulut reprendre la parole et exdter
> ses collègues à prendre son parti. Le sang-froid qui ré^ » gna dans cette séance les découragea et ils s'en allèrent » du Comité de très-bonne heure et avec humeur.
» C'est de cette époque que la division se prononça » d'une manière sensible ; et bientôt nous vîmes dans les » papiers aùglais que le Comité de Salut Public était di- » visé. Déjà, depuis quelque temps, on se défiait, on » s'observait, on ne délibérait plus avec Saint-Just et » Robespierre avec l'abandon delà confiance. »
Ces colères et ces querelles, ne pourrait-on pas les expliquer autrement eiicore que par Téréthysme des neifs, mais bien par un désir d'irriter le Comité à l'aide de violences simulées et périodiques , de le pousser à bout par une habile comédie à laquelle il se tromperait, de le forcer à prendre un parti, à sortir de sa circonspection, à commettre quelque imprudence dont profiteraient les amis fie Robespierre \\ l'affiU , aussi de leur côté, de chaque
laulc de leurs adversaires ? Ceue disSiaulation, ces aïoyraft perfides sont bien de cet hoamie qui a pris à la lettre les leçons de Machiavel et croit rennemenl qu'on mène les hommes avec des ruses. D'ailleurs, noiis oc ciiinevnons pas SaiBt^usts'abandoniiaiti ù lu Lolm.-, lui qoi tout à l'heure calmait l'accès du fureurd'uit de sl>s amis par ces paroles profondémeut vraies et senties : < Tais-loi, l'efli- > pire est au plus calme. >
Quoi qu'il en soit de i:(-s deux explications , ces scènes violentes et l'insolence dos prétentions de Saint-JuM dont chaque mot était uo ordi-e , fatiguaient singulièrement le Comité où la rupture était alors cnnipli'iui. Billaud et ses amiss'en plaignirent. Ils se demaiidërcui tout bas d'abord et enfin plus ouvertement si Saiiil-Just rejoindrait bientât l'armée. Dans la conversation, on afîi'clail de se plaindre des lenteurs du sii^ge de Cb;ii'liTOi aloi-s envahi , et de ré. péter qu'il fallait Uk toute l'énergie dont Saînt-Just avai» prodigué les preuves. Celui-ci ne donna point dans ce pi(^e grossier de la flatterie ; h ces ruses il répondit par uneaulrc ruse. Il prétendît qu'il ne pouvait partir; sa présence, disait-il , était nécessaire à Paris, où il hii fallait surveiller la fabrication des armes pour son armée, les approvisionnements de vivres qui ne parlaient pas ou dont h qualité était détestable ; selon lui , des vins et des caux-de-vîe avaient été empoisonnés; H réclama des expertises chimiques dont le résultat démontra toute l'inanité de ces craintes afTectées. Le plus clair de ces manœuvres , c'était te besoin de rester ù Paris 5 l'aide de retards bien ou mal motivés , et le Comité ne s'y trompa jamais.
De temps c» temps, de celle nue sombre il sortait jje
rares lueurs qui êelaîniîent Tidée. Par exemple, un jour que les deux Comités s'étaient réunis , Samt-Just se hasarda à dire que, à bien juger la situation, la République n'était point une vraie république , la république comme il l'entendait; pour l'instant, ce mm» n'était qu^iin beau mensonge; ce qui manquait à la France républicaine, c'étaient des institutions n*publicaines ; mais en attendant qu'elles fussent édictées , il serait peut-être nécessaire, insinua-t-il , de faire gouverner la France par des Réputations Patriotiques. Qu'entendait-il par là? Pas un de ses collègues ne s'y méprit. Ces Réputations Patriotiques , mot abstrait seulement par l'apparence , mol transparent s'il en fut jamais ,. cacbaient des noms bien connus et bientôt devinés» Les adversaires du triumvirat crurent^ un instant , qu'ils allaient être attaqués franchement, ouvertement. Biais satisfait de ce commencement de har- 'diesse, sachant peut-être que rien n'était prêt encore pour la lutte svqprême ^ Saint-Just se tut. On n'était pas plus courageux et mieux préparé de l'autre côté. On discuta donc froidement la proposition de Saint«Just; on en ajourna la sdlutioa , et tout fut encore remis à une occasion meilleure. (I)
(i) Si cette grande scîmic qui pouvait, un mois avant Therniidor, engager le conflit entre les prétendants au pouvoir, manque de détails et de précision dans nos pages , et U £iut s*en prendre k l'abii^nce des registres des Comités. Voici comment elle est ncontée par Barère dans ses Mémoires un peu incohérents , écrits an hasard , sans suite , sans grandes relations d'idées , très-dédaignevx de la connexité des événements, de leurs causes et surtout d'une impartialité qu'on ne sonî?e point , il faut le dire , à réclamer
On n'avait pas désarmé cependant, car le Cèniité apprit bientôt que Saint-Just » le silencieux SaintJast qui
de lui : t< Dans les premiers jours de Messidor, Salnt-Jost et Ro^ » bespierre demandèrent une assemblée extraordinaire pour des » propositions essentielles et qui exigeaient la réunion des deux » Comités de Salut Public et do Sûreté Générale. — La sÀnce » s'ouvrit à dix heures du matin. — Robespierre propose d'abord M rétablissement de quatre tribunaux révolutionnaires. Cette pfo- » position indigne tout le monde : mais on écoute foratenr ; oa ne » fait ressortir que les principales raisons qui s^opposent à de si » terribles mesures. Cependant , pour connattre toute sa pensée et » ses projets ultérieurs , on demande si e*est à ce plan d*établiBSe- » ment pénal que doivent se borner les délibérations.
» Pressés dans leurs retranchements» Lebas et Saint-Just pnm- » nent successivement la parole pour exposer fat néoeaalté de ré- » primer avec force les ennemis du peiiple , qui aouA an iftément » de triompher et de renverser Tceuvre de la Ubeité.— ^CestSaint- » Just qui parle en second lieu; mais ses termes sont moins va- M gués. » « Le mal est à son comble, dit-il ; vous êtes dans la plus » complète anarchie des pouvoirs et des volontés. La Convention » inonde la France de lois inexécutées, et souvent même inexécu- » tables. Les représentants près des armées disposent k leur gré » de la fortune publique et de nos destinées militaires. Les repré- » sentants en mission usurpent tous les pouvoirs, font des lois et » ramassent de Tor auquel ils substituent des assignats. Comment H régulariser un tel désordre politique et législatif? Pour mol , je » le déclare sur mon honneur et ma conscience,. Je ne vois qn*un » moyen de salut : c'est la concentration du pouvoir, c'est Tunité » des mesurer de gouvernement, c'est l'énergie attachée aux In^i- M tutions politiques dont les anciens firent un si utile usage. »
» L'impatience gagnait déjà tous les membres des deux Comités. ti Expliquez-vous , où voulez-vous en venir? » s'écrie-tHm de tontes » parts.
» Saint-Just reprend, avec ce flegme qui est le caractère du macliiau vrlisme et de l'ambition concentrée : « Eh bien , je m'explique !
n'avait f»resqur jamais parlé dans le club des Jacobins, s'y rendait soaTentavecCouthonet paraissait quelquefois & leur tribune; c'était pour y dénoncer les Comités dans cette phraséfiU^ie abstraite, vague, ampoulée, où les
• U but une puissaocc dicUtoriale autre que cdlc des deux Comi- » tés ; il faut un iKKfimt' qui ait assez de géniev de force, de patrio- » tismc et de générosit/r pour accepter cet emploi de la puissance » fiulilique ; il feut surtout un homme doué d*une telle babitode de I» h Révolutioo , de ses priodpes , de ses phases, de son action et » de tes divers agents , qu'il puisse répondre de h sûreté publique M et du maintien de hi iilierté ; il faut , enfin , un homme qui ait en » sa faveur Popinlon générale , la confiance du peuple , et qui soH , t» en effet , un citoyen vertueux et inflexible autant qulncomiptible. M Cet homme, Je déclare que c'est Robespierre : lui seul peut saun ver TEtat. Je demande quH soit investi de la dictature , et que
• les deux Comités réunis en fassent di^ demain la proposition à » la Convention. »
» Le parti de Robespi<»rre , dans cette assemblée des deux Comi- » t4*s, se c<HUposa de Saint^Just , Couthon , Lcbas , et d*un homme ¥ Célèbre dans les arts (1 j, que mon respect pour S4)ngrand talent no V me i>ermet |>as de nommer. La nature de son génie , pcnté vers » d*autres objets que les hauteurs de la politique , doit Tabsoudrc ¥ de cette opinion.
M Nous tnMivâines les dictateurs lui peu précoces , et nous nous « élevAines avin; force et même avec dérision contre cette Institu- « tion peu conforme à nos mœurs , à nos liabitudes , à nos prin- N ci|>es , et totalement subversive du système adopté par la Repré- » sentation nationale.
» Apr^s une discussion vive et courte , les dictateurs, honteux et 1» dépités, se virent éconduits à runanimité, dél)outés de leur propoj» sition de dictature par un ordre du jour qui fut comme une décla- » ration de guerre à mort, n
(I) u ptlnlrc Dnvttl.
noms propres nViaîeut Jamais OHvertesieal proacMoés , mais seulement assez perfidement indkiaés pov qae Torateur ne pAt se Ciire accuser d'avoir aneaé lae raptim par sa fjute.
De chaque côttf, on se compta donc, oacberdiaiicarilianccs. Voici comment se distribuaient les ràlei daM ce que l'on appelait alors la Conjuratitm de Robespierre. Toute la Commune élût au triumnrat ; par elle od bîsait fond sur les Sections ; les meneurs de b Gonnuue organisaient partout des repas puUics comme ceux qui, en 1792, sous le nuni di; festins civiques, a\'uîent si bien réussi entre les mains dn Daalon, de Fournier l'Amùricain, de Camille ilL^monlins, de tous ces hommes disparus aujourd'hui et dont on se prêparail à renouveler et à exploiter les inventions révolutionnaires. Des intrigues se pratiquaient parmi la force année que Hanriot et ses lieutenants Dufresne (;t Lavaletle espcmient dêciiler sur un signe à entourer i^l violer l'AsseniUlt^e Nationale. Sainte Just s'était réservé , c'était sa spécialité , l'honneur du rapport à faire sur tes députés à sacrifiei- ù la Patrie. A Dumas, Collinhal, les présidents du iribunui de sung, à Fouquîer-Tinville, le collaborateur quotidien deSaint- Just , le soin de (aire promptement disparaître les TÎctimcs.
Là s'an-Ëtait le plan. Qu'eAt-on Ëiit , comment se serait-on entendu après la réussite?
Des rumeurs étranges, des bruits vagues de proscription etde sourdes menaces se prop^eaient aussi dans Paris où les esprits s'agitaient dans l'attente d'événements prochains et terribles. On citait les noms d'un grand nombre de représemants que Saint-Just s'était promis d'immoler
li-s premiers à ses rancunes et à sa yengeance. EUih-ce là une ruse inventée |)ar le parti opposé à Robespierre , la ruse, ce niécliant et ignoble moyen qui servait d'arme dans ce temps de médiocrité stratégique , de peur appelée prudence , de petite ambition transformée en amour de la Patrie? Etait-ce donc une ruse poui' effrayer les iiTésolus et les forcer enfin à la décision par b crainte de périr? Ces listes avaient-elles été sérieusement dressées? Si Saiut-Just était capable de ce mé£iit nouveau et probable , — et maintenant où chercher les preuves ou pour ou contre? — faut-il en croire sans examen Billaud- Varennes dans sa défense imprimée en réponse à Lecointre lui reprochant d'avoir menacé de mort trente membres de la Convention? Suivant Billaud, cette liste de proscription avait été rédigée par Saint«Just qui, deux mois avant le dix thermidor» ne serait revenu du Nord que pour dresser Tacte d*accusation contre le Comité de Sûreté Générale et ses amis.
^lais, si on se préoccupait à Paris de ces querdies , de ces divisions intestines arrivées à la connaissance de tous et dénoncées même par les journaux étrangers qui s'en réjouissaient très haut , il ne faudrait pas croire que la ville se fut décidée pour ceux-ci ou pour ceux-là. Le bon sens natureh aux masses les portait à la crainte égale des deux partis dont la lutte, le succès ou la défaite, aboutiraient, quel que dut être le vainqueur, an despotisme, à la Teireur plus épouvantable que jamais , aux vejngeances à supporter par les vaincus et leurs amis. L'opinion publique ne préférait pas Robespierre à Billaud- Varonnos, ou T:d!ien à Saint-Just: elle les connaissait
— »5 — tous à fond et savait d'insUact que soit les uns, soit les autres, succomberaient bientôt. Lesquels? Personne n'eût pu le dire. Le seul espoir, bien secret d'ailleurs, bien profondément caclié au fond des cœurs, espoir n'osant se trahir ni pur un mot , ni par un regard, ni par an serrement de main, c'est que, d'exécution en exécution, d'hécatombe en hécatombe, la race haïe de tous ces oppresseurs disparaîtrait enlin, entraînant avec elle la Révolution dans la tombe et faisant place à un gouvernement plus régulier, libéral et paternel.
Ainsi des deux côtés, on ne se sentait pas élayé, suivi par les citoyens sans lesquels un changement nouveau et radical n'aurait nulle valeur, nulle consistance , aucune durée. On se décida donc encoi'e à tempoi'iser et à se tromper mutuellement. Le liers-purlî du Comité de Salut Public, c'est-à-dire Carnot, Piieur (de la Mai-ne), Barère, tous Irois faisant taire des ressenti m^nis parlicnlieiu conlreSaint-Just , essayèrent un raccommodement. Nous parlons de rancunes oubliées ; Caraot avait, unjour, été traité en pleine séance et par Saint-Just d'aristocrate à dénoncer à la Convention ; Barcre avait été vingt fois pris à parti par Saint-Just et avait eu à subir une querelle brutale à propos des menaces adressées à Camoi. f En voyant ainsi attaquer Carnot, > raconte Barère dans ses mémoires, ■ Cainoi le travailleur le plus néces- 1 saire au Comité, à cause de sa pT-obiié courageuse et 1 de son grand talent militaire , je m'élevai contre Saint- > Just; Carnot paraissait étonné de ces menaces de dé- » nonciatjon , redoutables d'ailleurs de la part d'un • homme qui peu de mois auparavant avait dénoncé et
To«E II 23
» t'ait priMi' Danton ei ses pariisans. Prenant la parole
> poui* mon collègne attaqué , je dis h ce petit dictateur: c Je ne te crains pas, moi ; j'ai toujours défendu la pa- » tiîe ostensiblement et sans intérêt personnel. Eh bien, 1 c'est moi qui te répondrai à la tribune , si ta t'en prends
> à Carnot. Tu sais que je fais des rapports qui sont 1 écoutés favorablement de l'Assemblée ; eh bien , j'en
> essaierai un de ces rapports pour Carnot et contre toi. >
> Dès ce moment Robespien*e et son ami ne firent plus
> contre qous , et principalement contre moi , que des
> démarches hostiles. Ils m*envoyèi*ent même un jour » Robespierre le jeune, qu'ils avaient rappelé des Basses- » Alpes. Ce forcené entra au Comité sous prétexte de lui » rendre compte de sa mission à Nice ; mais au lieu de 1 remplir ce devoir, il s'adressa à moi, en me disant
> d'un ton furieux : r Tu as maltraité mon frère; nous » t'avons manqué au 31 mai 1793; nous ne te manque- 1 rons pas au 31 mai de 1794. i Et il sortit en nous » menaçant, i
Que Barère ait ou non prononcé ces tirades superbes, c'est ce que nous laissons à décider par les hommes qui connaiss^'Ht son caractère essentiellement habile, peureux, prudemment obséquieux pour la puissance ou ce qui paraît être la puissance du moment, décidé à ne se prononcer en faveui» du triomphateur que quand la victime gît à terre écrasée. Pour nous , nous n'y croyons point; son rôle se borna en ce moment à calmer les passions, à cr retarder le choc, ù ajourner un dénou^ment tragique où, même malgré ses pi^caulions, il avait chance de figurer comme acteur trop compromis. Sous l'influence adoucis-
saule des intermédiaires , une explication eut lieu ^ très violente d'abord et très agressive, bientôt plus calme, non pas encore amicale , mais promettant la trêve , sinon la paix. Robespierre avait été appelé à cette réunion. Après s'être défendu contre les accusations d'ambition absorbante , de domination personnelle , d*envahissement du pouvoir par la tyrannie d'un triumvirat , il dut arriver à des concessions qui restreignirent l'abus des attributions données par Saint-Just à son bureau de police généi*ale. Robespierre et Bîllaud échangèrent, les yeux chargés d'un feu sombre, des pi*omesses d'amitié, et Saint-Just reçut la mission d'écrire sur cette entrevue, sur la touchante , cordiale et perpétuelle entente des Comités , un rapport ampoulé et sentencieux qui se terminerait, comme tous ceux qu'il avait prononcés devant la,Con^ vention , par des idées générales sur la conduite à suivre par le gouvernement.
Nous ne savons s'il prépara ce travail; mais tout à coup il part pour l'armée de la Sambre , el c'est Barère, le menteur officiel, qui annonce à la Convention que jamais l'union ne fut plus complète parmi les chefe de l'Etat , calomniés c'est vrai , accusés de di^ion c'est vrai, entravés par l'envie dans leurs opérations, mais plus décidés que jamais ù mener la Révolution au port et à la faire triompher de ses ennemis.
Ces revirements , ce dépari de Saint-Just , sa mission de rapporteur confiée à Barère, sont à peine enlrevus par les historiens ; ceux qui en disent un mot n'en ont jamais expliqué la cause. Celle cause, il faut la trouver dans un article secret du irailé de réconciliation. Robes-
j>i<.'n'e n'effrayait guères les Comités ; ils ne lui accordaient que juste sa valeur ; ils savaient que seul , et Saint-Just absent , Robespierre était impulsant par son irrésolution , par ses hésitations continuelles. Ils redoutaient davantage les qualités connues de Soînt-Jnst , sa promptitude à prendre un parti, son indomptaMe fermeté quand cette résolution était adoptée» son mépris des obstacles et de la vie des hommes, son audace d'attaque, tous ces dons de sa nature enûn qn avaient £ait sitôt de kii un homme éminent en politique , tout ce qui va lui foire si complètement défaut juste au moment de h crise ; mais les Comités ne pouvaient lire (fans l'avenir, et le passé de cet effrayant jeune honome les inquiétait à bon droit. Us exigèrent que Saint-Just rejo gnît l'armée où sa présence , disaient-ils avec une apparence de vérité , pouvait être plus utile qu'a la tribune de la Convention , puisqu'un des membres des Comités pouvait sans inconvénient se chaîner du rapport 5 faire ; on ^joutait aussi qu'il serait peut-être plus convenable de remettre ce travail à un des pacificateurs , Barère par exemple ; ce nouveau rapporteur, dégagé de tout antécédent et n'étant intervenu dans la lutte que pour Téteindre, poiurrait parler avec moins de gène et plus d^autorité. Robespierre commit Fénorme faute de se laisser prendre à ces faussetés.
Barère eut donc le rapport à rédiger, et, dans la nuit qui suivit la réconciliation apparente, Saint-Just et Lebas reçurent du Comité Toi'dre exprès de se rendre à leur poste.
Le lendemain , ils quittaient de nouveau ce Paris où ils
ne rentreront plus que pour marcber ù rêcbnfand, perdus par une petite habilité si facileù dojouci- qu'on se pretidà douter si le puissant Suiiit-Jusi étJiit réi.^llenicnt au homme fort; car tout ce qui va se passer maintenant est médiocre, misérable : ce serait à faire sourire , ik faire hausser les épaules de dédain , si le salut do toute une grande nation n'était en somme résulté de ces petites querelles d'ambitieux égoïstes, de ces ignobles jalousies, de ces puérilités, de ces incapacités, de ces ignominies, de ces hontes qui rejaillissent aussi sur la France trop longtemps humiliée sous un joug si facileà secouer, sous d'indignes oppresseurs si faciles à renverser ! Comme . dans toutes tes révolutions, c'est que le courage civil avait fui. On s'en allait gaiment la tête haute, l'œil ardent, les lèvres serrées d'impatience, le cœur assuré, courir au-devant des troupes ennemies, courageuses comme vous, mieux disciplinées, mieux aguerries que vous; on tomhait sans regret sur la frontièi-e, pour sauver le pays , disait-on , croyait-on ; oc dépensait lù d'héroïques effons , une valeur incomparable , une continuité d'extraordinaire ténacité , quand on ne paraissait pas se douter qu'à Paris et à Pai'is seulement il s'agissait bien mieux du salut de la Patrie , que les ennemis intérieurs ne demanderaient pas pour être vaincus la centième parlie de ces effons, de cette audace, de cette persistance si largement développés contre les ennemis du dehors, et il fallut que ces tyrans se dévorassent entre eux jusqu'au demier , pour que la Nation osât enbn se réveiller <le sa torpeur !... Triste enseignement dont on se réjoui-
paît encore s'il avait du servir ! Triste et plus triste ensergnenient, puisqu'il est méconnu et que malheureusemeiM il le sera toujours !
Suiiit-Just arriva à l'armée uu moment où le général Jourdan, après bien des effoi'ts restés sans i-ésulU)t «é* rienx , venait cependant d'envahir enfin Charieroi qu'il s'était juré de prendre. Depuis le 18 juin (30 prairial), il s*ctait maintenu autour de la place , nial^^itt l'approche du prince de Cobourg avec ses vingt mille hommes de troupes fraîches. Le général du génie Marescot poussait le bombardement avec vigueur, et Sainl-Just put constater [»ai' lui-même que bientôt la ville sei-ail forcée de se rendre. Le â3 juin, il écrit du quarlier-général deMarchieunes, à SCS collègues du Comité de Salut Public, une longue lettre qu'il signe avec les représentanls Gillet et Guyion de Morvau. Nous ne trouvons rien là qui nous intéresse , si ce n'est un postscriptum de la main même de Saint- Just et prouvant qu'api-ès la mission oRlcielle, il y avait la mission secrète, les confidences que tous ne rtoLveiii point connaiti-c. • l'our vous tranquilliser, » dit R;iiiit-Jiisl, " je crois pouvoir vous assurer que nous sommes
» à lu veillr de roniporler de grauds avaaiages dans la > Belgique. 11 nous faut beaucoup de canons et de muni- 1 tions. Après Charleroi, nous tomberons sur Mons. Vous • ne forez pas mal d'attendre la prise- de Charleroi pour » annoncer le tout à la Convention.
L'action de Saini-Just est, du reste, très-peu apparente maintenant. Soit qu'il se retire en Ini-m^mc, soit que ta présence d'un général capable le tienne éloigné du commandement , on ne le voit plus que rarement apparaîlrc. Un jour, il fait arrêter tous les ofllciers du deuxième bataillon de la Vienne pour avoir fui devant l'ennemi; c'est tout le bataillon qui a été pris de panique, et les officiers avaient vainement essayé d'arrêter leurs hommes que rien ne put forcer à revenir an combat. Fidèle à son système, Saint-Just, en épargnant les soldats, frappe les supérieurs par cet arrêté qui mérite d'être publié en entier.
c ÉTAT-MAJOR-GÉNÉRAL.
» Au quartier-général à Montigny-le-Teigueux, ledOprai- » rial,ran deuxième delà République française une, » indivisible et démocratique.
» Lib(;rté. — Egalité. — Fraternité.
» Ordre général du 30 prairial au !«' messidor ( 18 juin
* Les rcpi-éscntanls du peuple près Uîs armées du Nord, » de la Moselle et des Ardennes ,
» Sur le compte qui leur a été rendu par le général de ^ division Kléber(|ue, dans lajournée d'hier, ledr^nxième
c Mais si la garnison se rend à discrétion , elle se désho-
> nore, i répondit TÂutrichien, désolé de cette inflexibilité. — c El nous! B s'écria Saint<^lasC; cnous ne pouvons » ni vous honorer ni vous déshonorer, pas plus qu'il n'est 1 en votre pouvoir d'honorer ou de déshonorer la Nation » française. Il n'y a rien de commun entre vous et nous, t Comme l'officier étranger insistait pour obtenir une capitulation : c Hier , > lui répondit Saint-Just en le congédiant , c hier » on eût pu vous écouter ; aujounf hui tt feint 1 vous rendre à discrétion. J'ai parlé!.... J'ai feiit usage » des pouvoirs qui me sont confiés, fl ne m^ea reste plus t pour me rétracter. Je compte sur le concours de Far- 1 mée et sur le mien. » L'ofilder autnchien partit «vec cette impitoyable réponse. Peu de temps après , il revint annoncer que la garnison se rendait à discrétfoof tH se confiait à la générosité française.
C'est à la relation envoyée à Paris par le général Marescot, commandant le génie, que nous empruntons ces détails. Marescot ajoute :
c II fut accordé que la garnison sortirait avec les hon- 1 neurs de la guerre, qu'elle déposerait ses armes et ses
> drapeaux sur les glacis, et que les officiers conservet raient leurs épées et leurs équipages. La garnison s'est 1 trouvée forte de deux mille huit cents hommes. On a » trouvé dans la place cinquante bouches à feu. Â peine 1 eûmes-nous pris possession de la place que le canon se » fit entendre dans le lointain. On annonçait du secours à » Charleroi ; mais il n'était plus temps. Le lendemain 8, on
> livra bataille on l'armée de siège devenue libre par la • prise de la place, se couvrit de gloire. La victoire fut
ferniclc de Saint-Just qui avait envoyé dans la tranchée la Commission militaire c pour faire, sous les yeux mêmes » de l'ennemi , justice des traîtres, » disait-il.
A la date du 6 messidor ( 23 juin) , nous trouvons encore un arrêté de Saint-Just; il prend part à l'administration de l'armée , absolument comme un génci*al en chef; il se plaint de la dissémination de certains corps , et invite un général à réparer cette faute, ik grouper ses troupes.
Cependant , on sent que ce n'est plus là le Saint-Just des missions du Rhin et de Guise , le Saint-Just des difficultés, des insuccès à réparer, des situations périlleuses à sauver, des triomphes à emporter à force d'énergie , de patience, de labeur incessant, presque de génie. Cette fois , la victoire avait été préparée sans lui. U n'est plus dans son élément. On dirait qu'il n'est arrivé devant Charleroi que pour en recevoir la soumission.
Le 7 messidor , le feu des hatterieâ de siège avait continué même pendant la nuit. La sape gagnait du terrain. Tous , assiégeants et assiégés , savaient que la place ne tarderait point à se rendre. Le commandant de la ville envoya, en effet, un parlementaire pour offrir d'entrer en arrangement. Saint-Just était présent, quand arriva l'officier ennemi; après avoir entendu froidement ses propositions , il lui répondit que la seule capitulation ik attendre était de se rendre à discrétion. Un peu plus tant , une brèche nouvelle s'étant ouverte, on vit revenir un officier supérieur avec une lettre contenant les articles et conditions de la capitulation, c Ce n'est pas du papier qu'il me » faut, > dit Saint-Just en refusant la lettre d'un geste dédaigneux ; « c'est la place (|ue Je vous demande. » —
« Mais si la garaison se rend à discnéiioii , die se dësiio-
• Bore , i répcMidît l*AutHchieB, désolé de cette infciibH Ucé. — c EiBoas! » s'éa*ia SaiatJMt; ciiotts sepmifOBS
> ni vous honorer ni vous déshonorer « pas plus «piH n'est I en vott« pouvoir d'honorer ou de déslMinoner la Nation t française. li n'y a rien de commiui estre^ovs et bo«s. » Gonme l'officier étranger insistait pocrobtenir «w cafiitalatîon: c Hier, i lui répondit SaîBt-Ivst; en le coagé ^ant, c hier, on eût pu vous écouter ;MiîoiirdlMHfl fiMit r vous rendre à discrétion. J'ai parlé!..*. J'ai faât unige t des pouvoirs cpii me scnit ooniés. 1 se n'ai reste plas » pour me rétracter, le compte sw* le coaoo«rs de far^
> mée et sur le mien. • L'offîeier amiricyett partit Cfee cette impitoyable réponse. Peu de tenfis ^eprès ^ i refiM annoncer que la garnison se rendait à discrétiott ci se confiait à la générosité française.
C'est à la relation envoyée à Paris par le géaénA Man'escot, commandant le génie, que nous empranioos ces détails. Marescot ajoute :
c II fut accordé que la garnison sortiranc avee les Ikhi*
> neurs de la guerre, qu'elle déposerait ses annes et ses
> drapeaux sur les glacis , et que les officiers comeme-
> raient leurs épées et leurs équipages. La gaonnson s'est i trouvée forte de deux miUe huit cents hommes. On a
> trouvé dans la place cinquante bouches à feu. Â peine
• eûmes-nous pris possession de la place que le canon se » fit entendre dans le lointain. On annonçait du secours à I Charleroi ; mais il n'était plus temps. Le lendemain 8, on » livra bataille où l'armée de siège devenue libre par la » prise de la place, se couvrit de gloire. La victoire fut
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• complète , Naubeiigc dégagé , et la reindte des 1 chiens opérée. Un aérostat, mis en activité depuis peu,
• donna piiisieurs bons renseignements pendant cette > bataille. >
S*il est un homme qui puisse réclamer une large part de cet important succès, c'est Saint-Jost; sa persIstaBoe, sa fermeté inébranlable « sa volonté qui sacrifiait des milliers de soldats dans les nombreux passages de la Sambre que tons il ordonna, en y assistant en personne , ont plus fait pour la reddition de Gharleroi que les efforts et la science des généraux dont la plupart se seraient rebutés sans lui devant le terrîMo obstacle que présentait une forteresse si bien pourvue , si longtemps couverte par de nombreuses armées, si vaiUamment défendue. Cest là le dernier acte important de cet homme.
Gharleroi une fois pris , Saint-Just se mcmtre à peine. S* il signe avec Giliet et Guy ton la lettre qui annonce an Comité la prise de la ville assiégée, ce n'est ni lui qui Ta écrite, ui lui qui l'a dictée. A partir de ce moment, nous ne trouvons plus rien de lui, soit lettres au Comité, soit proclamations à Tannée, soit arrêtés. Il semblerait i cet étrange silence qu il n'est plus rien, qu*il n'existe plus. On u*apprend plus de sa coopération à la victoire qu'un détail et encore mal prouvé ; des biographes, mais ceuxlà ayant commis tant d'erreurs souvent volontaires qu'il faut les tenir en doute, racontent qu'à la bataille de Fleunis, Saiut-Just avait t'ait former un cordon de cavalerie derrière raruiée avec ordre de sabrer tous les fuyards, et qu'il avait annoncé sa ferme résolution de faire fusillei- à la léte des troupes tout général dont les
divisions se comporteraient mal aa fea. Nul document sérieux n'appuie ces récits d'authenticilé as noÎM problématique.
Ce n'est point lui encore qui rédigea la lettre par laquelle les représentants à l'armée font connaître à la Convention le grand triomphe de Fleunis. il 8%ne» mais la missive est de la main de Gillet.
Cependant , tout le Nord de la France se Hvre à la Joie. C'est à Saint-Just principalement qu'ott attribue lesttccès. Â Arras , le peuple , en dansant autour de r»rbre de h liberté , crie avec enthousiasme : Vive Saint-Inst ! vive Lebas !
La bataille était à peine gagnée , le canon tonnait encore, quand Saint-Ju^t, repartit pour Paris de tovie la vitesse de ses chevaux de poste. In$ti*uit par ce qttf s'était passé après la reddition de Landau , il ne voulait plus se laisser devancer par un autre Lacoste , et perdre cette gloire à laquelle il avait droit de prétendre. Il lui tardait aussi de reparaître dans ce Comité d'où on l'avait exilé; cette fois, on ne lui parlerait plus d'armée à diriger, de campagne à assurer, du succès à forcer. La victoire était gagnée ; il ne restait qu'à en recueillir les finiits, et maintenant sa place est à Paris. A son arrivée, il compte courir à la Convention , tout lui apprendre, lui dire ce qu'il a fait , ce qu'il a pu. Le mouvement de la voiture qui dévore l'espace , le bruit des roues sur le pavé qui étincelle, lui montent l'imagination; son rapport s'écrit dans son cerveau ; chaque phrase s*y stéréotype ; chaque mot s'y grave. H se parle ; il se dit son discours.
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il lomlK* corome la foudre au milieu du Comité qui ne comptait guères sur lui. Telle avait été la rapidité de sa course furieuse qu'il arriva plus tôt que les oflteiers porteurs des drapeaux autrichiens envoyés par l'année triomphante à la Convention avec les dépêches da général en chef Jourdan , raconte Barère plus croyable en faitdedat(*s que M. Thicrs qui, à l'exemple de la plninirt des historiens de la révolution , ne fait revenir Saint- Just à Paris que le 8 thermidor (1)« juste à la veille de périr , c'est-à-dire juste aussi un mois après la vraie date de son retour à ûxer invariablement au â8 juin au plus tard.
Il se passa là une scène éminemment curieuse. C'est de la haute parade politique. Saint-Just accourt pour écrire et déposer lui-même un rapport dont le projet» dont les expressions sont dans sa tète. 11 raconte à ses collègues le siège de Charleroi , l'assaut, la capitulation» la bataille, les incidents, la lutte, la victoire. Barère est assis à une table; il écoute avec attention; il recueille avec sou intelligence ordinaire; il ne perd point un mot; il écrit tout. Saiut-Just a apporté quelques notes; il les montre ; on les lui demande sous prétexte d'en prendre
(1) (^'cst une grave erreur quMl importe de détruire ; il noossufBt I)Our cela d'une affirmation des Mémoires de Uarère : « Depuis son » retour de Fieurus , Saint-Just était resté quelque temps à Paris , » quoique sa mission de représentant près des armées de Sambre- » (*t-M(;use et de Rhin et Moselle ne fût pas terminée. La campagne » ne faisait que de commencer ; mais il avait quelques projets en » vue et il demeiu*a au Comité , ou plutôt dans son bureau où il .; était toujours ((uiccntiv o\ pensif. >»
communication, et on les livre à Barère. Comme le nouvel arrivé ne peut donner tous les détails techniques et locaux, on mande des officiers généraux connaissant le pays , et Barère complète les renseignements obtenps à l'aide d'adroites questions. Quand il eut toutes ses données, on parla du rapport à lui confier: mais, par un reste de déférence , on pria Saint-Just d'aller lui-même et en quelques mots annoncer à la Convention les récents succès. Ce n'était plus là l'affaire de Saint *Jttst. n se sent dupé pour la seconde fois ; il s'irrite ; ^ mauvaise httmeur éclate ; il refuse d'accepter le rôle secondaîi*e et misérable qu'on lui réserve ; et c'est Barère qui , le lendemain , profitant des renseignements et des notes apportés par Saint-Just, put faire un de ces longs et ambitieux discours où, par jalousie cette fois, il réduisit à ces infimes proportions la part de Saint-Just dont il ne pouvait pas ne pas parler :
c Les représentants du peuple Guyton, Gillet, Lau- 1 rent , Duquesnoy et Saint-Just qui ont assisté h la ba-
> taille de Fleurus, dénombrent dans ce moment les beaux
> traits et les actions de bravoure qui ont brillé dans » cette affaire. Nous nous empresserons de les faire con-
> naître à la Convention ; mais ces représentants ne sont y pas les seuls qui ont concouru au succès. Lebon, tant i calomnié par les ennemis de la liberté, Lebon, sur la I lettre de Saint-Just , a fait exécuter à Cambrai les es- » pions et guillotiner toutes les intelligences de l'ennemi, i (On applaudit.) La police faite à Cambrai depuis deux » mois, contre laquelle les journaux étrangers et les
> émigrés vomissent des imprécations horrfbics, a fait
» changer le plan de campagne de nos ennemis. Ce fait t est attesté \^r les rapports de plusieurs prisonniers » interrogés par Guyton, Saint^Just et Lebas. Mais il » sera fait, au surplus, un rapport particulier sur cet » objet qui tient à la police révolutionnaire et aux opé- » rations d'un représentant républicain et fidèle. •
C'est ainsi que se vengeait Barère. Il prétendait que Saint-Just le jalousait pour ses succès de tribune. Rédacteur de nombreux rapports, Saint-Just ne pouvait, suivant Barère, pardonner à son collègue que le Comité avait chargé de nombreux rapports aussi, tous admirablement acceuillis par l* Assemblée et la Nation , s'il faut en croire leur auteur. Saint-Just avait, un jour , demandé que Barère c ne fit plus tant mousser les victoires ; t et le vaniteux Barère ne Tavait point oublié; Saint-Just aussi avait essayé d'enlever a son compétiteur en éloquence l'emploi de rapporteur pour le confier ù Couthon dont la phrase, aussi froide et incolore que celle de Barère était prétentieuse et recherchée , avait obtenu peu de succès ù la Convention.
Suint-Just avait encore àcœur l'indigne ruse qui lui avait ravi l'honneur de parler à la France du haut de la tribune nationale, à son retour de l'armée, et Barère n'avait point oublié de son côté les railleries de Saint-Just, quand arriva plus tard la nouvelle de la prise de Namur à la gauche de l'armée, et de Landrecies sur la droite. Ce fut encore a Barère que fut remis, en cette circonstance, le soin d'écrire le rapport sur ces beaux succès de nos li-onpes. On y put remarquer cette phrase menaçante et (jui n'(»st pas dans la manière et dans le ton habituels de
l'écrivain : < Malheur aux temps , malheur à Téi^oque où
> le récit des triomphes et de la gloire des armées de la I République sera entendu froidement dans cette en-
> ceinte! Dès lors, la liberté ne sera plus armée par la
> Patrie y elle sera livrée à ses vennemis. > C'était une allusion, Barère l'avoue lui-même, à tout ce qui venait de se passer, un souvenir de la tentative de Couthon, un appel à de nouvelles divisions , à de nouveaux orages.
Car c'est ainsi que procédèrent ces gens , par de sourdes menaces , par des querelles indignes d'hommes sérieux , par des roueries , par des déloyautés. L'orgueil froissé, — nous nous trompons, — la vanité inquiète les prend comme par la main, les met en mouvement, eii présence , en fureur , en guerre. On se dispute pour un discours à faire. On se hait pour un peu d'éloquence à débiter à froid. Saint-Just blesse Barère par un mot railleur; Barère passe aux ennemis de Saint-Just. Saint-Just appelle Carnot aristocrate ; Camot prend parti pour Barras , Tallien et Billaud-Varennes qu'il méprise. C'est pour de pareilles misères que va se jouer une fois de plus le sort de la nation. Des rivalités avocassières forment toute la politique de l'époque. Ce n'est plus un combat , immense comme les principes , qui se livrera entre la Royauté menacée et la République qui menace. Ce qui est en jeu , c'est seulement la prédominance et l'ambition du citoyen Robespierre, médiocre avocat de province, flanqué du citoyen Saint-Just, triste économiste de collège, dont les désirs s'exaltent jusqu'à l'immensité, et qui se perdra parce qu'il est arrivé mal et trop vite ; c'est , d'un nuire colé , la vie ou la mort de vingt égor-
ToMK II. -2H.
' geurs à peu près inconnus et que 1 elonnement inspire pai' leur nulliié et leur méchanceté a pu seul sauver de l*oul)li.
Oh ! la belle aiïuire ! Oh ! les grands hommes ! Tout-àrheure , nous allons les voir se piller des chiffons de papier sur lesquels sont écrites des accusations qu'ils ne savent même pas réciter de mémoire , qu'ils lisent parce ({u'ils ne savent pas même leur métier d'improvisateurs, l'improvisation et la sponlanéité les premières et indispensables qualités d'un vrai révolutionnaire.
Quand, au sortir de la premièi'e jeunesse , on lit dans les histoires les récits thermidoriens , on se sent pris d'angoisses ; on frémit au bruit de ces luttes revêtues à plaisir de poésie sanglante, d'une grandeur toute antique; malgré soi , on songe à des batailles de géants. Hobes> pierre, quel nom! Saint-Just , quel homme immense! Collot, quel effroi! Tout ce que nos mères avaient mis de larmes , d(î terreur, de frissons , dans leurs conversations de la veillée , nous glaçait encore et venait singulièrement en aide aux exagérations des écrivains qui, n'osant regarder le monstre en face , en avaient fiiir,un colosse et , se trompant si grossièrement , nous avaient égarés a leur suite. De telle sorte que toute la génération actuelle ne nous semble pas libre dans ses apprécialions trop facilement acceptées, pas encore discutéessuflisamment.
Pour nous , si le 9 Thermidor est une grande date , c'est seulement parce qu'il fut le jour où la nation commença à sortir de sa loipeur , à protester contre la Révolution oi l(\s rév()luiionn:iires or à revenir à elle, si
lentemenl cependant qu'elle n'en a point encore fini aujourd'hui avec les digues successeurs des gens de Thermidor : égorgeurs ou victimes, nous ne faisons entre eux nulle distinction. Ce ne fut un grand jour ni par la lutte qui fut lâche et honteuse au possible , ni par la qualité des vaincus, ni par la préférence a accorder aux qualités des vainqueurs. Nous n*arrivons point même à pouvoir donner une idée du dédain que nous éprouvons et que tous devraient ressentir , et surtout exprimer tout haut ^ pour ces maîtres chétifs d'une nation jadis si grande , alors tombée assez bas pour supporter un joug aussi deshonorant , qu'il s'impose soit par le^s idées , soît par les hommes.
On n^ s'étonnera peut-être pointde ce que certaiost appelleront un G\cès dans le mépris, quand nQu$ aurons montré à l'heure dernière ces petits acteurs d'un si médiocre drame.
On ne sait plus comment éloigner Saint-Just de Psuris« Pour se débarrasser de son espionnage gênant, alors ou lui fait écrire lettres sur lettres par le représentant GlUet resté a l'armée; mais Saint- Just est sourd à tous ces appels. 11 sait qu'on veut l'éloigner , et il s'obstine à demeurer a Paris qu'il ne quittera plus. 11 veut rester ; le succès est a ce prix. A l'affût d'une occasion Ëivorable d'attaque, il sait qu'elle lui manquera s'il s'éloigne. Il se renferme dans son imperturbable patience. Il a repris ses conférences avec la Municipalité de Paris, avec Hanriot, avec Fouquier-Tinville. De l'autre côté, on temporise aussi et on se prépare ; on répand le bruit que le triumvirat a dressé des listes de proscription nombreuses et que bien-
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loi il deniaiidci'a ses victimes. Tous les hommes politiques s'inquiètent ; tous les partis décimés sentent revivre leurs rancunes ; ils vont passer aux Comités. On recrute donc pour Faction prochaine , d'un côté parmi la populace admirablement représentée par la Commune et les Sections sur lesquelles on compte fermement , de l'autre dans la Convention qui se croit menacée et condamnée d'avance à être décimée une fois de plus. Il faut reconnaître que ces craintes ne manquaient pas de fondements; amais la Terreur n'avait semblablement sévi ; on dirait que plus se rapproche l'heure de la lutte , plus Robespierre et Saint-Just se plaisent à verser le sang. Jusqu'au peuple du saint fauboui^ Antoine , qui se lasse et se plaint de voir tomber tant de tètes à sa barrière du Trône.
C'est à peine si , dans ces derniers temps , on rencontre encore Saint-Just au Comité. Il ne voit plus que Robespierre y à qui il raconte ce que lui apprennent sa police et ses espions, qu'il encourage sans doute, qu'il pousse à l'action , qu'il s'efforce d'irriter pour que la colère lui inspire enfin une forte résolution. Ils écrivent beaucoup ensemble , probablement de nouveaux rapports sur les factions à immoler.
Quand Saint-Just reparait par hasard au Comité, c'est avec des paroles mielleuses, avec des propositions de paJK. On méconnaît, suivant lui, Robespierre qui est la vertu elle-même, qui n'a que d'excellentes intentions, qu'on calomnie, auquel on attribue à tort l'intention d'usurper le pouvoir. « On se quittait et la paix paraissait » faite, » dit Lecointre dans son accusation contre les
vainqueurs de Thermidor ; f peut-il eu exister entre des
1 ambitieux? Personne ne la voulait »
Mais aussi comment cette paix se romprait-elle enfin entre <{es hommes qui n'osaient s'attaquer? C'était même un assaut de gracieusetés et de légers services. Ainsi , le
2 thermidor, Saint-Just s'imagine qu'il doit se foire un peu assassiner comme son ami Robespierre H son ex-ami CoUot-d'Herbois. Par une lettre qu'îl dicte à Lejeime » il prie le Comité de Sûreté Générale , alors rentré en pôsses* sion de la police , de vouloir bien fiiire arrêter c une femme t l^ambert et l'homme qui habite avec elle : ces gens sont > venus chez lui sans doute pour l'assassiner. > Sur cette simple donnée , le Comité fait saisir la femme dénoncée ; elle est déposée à la Conciergerie et eût certainement péri» sans la chute de celui qui s'était dit menacé par elle. Ges^ hommes se trompent donc mutuellement, en attendsHit qu'ils se dévorent entre eux.
C'est ainsi que se passa toute la fin de Messidor et les premiers jours de Thermidor , en puérilités, en mouvements stratégiques , plutôt la retraite et les précautions que l'attaque. Cependant, le parti Robespierriste semblait agir plus activement que les Comités ; ceux-ci avaient ap^ pris que les membres les plus révolutionnaires des Sections de Paris avaient été mandés à l'Hôtel-de-Ville ; les Jacobins parlaient beaucoup aussi ; dans ce club, très-travaillé par Couthon et Saint-Just , il avait été question d'un non* veau 31 mai , d'épurations violentes a opérer dans la Convention. On menaçait tout haut Prieur, Tallien , Fréron , Cavaignac , Lecointre , d'autres amis encore de Danton ; lacîme de la Montagne actuelle, Vadier, Vouland, Amar,
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lA»«>iiaril Bourdon, avaient été désignés de même pour un massacre. • Il y a des scélérats dans la Convention, > avait osé dire un sociétaire fournissant la réplique au juré Naulin qui criait tout haut à la tribune : t II fout chasser » de r Assemblée Nationale tous les hommes corrompus, i 11 commença aussi à transpirer dans le public des bruits concernant les discours que Robespierre etSaînt-Just rédijceaient ensemble. On ne savait encore ce qu'était celui de Robespierre ; mais des indiscrétions de Tauteur ou de quelqu'un de ses amis apprirent aux Comités quelle était la pensée inspiratrice de celui de Saînt-Just. BîUaud-Varennes et Gollot-d'Herbois y étaient personnellement accusés ; les divisions enti-e les membres des Comités y étaient publiquement dénoncées ; Barère , si son nom n'était pas prononcé, devait être mis enjeu. De quelque source qu'arrivassent aux Comités les indiscrétions , les révélateurs ne s'étaient point trompés. Saint-Just avait préparé son rapport dénonciateur. L'œuvre d'extermination était écrite déjà , à part les quelques phrases à y introduire au dernier moment, à part les allusions à tous les événements qui pourraient s'accomplir entre l'heurede la rédaction et Theure de la déclamation à la tribune. (1)
(1) Nos citations sont empruntées, non au projet primitif et autographe qui resta sans doute entre les mains de Thuillier chargé de le mettre au net pendant la nuit du 8 au 9 Thermidor , mais à la copie du discours que Saint-Just fut obligé de déposer sur la tribune avant sou arrestation , copie qui servit à Timpression ordonnée plus tard par un décret de la Convenlion. C'est ce qui explique comment il va ôtre question dans nos extraits de quelques circonstances accomplies dans la nuit du 9 Thonnidor et dont il ne pouvait être fait
Cti discours, que le Moniteur n'a point publié el dout les historiens ontrepi'oduit seulement de mres et insignifiants fi'agnients, MU'iiie dï'lre éludié avec attention. C'est la dernière iHanifcsialion publique de Saint-Jusl ; i| parle pour la dernière fois ù la Conveiilion, à la Franee, à cette société qu'il s'est trop coniplaisamment flatté de transfigurer. Cherchons donc (gnelies étaient ù ce moment supi-éme sa pensée ou son habileté, sa supériorité réella ou de convention , la portée sérieuse de son génie , cet immense talent qu'on lui accorde av(tc trop de facilité , suivant nous, et suas assez le discuter.
« Je ne suis d'aucune fac^on; je les combaurai toutes, > disait Saiot-Just au début de son discours. < Elles ne
> s'éteindront jamais que par les institutions qui produis
> ront les garanties , qui poseront la borne de l'antorité,
> et feront ployer sans retour l'orgueil humain sous le
> joug de la liberté publique.
> Le cours des choses a voulu que cette tribune aux
> harangues fût peut-être la roche tarpéienne pour celui
> qui viendrait vous dire que des membres du gouverne- 1 ment ont quitté la roule de la sagesse. J'ai cru que la » vérité vous était due, olTerte avec prudence, et qu'on
> ne pouvait rompre avec pudeur rengagement pris avec t la conscience de tout oser pour le salut de la Patrie.
■ Quel langage vais-je vous parler? Comment vous
incnlion dans le premier li'avall que noas éludions !i la date où il fat ftrit, ot non il celle où le discours modifié ftil prononcé en partie seulement. Cetie élude |ilaoV an 9 Themiidor eût relardé le récit
» fieifhin^ d.-s -fireurs doat tous n aTez anciwe idéep et i' comment rendre 54-fi^ible le mal qn'n mol décèle, > qu'on mot corrige? »
Ces phrases âmbitieitses. goiiidées, semblanl auBonc» de hantes révélatîons d'avenir , de goaTcmcMcnt^ dTal»iraction. aboaiissent tout bonoement & la penonalité ranconière. Sons le politique, le j:donx perce. Roos atleBdons des principes: nous tombons sur n boome, et encore sur un homme n'écoulant que sespassioDS. Saint- Just nous Ta parler de lui, de ses raécoBiptes, de ses ennuis , du rapport qu'il derait écrire avaat Fleuri» et que lu! a ravi Barère. En de pareilles circoiislaiices, c'est incroyable de misère. El des hisloriens qui se prétendent sérieux ont avancé que ce rapport est habOe et fierfide ! Ils ne l'ont donc pas lu? Car voici la Imigue diatribe où Saint-Just montrait avec des détails puérils, avec une complaisance mesquine , la plaie de sa Tmité l>lessée :
c Vos Comités de Sûreté Générale et de Salnl PoMic m'avaient chargé de vous faire un rapport sur les causes de la commotion sensible qu'avait éprouvée ropinion publique dans ces derniers temps. Iâh coufiaoce des deux Comités m'honorait; mais quelqu'un, cette nuit, a flétri mon cœur ; et je ne veux parler qu'à vous, fen appf^lle à vous de l'obligation que quelques-uns semblaient m'imposer de m'exprimer contre ma pensée. On a voulu répandre que le gouvernement était divisé: i! ne Test pas. Une altération politique , que je vais vous rendre, a seulement eu lieu.
> Ils ne seul point passés tous les jours de gloire; et
je préviens TEurope de la nullité de ses projets contre la vigueur du gouvernement. Je vais parler de quelques hommes que la jalousie me parait avoir portés à accroître leur influence , et à côncentrefdans leurs mains Tautorité par rabaissement ou la dispersion de ce quf gênait leurs desseins, en outre en mettant à léttr disposition la milice citoyenne de Paris, en supprimant ses magistrats pour s'attribuer leurs fonctloiis , et qui me paraissent avoir projeté de neutraliser le gouvernement révolutionnaire , et tramé la perte des gens dé bien , pour dominer plus tranquillement.
» Ces itaembres avaient concouru à me charger du rapport. Tous les yeux ne m*ont point paru dessillés sur eux. Je ne pouvais pas les accuser en leur propre nom : il eût fallu discuter longtemps dans l'intériettr le problème de Teur entreprise; ils croyaient que, chargé par eux de vous parler, j'étais contraint par respect humain de tout concilier , ou d'épouser leurs vues et de parler leur langue. J*ai profité d'un moment de loisir que m'a laissé leur espérance , pour me préparer à leur faire mesurer devant vous toute la profondeur de l'abîme où ils se sont précipités. C'est donc au nom de la Patrie que je vous parle. J'ai cru servir mon pays et lui éviter des orages , en n'ouvrant mes lèvres sincères qu'en votre présence. C'est au nom de vousmêmes que je vous entretiens , puisque je vous dois compte de l'influence que vous m'avez donnée dans les affaires.
i Je suis donc résolu de fouler aux pieds toutes con- > sidérations lûches, et de vider, en un moment, à