‹ Saint-Just et la terreurChapitre 28 sur 34 · Tome II · texte numérisé non relu

Tome II

> votre tribunal , une affaire qui eût causé des violences

> dans l'obscurité du gouvernement. La circonstance où » je me trouve eût paru délicate et difficile à quiconque

> aurait eu quelque chose ù se reprocher. On aurait craint i le triomphe des factions qui donnent la mort; mais, » certes, ce serait quitter peu de chose qu'une vie dans

> laquelle il faudrait être ou le complice , ou le témoin » muet du mal.

Tout-à-rheure , nous dirons la nuit du 8 au 9 Thermidor, les querelles, le pugilat, les roueries de Saint-Just, ses astucieuses promesses de venir lire son discours aux Comités , piège où se prirent ses adversaires. Dans la phrase suivante et qu'il ajouta à son projet de rapport dans la matinée du 9 , il va mentir à la Convention et au pays, en prétendant qu'il a donné rendez-vous aux Comités sur le terrain de la tribune publique, quand au Contraire il les avait trompés et les retenait dans leur salle de délibérations où ils l'attendaient encore, pendant qu'il profitait de leur absence pour les perdre plus facilement:

c J'ai prié les membres dont j'ai à vous entretenir, de » venir m'entendrc : ils sont prévenus à mes yeux de fa-

> cheux desseins contre la Patrie ; je ne me sens rien » sur le cœur qui m'ait fait craindre qu'ils ne récrimi- 1 nasscnt, je leur dirai tout ce que je pense d'eux, sans » pitié. >

De ces petites querelles dont la grande histoire d'une grande nation n'aurait jamais dû entendre le bruit arrivant jusqu'à elle, de ces mensonges, de ces lâchetés ndignes d'hommes qui se fussent respectés , Saint-Just passait sans transition aux affaires de la politique. Il traite

c du dessein de détmire le gouvernement révolution- » naire. > C'est encore là bavardages sur niaiseries» récits de mauvaise police au lieu d'ampleur dans Taccusation ei dans les vues. L'orateur osa parler à une assemblée française de bruits de cabarets et de prisons , de menaces contre la Convention émanées de gens si bas placés que nul ne s'en devait occuper, un gouvernement surtout; et tout cela pour arriver à cette apostrophe que rien n'a préparée et écrasant de sa froideur une Assemblée décidée à dominer justement par la froideur et le dédain : € Dieu! vous avez voulu qu'on tentât d'altérer l'harmonie

• d'un gouvernement qui eut quelque grandi^ur, dont les

• membres ont sagement régi , mais u*ont point voulu

• toujours en partager la gloire ; vous avez vottlu qu^on

• méditât la perte des bons citoyens ! Je déclare avoir fiiit » mon possible pour ramener tous les esprits à la justice,

• et avoir reconnu que la résolution évidente de quelques

• membres y était opposée. •

Puis, Robespierre apparaît, lui qu'on attend au bout de ces tirades , mais qu'on n'attend (Tas si tôt et surtout si maladroitement présenté : c Je déclare qu'on a tenté de » mécontenter et d^aigrir les esprits pour les conduire à i des démarches funestes, et Ton n'a point espéré de t moi sans doute que je prêterais mes mains pures à

• l'iniquité ; ne croyez pas au moins qu'il ait pu sortir de

• mon cœur Tidée «le flatter un homme. Je le défends,

• parce qu'il m'a paru irréprochable ; et je l'accuserais

• lui-même, s'il devenait criminel, »

De Robespierre aux ennemis de Robespierre, il n'y avait qu'un pas. Ce pas est francfii sans transition aucune que

lo violent désir d'abattre des adversaires. « Quel plan i d'indulgence , grand Dieu ! que celui de vouloir la perte » d'hommes innocents ! i s'écrie Saint-Just. c Le Comité i de Sûreté Générale a été environne de prestiges pour i être amené à ce but. Sa bonne foi n'a point compris la

> langue que lui parlait un dessein si funeste ; on le flat-

> tait , on lui insinuait qu'on visait à le dépouiller de son

> autorité: lesmoindrcs prétextes sont saisis pour grossir

> Forage. Trois ouvriers de la poudrerie, habitants d'Ari cueil, nuMés à dix ou douze pensionnaires de Bicôtre,

> qui sVtaient enivrés ensemble, sont présentés aux

> deux Comités par Billaud-Varenne» comme des pa-

> trouilles do conjun^; à ce sujet il faut arrêter ou chas- » ser le maire de Paris et l'état-major , et s'emparer de

> tout. Cette nuit encore, on se disait sous le couteau;

> on annonçait qu'on serait mort sous vingt-quatre heures ; » (lu'il y aurait une révolte aujourd'hui. J'adjure ici les

> consciences : n'est-il point vrai que dans les mêmes

> temps ou inspirait à beaucoup de membres des ter-

> reurs telles, qu'ils ne couchaient plus chez eux; ou

> leur insinuait que certains membres du Comité faisaient » à leur sujet de si\nglantes propositions ; Ton préparait

> ainsi les cœurs à la vengeance et ù Tinjuslice. » Robespierre avait communiqué à son ami le projet do

discours (]u'il préparait aussi de son côté. Saiot-Just l'avait tn)uvé s;uis précision, sans vigueur, n'allant point droit à lennenii à peine indiqué, jamais nommé; il écrivit, le 8 thermidor, cette pensée sur une de ses notes quoti- (li(Mines , pensée qu'il devait sans doute intercaler dans son discours en le lisant , le t> , Si la (^.oiiveutiou : < 1^*

membre qui a parlé longtemps hier à la ti-ibime , ne me paraît pas avoir assez nettement distingué ceux qu'il inculpait. » Saint-Just, lui, ne tombera pas dans cette erreur. Maintenant que les noms de Billaud et de CoIIot ont été prononcés, ils ne cesseront plus de retentir : CoUot et Billaud prennent peu de part depuis quelques temps aux. délibérations, et paraissent livrés à des intérêts et à des vues particulières. Billaud assiste à toutes les séances sans parler, à moins que ce ne soit dans le sens de ses passions, ou contre Paris, contre le tribunal révolutionnaire, contre les hommes dont il parait souhaiter la perte. Je me plains que, lorsqu'on délibère, il ferme les yeux et feint de dormir, comme si son attention avait d'autres objets. A sa conduite taciturne a succédé l'inquiétude depuis quelques jours. A ce sujet, je veux essayer de crayonner la politique avec laquelle tout se conduit , et vous dire des choses qu'il faut que vous sachiez, et que vous eussiez ignorées.

» Il m'a paru que Ton cherchait à renouveler l'époque où Valazé, Fabre-d'Eglanline, Desfieux, tentèrent d'exciter du trouble dans Paris, pour justifier la révolte de Dumouriez. Voici comment on a suivi cette idée.

» Billaud répète souvent ces paroles avec un feint effroi : Nous marchons sur un volcan. Je le pense aussi ; mais le volcan sur lequel nous marchons, est sa dissimulation et son amour de dominer, i

Saint-Just accuse ensuite ses adversaires d'avoir voulu rappeler soixante mille hommes des armées du Nord pour (envahir l\irîs ot (Nraser la Couvonlion ; en même temps,

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ils voiilaiolii, préleiid-il, dégarnir la capitale de ses vinglquatre compagnies de canonniers, parce qu'on les savait irop bons révolutionnaires, c C'est ainsi, i sgoute-il , c que tout fut rattaché à un plan de Terreur, afin de pouvoir tout justifier et tout oser ; il m'a paru qu'on préparait les Comités à recevoir et a goûter l'impression des calomnies. Billaud annonçait son dessein par des paroles entrecoupées : tantôt c'était le mot de Pùislrale qu'il prononçait , et tantôt celui de dangers. Il devenait hardi dans les moments où, ayant excité les passions , on paraiSvSait écouter ses conseils; mais son dernier mot expira toujours sur ses lèvres : il hésitait, il s'irritait, il corrigeait ensuite ce qu'il avait dit hier. Il appelait tel homme absent Pisistrate; aujourd'hui présent, il était son ami ; il était silencieux, pâle , l'œil fixe, arrangeant ses traits altérés. La vérité n'a pohitce caractère ni cette politique. »

Si l'orateur abandonne un instant ses ennemis , c^est encore pour entretenir la Convention de lui , de l'affiront qu'on lui a fait subir au retour de Belgique : < Un mem- > bre, » dit Saint-Just avec amertume, c un membre » s'étiût chargé , trompé peut-être, d'outrager eebUqu'm » voulail perdre , pour le porter apparemment à des me- » sures inconsidérées, à se plaindre publiquement, à » s'isoler, a se défendre hautement, pour l'accuser ensuite » des troubles dont on ne conviendra pas que Ton est la » première cause. Ce plan a réussi , à ce qu'il parait, et t la conduite rapportée plus haut a tout aigri.

» (y est dans V absence de ce membre qu'une expédition » militaire, qu'on jufîera plus tard parce qu'on ne peut

t la faire connaître encore, mais que je tien&pour iasenit sée dans la circonstance où elle prévalut, fut imaginée. • On avait ordonné de tirer, sans m*en aveiiir ni mesGol- » lègues 9 de Tannée de Sambre-et-Meuse, dix-huit mille t hommes pour cette expédition : an ne m'en prévint poê ; i pourquoi? si cet ordre donné le premier messidor s'é- » tait exécuté , Tarmée de Sambre-et-Heuse était forcée i de quitter Charleroi , de se replier peut-être sous Mii-

> lippeviile et Givet, et d'abandonner Avesnes et Haui beuge. Ajouterai-je que cette armée était devenue la plus

> importante ? L'ennemi avait condmt devant elle toutes

> ses forces; on la laissait sans poudre, sans canons, i sans pain : des soldats y sont morts de faim en baisant

> leur fusil. Un agent que mes coll^^es et nu)i envoyâmes i au Comité pour demander des munitions f ne fiU poùU i reçu comme j'aurais été sensiblement flatU qu'il le fit;

> et je dois cet éloge à Prieur : qu'il parut sensible à nos » besoins. Il fallait vaincre , on a vaincu.

> La journée de Fleurus a contribué à ouvrir la Belgi-

> que. Je désire qu'on rende justice à tout le monde , et

> qu'on honore des victoires, mais non point de manière

> à honorer davantage le gouvernement que les armées ;

> car il n'y a que ceux qui sont dan» les batailles qui Us

> gagnent^ et il n'y a que ceux qui sont finissants qui en » profitent ; il faut donc louer les victoires , et s'oubUer soi'

> même, i

Salnt-Just pensait à Barère quand il disait plus loin : c Si tout le monde avait été modeste et n'avait point été

> jaloux qu'on parlât plus d'un autre que de soi, nons i serions fort paisibles; on n'aurait point &it violence à

- Tit —

1 ]jk r-ii:*«>n [^. ir im-.-u^^r ■!•** hi:«Œm**5 ^meroiix âu point > 4^. V: 'i';^':n"lre p-.'Ur l-^ar en Élire an crizDe. »

Il ne s'oabfî*^ an iascant qa*^ poor refaire ponr la centième foL> '.i^s phrtî.vr> S'^:itiencîeas4?s pcr loi mises partoat. dùn^ s^ llvr>^ . ians ses ompîbtioos , dans ses souvenirs, dans ses notiïis, •lins ses dîsA.vwirs, ces phrases cnivlles, dont r.haoan-? est nn nouvoau présage de massacre pr'>.haîn : c Lorzueî! enfiiute les faclioas. C'est par l^rs fji.ti'.ns qU'? les gouvememenis voisins d'un f>euple libre ailaqueni la prospërilé: les factions sonl le fKjison le plus terrible de l'onlre socbl ; elles mettent la vie di'S b'>ns t:itoyi*ns en péril par la puissance de la calomnie. Lorsqu'eîUîS régnent dans un Etat, personne n'e>:t «eriain de so.n avenir, et l'empire qu'elles lourmeiiieiit , est un cercueil : elles mettent en problème le mensonge et la vérité , le vice et la vertu , le juste et rinjuste ; c'est la force qui fait la loi. Si la vertu ne se montrait parfois le tonnerre à la main pour rappeler toux IcH lices à Vordre , la raison de la force serait toujours la meilleure. Ce n'est qu'après un siècle que la prospérité plaintive verse des pleurs sur la tombe desGracques et sur la roue do Sidnev. Les factions » en divisant un peuple , mettent la fureur de paili ù la place de la lilK;rté ; le glaive des lois et les poignards des assassins s'entrechoquent; on n'ose plus ni parler ni se taire : les audacieux qui se placent à la tête des partis , forcent les citoy(Mis à se prononcer entre le crime cl le crime. Ainsi, sons le règne d*Héberl et de Danton, tout le monde était furieux et farouche par peur. » Kl (|uand srni carnel , son aide-mémoire, ne lui offre

plus de sentences en situation , il se met encore luie fois en scène. Ses constantes préoccupations de mort tragique, lieu commun oratoire à son usage» lui servent, du moins le croit-il ainsi, à attendrir son auditoire : f Cesl » pourquoi, > continue-t-il en se penchant pour l'écouter une voix secrète l'appelant vers rétemité ; c c'est pourquoi le voeu le plus tendre pour sa Patrie que. puisse faire un bon citoyen, le bienfait le plus doux qui puisse descendre des mains delà Providencesur un peuplelibre, le fruit le plus précieux que puisse recueillir une mtàùa généreuse de sa vertu , c'est la ruine, c'est la chute des factions. Quoi ! l'amitié s'est-elle envolée de la terre? la jalousie présidera-t-elle aux mouvements du corps social? et,, par le prestige de la calomnie, perdra-uon ses frères, parce qu'ils sont plus sages et plus magnanirees que nous ?

t Là renommée est un vain bruit. Prétons l'oreille sur les siècles écoulés : nous n'entendrons plus rien; ceux qui dans d'autres temps se promèneront parmi nos urnes, n'en entendront pas davantage : le bien, voilà ce qu'il faut faire à quelque prix que ce soit , en préférant le titre de héros mort à celui de lâche vivant. > Nous parlions naguères de toutes ces personnalités usurpant la place des principes , de ces ambitions indiiâduelles substituées aux droits de la France dont personne ne se préoccupe ; jamais plus complète absence de patriotisme, mémo servant de prétexte ù l'envahissement du pouvoir , ne fut mieux prouvé que par ce discours. L41 pudeur et la modestie en sont bannies à toi^jours. C'est toujours Saiiii-Just et Robespierre,, Robespierre et Saint-

Just. Louis XIV, disant fièrement : L*Euit c*est moi, est dépasse par ces personnages égoïstes rêsamant tout en eux. Où est le Pays? Personne ne le saurait dire. Où sont les dictateurs ? Partout , à chaque phrase , à chaque ligne, à chaque mot. t Quand je revins pour la dernière fois de

> l'armée, > ditaudacieusement Saint-Just, tjenerecon-

> nus plus que quelques visages. » — c A mon retour,

> comme je l'ai dit, tout était changé. > Lui, toujours lui! c C'est dans ces circonstances qu'on a conçu la

> procédure d'hommes innocents, qu'on a tenté d*anner

> contre eux. de très-injustes préventions. Je n'aû point à • m'en plaindre : on m'a laissé paisible comme un citoyen » sans prétention , et qui marchait seul , et c*est par » erreur que , par le suffrage de quelques-uns, on m'a-

> vait chargé du rapport pour me lier à des idées qui ne i sont point faites, ce me semble, pour moi. >

Quand il consent à descendre un instant du piédestal sur lequel il a hissé sa propre image , c'est pour y porter Robespierre, Robespierre dont il cache fa majesté tuutepuissante sous l'ombre prolectrice d'une image, Robespierre dont il feint de n'oser prononcer le nom , Robespierre dont le nom sacré semble ne pouvoir être dit devant tous, c Si l'on réfléchit attentivement sur ce qui s'est

> passé dans votre dernière séance, on trouve l'applica-

> tion de tout ce que j'ai dit : l'homme éloigne^ du Comité

> par les plus amers traitements, lorscju'il n'était plus en » effet composé que de deux ou trois membres présents, » cet homme se justifie devant vous; il ne s'explique » point , à la vérité , assez clairement , mais son éloîgnc- » ment el ramerlume de son àme peuveni exrnser quel-

que chose : il ne fait point Thistoire de sa persécution ; il ne connaît que sou malheur. On le constitue en tyran de Topinion : il faut que je m'explique là-dessus, et que je porte la Qamme sur un sophisme qui tendrait à faire prosciire le mérite. Et quel droit exclusif avcz-vous sur Topinion, vous qui trouvez un crime dans l'art de toucher les âmes ? Trouvez-vous mauvais que Ton soit sensible? éies-vous donc de la cour de Philippe, vous qui faites la guerre à l'éloquence ? Un tyran de l'opinion ! Qui vous empêche de disputer l'estime de la Patrie, vous qui trouvez qu'on la captive? Il n'est point de despote au monde , si ce n'est Richelieu , qui se soit offensé de la célébrité d'un écrivain. Est-il un triomphe plus désintéressé? Caton aurait chassé de Rome le mauvais ci*^ toyen qui eût appelé l'éloquence dans la tribune aux harangues , le tyran de l'opinion. Personne n'a le droit de stipuler pour elle ; elle se donne à la raison, et son empire n'est pas le pouvoir des gouvernements. » La conscience publique est la cité ; elle est la sauvegarde du citoyen : ceux qui ont su toucher l'opinion, ont tous été les ennemis des oppresseurs. Démosthènes était-il tyran? Sous ce rapport , sa tyrannie sauva pendant longtemps la liberté de toute la Grèce. Aînst la roédioci'itc jalouse voudrait conduire le génie à l'échafaud. Eh bien! comme le talent d'orateur que vous exercez ici est un talent de tyrannie, on vous accusera bientôt comme des despotes de l'opinion. Le droit d'intéresser l'opinion publique est un droit naturel, imprescriptible, inaliénable; etjenevois d'usurpateurs que parmi ceux qui teindraient à opprimer ce droit.

• Ave/.-vous vu des orateucs sous le sceptre des rois ? » nou. Le silence règne autour des trônes; ce D'est que

• chez les peuples libres qu'on a souffert le droit de per-

• suader ses semblables ; n'est-ce point une arène omrerte » à tous les citoyens? Que tout le monde se dispute la

• gloire de se perfectionner dans l'art de bien dire» et » vous verrez rouler un torrent de lumières qui sera le

• garant de notre liberté , pourvu que l'orgueil soit banni

> de notre République.

» Immolez ceux qui sont les plus éloquents , et bientôt » on arrivera jusqu'à celui qui les enviait , et qui Tétait le

> plus après eux. t

Ce discours nous apparaît conuue une longue énigme où chaque mot a besoin d'un commentaire» où chaque membre de phrase forcerait à une étude parliculière, s'il en valait la peine. Rien ne s'y précise; l'idée n'y est jamais qu'à peine indiquée. L'accusation se cache dans chaque période ; mais elle a peur de se laisser trop tôt deviner ; elle s'enveloppe de réticences incroyables » de précautions oratoires que nous n'avions jamais connues dans l'éloquence ordinairement brutale de Saint-Just, son éloquence qui bondissait vers le but plutôt qu'elle n'y courait. Il se plaint des Comités , il les voudrait dénoncer, et plus loin il les déclare c toujours dignes d'esi time. > Il les excuse eu prétendant que les msdheurs dont il a tracé l'histoire f sont nés de l'isolement et de i l'autorité extrême de quelques membres restés seuls, » qui ont exercé Tautorité de tous et paraissent avoir i profité de l'absence de leurs collègues. »

Evideninienl, il en veut surtout à Collot et à Billaud.

> annonça la jouuiiu'e de Fleuiiis, et d'aitlres qui n'en • ont rien dU étaient présents; on a parlé de sièges, et i d'autres qui n'en ont rien dit étaient dans la tranchée, >

Puis il tourne court ; la pémraison manque. Il déclai*e qu'il ne conclura pas contre ceux qu'il a nommés; il désire qu'ils se justifient et c que nous devenions sages. >

Tel est ce discours indigne de Saint-Just; tel est ce rapport incolore , indécis , moins que médiocre ; ce rapport que certains ont appelé habile et perfide , quand rhabileté y fait complètement défaut, quand la perfidie y revêt Tapparence pusillanime de la rancune mesquine, de la personnalité appelant le dégoût et le mépris. Il n'y a plus là d*idées , de force , d'initiative ; l'audace y a fait place au mensonge. Le danger n'a pas ranimé la vene absente dé l'écrivain. 11 ne s'est pas monté à la hauteur des circonstances. On dirait que , dans la paix silencieuse de son cabinet, il arrangeait difficilement des phrases trouvées avec peine. Où donc est ce Saint-Just d'il y a quatre mois? Qu'a t-on fait du rapporteur des complots de Hébert, de Danton, de l'Athéisme et des prisons? Où donc a fui la haine d'alors? Que sont devenus l'activili^ la persisiance, l'entrain de Strasbourg et de Guise? L'ambitieux ne sait plus combatti^o ! Le rhéteur ne sait plus écrire ! On a dit des rapports de Saint-Just qu'ils frappaient comme la hache ; à force de frapper , la hache s'est émousséc. C'en est fait de ce jeune homme ù cette heun; médiocre entre les plus médiocres. Qui donc tremblera devant lui mainlenant que le voila désarmé de toutes ces qualités révolutionnaires qui forçaient l'élonnement et la peur, sinon l'admiration et l'estime?

Une fois leurs discours écrits, tes discours ces annes ofTensives et défensives de ces parlemenlaires bavards qui ne savent être ni constitutionnels , ni despotes , Robespierre et Saint-Just vontur^nl enlin engagci' l'action. Les Jacobins donnèrent les pr^jntici-s, en prcsentaut à la Convention , le 7 Thermidor , une pétition sous Tarnbiguilé des termes de laquelle se cachait mal une sommation d'avoir ù se courber sous le joug dtclatoriat de Robespierre.

Le lendemain, 8 thermidor, à l'animation des députés, à leur nombre , il voir les tribunes encombrées depuis le matin , on pouvait pressentir un événement. On avait su que Robespierre parlerait dans la journée. Robespierre & la Convention ! Sa présence seule aurait suffi pour motiver celle afiluence émue ; car depuis plus d'un mois , il ne se montrait plus îi l'Assemblée , eton savait aussi que son discours était unedéclaraiion de guerre, l'entrée du Jacobinisme en campagne.

Dans les premières et interminables pages de ce discours, l'attenliou publique chercha vainement les intentions futures de l'oraleurjelles se cachaient sous la vague apparence de ces déclamations dont Saint-Just savait st bien remplir ses anciens rapports. Plus tard, Robespierre parlait du besoin d'épancher son cœur, du besoin que la Convention avait aussi d'eniendre la vérité. Il voulait, disait-il , dissiper de cruelles erreurs , dévoiler des abus tendant ù la ruine de la patrie. Ces erreurs, c'est la calomnie qui l'accable. Ces abus, ils vont lui permettre d'attaquer en face ses propres adversaires; car le discours de Uobespierrc , c'esi le discours de Saint-Just

avec d'autres phrases : la personnalité de roinileur à élever, des ennemis à écraser ; la patrie est absente. Robespierre est sans cesse dans le discours de Robespierre, comme dans le discours de Saint-Just nous n'avons aperçu que Saint-Just; c*est de lui seul qu'il parle, lui seul qui se défend , lui seul qu'on accuse de tyrannie, lui seul qui ait aimé et protégé la Convention, la liberté, la vertu, la patrie. C'est lui seul qui ait droit de réclamer jlistice et vengeance ; car s'il existe une conspiration contre la liberté, cette conspiration ne menace que lui, lui le seul et vrai protecteur de cette liberté ; car s'il existe une coalition au sein de la Convention , c'est à lui seul qu'en veut cette coalition, lui qui prétend avoir défendu la Convention au péril di* sa vie ; car si des factieux remplissent les Comités , c'est contre lui seul qu'ils conspirent, lui qui dans le Comité de Salut Public avait voulu créer une représentation sincère de l'unité dans le gouvernement. La même idé« apparente de personnalité, d'é^oïsme envieux , avait donc dicté les deux discours éminemment maladroits, blessants, de Robespierre et de Saint-Just. Jamais ils ne pouvaient mieux et plus complètement prouver leur ardeur du pouvoir , leur soif de la domination. Jamais aussi ne se démontra mieux Tinfluence de Saint-Just sur Robespierre. Sainl-Just force son ami à la violence quand il tremblait encore et préférait dissimuler et temporiser ; il lui fournit des armes; seulement, comme toujours , Robespierre est diffus, prolixe, quand Saint-Just se resserre, sait être moins long, plus prompt à arriver au but.

Un succès , insignifiant il est vrai , fut obtenu par les

partisans de Robespierre au début de la lutte. Eucore sous le joug redouté de son ancien maître, la Convention vota rinipression de ce discours et renyoi dans les départofiients; mais bientôt Tes efforts de la Plaine et de la Montagne, unies par le danger, firent rapporter ce décret, d le discours fut renvoyé à Texamén des deux Comités. La réussite s'est changée en défaite. Dans un transport de colère , les deux Robespierre , David » Lebâs courent aux Jacobins; Couthon s'y fait porter. Toute la nuit, le club tressaille de rage sous les motions lés plus violentes. On y acclame la révolte ; on y met aux voix Tàssassinàt des membres des Coniftés.

Le soleil du lendemain doit se lever sur le triomphe enfin du Jacobinisme. On se le jure.

Avant dé se rendre ou club de son côte , Satat-Jost était entré un m#ment chez lui pour se reposer de toutes ces émotions. Un triste présage l'y attendait sous la forme d'une lettre ; cette lettre lui venait d'un cachot et d'une folle. Celte folle , c'était une de ces femmes qui se montrèrent si puissamment ardentes aux débuts de la Révolution ; c'était une des anciennes amies de SaintJust. Cette folle , c'était la belle Théroigne de Mérîcourt, et sa lettre était datée d'une maison d'aliénés du fauboiurg Saint-Marceau !... C'est ainsi qu'avaient fini tant de révolutionnaires , ou par la mort , ou par la déraison, c Que » nous arrivera-t-il à nous ? » dut se dire Saint-Just en parcourant cette lettre où se lisait à chaque ligne l'empteîntc des doigts hideux delà folie : t Du 8 Thermidor. » Je suis toujours (m arrestation; j'ai perdu un temps » pn'M'icux ; cnvoyoz-moi deux cents livres et venez me

ÏOUF II 28.

» voir. Je vous ai éciitque j'ai eu des amis jusque dans le

> palais de Teuipcreur. J*ai élé injuste a Tégai-d du ci-

> toycD Bosgue. Pouirai-je me faire accompagner chez

> vous ? j*ai mille choses à vous dire. Il faut établir TunioD ; » il faut que je puisse continuer tous mes projets, conti- » nuer d'écrire ce que j'écrivais. J'ai de grandes choses à » dire. J'ai fait de grands progrès. Je n'ai ni papier, ni » lumière , ni rien ; mais quand même , il faut que je sois » libre pour pouvoir écrire. H m'est impossible de rien

> faire ici. Mon séjour m'y a instruit; mais si j'y restais

> plus longtemps sans rien faire, sans rien publier, j'avi-

> lirais les patriotes et la couronne civique. Vous savez

> qu'il est également question de vous et de moi , et que

> les signes d'union demandent des effets, 11 faut beaucoup

> de bous écrits qui donnent une bonne impulsion. Vous » connaissez mes principes. J'espère que les patriotes ne

> me laisseront pas victimes de l'intrigue. Je puis encore

> tout réparer , si vous me secondez ; mais il faut que je » sois f ou je serai , respectée. Je vous ai déjà parlé de

> mon projet. Je demande qu'on me remette chez moi. • A la même heure et puissant élément de contraste,

un(î autre lettre encore parlait de Blérancourt ù radi*esse (le Saiut-Just. Nous avons souvent parlé dans les premières pages de cette étude, d'une bonne vieille femme de Blérancourt , dont les récits , souvenirs de bien loin » nous avaient fourni d'intéressants documents sur la jeunesse; de Saint-Jus(. On se Souvient aussi que de nombreux prisonniers, victimes des rancunes de cet homme, avai(M)t été ou enfi^rmés dans les prisons de Soissons , de Cou( y , de Cliauny , ou envoyés à Paris pour y attendre

la mort. Lejeune nous a fourni de nonibt*eux détails sur ces vengeances particulières. Plusieurs habitants de Blérancourt , notamment le mari de M^'^Tborin , étaient depuis long-temps déjà détenus à Paris , et dans leur ville on se préoccupait de leur soit.

Or, deux ou trois jours avant le 9 Thermidor, on avait célébré à Blérancourt la fête de la Raison dont le culte n'était pas encore aboli dans quelques localités des départements , et pour Déesse on avait justement choisi la femme dbnt nous parlons plus haut, alors jeune fille de quatorze à quinze ans. Il n*entre pas dans notre plan de rac<mter la fetc et ses pittoresques détails , le cortège au-dessus duquel trônait, porté par quatre jeunes gens, un mannequin grossier décoré du nom de Saint-Just , les angoisses de la pauvre Déesse obligée d'accepter la divinité pour ne pas compromettre ses parents, contrainte & prononcer des malédictions contre la Religion qu'elle aimait et des souhaits de bonheur pour cet état de choses dont elle avait peur d'instinct, et enfm fuyant vers sa mère en pleurant de honte et en arrachant de son front si pur et si blanc l'ignoble bonnet rouge dont on l'avait couronnée pour la marche triomphale et pour le bal.

Mais au milieu des ennuis et des chagrins de son rôle, son jeune cœur du moins avait trouvé quelque consolalion. Personne à Blérancourt n'avait conservé assez de relations intimes avec Saint-Just pour oser croire à l'influcncô qui résulte de l'amitié, solliciter en faveur des détenus cet homme dont on savait si bien l'inflexible dureté , et espérer le succès d'une entreprise qui , si elle venait à ne pas réussir , ne pourrait qu'être désastreuse

vïï ap|)elaiil sur les malheureux à compromettre immédiatement la mémoire et Tattention de leur ennemi.

On savait que Saint-Just, trois ou quatre ans plus tôt, aimait à voir et à caresser celte petite fille dontf les parents travaillaient chez lui aux gros ouvrages de !a maison et du jardin. Ce fut ce qui décida les habitante iniiportants de Blérancourt à lui confier le rôle principal dans la fête de la liaison, avec l'espoir que, à ce double titre d'amie d'enfance et de Déesse, de jolie fille aussi, sa requête irait au cœur deSaint-Just plus sûrement que les pnèi*es d'hommes auxcfuels il avait toujours témoigné peu de sympathie.

La pauvre enfant écrivit donc et, parmi ses souvenirs, ce n'est pas sans doute témoins beau et le moins aimé maintenant. Dire tout cequMI y avait de naïve sublimité, de touchante sensibilité dans les quel |ues phrases qu'aujourd'hui elle se rappelle encore de sa lettre et qu'elle nous récital ; dire tout ce qu'il y avait d élevé dans les seniimeiils de celle fille du peuple qui se crul alors assez forte pour triompher de la sauvage et implacable dureté de ce dominateur de la France courbée sous la peur, ce nous serait impossible. Le calme de cette bonne vieille femme ne se doutant pas qu'elle avait accompli là une magnifique action qu'elle nous racontait dignement, simplement, nous touchait jusqu'aux larmes. La perte de sa lettre nous semble très regrettable, et sa publication parmi les papiers saisis chez les vaincus de Thermidor eût fourni un lomanesque épisode ù l'histoire des dernières heures de Sainl-Just ; si celte lettre arriva jusqu'au domicile du mort , la Commission réartîonnain» (Un la

dédaigner comme une pièce inutile. Mais ce qu'il fallait à la pauvre enfant y c'était la délivrance de 8es compatiûotes. Qui sait si cette délivrance ne fut pas liatée par ses chaleureuses prières qui durent être entendues làhaut par-dessus toutes les supplications des iniéi*essés , elle qui n'avait de mobile que sachante , d'auxiliaire que son bon cœur et sa tendre jeunesse?

Sainl-Jiisl a rcjoinl ses amis au club ; mais à minuit il sort de ce foyer d'émeute. Où va-t-il , le front pensif, la tête inclinée?

Il pressent que les Comités doivent se réunir pour préparer la journée du lendemain. Il court à eux. On Ta accusé d'espionnage incommode ; il veut espionner encore et gêner. Devant lui, on n'osera rien dire, rien tramer, rien conclure.

En effet, Billaud, Collot, Vadier, Lavicoraterîe, Amar, Harère, Lacoste, Tallien, Carnot, Prieur, tous les membres enfin des deux ('omîtes sont rassemblés aux Tuileries. Ils délibèi*ent en secret. L'entrée du Comité de Salut Public a été interdite à tous, même aux représentants; c'est qu'ils apprécient la portée du mystère et du silence. Billaud-Varennes raconte qu'il a voulu voir par lui-même ce (pii s'est passé aux Jacobins, et qu'on l'en a chassé au niiiieu du tumulte et des menaces. Fi^ron , l'ancien ami de Camillf^ Desmoulins , vlelit dénoncer les mc^nérs

d'Hauriol qui ameute les Sections; on le repousse; la consigne est impitoyable , même pour lui qui e\hibe sa médaille de député.

Mais lest:onspirateurs avaient compté sans Saint-Just. Tout-à-coup, il entra aussi froid , aussi compassé que d'habitude. Seul , la nuit, quand il eût suffi d'un coup de couteau pour faire raison de son imprudence , il venait s'asseoir au milieu de ses ennemis achaniés, de ceux qui avaient juré sa perte, de ceux qui, parmi les trois triumvir détestés , le craignaient et liaïssaient seul plus que les deux autres. Une dernière fois, Saint-Just avait retrouvé une lueur d'énergie. Un instant, sa présence glaça tous les esprits. Un sombre et menaçant silence se fit autour de lui. On espérait qu<; son arrivée était seulement l'effet d'un hasard et qu'il se retirerait devant un accueil significatif. 11 n'en fut rien. De précieux momi^nts se perdirent ainsi à s'examiner silencieusement. Assis à l'écart, le sévère jeune homme semblait avoir annihilé les volontés , déjoué les projets, fait avorter le complot. Quand on s'aperçut enfm qu'il ne voulait pas comprendre ,^on paya d'audace cette audace. On reprit le cours de la délibération comme s'il eût été loin. Celte terrible scène est admirablement esquissée lians le Mémoire publié après Thermidor, par les membres des Comités en réponse aux accusations de Lecoinire.

« Nous travaillions, » dit Barère au nom de ses collègues, qui eux aussi essaient de donner le change à la Convention en glissant rapidement sur les menées nocturnes des Comités ; c nous travaillions aux opérations > ordinaires des Comités ; mais nous travaillions avec cette

> triste impatience qui devait accompagn^er un dénoue-

> meut terrible que toutes les circonstances nous annon-

> çaient être procliain. Saint-Just gardait un profond si-

> lence , observait de temps en temps les membres des

> Ck)mités , et ne témoignait ni inquiétude ni repos. Il t venait tl'envoyer àThuillier, sa créature, les dix-huit

> premières pages du rapport , dont il n'avait que les

> dernièi'es pages. >

C'est en ce moment que Collot-d'Herbois arriva des Jacobins , encore tout ému de l'effroyable scène à la suite de laquelle on l'avait aussi chassé.

c Qu'y a-t-il de nouveau aux Jacobins? » demanda Saint-Just d'un air froidement railleur.

c Ce qu'il y a de nouveau! » criai Collot pris de fureur à ce sarcasme, c ce qu'il y a de nouveau! tu me le de-

> mandes! Est-ce à toi qui es d'intelligence avec l'auteur

> principal de toutes ces querelles politiques, et qui ne

* veux nous mener qu'à la guerre civile ? Tu es un lâche

> et un traître ! C'est toi qui nous trompes avec ton air

> hypocrite ! Tu n'es qu'une boîte à apophtegmes^ et tu nous » espionnes dans le Comité. Je viens de m'en convaincre » par ce que j'ai entendu; vous êtes trois scélérats, qui

• croyez nous conduire aveuglément à la perte de la Pa- » trie ; mais la liberté survivra à vos horribles trames. »

€ C'est un triumvirat de fripons! » reprit Elle Lacoste en se levant avec fureur, t Oui, Robespierre, Couthon et » Saint-Just machinent contre la Patrie! •

Barère , qui est toujours ardent et courageux dans ses écrits , prétend qu'il ajouta : « Pygmées insolents , qui » voulez vous partager les dépouilles de la Patrie entre

On soupirail après la délivrance. Immédiatement, les conjurés se mirent à l'œuvre. Barère conunença de rédiger les projets de décrets pour organiser la garde nationale, pour suspendre la Commune, pour l'arrestation des meneurs des Sections; il préparait aussi les proclamations au peuple et à l'armée. D'autres membres des Comités se chargèrent d'aller conclure à la hite avec les députés de la Plaine et du Centre une alliance qui devait assurer la majorité et sauver, à la fois tous les partis également menacés. D'autres encore parcouraient Paris, afin de s'enquérir par eux-mêmes de l'état des esprits, de la probabilité des secours ou des refus à attendre des babilants, s'il devait y avoir lutte armée.

A onze heures du matin, on attendait eni*.ore Saint- Just. 11 ne devait pas venir. Il anûl réussi à tfonper le Comité par une de ces manœuvres, par une de ces roueries mesquines qui marquent chaque pas et chaque moment de CCS solennels engagements. Au lieu de Saint- Jusl, ce fut un huissier de la Convention qui apparut un

» lègue , Saint-Just tétait resté écrivant sur une table où les autres » membres du Comité étaient en séance avec lui. Dans la vivacité » de raltercation qui s*étaiblit entre eux et Saint-Just , il se h&ta » de retirer les écrits quMl avait commencés. Ce mouvement donna » des soupçons. Ses collègues saisirent ses papiers, et y trouvant » leur dénonciation ; alors ils s^assorèrent de sa personne , fermè- » rent les |>ortes et résolurent de le garder à vue, en prolongeant » la séance pendant toute la nuit. Lui-même s*engagea à ne pas n faire nsage de ce qu*ll avait écrit; mais le matin, à Theure où » la Convention s*assemblait, il se déroba à la vigilance de ses » gardiens , qui n'attach^rent même que peu d'importance k sou M évasion. »

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