Tome II. rîO
Thuriot présidait la Convention à la place de Collotd'Herbois descendu de son siège pour venir une dernière fois parier contre Saint-Just. Il ordonna aux huissiers de faire sortir par la barre les députés décrétés d'arrestation. Robespierre espère encore ; il refuse de suivre les huissiers. A la barre ! h la barre, les députés décrétés! à bas le tyran ! crie-t-on de tous les bancs; et bientôt « entourés par les gendarmes, ils descendent, Robespierre la menace ù la bouche, Saint-Just grave, pensif et donnant la main h Lebas, Couthon emporté dans les bras de la force publique. Et TÂssemblée applaudit toujours, même quand ils sont sortis; puis, singeant le calme admirable du sénat romain délibérant au bruit des cris de détresse de la ville menacée par Annibal* elle s'occupe de secours a accorder à des citoyens pauvres*
En sortant de TAssemblée , les cinq prisonniers furent conduits au Comité de Sûreté Générale où ils devaient èiro interrogés. Il étajl alors environ cinq heures du soir.
La Convention venait de lever la séance , et s'était ajournée à sept heures. Les conversations animées, qui se comprennent après de pareilles émotions, avaient sans doute retenu dans les groupes les membres du Comité de Sûreté Générale. En ne les voyant point arriver pour commencer rfnierrogatoire, et remarquant des signes d'intelligence entre les prisonniers et Hanriot qu'on venait d'amener aussi, Thuissier du Comité, après leur diner, les fit transférer, vers sept heures, dans des lieux de détention plus sûrs , à son avis , que les appartements du Comité. Robespierre fut envoyé au Luxembourg, son frère à Saint-Lazare , Couthon ù la Bourbe , Lebas à la Maison de justice du département , et Saint-iust enfin aux Ecossais.
Mais 11* maire Fleuriot et l'agent national Payan n'avaient pas reçu de nouvelles certaines de la Convention et crurent venu le moment d'agir. Les officier» municipaux , mandés en toute hâte , accourent à la Commune. On convient d'un appel au peuple invité à se réunir à se» magistrats pour sauver la patrie en danger. Dans cette proclamation maladroite, il est question de Robespierre et de son Etre suprême , comme si le peuple se soulevai! au dix-huitième siècle pour un culte quelconque et pour aflaire de religion, de Saint-Just l'apôtre de laVertu^ comme si le peuple d'ulors se souciait de la vertu. Il fallait loi parler de pillage ! Ils auraient eu toute la ville. On appelle les chefs des Sections, les commandants de la force armée, et quand tous ces gens sont réunis , on se lie par un serment, tout comme dans un complot féodal de la Sainte-Vehme. L'artillerie des Sections arrive et prend
c Nos canons n'y sont pas , hors la loi 1 > Enfin , tout s'apprêtait pour une terrible journée.
Dans une des salles de la Mairie , on délibérait sur la marche à suivre. Le maire Fleuriot, Payan, les cinq députés, quelques municipaux étaient rénuis en conseil. Un témoin oculaire de cette délibération nous en a laissé quelques détails. On voit agir tous ces rebelles ; on les entend parler. Chacun prend part a la discussion. Cette pièce émane d*un nommé Dulac , probablement employé de la police et envoyé par les Comités pour savoir ce qui se i>assait à rHôtel-de-Ville. Voici ce qu'il raconte : € I^ place de Grève était couverte d'hommes, de baïonnettes, de piques et de canons; je travei*sai tout, ayant à ma main ma carte de citoyen , et m'annonçant comme envoyé de ma Section : c'est ainsi que je parvins jusque dans la salle des séances. Les deux Robespierre étaient, Tun ù côté du président Lescot-Fleuriot, et l'autre auprès de Payan , agent national. Couthon y fut porté un instant après; et ce qui est à remarquer, c'est qu'il était encore suivi de son gendarme. En arrivant, il fut embrassé par Robespierre, etc., etc., et ils passèrent dans la chambre à côté , où je pénétrai. Ce fut l où le premier mot que j'entendis de Couthon, fut : c /Z faut de suite écrire aux armées. » Robespierre dit : c Au nom de qui ? » Couthon répondit : c Mais au nom de la Convention ; n'est-(4le pas toujours où nous sommes? le reste n'est qu'une poignée de focticux que la force armée que nous avons va dissiper, et dont elle fera justice. » Ici Robespierre l'aîné sembla réfléchir un peu; il se baissa a Toreille de son frère; ensuite
> il dil : c Mon avis est qu'on écrive au nom du Peuple
> français. > Il prit aussi dans cet instant la main du •.gendarme entré avec Couthon» et tl lui dit : c Brave
\ gendarme, j*ai toujours aimé et estimé votre corps ; » soyez-nous toujours fidèle ; allez sur la porte , et faites
> en sorte de continuer à aigrir le peuple contre les » factieux. >
On sait donc ce que fit, ce que dit Robespierre prisonnier, enfermé, mis en liberté, portéjà la Commune en ti*iomphe, délibérant au conseil. On entend parler Couthon au moins. De loin, on peut suivre au bruit qu'il foit Hanriot courant dans la rue Saint-Honoré , essayant de haranguer le peuple, criant que la Convention avait payé des assassins pour égorger Robespierre et Saint-Just » appelant les patriotes aux armes et faisant une vaine démonstration contre l'Assemblée. Lebas se trouve encore assez d'énergie pour inviter le commandant du camp des Sablons à venir en aide à la cause du peuple. Quant à Saint-Just , nulle trace de lui. il ne dit rien ; il semble qu'il n'ait point assisté à ces débats. Il n'est qu'une fois question de lui pour un seul mot attribué par Dulac à Couihon et que Levasseur prête à Saint-Just. il s'agissait d'une proclamation au peuple, c En quel
> nom parlerons-nous ? > demanda Couthon. Saint-Just aurait répondu : c Au nom de la Convention ; la 1 Convention est où nous sommes ! > Après cette phrase, qu'elle ait été ou non prononcée par Saint-Just, celte phrase, imitation servile de la tragédie classique, on ne sait plus rien de lui. L'espion Dulac ne le voit même pas , ne IVînlend pas , ne le nomme pas. Ce mu-
c Nos canons n*y sont pas , hors la loi ! > Enfin , tout s'apprêtait pour une terrible journée.
Dans une des salles de la Mairie , on délibérait sur la marche à suivre. Le maire Fleuriot, Payan, les cinq députés, quelques municipaux étaient réunis en conseil. Un témoin oculaire de cette délibération nous en a laissé quelques détails. On voit agir tous ces rebelles ; on les entend parler. Chacun prend part a la discussion. Cette pièce émane d'un nommé Dulac , probablement employé de la police et envoyé par les Comités pour savoir ce qui se passait à THôtel-de- Ville. Voici ce qu'il raconte : f La place de Grève était couverte d'hommes, de baïonnettes, de piques et de canons; je travereai tout, ayant à ma main ma carte de citoyen , et m'annonçant comme envoyé de ma Section : c'est ainsi que je parvins jusque dans la salle des séances. Les df^ux Robespierre étaient, l'un à côté du président Lescot-Fleuriot, et l'autre auprès de Payan , agent national. Couthon y fut porté un instant après; et ce qui est ù remarquer, c'est qu'il était encore suivi de son gendarme. En arrivant , il fut embrassé par Robespierre , etc., etc., eC ils passèrent dans la chambre à côté , où je pénétrai. Ce fut là où le premier mot que j'entendis de Couthon, fut : c 77 foui de suite écrire aux armées. • Robespierre dit : c Au nom de qui ? > Couthon répondit : c Mais au nom de la Convention ; n'est-elle pas toujours où nous sommes? le reste n'est qu'une poignée de ËK^tieux que la force armée que nous avons va dissiper, et dont elle fera justice. » Ici Robespierre Taîné sembla réfléchir un [Viii; il sebaissaà Toreille de son frère; ensuite
i il dii : « Mon avis est qu'on écrive au nom du Peuph
> français, i II piît aussi dans cet instant la main du >, gendarme entré avec Couthon , et il lui dit : c Brave V gendarme, j*ai toujours aimé et estimé votre corps ;
> soyez-nous toujours fidèle ; allez sur la porte , et faites
> en sorte de continuer à aigrir le peuple contre les
> factieux. >
On sait donc ce que fit« ce que dit Robespierre prisonnier, enfermé, mis en liberté, portépi la Commune en tiîomphe , délibérant au conseil. On entend parier Couthon au moins. De loin, on peut suivre au bruit qu'il bit Hanriot courant dans la rue Saint-Honoré , essayant de haranguer le peuple, criant que la Convention avait payé des assassins pour égorger Robespierre et Saint-Jnst , appelant les patriotes aux armes et Ëu'sant une vaine démonstration contre l'Assemblée. .Lebas se trouve encore assez d'énergie pour inviter le cimimandant du camp des Sablons à venii* en aide à la cause du peuple. Quant a Saint-Just , nulle trace de lui. 11 ne dit rien ; il semble qu'il n'ait point assisté à ces débats. 11 n'est qu'une fois question de lui pour un seul mot attribué par Dulac à Couthon et que l^vasseur prête à Saint-Just. Il s'agissait d'une proclamation au peuple, c En quel
> nom parlerons-nous ? • demanda Couthon. Saint-Just aui-ait répondu : c Au nom de la Convention ; la 1 Convention est où nous sommes ! > Après cette phrase, qu'elle ait été ou non prononcée par Saint-Just, celte phrase, imitation servile de la tragédie classique, on ne sait plus rien de lui. L'espion Dulac ne le voit mémo pas , ne l'entend pas , ne le nomme pas. Ce mu-
lîsme esl cirange. Cette annihilation tail rtver , surtont quand on se rappelle rinacUon de SaintrJust , son ineriie pendant la séance de la Convention. Rien enfin pendant cette nuit sinistre. Pourquoi n'est-il pas à la tête des troupes? il sait ce qu'il faut dire aux soldats, comment avec un mot on les entraine , on les enlève. Rien ! Les innombrables pièces de Tenquéte de Thermidor ne nous le montrent point i l'œuvre. 11 ne compte donc déjà plus parmi les vivants?
Une portion de la nuit se passe ainsi dans l'inaction et dans une attente également cruelle pour tous les partis. A la Convention et à la Commune , ce n'est point par Taudace et Tinitiative qu'on marqua ces événements décisifs.
Cependant, les représentants qui, depuis plusieurs heures, délibéraient au milieu de la confusion, apprenaient successivement la délivrance de Robesinerre et de Saiut-Just, la réunion de la Commune et des Jacobins , la mise hors la loi des députés , eC la nomination d'une commission investie de la mission de juger souverainemeut sous la présidence de Simon, de condamner et de faire exécuter sur l'heure tous ceux qui refuseraient obéissance à la Commune. Le tumulte s'accroît ; c*est qu'on annonce ù la Convention l'envahissement du Palais-National par Hanriot ù la tête de ses batteries.
L'heure est passée de l'hésitation. Il faut périr ou vaincre. Elie Lacoste, qui se retrouve le premier, veut qu'on mette la Commune liors la loi ; cette forte mesure est décrétée. Hanriot va forcer l'entrée de l'Assemblée. Hors b loi , Hanriot ! sWrie-t-oii do toutes parts. Barras est revêtu
du commandement général de la force armée; six députés lui sont adjoints avec tous les pouvoirs dictatoriaux dont sont investis les représentants en mission près des armées. Le décret de mise hors la loi est signifié à Hanriot. Il hésite ; le désordre se met parmi ses canonniers dont les uns passent à Barras et gênent ceux qui auraient obéi aux ordres de leur commandant. Alors , celui-ci se sent pris de panique ; il fuit vers la Commune. Par une singulière coïncidence , à l'heure même où Robespierre faisait, au son du tocsin , proclamer dans plusieurs quartiers la mise hors la loi des députés qui résisteraient, Barère proclamait, de son côté, à la lueur théâtrale des flambeaux , la mise hors la loi des rebelles de la Gomnrane.
Mais le succès avait abandonné Robespierre et &s amis. Les communes rurales s'étaient déclarées pour la Convention ; les Sections de Paris , travaillées cependant par les Jacobins influents, ou ne s'étaient réunies que lentement et n'agirent point, ou refusèrent de prendre parti avant d'avoir nommé des commissaires chargés d'attendre les événements et de proposer une résolution; plusieurs même se déclarèrent pour la Convention à laquelle elles firent promettre un concours énergique.
Cependant, le bruit de l'échec de Hanriot était paiTenu jusqu'à la place de Grève où stationnaient les canonniers sectionnaires qui n'avaient point suivi leur commandant dans sa triste expédition. A la voix des envoyés de la Convention qui leur lisaient le décret de mise hors la loi de la Commune , des compagnies entières se fondirent , les unes rentrant en toute hâte dans leurs domiciles , les autres courant au Cairousel où Barras rassemblait, disait-