L.^ , j'aperçois coinlisannos lann<'t
Tombeaux blanchis. Ces roses surannéi.K
Vendent aux gens la mort qui ks nourrit .
Jouant l'amour, ses faveurs et sa flamme ,
Le front serein , la rage au fond de l'âme ,
Donnant leur ccdut pour un morceau de pain.
Là , la Richesse au pauvre tend la main.
Les yeux hagards, ici rode l'Envie ,
Nouveau Tantale ; on la voit qiii pou.-suîl
l'n affiquet, un carosse, un habit.
Ici , l'Orgueil ; là , la Coquetterie ,
L'a'il do côté , l'abord doux et flatteur :
Le vermillon lui lient lieu de pudeur :
Elle s'avanee ; elle a poui' compagnie
L'Intrigue sourde , et la Discrétion ,
Kl l'Impudenc(», et la Dévotion.
Là , des pédants réforment h patrie.
Là , (ies prélats, hermites du bel air
Et <[ue l'on croit dans le monde au désert.
Là , les Soucis qui se pâment de rire.
' \ I La Foiie.
Tiv.r I. o.
Là, des limeui's hâves, secs, effarés, Dont la faim seule a causé le délire.
Là , la Vertu sous des haillons soupire. Là , des faquins et des forfaits dorés.
Plus loin encore, r Académie française, que Saint-Just nomme Asinomaïe , exerce sa verve de railleur. D'une séance littéraire endormante il court au sermon :
Un âne en chaire , esprit évangélique , Adoucissait sa voix apostolique.
Il appuyait d*un pied périodique Les vérités que sa bouche entonnait.
L'oreille haute , et de droite et de gauche, Comme un manant qui dans la plaine fauche , Son éloquence au peuple il envoyait.
Point n'oubliait une modeste pause, Quand il avait dit une belle chose.
Son cœur ardent semblait voler à Dieu , Et les élans de sa voix déployée Faisaient frémir les échos du saint lieu. Il parla d*op ; la troupe édiûée ,, Chacun chez soi s*en fut sanctiiiée , Et le docteur avait si bien prêché Qu'en descendant il eut un évôché.
ÎjCS avocats ne sont point oubliés et figurent dans un (ouplot malin où il est question d*un superbe plaidoyer
Enluminé de fleuts de rhétorique , Et dans lequel la lune et le soleil Jouaient surtout un rôle non pareil.
Attendez î rien n*cst sacré pour cet audacieux jeune homme, pas même la Justice, ce dernier des pouvoir* humains que devrait insulter la rage du dénigremcnl^
celte dernière barrièror de la société contre la barbarie identifiée dans les passions déchaînées par le crime.
NoHS lui pardonnons presque, après toutes ces' iniquités, les vers orduriers par lui décochés contre les déesses, les reines, les tyrans et les héros de la Comédie Française, qu'il met en jeu on ne sait trop pourquoi.
On le voit : à travers les méandres entortillés de sa fable peu facile, perce la satire qui prétend s*attaquei' ù Tactualité. Aussi, est-ce bien là que git le grand intérêt de notre étude. Peu nous importe que TEmpercur Charles, bvf repelita placent ^ se jette une seconde fois au sein des flots du Rhin danâ les roseaux bleuaties duquel se désolent de nouveau les nymphes des eaux ; peu importe qu'il assaille les Saxons dont la reine, contrefaçon brutale d'une Clorinde hommasse, amazone au sein nu, à la cuisse impudique, combat, met à mal et égorge un guerrier la provoquant à des combats plus doux. Peu nous importe que l'Ange gardien d'Organt, pale copie des Dieux qu'Homère attache à la garde de ses héros favoris, essaie de séparer Organt do Nicette, habille deux nuages ^ Tun en chevalier pliMn d'ardeur , Tautie en guillerette villageoise, jette par la plaine ses mannequins menteurs et (îgare, de ci, de là, les deux amants qui se cherchent, se désirent et se pleai^ent. L'intérêt n'est pas là, et si nous l'attachions à ces cx)ntes mal rimes, nous ressemblerions à Nicette, réminiscence elle-mémci de rixion mylhologiqtie, à Nicette poursuivant à grands cris une vaine image qui l'entraîne loin de la réalité. Ce qu'il faut chercher là, c'est la pensée d(î Saint-Just à vingt ans, ce sont ses prcdilerlions et ses haines politî(|ues et so-
ronce futile et grotesque , oui grotesque comme tous les monstres qui sont grotesques avant de devenir effrayants. Nous y avons découvert et constate Tétat de Tâme de Saint-Just en 1789. Nous y avons trouvé ce que lui-même tiès-probablement ne songeait point à y mettre : la négation par envie, la haine par impuissance, une soif ardente d'autorité , de pouvoir , qui , assouvie alors par le don (le quelque hochet, eut peut-être privé notre histoire (l'une de ses plus effroyables figures. Qui sait ce qu'eût fait Robespierre sans le bras droit que lui préparaient la jalousie et l'ambition si profondément empreintes dans Organt f
De ces hauteui^s de la pensée , il nous en coûte beaucoup de redescendre dans les bi)s-fonds &ngeux du roman de Saint-Just ; mais nous devons poursuivre et achever notice œuvre d'analvse.
Peut-être se rappelle-t-on qu'Organt, en quittant sa lenUi pour se mettre à la recherche de rarchcvéque Turpiii , avait emmené le moine Georges qui se prit d'une subite et furibonde passion pour Nicette, amour si mal partagé et si rudement puni. C'est à Georges que Nice , en fuyant, a dérobé sa défroque. A son réveil, le moine dépouillé se fâche, sacre, appelle le diable qui fait apparaître et lui livre un char dont hîs coursiers sont justement les deux valets qui l'avaient, la veille, si vigoureusement étrillé. Il s'envole par les airs. Chemin faisant , il rencontre la déesse Balourdise , son ancieinie maîtresse. Us se reconnaissent , s'embrassent et se font d'assez niaises conrirUMices. De loin, des chevaliers, qui poursuivent une femme enlevée par un suborneur et croient la reconnaître
JusqWà présent, on ne connaissait qu& le Saint-Just de 793 et de 1794. On Tavait vu tout à coup apparaître en ieptembre 179S^. Il avait surgi parfait, tout d'une pièce , ^ on n'avait point encore songé à s'étonner que ce jeune lonmie fût déjà aussi déplorablement complet. Ordinai- ■s^nent^les hommes politiques se modifient sur la scène, MHis les yeuiL &t l'attention de l'histoire; au contraire, eA Saint-Justse montre à ses débuts de la Ck)nyention, tel 11 reste jusqu'à sa mort tragique, dur, inflexible, conlaincu. Aussi, la dissection pour ainsi dire de ses conrictîons, la recherche de leurs antécédents , de la manière lont elles se sont formées, des éléments qui y sont entrés, nous paraissent-elles d'un profond intérêt.
Le Saint-Just de 1794 procède du Saint-Just que nous offre Organe ^ pour arriver au Saint-Just des ImUtution» y pour aboutir enfin au Saint-Just de la Montagne. Dans ùrgant , il ne croit déjà plus à rien et s'unit par la raillerie , ce plus puissant des dissolvants , aux démolisseurs des sociétés , de la religion. Si dans son étude sur la Constitution (i) il doute encore , dans ses Fragments sur les InstitiUions il a fait un pas énorme ; il proclame sa théorie, son C/Odc. Dans la Constitution de 1793, il passe à l'application d*unc partie de ses principes ; ol enfin , en 1793 et en 1794, il abat les résistances pour essayer de fonder; mais la société effrayée ne crut point à ce novatiiur terrible. Elle se leva et renversa Tédifice et Tarchitecte.
Voilà où nous a conduits l'étude d'un poëme en appa-
•I ' Iti(M*huie de 1795.
ri^ncc futile et grotesque , oui grotesque comme tous les monstres qui sont grotesques avant de devenir effrayants. Nous y avons découvert et constaté Tétat de Tâme de Saint-Just en 1789. Nous y avons trouvé ce que luinnéme nès-probablement ne songeait point à y mettre : la négation par envie, la haine par impuissance, une soif ardente d'autorité , de pouvoir , qui , assouvie aloi's par le don <le quoique hochet, eût peut-être privé notre histoire (l'une de ses plus effroyables figures. Qui sait ce qu'eût i'ait Robespierre sans le bras droit que lui préparaient la jalousie et l'ambition si profondément empreintes dans Organt ?
De ces hauteui^s de la pensée , il nous en coûte beaucoup de redescendre dans les bi\s-fonds &ngeux du roman de Saint-Just ; mais nous devons poursuivre et achever notice œuvre d'analvse.
Piïut-étre se rappelle-t-on qu'Organt , en quittant sa lente pour se mettre à la recherche de l'archevêque Turf)in , avait emmené le moine Georges qui se prit d'une subite et furibonde passion pour Nicelte, amour si mal partage el si rudement puni. C'est à Georges que Nice, en fuyant, a dérobé sa défroque. A son réveil, le moine dépouillé se fâche , sacre , appelle le diable qui iait apparaître et lui livre un char dont kîs coursiers sont justement les (i(Hix valets qui l'avaient , la veille , si vigoureusement ('trille. Il s'envole par les airs. Chemin faisant, il renconti*e la déesse Balourdise , son ancienne maîtresse. Us se r(Mîounaissent, s'embi^assent et se font d'assez niaises conrnUMices. De loin, des chevaliei*s, qui poursuivent une f(»nnne enlev('ïepar un suborneur el croient la reconnaître
dans dame Balourdise , provoquent Georges à un comUu cju'il fuit , malgré les instantes prières et les injures do Balourdise, irritée de trouver si peu de courage en son amant. Cette scène inutile, mal amenée, qui ne tient et iw conduit à rien , nous parait une allégorie , sous le peu de transparence de laquelle nous n*avons pu deviner la |K»nscede Tauteur. Qu'a-t-il prétendu direi? Cette union intime du moine et de Balourdise, est-ce une insulte de plus au Clergé et à la Religion?
Nous n'avons pu davantage nous (expliquer la nécessité d*un épisode où figurent une Marguerite d'Evreux et les chevaliers qui provoquèrent le moine Georges et se nomment Henri de Guise , Paul Enguerrand , le comte de Blois. Marguerite d'Evi*eux , victime d'une séduction , et mère sans cesser d'être vertueuse, a été exilée, exposée plutôt dans une île déserte. Un de ses parents , le comte de Blois, apprend son infortune. Il veut l'arrachera la mort. A luise joignent Henri de Guise et Paul Enguerrand , 1(« frères de Marguerite. Je ne vous dirai pas les péripéties, les déclamations, les pleurs , les tendt^esses, les niaiseries de ci* liors-d'œuvre sentimental que rien ne nécessite. ^ Margury rit(î d'Evreux , aventure d'une parenti^ de l'auteur , > lisons-nous dans la clé d'Organt, Nous ne parlons de (\ t épisode que pour faire toucher du doigt le peu d'unité , le décousu qui ont présidé à l'œuvre de Sainl-Just. C'est iiii habit d'arlequin, un composé muhicolorede bribes et (ic morceaux que rien ne relie, que rien ne rattache.
Ainsi, du rocher où gémissait la trop sensible Marguerite nous arrivons, sans transition, dans la tentiMhi roi Chai'k^s (|u'un odieux cauchemar a réveillé. II rév<'
que sa femme Cunégonde le trompe« B^ppelons^nous que Charlemagne cache Louis XVI, que Cunégonde c'est Marie-Antoinette. L'Empereur se hâte d'aller demander
Texplication de son rêve à son confesseur qui ne
dormait lias seul et se hâte, pour se livrer librement à ses exercices.... pieux, de rassui*er et congédier le mari.... jaloux.
Ainsi de cette scène intime nous passons, toujours sans transition , à une bataille de chevaliers qu'une fillette a joués.
Ainsi , du camp français en proie â la dtecoi*de , nous remontons à TËmpyrée où le Bon Dieu gourmande l'Ange gardien d'Organt et lui défend de tourmenter et d'abuser plus longtemps le jeune héros dont la giirdc lui a été remise. Oubliez tout, dit Dieu le Père :
Oubliez tout et pardonnez tout ; car Nous le voulons, et buvez ce nectar.
L'Ange voulut répondre. Dieu le Père Dit : Uriel, préparez mon tonnerre.
Cestsur ces vers absurdes, pitoyables comme idée, pitoyables comme facture , que prend fin le premier volume du poème de Saint-Just, œuvre indigeste s'il en fut jamais , qui ne brille ni par la verve , ni par l'invention , ni par le talent et la forme dont on ne^oupçonne pas l'ombre même.
Le second volume que nous allons parcourir à la hâte, car le courage commence à nous abandonner, débute par un sarcasme impie :
Au nom du Père , et Fils , et Saint-Esprit , Ainsi soit-il. Tout chrétien qui sait vi>Te
Commence ainsi ce qu'il fait, eç qu'il dit. If oi donc qui suis de dévotion ivre Et tout confit ainsi qu'une nonnain ^ Par me signer je commence ce livre Pour écarter de moi l'esprit malin ; Car vous savez , mes frères » que le diable Sans cesse rôde à l'entour de l'étable.
Ces railleries de mauvais goût ne déparent pas une scène infâme de violence où Fauteur fait apparaître Farmée saxone envahissant et profanant un couvent de religieuses. On nous permettra de franchir avec dégoût ces Ignobles détails que Ton n'oserait même pas rêver et qui ont été traités avec une complaisance et une étendue ne tolérant aucun doute sur la dépravation morale et la profonde corruption de ce jeune homme dont une école politique a voulu faire un Gatou.
Au camp français, on apprit bientôt le sac du monastère. Le roi Charles éveille ses soldats :
Courons, dit-il , Picards ! alerte ! vite î Il parla d'or ; ce fut son dernier mot. Hommes , chevaux , à l'instant s'arrêtèrent , Et sur-le-champ en marbre se changèrent. Mais les Picards conservèrent après L'air d'un Picard et celui d'un Français , Et l'art puissant de Xeuxis et d'Apelles N'aurait pas mis , sur le front du soldat Qui suit son prince et qui vole au combat , De la vertu l'empreinte plus fidèle.
Quant à Organt, il voyage toujours par le ciel, monté sur un âne en guise d'hippogriffe. Les ânes jouent un grand rôle dans ce tissu de puérilités. Or, l'apôtre Saint-