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Saint- Just réservait contre Danton et qu'il sut entourer des mêmes ombres meurtrières. Y a-t-il mis tant de noirceur ? C'est l'affaire qui manquait de précision. L'orateur, ayant du talent, s'en est tiré le mieux possible, avec subtilité car il observait et réfléchissait, en élevant la question car il avait des idées générales. Un biographe que les rapports désolent revient toujours à ce mot : « Sa terrible bonne foi. » Ceci encore est exagéré. Il était bien intelligent pour tant de crédulité. Plus tard, en Alsace, ayant soulevé les Jacobins par des rigueurs collectives, il leur écrit : « Le temps démêlera peut-être un jour la vérité ; nous examinons tout avec sang-froid et nous avons acquis le droit d'être soupçonneux... nous persistons jusqu'après le péril dans notre arrêté. » Peut-être faut-il étendre très loin, à tous les procès de sa carrière, le terrorisme utilitaire et pyrrhonien de cet aveu.
Sans vouloir aborder les responsabilités, il est difficile d'étudier ces discours sans une répartition des initiatives. Le rapport du 1 1 germinal, par exemple, passe encore pour une dictée de Robespierre, et la volonté de sacrifier Danton pour une de ses décisions.
Il semble bien pourtant que Saint- Just l'ait
voulu le premier et la chose apparaît bien sienne à travers ses trois grands discours, à travers ses notes, jusqu'à l'étonnante excitation qu'il garda toujours sur le sujet. Avant germinal, avant, semblet-il, toute sanction de Robespierre et du Comité, dès son rapport du 8 ventôse, Saint- Just n'y tient pas et menace follement : « On s'exempte de probité ; on s'est engraissé des dépouilles du peuple ; on en regorge, et on l'insulte, et l'on marche en triomphe traîné par le crime, pour lequel on prétend exciter notre compassion ! Car enfin, l'on ne peut garder le silence sur l'impunité des plus grands coupables qui veulent briser l'échafaud parce qu'ils craignent d'y monter. »
Ce qu'il y a de certain, c'est que les notes de son ami qui servirent, dit-on, à Saint- Just, sont un « discours sur la faction Fabre d'Églantine » et que Danton n'y est jamais nommé. Quand on compare l'ennuyeuse élucubration de Robespierre, monotone jusque dans la violence et faible jusque dans la menace, à la forte, nerveuse, enragée performance de Saint- Just, on comprend mieux l'histoire de leurs rapports, ce qui est spontané chez le disciple, et combien le premier, malgré son fiel, eut été désarmé sans le talent d'agrandir la haine que l'autre a portée jusqu'aux nues.
J'ai vingt ans ; j'ai mal fait ; je pourrai faire mieux.
Préface d'Organt.
Il arrivait du Soissonnais avec la députation de l'Aisne, avec Debry, Quinette et Condorcet. Il n'y était pas né^, mais Blérancourt où il vivait le reçut à l'âge de quelques mois. M. de Saint- Just abandonnait alors — 1768 — l'état militaire et le grade tout plébéien de maréchal des logis aux gendarmes d'ordonnance du duc de Berry. Car malgré ses nom et prénoms d'aristocrate, son fils Louis-Antoine Florelle n'est pomt issu de famille noble, comme le reprochaient Salles et Camille Desmoulins au chevalier de Saint- Just.
1 . Né à Marsy près Decise — Nivernais — , baptisé le même jour • 25 août 1 767 — dans cette dernière localité.
A Blérancourt aujourd'hui, si Ton avoue ses intentions d'historien, on vous interroge aussitôt : « Etes- vous pour ou contre ? » Et jamais, dans sa maison paternelle, il semble qu'on ne pourrait penser mal d'un fils. On sent encore une telle garde autour de cette mémoire, un tel dévouement, qu'on se demande si la postérité ne vaut pas vraiment qu'on meure pour elle. Ce village de Saint- Just grand et blanc, avec des portails, des grilles, des maisons à fronton sur un bouquet d'arbres et la porte monumentale, ouverte sur le ciel du château disparu, a, dans sa réduction, toute la noblesse de la vieille France. Ce n'est pas le berceau d'un conventionnel : c'est la Ferté- Milon.
Il semble qu'elle n'ait point manqué de prestige pour ses concitoyens, l'ancienne famille de receveurs domaniaux du château de Morsain, dont M. de Saint- Just après sa retraite venait retrouver le berceau et la charge héréditaire, car nous voyons, après un incident à la romaine de l'histoire du jeune homme, le maire de Blérancourt lui dire gravement : « J'ai connu votre père, votre grandpère et votre tayon ^, vous êtes digne d'eux ».