CHAPITRE IL
État moral de l'empire au commencement du ἘΠ siècle ; de lère chrétienne,
Étrange confusion des cultes et des cérémonies religieuses dans l'empire romain, — Attitude de la philosophie ancienne en face du polythéisme. — Xénophane, Platon, Carnéade, Lucrèce, Cicéron. --- Exaltation et déréglement du sentiment religieux. — Décadence de la philosophie, — Son alliance avec la religion. — Apollonius de Tyane. — Complaisance de la philosophie pour les mythes et les symboles. — Maxime de Tyr, Plutarque. — État des mœurs. — Profonde corruption dans toutes les classes de la société. — Servilité, abaissement des caractères. — Amollissement et adoucissement des mœurs publiques. — La conscience populaire proteste en plusieurs rencontres contre la rigueur et la cruauté du vieux droit patricien. — Caractère de PÉdit perpétuel d'Adrien. — Lois et institutions protectrices des classes pauvres et souffrantes. — Les efforts des philosophes et des jurisconsultes insuffisants pour remédier à la dissolution morale du monde romain. — Le stoicisme, doctrine individuelle, abstraite et idéale, ne descend pas dans les mœurs. — Épictète désespère de trouver un stoïcien véritable.
Dès le commencement du Ile siècle, le christianisme commença à se heurter aux lois de l’empire et à entrer en lutte avec la société païenne.
Quel était le terrain sur lequel il aïlait combattre Ὁ quel était l’état des âmes et des esprits? Opposer la force à la foi, c’est peu, si cette force n’est pas au service d’une foi opposée. Or, y avait-il dans l’empire, dans la première moitié du Ie siècle, une foi religieuse on des convictions philosophiques ? |
On aurait quelque peine à dire en quoi consistait alors le polythéisme. Les magistrats romains entendaient par
LVI INTRODUCTION
la religion de l’État l’ensemble des cultes reconnus et autorisés par les lois; mais, en vérité, rien n’était plus divers que ces cultes. La simplicité et la sévérité de la religion antique s'étaient profondément altérées avec la conquête, La politique constante du sénat avait toujours été de laisser aux nations soumises leurs mœurs et leurs coutumes religieuses, quand elles n’étaient pas un danger pour la paix publique, un scandale trop éclatant pour la morale, et qu’elles ne se présentaient pas avec un carac- ε tère d'exclusion décidée et de propagande hostile. Bien plus, le Panthéon romain s'était ouvert complaisamment à une multitude de dieux étrangers. Les divinités de la Grèce avaient recu droit de cité à Rome avec les arts et la poésie. Celles de la Thrace, de l'Égypte et de l'Orient s’y étaient établies l’une après l’autre et avaient dans presque toutes les grandes villes de l'Italie des temples respectés. L’apothéose faisait de chaque empereur mort un dieu nouveau; et parfois même le prince se faisait dresser un temple, instituait un collége de prêtres pour servir ses autels, et usurpait de son vivant des honneurs que la servilité publique ne lui marchandait pas. Il y en avait de tout sexe, de tout âge et de toute forme : il y en avait pour présider à tous les éléments et à toutes les puissances de la nature, à tous les événements de la vie, à toutes les passions de l’âme humaine, À côté des douze grands “ dieux, les doyens de l’Olympe antique et de leur poétique famille de demi-dieux et de héros, une foule de divinités