AVANT-PROPOS. III
nobles esprits formés dans les écoles des philosophes, devenus chrétiens et restés en même temps philosophes, à la fois serviteurs du Christ et apôtres de la raison, se font ses avocats devant la phiosophie profane et la société paienne qu’ils ont abandonnées.
Ce sont les Apologistes.
Dans cette œuvre de justification du christianisme, les Grecs prirent la parole les premiers. Le génie grec, de tout temps curieux des choses de lesprit, et naturellement porté vers les spéculations métaphysiques, était bien fait pour ce rôle. L'Église latine parla plus tard. Le génie romain, duquel elle participait, génie pratique, formaliste, ennemi des subtilités, et qui n'avait su goûter de la philosophie que ce qui regarde la règle des mœurs et la conduite de la vie, s’accommodait mal aux questions de théologie et aux discussions religieuses. Aussi, dans l'Église d'Occident, les apologistes sont des hommes d'action, des avocats et des jurisconsultes, et non des philosophes. Ils défendent moins la doctrine qu'ils ne pladent la cause des personnes. Par la bouche de Tertullien, leur plus vigoureux cham-
pion, ils répudient la raison humaine comme une