‹ Saint JustinChapitre 20 sur 62 · CH. 11. — ÉTAT MORAL DE L’EMPIRE. LXXUI · texte numérisé non relu

CH. 11. — ÉTAT MORAL DE L’EMPIRE. LXXUI

et élever de jeunes enfants des deux sexes, auxquels leurs parents ne pouvaient fournir la subsistance (1).

Tout en reconnaissant que l’œuvre de la philosophie n'avait pas été stérile, et que des livres des savants ou de l’ombre des écoles avaient passé dans les masses des idées et des sentiments que le christianisme a fait siens, qu’il adoptait déjà hautement à cette époque et qu'il propageait par le précepte et l’exemple; tout en vénérant les Antonins comme des bienfaiteurs de l'humanité, il faut avouer que leurs lois, leurs ordonnances et leurs établissements étaient de faibles palliatifs pour renouveler la civilisation et remédier à la dissolution morale du vieux monde. Les lois et les constitutions impériales ne pouvaient donner les croyances qui manquaient. Elles étaient ineflicaces même contre les abus qu’elles étaient destinées à réparer. La religion ancienne avait perdu tout crédit. La politique la soutenait à peine, et l’aide que lui prêtait la philosophie n’était pas sincère et, en tout cas, pas assez forte pour la relever. Les subtiles explications des mythes, l’interprétation ingénieuse des cérémonies sacrées, n’étaient pas faites pour la fouie et ne pouvaient rendre aux âmes la foi et la piété. La philosophie était comme toujours le patrimoine de quelques intelligences d’élite ; encore était-

(1) C’est à Nerva, à Trajan, à Adrien et à Antonin qu’il faut faire honneur de cette institution des pueri alimentarii, une des plus remarquables de l’empire. Jules Capitolin en parle dans 58 Vie d’Antonin, à propos de la mort de Foustine.

LXXIV INTRODUCTION

elle une lettre morte pour la plupart de ceux qui faisaient profession de l’enseigner. Les leçons des philosophes ne pouvaient pénétrer dans la foule. Le stoïcisme était plutôt une doctrine individuelle que sociale : il isolait l’homme en lui-même, il creusait au fond de son âme un foyer d'indépendance que les événements extérieurs ne pouvaient troubler.

Et où étaient les vrais stoïciens ? Où étaient les hommes qui portaient dans leurs actions l’empreinte vivante de cette noble et pure doctrine? Épictète désespérait de trouver, non pas un stoïcien parfait et achevé, mais seulement l’ébauche d’un stoicien : « Montrez-moi, disait- «il, un homme qui dans la maladie se trouve heu- « reux, qui dans le danger se trouve heureux, qui en « mourant se trouve heureux, qui frappé d’une condam- « nation d’exil se trouve heureux, qui dans l’ignomi- « nie d’une basse condition se trouve heureux... Mon- « trez-moi un homme qui veuille se conformer en tout « à la volonté de Dieu, qui n’accuse jamais ni Dieu ni les « hommes, qui ne soit jamais frustré dans ses désirs, qui « ne soit blessé par aucun événement, qui soit macces- « sible à la colère et à l’envie, incapable de médire d’au- « trui, qui, je le dirai sans plus de détours, désire dé- « pouiller l’homme pour devenir un dieu, et dans ce « misérable corps mortel aspire à entrer en communion « avec Jupiter. Encore une fcis, montrez-moi cet homme ! « Vous ne le pouvez. Pourquoi donc vous tromper vous-

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