‹ Saint JustinChapitre 34 sur 62 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Question de la nature et de la destinée de l’âme.— smmortalité. — wie future. — Feines et récompenses. — æogmes de la fin du monde, de la résurrection et du dernier iugement.

Considérée en elle-même et dans son essence, l’âme, selon saint Justin, est mortelle comme tontes les autres choses qui ont commencé à exister. — Conclusion sloicienne d'un principe platonicien. — L'immortalité est de la part de Dieu nn don ou un châtiment ; elle n’a d'autre fondement que la nécessité d'une sanction après la vie, c'est-à-dire la justice, dont la volonté de Dieu est l'expression souveraine. — Question des peines et des récompenses futures. — Rapport de cette question avec les plus hautes questions de l'ordre moral. — La vie heureuse dans le sein de Dieu proposée comme récompense à ceux qui ont bien vécu, c'est-à-dire conformément à la volonté divine. --- L'immortalité dans les souffrances physiques punira les hommes pervers et criminels. — Dogme de la fin du monde par le feu. — Différence de l'ÉXTUPOGIS stoicienne et de "ἐχπύρωσις chrétienne. — Dogme de la résurrection des morts. — Preuves, analogies et inductions présentées à l'appui de ce dogme pour ce qui regarde les corps. — Nécessité de l'existence du corps pour l'ex-

piation suprême. — Caractère de ce dogme dans saint Justin. — Dogme du dernier jugement. — Le Christ viendra bientôt séparer les bons des méchants, pour donner à

chacun selon ce qu'il a mérité.

ΠΥ a un lien étroit entre la question de la Providence divine et les questions de l’immortalité de l’âme et de la vie future.

Selon saint Justin, l’âme est mortelle de sa nature. Elle possède, en effet, la vie, non par essence, mais par communication ; elle participe de la vie. Elle est, parce que Dieu a voulu qu’elle fût. Engendrée comme le monde, elle est comme lui sujette à la mort (1). L’être incréé seul est immortel de sa nature (2). Si donc l’âme dure

(1) Dial. avec Tryph., ὃ 5, p. 21.

168 Ille PART. — CH. IV. — NATURE ET DESTINÉE

après la mort, c’est par un effet de la volonté divine, par un don de sa bonté et par un décret de sa justice. Si, en effet, après la mort, l’âme rentrait dans le néant, si tout sentiment s’éleignait avec la vie et que la destinée humaine fût consommée, quel avantage pour les méchants (1) qui échapperaient de la sorte aux châtiments que leurs crimes ont mérités ! Quel désordre dans la vie, quand chacun serait assuré de l'impunité et ne redouterait pas la juste sévérité du juge infaillible et inévitable ! Et d’autre part, les hommes justes, qui doivent faire le bien sans doute, non par crainte des châtiments, ni pour recueillir l’éternelle félicité, comme le salaire de leur vertu, mais pour la seule beauté de la vertu (2), ne pourraient recevoir les récompenses qui leur sont dues.

Les âmes vivront donc après la mort, parce que cela est juste et partant nécessaire : celles des bons pour jouir d’un bonheur sans mélange et sans fin ; celles des méchants pour souffrir tout le temps que Dieu voudra, et qu’elles subsistent, et qu’elles soient punies (3).

Telle est, sur la nature et la destinée de l’âme, l’opinion de saint Justin.

L’immortalité de l’âme, dans sa pensée, a pour fondement unique la nécessité de l’expiation pour les méchants et de la récompense pour les bons, c’est-à-dire la notion

τὰ δὲ λοιπὰ πάντα μετὰ τούτον γεννητὰ χαὶ φθαρτά. (Dial avec Tryph., $ 5, p. 26.)

(1) Αλλὰ μὴν οὐδὲ ἀποθνήσγειν φημὶ πάσας τὰς ψυχὰς ἐγώ" ἕρμαιον ὰρ ὡς ἀληθῶς τοῖς χαχοῖς. (Dial. avec Tryph., $ 5, p. 24.)

(2) Apol., I, $ 9, p. 190.

(Dial, avec Tryph., ὃ 4, p. 24, 26.)

DE L’AME, rc. (ENSEIGNEMENT CHRÉTIEN). 169 métaphysique de l’ordre moral. Elle est un effet dela volonté de Dieu, et un acte de sa puissance et de sa justice. Elle repose sur le dogme d’un Dieu rémunérateur et vengeur. Dieu ne peut vouloir que ce qui est juste. Voilà dans quel sens ce qui est juste est en même Lemps nécessaire et identique à la volonté de Dieu.

Les stoïciens, comme on sait, n’admettaient pas l’immortalité de l'âme. Cette opinion de saint Justin, que de sa nature l’âme est mortelle, est-elle une réminiscence de la doctrine stoicienne? Nous ne le pensons pas. Il y ἃ peu de rapport, selon nous, entre la théologie de saint Justin et la métaphysique stoicienne, qu’il accuse lui-même de n'avoir nul souci des choses divines. Dans la doctrine stoicienne, tout ce qui existe est matériel, et par suite, sujet à la mort, qui n’est autre chose qu’une decomposition de parties. L’âme humaine n’est pas exceptée de cette condition générale de lexistence, et par conséquent, elle est mortelle de sa nature. Or, on ne trouve nulle part que saint {0511} ait accepté ce principe stoïcien et qu’il ait regardé l’âme comme matérielle. La mortalité de lâme, dans son opinion, ne suit pas de ce que l’âme est matérielle (il ne l’a dit et ne l’a laissé entendre nulle part), mais de ce qu’elle est engendrée, de ce qu’elle n’existe pas par elie-même, de ce qu’elle est née et ἃ eu un commencement (1) comme le monde.

S'il fallait chercher quelque part une origine à l’opinion de saint Justin sur la nature de l'âme humaine, nous la verrions plus volontiers dans Platon, qui, parlant du

(1 Εἰ OI ee ὃς ὠεν της. ἀνάνγηῃ γαὶ ae Vyveoe VJeyoyÉ year σοὶ οὐχ (1) Εὲ δ᾽ ὁ κύσμος γεννητὸς, avan χαὶ τὰς ψυχὰς γεγονέναι χαὶ οὐχ εἶναί ποι τάχα᾽ διὰ γὰρ τοὺς ανθοώπους ἐγένοντο χαὶ τὰ ἄλλα ζῶᾳ € ἐποι TAZ 1% γὰρ TOUS AVIDHTOUS 2JE τ AL 1 \A .

(Dial, avec Tryph.,S$ 5, p. 24.)

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