CHAPITRE VI
Dbogmes de la Maïissanse, de l’Encarnation et de ia Résurrection du Christ, — Cérémonies chrétiennes. — Haptême, ÆEucharistie. — Æraditions et cérémonies paliennes analogues, d’après saint Justin,
Analogies signalées par saint Justin entre les dogmes les plus mystérieux de la doctrine chrétienne sur la naissance, la vie, la mort et la résurrection du Christ, et certains enseignements ou traditions du paganisme. — Sens de ces rapprochements. — Manière dont saint Justin les explique. — Hypothèse des emprunts faits par les Grecs aux livres sacrés des Hébreux. — Analogies signalées par saint Justin entre les rites chrétiens et certains usages religieux du paganisme. — Baptême chrétien. — Ablutions lustrales des païens. — Sens symbolique et mystique du baptême chrétien et des lustrations païennes. — Eucharistie chrétienne. — Oblation du pain, du vin et de l'eau dans les mystères mithriaques. — Analogie tout extérieure.
Il y a dans la doctrine chrétienne des dogmes mystérieux qui relèvent de lautorité seule, et sur lesquels la raison ne peut s'exercer : ils sont l’objet de la foi et non du raisonnement.
Tels sont les dogmes de la Naissance, de l’Incarnation et de la Résurrection du Christ.
Saint Justin cependant, sans craindre de ravaler par d’indignes rapprochements le divin fondateur de la doctrine chrétienne, a été chercher dans la mythologie paienne des arguments et des analogies pour justifier ces dogmes : « Quand nous disons que le Verbe, qui est le « premier-né de Dieu, Jésus-Christ, notre maitre, est né « en dehors de la loi commune, qu'il ἃ été crucifé, qu'il « est mort, est ressuscité et est monté au ciel, nous n’ap- « portons rien de nouveau et qui n’ait été dit déjà de
CHRÉTIENS. — LÉGENDES ET RITES PAIENS. 215 « Ceux qui passent parmi vous pour les fils de Jupiter (1). « Vous savez, en effet, combien les écrivains qui sont en « honneur parmi vous attribuent de fils à Jupiter : Mer- « cure, verbe messager et interprète (2), et maitre de tous « les arts; Esculape, médecin, qui est monté au ciel après « avoir été frappé de la foudre, et les autres qui prirent « le même chemin : Bacchus, après avoir été mis en « pièces ; Hercule, après s’être livré aux flammes du bù- « cher pour se soustraire à ses travaux ; les Dioscures, « enfantés par Léda ; Persée, par Danaé ; Bellérophon, « enfin, qui, issu d’un sang mortel, fut élevé au ciel sur « le cheval Pégase. Parlerons-nous d’Ariane, et de tous « ceux qui, comme elle, furent admis dans le séjour des « astres? Parlerons-nous de vos empereurs, auxquels « vous accordez, à leur mort, les honneurs de l’apothéose, « produisant des témoins qui affirment par serment avoir « vu César s'élever au ciel du milieu des flammes du bü- « cher où son corps est brûlé (6) « Le fils de Dieu, appelé Jésus, encore qu'il n’eût été « qu’un homme comme un autre, aurait mérité, par sa « sagesse, d’être appelé fils de Dieu (4), car tous vos au- « teurs appellent Dieu père des hommes et des dieux. « Mais s’il est, comme nous l’enseignons, le Verbe de
-Ὁ- . « ι. - ’ - -" »᾽ , (1 Τῷ δὲ χαὶ τὸν λόγον, 0 EGTL πρῶτον γεννημά τοῦ θεοῦ, ἄνξυ ἐπι- ͵ ’ (TES » = ” = x x Q 9°? » “τω μιξίας φάσχειν ἡμᾶς γεγεννῆσθαι Ι͂σοῦν Χριστον τὸν ὀιηάσχαλον ἡμῶν, χαὶ τουτον σταυρωθέντα χαὶ ἀποθανόντα χαὶ ἀναστάντα ἀνεληλυθέναι εἰς " 9 4 , U -» ᾽ [ »" Ne ! ε U ra * , τὸν οὐρανὸν, οὐ παρὰ τοῦς παρ᾽ ὑμῖν λεγομένους ὑιοὺς τῷ Διΐ χαινόν τι φέρομεν. (4γΡο01.1, $ 21, p. 54.) € P* 1 “, e EP , δ' ᾿ (3) Ἑρμῶν μὲν λόγον τὸν ἑρμηνευτικῦν. (1δ14.) (3) Apol. 1, $ 21, p. 54.
ς᾽ ἢ Ξ- 3 ” ’ HT aure » 5 ᾿ (4) Υἱὸς δὲ θεοῦ ὁ Τησοῦς λεγόμενος, εἰ χαὶ χοινῶς μόνον ἄνθρωπος, διὰ σοφίαν ἄξιος ὑιὸς θεοῦ λέγεσθαι" πατέρα γὰρ ἀνδρῶν τε θεῶν τε πάντες
συγγραφεῖς τὸν θεὸν χαλοῦσιν. (Apol. I, ὃ 22, p. 58.)
216 IIIe PART. -— CH. VI. — MYSTÈRES ET RITES
« Dieu, né de Dieu d’une manière extraordinaire, et tout « à fait en dehors de la voie commune, nous ne faisons, « Je le dis encore, que répéter ce que vous racontez de « Mercure, ce Verbe messager de Dieu. Si on nous re- « proche de raconter qu’il ἃ été crucifié, en cela, nous « ne faisons encore que dire de lui ce que vous dites « aussi des fils de Jupiter, dont nous avons parlé plus « haut, et qui n’ont pas échappé aux souffrances. Nous « tenons qu’il est né d’une vierge ; vous dites la même « chose de Persée ; nous racontons qu’il ἃ guéri des boi- « teux et des paralytiques, rendu les malades à la santé, « rappelé les morts à la vie: vous faites les mêmes ré- « cits d’Esculape, et lui attribuez des actions sem- « blables (1). »
Bien que ce zèle religieux, que nous appelons prosélyusme, fût étranger aux Romains, toute nouveauté religieuse leur était suspecle, surtout quand ils n’y trouvaient pas cet esprit de docilité et de conciliation qui leur permettait de loger les nouveaux dieux dans leur Panthéon. Ils n'avaient pas admis sans résistance les dieux de l'Orient, et si, de guerre lasse, ils les avaient reçus à la fin, c’est qu'ils avaient pu voir dans ces dieux, sous des noms étrangers, les anciennes divinités qui étaient, de
(1) Ec δὲ χαὲ ἰδίως παρὰ τὴν κοινὴν γένεσιν γεγενῆσθαί αὐτὸν ἐκ θεοῦ λέγομεν λόγον θεοῦ, ὡς προέφημεν, χοινὸν τοῦτο ἔστω ὑμῖν τοῖς τὸν Ἑρμῆν λόγον τὸν παρὰ θΞοῦ ἀγγελτιχὸν λέγουσιν. Εἰ δὲ αἰτιάσαιτό τις ἐσταυρῶσθαι αὐτὸν, χαὶ τοῦτο χοινὸν τοῖς προχατηριθμιηνένοις παθοῦσιν υἱοῖς χαθ᾽ ὑμᾶς τοῦ Διὸς ὑπάρχει... Εἰ δὲ χαὶ διὰ παρθένου γεγεννῆσθαι φέρομεν, κοινὸν καὶ τοῦτο πρὸς τὸν Περσέα. ἔστω ὑμῖν. Or δὲ λέγομεν χωλοὺς χαὶ παραλυτιχοὺς καὶ ἐχ γενετῆς πονηροὺς ὑγιεῖς πεποιηχέναι αὐτὸν χαὶ νεχροὺς ἀνεγεῖραι; ὅμοια τοῖς ὑπ᾽ ἀσχληπιοῦ γεγενῆσθαι λεγομένοις καὶ ταῦτα φάσχειν δόξομ.:". (Apol. 1, $ 22,-p. 58, 60.)
CHRÉTIENS. — LÉGENDES ET RITES PAIENS. 217 temps immémorial, en possession du respect et de l’adoration publiques, et qu’ils avaient pu les faire entrer dans leur système religieux, comme les membres dispersés d’une même famille.
Si donc saint Justin rapproche et assimile, en quelque sorte, les récits chrétiens sur la naissance, la vie, la mort et la résurrection du Christ, et les traditions mythologiques du paganisme, s’il indique entre les uns et les autres des analogies extérieures, ce n’est pas, assurément, qu'il veuille mettre le christianisme sur le même pied que la religion païenne, ou qu’il cherche dans cette dernière un fondement et un appui aux enseignements chrétiens ; 11 veut simplement justifier le christianisme de deux reproches : [6 reproche de nouveauté et le reproche d’absurdité. Ces passages, à notre avis, sont tout polémiques. En voici le sens :
Les adorateurs de Jupiter et des dieux ne peuvent croire que Dieu ait eu un fils; mais ils appellent Jupiter le père des dieux et des hommes ; ils professent et enseignent que Jupiter à eu plusieurs fils ; — ils ne peuvent croire que ce fils de Dieu soit né d’une vierge, d’une façon surnaturelle : mais ils le croient de Persée; — que ce Fils de Dieu ait vécu sur la terre, guéri des malades et rappelé des morts à la vie; mais ils le racontent et l’enseignent d'Esculape ; — que ce Fils de Dieu ait souffert et soit mort sur la croix; mais ils le croient et le disent de Bacchus, d’'Hercule et de beaucoup d’autres; — qu’il soit ressuscité et soit monté au ciel; mais ils le croient et le disent d’une foule de demi--dieux et de héros; ils le croient et le disent de leurs empereurs mêmes, auxquels ils ouvrent si complaisamment les portes du ciel après leur mort. Comment donc les récits chrétiens sont-ils ab-
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surdes, extravagants, impies, contraires aux lois de l’État, tandis que les traditions païennes analogues sont conformes à la raison, à la piété et aux lois de l’État ? Quelle est cette inconséquence de mépriser et de condamner les enseignements chrétiens, quand on reçoit et qu’on vénère des enseignements tout semblables ?
Au reste, s’il y a des imitateurs et des plagiaires, ce sont les païens et non les chrétiens ; s’il y a quelque nouveauté, c’est du côté des païens, et non du côté des chrétiens.
Les poètes et les mythologues du paganisme, en effet, ont élé puiser leurs enseignements dans les livres des prophètes, et en particulier de Moïse, plus ancien, comme on sait, que tous les écrivains profanes. C’est là qu'ils ont trouvé la vérité, qu’ils ont si souvent altérée, faute de la comprendre. Ainsi, il est question, dans les livres saints, du Fils de Dieu : ils ont donné des fils à Jupiter. — Il y est question des souffrances du Fils de Dieu et de son ascension dans le ciel ; ils ont imaginé de faire déchirer Bacchus et de le faire monter au ciel, et de même pour Bellérophon. — Il y est prédit que le Fils de Dieu devait naître d’une vierge ; ils ont fait naître Persée de la sorte. — Il y est prédit que le Fils de Dieu guérirait des malades et ressusciterait des morts; ils ont inventé Esculape (1). Telle est la manière dont saint Jusun explique les analogies qu’il ἃ lui-même indiquées entre les légendes du paganisme et les enseignements chrétiens, sur la personne de Jésus-Christ.
Assurément, 1l n’est rien de plus arbitraire que cette explication. C’est une affirmation gratuite de prétendre que les Grecs ont eu connaissance des livres de Moïse, et
(1) Apol. 1, 8 54, p. 126, 138, 150.
CHRÉTIENS. — LÉGENDES ET RITES PAIENS. 219 on peut s'étonner d'autant plus de la trouver dans ja bouche de saint Justin, qu’il a reçu, comme on sait, une culture grecque bien plus qu’hébraïque. En outre, le philosophe chrétien, pour expliquer son hypothèse d’emprunts faits par les Grecs à Moïse et aux prophètes, fait honneur à ces derniers de plusieurs choses qui ne se trouvent pas très-clairement dans leurs écrits.
C’est de la même façon que saint Justin explique l’analogie des rites chrétiens et de certains usages religieux de la religion païenne.
L'eau lustrale du baptême est répandue sur le fidèle comme la marque de sa purification et de sa consécration, car 1l est écrit: « Lavez-vous, purifiez-vous, faites « disparaitre de vos âmes toute perversité.. Et quand « vos péchés seraient comme l’écarlate, je vous rendrai « blancs comme la laine; et quand ils seraient comme le « vermillon, je vous rendrai blancs comme la neige (1). » Et le Christ lui-même a dit : « Si vous n’êtes régénérés, « vous n’entrerez pas dans le royaume des cieux (2). »
« Les démons, ajoute saint Justin, savaient qu’un pro- « phète (Isaïe) avait parlé de ce baptême. Alors ils ont « institué que ceux qui entreraient dans leurs temples « pour leur sacrifier et leur offrir des libations ou la « fumée des victimes, se purifieraient par des ablutions « d’eau. Ils obtiennent encore de leurs adorateurs qu’a- « vant de quitter leur maison pour se rendre dans les « temples où 115 ont des autels, ils se purifient (3). »
(1) Isaïe, 1, xvr, 20, cité par saint Justin, Apol. 1, $ ΟἹ, p. 144.
(2) Apol. I, $ 61, p. 144. — Ce passage se trouve dans saint Jean, ΠῚ, ΠΙ, 5; mais les deux versets de saint Jean sont un peu différents de la citation qu’en fait saint Justin.
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Et de même lorsque le chrétien nouvellement initié a reçu l’aspersion régénétratrice du baptême, on lui distribue comme aux autres fidèles du pain, du vin et de l’eau consacrés par des actions de grâces... C'est ce que les mauvais démons ont essayé d’imiter dans les mystères de Mithra. Vous savez ou vous pouvez savoir que, dans la célébration de ses mystères, on présente à l'initié du pain et de l’eau sur lesquels certaines paroles sacramentelles ont été prononcées (1).
Ainsi le Baptême et l’Eucharistie des chrétiens ne sont pas choses nouvelles : le Baptême, selon saint Justin, est tout à fait analogue aux ablutions et aux lustrations si fort en usage dans la religion païenne ; et l’Eucharistie à la distribution du pain, du vin et de l’eau consacrés, qui était une des cérémonies du culte de Mithra.
Longtemps avant l’ère chrétienne, on avait dit que l’âme pure peut seule communiquer avec Dieu, et qu'il ne convient pas à l’homme de bien, et encore moins à Dieu, de recevoir les dons que lui présente une main souillée de crimes. On avait dit qu’il faut s’approcher des autels avec un cœur pur. Or, en tout temps et en tout pays les ablutions ont été regardées comme les signes extérieurs de la purification de l'âme (2). Voilà l’origine des
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λοῦντας" τέλεον δὲ καὶ λούεσθαι ἀπιόντας πρὶν ἐλθεῖν ἐπὶ τὰ ἱερά, ἔνθα ἴδρυνται, ἐνεργοῦσιν. (Apol. I, $ 62, p. 146.)
(1) ὅπερ χαὶ ἐν τοῖς τοῦ Μίθρα μυστηρίοις παρέδωχαν γίνεσθαι μιμὴσάμενοι οἱ πονηροὶ δαίμονες" ὅτι γὰρ ἄρτος χαὶ ποτήριον ὕδατος τίθεται ἐν ταῖς τοῦ μυουμένου τελεταῖς, μετ᾽ ἐπιλόγων τινῶν, ἢ ἐπίστασθε ἢ μαθεῖν δύνασθε. (Apol. 1, $ 66, p. 158.) |
(2) « Corporum lustratio symbolica fuit ceremonia interiarem animæ purgationem adumbraus, » (J. LOMEIER, De lustral. Veler. Gentil. p.195.)
CHRÉTIENS. — LÉGENDES ET RITES PAIENS. 221 lustrations et des purifications par l’eau pure ou salée qui étaient d'usage dans la religion juive et dans la religion paienne. Il n’est pas besoin de chercher des inventeurs et des plagiaires.
Le baptême chrétien a-t-il un sens mystique plus profond ? Ce n’est pas, comme on sait, une simple aspersion d’eau lustrale, c’est le symbole de la régénération morale : c’est la marque de l'initiation au christianisme. Nul n’est chrétien qui n’a reçu la sainte aspersion. Les lustrations et les purifications par l’eau avaient le même sens dans la religion paienne.
On se purifiait avec de l’eau consacrée avant de prendre part à un sacrifice, avant d’assister à une cérémonie religieuse, avant même de pénétrer dans l’intérieur du temple. Templa cum adire disponitis, dit Arnobe (Advers. (rentes, Liv. ὙΠ), ab omnivos labe puros, lautos, castissimosque præstatis (1).
Des lustrations plus ou moins répétées précédaient aussi l’initiation aux mystères sacrés.
Avant d'admettre aux mystères, les Gentils soumettent Pinitié à des ablutions lustrales, pour le purifier comme il convient de faire à des hommes qui abandonnent l'erreur et l’impiété pour embrasser la vérité (2). Toute initiation commence par des purifications publiques et secrètes (3)
(1) Τῶν μυστηρίων τῶν παρ᾽ Ελλησιν ἄρχει μὲν τὰ καθάρσια. καθάπερ χαὶ τοῖς βαρθάροις τὸ λοῦτρον. (CLÉM. d’Alex., Strom., liv. v.)
Voir le chap. xvi de l'ouvrage cité plus haut, De lustrat. Veler. Gent.
(2) Ἐπεὶ 71 πρὸ τῆς μυστηρίων παραδόσεως χαθαρμούς τινας προσάγειν τοῖς μυεῖσθαι μέλλουσιν ἀξιοῦσιν ὡς δέον τὴν ἄθεον ἀποθεμένους δόξαν, ἐπὶ τὴν ἀληθῆ πρέπεσθαι παράδοσιν. (CLÉM. d’Alex., Strom., liv. VI.)
αἱ ἀποῤῥητότερα: μετὰ ταύτας (Olympiodore.)
222 Ille PART. — CH. VI. — MYSTÈRES ET RITES
Avant d’être initié aux mystères d’Isis, Apulée passe par les ablutions ordonnées (1). Il en était de même dans les mystères d'Osiris et dans ceux de Mithra (2). Tertullien l’atteste dans son traité du baptême, tout en déclarant qne les lustrations païennes sont sans vertu, et que c’est dans le seul baptême chrétien que l’âme est lavée et purifiée par l’eau répandue sur le corps (3). Aïlleurs, 1 déclare que c’est le diable qui ἃ pris à tâche d’imiter dans les mystères des faux dieux les saintes cérémonies de la religion chrétienne. « C’est lui qui plonge aussi « dans l’eau ses adorateurs et leur fait accroire qu'ils « trouveront dans ce bain l’expiation de leurs crimes ; il « marque au front les soldats de Mithra lorsqu'on les « initie; il célèbre l’oblation du pain (4. »
Il ne s’agit pas ici, on le comprend, de comparer la vertu des lustrations chrétiennes et la vertu des lustrations paiennes, mais seulement de signaler avec saint Justin, et après lui, l’analogie de ces rites considérés en eux-mêmes, en ajoutant que bien longtemps avant l'institution du baptême chrétien, l’eau lustrale servait aux purifications et aux initiations religieuses dans la religion païenne. Or, on sait que l'initiation seule donnait le droit de prendre part et d'assister aux mystères sacrés, et que c’était un
(1) « Jamque tempore, ut aïebat sacerdos, id postulante, stipatum me religiosa cohorte deducit ad proximas balneas ; et prius sueto lavacro traditum præfatus Deum veniam purissime circumrorans abluit. » (ApuL., Métamorph., lib. 11.)
(2) Τῶν ἱερῶν ἀεὶ προπομπεύει τὸ ὑδρεῖον ἐπὶ τιμῇ τοῦ θεοῦ. (PLUT., De Isid. et Osirid.)
(3) « Viduis aquis sibi mentiuntur : nam et sacris quibusdam per lavacrum initiantur, Isidis cujusdam aut Mithræ. » (TERT., De Βαρί.. ch. 5.)
(4) De præscript., XL.
CHRÉTIENS. — LÉGENDES ET RITES PAIENS. 293 sacrilége, quelquefois puni très-sévèrement (1), que de pénétrer dans le sanctuaire sans avoir été auparavant purifié. C’est le sens du mot ἑχὰς ἔστε βέδηλοι,. hors d'ici les profanes, c’est-à-dire les impurs, les infidèles, les non initiés. |
On peut le dire cependant, les chrétiens n’ont pas plus emprunté l’ablution du baptême aux païens, que ceux-ci n’ont emprunté leurs lustrations aux Juifs. De pareilles institutions peuvent sortir naturellement chez plusieurs peuples à la fois, du fonds commun de l’esprit humain, sans qu’il soit nécessaire d’expliquer l’analogie par l’imitation.
Quant à l’oblation du pain et d’eau qui avait lieu après les épreuves redoutables de linitiation aux mystères de Mithra, elle n’a avec l’Eucharistie chrétienne qu’une ressemblance tout extérieure. Et assurément la communion mithriaque, qui se célébrait en Perse plusieurs siècles . avant l’ère chrétienne, ne vient pas des chrétiens.
(1) « Athenis duo juvenes Acarnanes per initiorum dies non initiati, templum Cereris, imprudentes religionis cum cætera turba ingressi sunt, Facile eos sermo prodidit, absurde quædam percunctantes : deductique ad antistites templi quum palam esset per errorem ingressos, tanquam ob scelus infandum interfecti sunt. » (TITE-LIVE, xxx, 14.)
On sait comme Cicéron insiste sur la violation des mystères de la bonne déesse par Clodius.
224 Ille PART. — CH. VII. — DÉMONOLOGIE PAIENNE.