‹ Saint JustinChapitre 38 sur 62 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

Dbémonologie païenne. — H»émonologie chrétienne.

Esquisse de démonologie qu'on peut recueillir dans saint Justin. — Natures intermédiaires entre Dieu et l’homme. — Séparation par suite d'une chute de ces êtres-en bons et en mauvais anges. — Mission et rôle des bons anges. — Mauvais anges, principe de l'erreur et du mal dans le monde. — La croyance aux démons fait le fond du polythéisme. — Bons et mauvais démons. — La théologie d'Homère et d'Hésiode transformée en démonologie par Pythagore et Platon, pour sauver l'immutabilité et la majesté de la nature divine. — Analogie et différence du système démonologique chrélien et des systèmes grec et romain. — Ressemblance plus profonde entre la conception chrétienne et la conception persane. — Identité de Satan et d'Ahriman.

Nous avons, jusqu'ici, suivi pas à pas saint Justin dans les divers rapprochements qu’il se plaît à établir entre les dogmes chrétiens et les doctrines philosophiques ou religieuses du paganisme. Nous compléterons sa pensée en mettant en parallèle la démonologie chrétienne et la démonologie paienne. |

Saint Justin enseigne que Dieu a créé certaines natures intermédiaires, supérieures à l’homme, mais douées, comme lui, de liberté. Parmi ces êtres, les uns ont fait un bon usage de leur liberté et jouissent, en récompense, de l’éternelle béatitude. Ce sont les bons démons ou les anges. Îls assistent Dieu; ils forment, en quelque sorte, sa cour; ils sont les ministres assidus de ses volontés, les messagers et les exécuteurs de ses décrets. Dieu ἃ commis chacun d’eux au gouvernement des choses et des hommes. Les autres ont mal usé de leur liberté et ont,

DÉMONOLOGIE CHRÉTIENNE. 225 en punition de leurs fautes, été exilés loin de Dieu : ce sont les mauvais démons. Leur chef est Satan, Ils sont le principe de toute espèce de mal, les instituteurs et les objets de l'idolâtrie, les ennemis et les persécuteurs de la vérité et de la vertu. Ce sont eux qui suggèrent les pensées coupables et les actions mauvaises. Au jour du jugement, ils seront précipités dans les flammes éternelles.

Telle est l’esquisse de démonologie qu’on peut tirer de saint Justin. Cette démonologie, considérée dans ses traits principaux, est-elle absolument nouvelle et entièrement originale? La croyance aux démons fait le fond du paganisme. Dans le polythéisme grec et romain, la terre est unie au ciel, si je puis dire, par une série innombrable de divinités de tout ordre, de toute espèce et de toute nature qui forment comme une chaine sans fin. Au sommet de la hiérarchie sont les dieux supérieurs dont le père et le souverain est Ζεύς ou Jupiter, le dieu bon et grand par excellence, investi de la puissance suprême, et résumant en lui toutes les attributions et tout le pouvoir des autres dieux (1). À l’autre extrémité sont des êtres d’une essence subtile, éthérée, surhumaine, inférieurs aux dieux, mais fort au-dessus des hommes, suspendus et flottants, pour ainsi dire, entre le ciel et la terre, et mélés à toutes les choses et à toutes les actions de la vie humaine : ce sont les démons ou génies. Dans Homère, le mot démon est l’appellation générale des dieux, et ne sert pas à désigner ces divinités subalternes. Depuis Hésiode, il prend ce sens spécial ; il s’en faut, cependant, que la démolologie paienne soit formée et

(1) Unde nil majus generatur inso

Nec viget quidquam simile ant sccundum.

(HORACE, Odes, 1, ΧΙ, v. 17.)

226 Ille PART. — CH. VII. — DÉMONOLOGIE PAIENNE.

constituée à cette époque. Selon le poète théologien, les démons sont des esprits purs qui habitent sur la terre où ils sont, en quelque sorte, les organes de la Providence, les gardiens et les protecteurs de la vie, et les dispensateurs des faveurs célestes (1).

Bientôt le nombre des démons se multiplia : chaque pays, chaque cité, chaque maison, chaque individu eut ses démons ou génies familiers. L'univers, selon Héraclite, est peuplé de démons (2). La superstition, et peut-être aussi le besoin d'expliquer l’action de Dieu dans le monde, et le mal qui désole la terre sous tant de formes, donna naissance à la doctrine des bons et des mauvais démons (3). Les premiers sont les messagers, les interprètes et les serviteurs de Dieu, autrement dit, les manifestations diverses, et les personnifications de sa puissance. Ils portent à Dieu les prières et les vœux des mortels, et rapportent aux mortels les bienfaits et les dons de Dieu. Ils ‘administrent le monde, et prennent soin de la vie humaine. C’est un bon démon qui, la veille de Cannes,

(1) Toi μὲν δαιμονές εἰσι Διὸς μεγάλου διὰ βουλὰς Ἐσθλοὶ, ἐπιχθόνιοι, φύλαχες θνητῶν ἀνθρώπων Οἵ ῥα φυλάσσουσι τε δίχας χαὶ σχέτλια ἔργα Hépa ἐσσάμενοι, πάντη φοιτῶντες ἐπ᾽ dan Πλουτοδόται" χαὶ τοῦτο γέρας βασιλήϊον ἔσχον. {(ΠΕϑι100., op., et dies v. 121.)

(2) Kai πάντα ψυχῶν εἶναι χαὶ δαιμόνων πλήρη.

(3) Plutarque atteste (De 1514. el Osir.) que cette croyance à deux divinités contraires et ennemies, dont l’une est le principe du mal οἱ l’autre dn bien, est fort ancienne οἱ dérive d’une tradition dont on ignore la source : Παμπάλαιος.... δύξα τὴν ἀδέσποτον ἔχουσα, τὴν δὲ πίστιν ἰσχυρὰν χαὶ δυσεξάλειπτον οὐκ ἐν λύγοις μόνον, οὐδὲ ἐν φήμαις ἀλλὰ

[4 an « ἀεὶ ἔν τε τελεταῖς ἔν τε θυσίαις, χαὶ βαρθάροις χαὶ Ελλησι πολλαχοῦ περιφερο-

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