‹ Saint JustinChapitre 44 sur 62 · CI LS · texte numérisé non relu

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CHRÉTIENS AU Ile SIÈCLE. 211

n’a eu d'autre prétention que de railler. Sa seule arme, en effet, est l’ironie. Hermias s’amuse à opposer les unes aux autres les sectes et les doctrines philosophiques, en les effleurant, sans prendre la peine d’entamer aucune discussion, et sans conclure autrement que les sophistes contemporains de Socrate.

La philosophie remue de grandes questions. Qu'est-ce que l’âme humaine ? Quelle est sa nature propre et son essence ? Tous les philosophes de la Grèce répondent à leur tour. Tous se contredisent ; autant d’hommes, autant d'avis différents. Où se prendre au milieu de ce choc d'opinions opposées ?

Sont-ils plus d'accord sur la conduite de la vie, sur les destinées de l’âme? Tant s’en faut. Chacun ἃ sur chaque question une réponse que tous les autres contredisent comme à l’envi. « Que dire de tous ces systèmes et com- « ment les désigner ? Est-ce chimère, folie, extravagance, « confusion, ou tout cela à la fois (1)? »

Les philosophes sont-ils plus heureux quand il s’agit de Dieu et du monde? Ils ne s'entendent pas plus sur les principes des choses que sur la nature, la fin et les destinées de l’âme humaine.

Hermias fait comparaître tour à tour, pêle-mêle, sans ordre de date ni d'écoles, Anaxagore, Parménide, Mélissus, Anaximène, Empédocle, Protagoras, Thalès, Anaximandre, Archélaüs, Platon, Aristote, Phérécyde, Leucippe, Démocrite, Héraclite, Épicure, Cléanthe, Carnéade, Clitomaque. Ils défilent devant lui comme des personnages de comédie ou comme des accusés. Chacun d’eux expose

A μανίαν ἢ στάσιν, ἡ ὁμοῦ πάντα (HERMIAS, 8 2.)

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son système en deux mots. On les entend se combattre, se démentir, se traiter réciproquement de rêveurs et d’artisans de chimères. Tout cela, dit Hermias, n’est que ténèbres, noire tromperie, erreur infinie, imaginations sans règle et incommensurable ignorance (1).

Voici la conclusion de l’ouvrage : « J'ai tracé cet es- « quisse, dit l’écrivain satyrique, pour mettre au jour « opposition qu'il y a entreles opinions des philosophes, « le vague infini où se perdent toutes leurs recherches, « le manque de solidité et de clarté de la fin qu'ils « se proposent, faute d’avoir une base fixe et d’être « éclairés par la lumière de la raison (2). »

Disons-le une fois de plus, sans la mention et la citation de saint Paul faite à la première ligne de ce petit écrit, on n'aurait aucune raison bien solide d'affirmer que son auteur füt chrétien. Ce ne sont pas les chrétiens qui ont le plus maltraité les philosophes à cette époque, et Lucien les ἃ plus bafoués à lui seul que tous les docteurs chrétiens ses contemporains, pris ensemble. Mais cette mention est une preuve suflisante. L'auteur était chrétien et ennemi des philosophes, cela est encore moins douteux. Ce n’esl pas sans raison que nous l’avons rangé dans le camp de Tatien; car son opuscule n’est autre chose qu’une piquante amplification d’un passage de Tatien que nous avons cité plus haut, et où dans la même forme, le disciple de saint Justin accuse l’opposition des doctrines philosophiques : « Tu adoptes les opinions de

(1) Hôn γάρ μοι σχοτὸος ἀγνοίας ἅπαντα, χαὶ ἀπάτη μέλαινα, καὶ ἄπειρος πλάνη, καὶ ἀτελὴς φαντασία, καὶ ἀκατάληπτος ἄγνοια. (HERMIAS, 8. 10.)

(2) HEerMIAS, $ 10.

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« Platon, voilà qu’un sophiste épicurien te court sus et « crie contre toi (1)... »

Maintenant Hermias est-1l en effet l’auteur de cette satyre ? Où et à quelle époque exacte a-t-il existé? Est-ce dans un but de propagande chrétienne qu’il a écrit? Ce sont toutes questions que nous n’avons pas à résoudre, et pour lesquelles les documents historiques font défaut. Tout au plus pourrait-on répondre à la dernière question que la conclusion de l’opuscule est toute négative, et que s’il s’agit là de conduire une âme au christianisme, c’est par le chemin du scepticisme absolu qu’on l’a voulu faire. La ruine de la raison sert alors au triomphe de la foi, et l'adhésion à la doctrine chrétienne est un acte de désespoir et d’abdication de la raison. Il n’est pas, nous l’avons dit à satiété, de point de vue plus opposé à la doctrine de saint Justin.

Saint Théophile occupe une position intermédiaire entre saint Justin et Athénagore et Tatien. Sans avoir une culture philosophique bien développée ni un goût bien vif pour la philosophie profane, il est en général moins sévère que Tatien pour les entreprises de la raison humaine; et d’un autre côté, 1l est loin de montrer pour les grands noms de l’antiquité grecque cette estime, ou du moins celte réserve de jugement qu’on remarque chez saint Justin et chez Athénagore.

La doctrine de saint Justin sur les rapports naturels de la raison humaine avec la raison divine n’est pas dans saint Théophile ; cependant les idées qu’il expose sur la manière dont l’homme peut s'élever jusqu’à la connaissance de Dieu, quoique n’étant pas revêtues d’une forme

(1) TATIEN, Oratio ad Græcos, loc. cit,

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scientifique, reviennent à la théorie de saint Justin, car elles n’impliquent pas la nécessité d’un secours surnaturel.

« Dieu n’est visible, dit saint Théophile, que pour ceux qui peuvent le voir, c’est-à-dire pour ceux qui ent les yeux de l'esprit ouverts. Sans doute nous avons tous des yeux ; mais 1] en est dont la vue est obscurcie par un nuage, et qui ne peuvent voir la lumière du soleil. Les aveugles n’aperçoivent point cette lumière : en brillet-elle moins dans lunivers ? C’est ainsi que les actes pervers, les péchés, jettent un nuage sur les yeux de l'esprit. L’âme de l’homme doit être pure comme un miroir sans tache; et comme celui-ci ne reproduit point les objets s’il est terni, ainsi l’âme souillée par le péché ne peut voir Dieu (1). Montre done si tu n’es pas adultère, impudique, voleur, brigand, corrupteur de l’enfance, calomniateur, médisant, colère, envieux, arrogant, orgueilleux, meurtrier, avare, sans respect pour les auteurs de tes jours; Dieu ne se fait pas voir à ceux qui sont infectés de ces vices, à moins qu'ils n’aient pris soin de s’en purifier. Voilà les taches et la rouille qui produisent les ténèbres dans l’âme. Les actions mauvaises s’interposent entre l’âme et Dieu, et nous empêchent de l’apercevoir, comme l'humeur arrêtée sur l’œil empêche la lumière du soleil d’y pénétrer (2). »

Plus loin, saint Théophile, après avoir montré que Dieu

est visible dans ses œuvres, et développé la preuve socratique de l’existence de la Providence divine, revient sur cette même idée : « Si vous savez comprendre ce langage,

(1) 5. Ὑπέορη., Ad Aulolyc., 1, 2.

(2) 5. ὙΒέορη., Ad Aulolyc., 1, 2.

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« Ô homme, et si vous menez une vie pure, sainte, irrépro- « chable, vous pouvez voir Dieu (1). » Ceux qui ont vécu saintement et justement, disait saint Justin, ont connu le Christ en partie. L’analogie est assez frappante sans qu’il soit nécessaire d’y insister.

Il faut bien, du reste, que saint Théophile accorde à la raison humaine une sorte d’intuition plus ou moins claire des choses divines, puisque, tout en reprochant assez vivement aux philosophes leurs incertitudes et leurs constantes contradictions, il avoue que parfois ils ont parlé comme les prophètes, particulièrement touchant l'unité de Dieu, sa Providence, l’immortalité de l’âme, le jugement dernier, les châtiments réservés aux méchants (2).

La polémique de saint Théophile contre les systèmes philosophiques est fort superficielle. Elle consiste plus en titres d’accusations qu’en réfutations proprement dites. C’est au reste le caractère général de la critique des apologistes. Il convient de faire ici une exception pour ce qui regarde Platon, dont saint Théophile discute et réfute assez solidement le dualisme, se séparant en cela de saint Justin qui l’adoptait.

« Quant à Platon et à ses sectateurs, ils reconnaissent, « 1] est vrai, un Dieu incréé, père et auteur de toutes « choses ; mais ils établissent en même temps deux prin- « cipes incréés, Dieu et la matière, qu’ils disent coéter- « nels. Si ces deux principes sont également incréés, il « s'ensuit que Dieu n’a pas fait toutes choses, comme les « platoniciens l’enseignent, et l’unité de Dieu qu'ils pré- « tendent reconnaître n’est pas vraie. Ensuite, de même

(1) S. THÉOPH., Ad Aulolyc., 1, 7.

(2) Ad Autolyc., 1, 14; 11, 37, 58.

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« que Dieu, en tant qu’incréé est immuable, ainsila matière, « si elle était incréée, serait immuable et égale à Dieu. « Car ce qui ἃ pris naissance est sujet au changement et « aux vicissitudes, tandis que l'être incréé y échappe « nécessairement. Et que serait la puissance de Dieu, s’il « eût fait le monde d’une matière déjà existante? C’est « le fait de l’ouvrier humain de faire tout ce qu’il lui plait « avec une matère qu’on lui donne. Mais la puissance « de Dieu consiste à tirer du néant tout ce qu’il veut (4). » « À part ce morceau, toute la critique de saint Théophile se résume dans cette accusation générale, qu’on retrouve chez tous les apologistes, les plus sympathiques comme les plus hostiles à la science profane, à savoir que la philosophie grecque ἃ donné des solutions différentes el souvent contraires aux mêmes questions. Seulement saint Théophile insiste plus sur ces contradictions que saint Justin et Athénagore (2), et il confond quelquefois les doctrines qu’il condamne, comme quand il reproche à Pythagore d'enseigner que tout ἃ été fait par les forces de la nature, par un concours fortuit, et que les dieux ne s'occupent nullement des hommes (3). Il y ἃ là deux erreurs de fait, ou bien saint Théophile prend Démocrite pour Pythagore. Il n’est pas mieux avisé ni plus juste quand il dit que Platon regarde les dieux comme formés de matière (4). Mais c’est surtout dans ses appréciations des doc-

(1) Ad Autolyc., τι, 4.

(2) Ad Autolyc., τι, 4, 5, 8, 38 ; πι, 2, 5, 7.

(3) Πυθαγόρας δὲ τοσαῦτα μοχθήσος περὶ θεῶν, χαὶ τὴν ἄνω χάτω πορείαν ποιησάμενος, ἔσχατον ὁρίζει φύσιν χαὶ αὐτοματισμὸν εἶναί φησι τῶν πάντων χαὶ θεοὺς ἀνθρώπων μηδὲν φροντίζειν. (Ad Aulolyc., 1Π|,1.)

(4) Πλάτων καὶ θεοὺς εἰπὼν εἶναι, ὑλιχοὺς αὐτοὺς βούλεται συνιστᾶν. (Ad Aulolyc., ΠΠ,.1.)

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trines morales des anciens que saint Théophile pousse loin le part pris d’injustice. Saint Justin reconnaissait que les stoiciens avaient laissé de beaux et utiles préceptes pour la conduite de la vie. Saint Théophile accuse ces mêmes stoiciens d’avoir autorisé la débauche, l’adultère, l'inceste, l’homicide, l’anthropophagie et les crimes contre nature (1). C’en est assez sans doute pour le mettre à côté de Tatien.

L’évhémérisme fait en partie les frais de la critique que saint Théophile fait du polythéisme.

Les dieux des païens ne sont, selon lui, que des personnages historiques divinisés par leurs descendants. Ils sont nés, ils ont vécu dans certains pays, ils ont eu des enfants, ils sont morts, ils ont été ensevelis. Les poètes et les historiens racontent leurs généalogies et leurs aventures, et ces aventures mêmes sont loin de leur mériter la moindre estime. Les actions les plus coupables et les crimes les plus honteux forment la trame de leur vie. Par conséquent, les statues et les images de ces prétendues divinités qu'on place dans les temples et qu’on adore, sont des œuvres d'imagination que le génie seul des arüstes fait vivre, mais qui, en réalité, ne sont rien de plus que la matière dont ils sont formés (2). Quelle distance entre le Jupiter de la légende païenne nourri sur le mont Ida ou habitant un coin de l’Olympe, etle Dieu véritable présent partout, sans être logé ni circonscrit en aucun, lieu, voyant, entendant et surveillant toutes choses (3)!

Ailleurs saint Théophile semble se souvenir d’un argu-

(1) Ad Aultolyc., τι, 5, ὃ, 6.

(2) Ad Autolyc., 1, 9, 10 ; 11, 2, 3, 7, 8 ; ii, 3, 8. (5) Ad Aulolyc., τι, 5.

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ment de Carnéade contre les dieux populaires : « L’Océan, « dit Homère, d’où sortent les mers et les fleuves, « est le père des dieux. Qui ne sait que l'Océan n’est « qu’une vaste étendue d’eau? Or, s’il n’est que de « l’eau, il ne peut être Dieu. Dieu est l’auteur de toutes « choses et par conséquent de l’eau (1). » La théologie d’Hésiode n’est pas plus raisonnable. Après avoir parlé de la terre, du ciel et de la mer, ce poète prétend que les dieux sont issus de ces éléments, sans nous apprendre d’où viennent ces éléments, quel est leur auteur, qui les a disposés, qui leur ἃ donné l’ordre et les proportions qu’ils possèdent (2).

En somme, toute cette théologie n’est rien qu'un amas de contes absurdes, ridicules et contradictoires, avec lesquels les historiens, les poètes et les philosophes se moquent des autres hommes. Leurs récits prouvent que ces prétendus dieux ne sont que des hommes, et quels hommes! ivrognes, débauchés, homicides, souillés de toutes les infamies que les lois punissent et que la conscience réprouve (3).

Telle est la polémique des docteurs chrétiens du Ife siècle contre la philosophie et la religion paiennes.

Contre la philosophie, ils n’ont qu’un seul argument, celui même des sceptiques, l'opposition des écoles et les contradictions des systèmes. Tatien et Hermias, avec ce seul argument, prétendent triompher de la raison humaine abandonnée à ses seules forces, et la mettre aux abois. Saint Justin et Athénagore, tout en condamnant la diversité des doctrines, sont plus portés à reconnaître dans

(1) Ad Autolyc., τι, 5.

(2) Ad Autolyc., τι, 5, 6.

(3) Ad Aulolyc., τι, 8.

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RE

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chacune d’elle la part de vérité qu’elle recèle; saint Justin par suite de sa théorie de la semence du Verbe répandue dans l'humanité, Athénagore par suite de sa connaissance plus complète et plus profonde de la science profane et de la portée plus philosophique de son esprit. Saint Théophile flotte entre ces deux teñdances et incline peut-être davantage vers le point de vue de Tatien et d'Hermias. Contre le polythéisme, les apoiogistes sont mieux armés et plus forts. Leurs œuvres contiennent tous les matériaux d’une solide réfutation du polythéisme ; seulement il ne faut pas prendre isolément la critique que chacun d’eux a présentée. Il faut au contraire rassembler ces arguments, les compléter et les fortifier les uns par les autres, et former un faisceau de ces éléments épars. Le point de vue où les apologistes se sont placés dans leur polémique est surtout l’évhémérisme. Il s’en faut qu’il soit vrai ainsi exagéré. Il y a dans le polythéisme grec et romain des éléments historiques, physiques, symboliques, astronomiques et poétiques. Les dégager était un travail malaisé. Les apologistes n’y ont pas songé. Là n’était pas leur but principal. Ils ne parlaient du polythéisme qu’en passant ; ils ne l’attaquaient pas pour l'attaquer, mais pour se défendre, et croyaient avec raison qu’ils ruineraient plus sûrement les dogmes et les enseignements du paganisme en exposant leurs dogmes et les préceptes de leur morale que par une polémique en règle et des objections directes et soigneusement élaborées. La comparaison qu’on pouvait faire entre les deux religions était bien plus fatale au polythéisme que les objections les plus fines et les plus savantes. Depuis longtemps la religion païenne était percée à jour. Évhémère avait écrit son Histoire sacrée trois siècles avant Jésus-Christ. Les

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apologistes n’avaient qu’à ouvrir les livres des philosophes pour y trouver des armes contre lidolätrie : ils n'avaient qu’à copier Lucien, qui, à ce moment même, écrivait ses Dialogues satyriques contre les dieux et les philosophes, auxiliaire des chrétiens sans le savoir, et travaillant non dans le même but, mais souvent peut-être à leur profit. Depuis longtemps les sceptiques avaient montré l’opposition des écoles et les contradictions des systèmes philosophiques. La double critique des docteurs chrétiens contre la philosophie et le polythéisme était préparée d’avance. On peut affirmer, à notre avis, qu’ils n’y ont rien ajouté de considérable pour le fond.

Là où les apologistes sont éloquents et vraiment admirables, c’est dans la partie de leur œuvre qui regarde la défense et la justification du christianisme ; c’est quand ils protestent si fièrement au nom du droit, de la justice, de la conscience et de la liberté contre la violence et l’oppression ; c’est quand ils demandent les juges avant les bourreaux ; c’est quand ils opposent leur vraie piété à l'accusation d’athéisme; leur vie simple, leurs mœurs pures, leurs saintes assemblées, dont la charité est l’âme et le lien, aux conciliabules hideux, aux débauches inouies, aux crimes sans nom que leur impute le fanatisme aveugle d’une populace ignorante ; c’est quand ils mettent en parallèle les leçons de leur maitre avec les actions de ceux que leurs ennemis adorent comme des dieux et qu’ils doivent prendre pour modèles.

Entre eux tous saint Justin brille au premier rang, moins parce qu’il a parlé le premier que parce que le premier il sut rendre à la philosophie ancienne un hommage sincère; parce que, loin de montrer pour elle le dédain qu’on a si souvent pour les opinions qu’on a aban-

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données, il eut l’âme assez large et l’esprit assez impartial pour garder entre elle et sa nouvelle croyance un sage équilibre; parce qu’il eut l’art de faire servir cette philosophie, méprisée et condamnée avant lui et après lui par la plupart des docteurs chrétiens, à l'édification et à la défense de la foi qu’il professait comme eux; parce qu’enfin il inaugura dans l’Église une tradition nouvelle, et qu’au lieu d’opposer la philosophie et le christianisme, la foi et la raison, et de creuser un abime entre ces deux maîtresses des âmes, il les considéra comme deux alliées, les fit dériver de la même source, et ne craignit pas de déclarer que le vrai christianisme, même avant l’appariüon du Christ dans le monde, est partout où règne l’amour pur et désintéressé du vrai, et dans la vie la pratique du bien.

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