INTRODUCTION XV
d'ensenible, dont plusieurs traits sont pris au pamphlet qiie le rhéteur Fronton avait publié contre les chrétiens. Mais les accusations une fois posées, nos Apologistes n'en ont pas laissé une seule sans réponse.
Ils leur opposent des démentis indignés. Justin et Tatien s'étendent peu sur ce chapitre; mais Athénagore en fait tout le thème de son apologie, Minucius Félix et Tertullien y consacrent de longs développements. Tous font ressortir ce que ces imputations abominables ont d'inconsistant et d'invraisemblable, au regard de ce qu'est la vie chrétienne véritable. L'athéisme qu'on reproche aux chrétiens n'est pas plus soutenable, au regard de ce qu'est la conception chrétienne de Dieu et du culte spirituel que les chrétiens pratiquent. Enfin, à l'adresse des politiques, de ceux qui veulent s'en tenir aux lois existantes, ils font entendre les revendications supérieures de l'équité et de la conscience. Une fois le christianisme justifié des accusations infamantes dont l'opinion le chargeait, les Apologistes ont beau jeu pour s'élever contre l'intolérance sanglante des lois, et pour réclamer des empereurs, au même titre que les religions licites et que les philosophies, le droit d'être. Les Apologistes mettent à réclamer ce droit une loyauté, une énergie, une éloquence, qui, au milieu de la servilité et de l'insensibilité de l'opinion romaine, donnent à leur attitude une saisissante modernité.
Se défendre n'est pas tout, et la meilleure défense est souvent l'offensive. La société païenne était vraiment mal venue à prêter des crimes aux