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XVI SAINT JUSTIN ET LES APOLOGISTES

chrétiens, et ceux-ci pouvaient aisément, en revanche, tirer argument des désordres dont la société contemporaine les faisait les témoins. Les Apologistes parlent donc de l'immoralité de la vie païenne, de ses crimes, de ses cruautés, des sacrifices sanglants du cirque, des impudicités sans nom qui s'abritent jusque dans les temples (1).

Le paganisme, en tant qu'il est une religion, n'échappe pas davantage à leur critique : le principe irrationnel du polythéisme, les fables de la mythologie, l'abjection de l'idolâtrie, sont attaqués par eux avec une éloquence qui s'alimente aux vieux anathèmes bibliques aussi bien qu'aux diatribes déjà traditionnelles de tels philosophes païens. Cette critique des mœurs et des cultes païens est un thème classique de toutes les apologies : les véhéments, comme Tertullien, s'y livrent avec joie, mais les modérés, comme Justin et Athénagore, y recourent aussi bien. La même tactique sert contre les philosophes : sauf quelques esprits assez philosophiques pour en juger avec sympathie, la plupart des Apologistes se complaisent à dénoncer les incertitudes, les erreurs, les contradictions de leurs systèmes, sou-

1. A. PuECH, p. 42 : « La polémique contre l'immoralité du monde païen était avant eux (les apologistes) un lieu commun de l'apologétique juive (par exemple dans les Oracl s Sibyllins). Chez eux, cette polémique peut avoir parfois son origine dans le morceau célèbre de l'Epître aux Romains (I, 20 et suiv.). Mais ils empruntent, sans le dire, certains traits, aux moralistes grecs. » M. Puech cite un développement de Dion Chrysostome. Il serait curieux de pousser l'étude de ces sources.

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