‹ Saint Justin et les apologistes du second siècleChapitre 114 sur 257 · Ibid., I, 8. Cf · texte numérisé non relu

Ibid., I, 8. Cf

104 l'apologétique des apologistes

Quand la foi est implantée dans une àme, la (|uestion se pose de savoir comment elle peut entrer en rappoit arec nos autres connaissances, jusqu'à quel point elle est compatible avec de nouveaux raisonnements destinés à l'expliquer ou à la justifier. Tous les Apologistes se sont appliqués à réaliser, pour eux-mêmes et pour leurs lecteurs païens, une certaine intelligence de leur foi. Mais ils l'ont surtout fait d'une manière pratique, sans songer ordinairement à dégager les principes directeurs de leur conduite. Il est même curieux de constater que quelques-uns ont regretté, sinon suspecté, cette tendance, convaincus que la foi se suffit et s'impose par ellemême. Ainsi en est-il, par exemple, de l'auteur inconnu à qui nous devons un traité de la Résurrection attribué parfois à saint Justin.

« La doctrine de vérité est libre et indépendante; elle ne veut tomber sous la contrainte d'aucun argument, ni subir auprès de ses auditeurs le contrôle d'aucune démonstration. Sa noblesse et son autorité font un devoir de croire celui qui la donne. Or, la doctrine de vérité est donnée par Dieu : c'est pourquoi son indépendance n'est pas de l'arrogance. Etant donnée avec autorité, elle ne permet pas de demander les preuves de ce qu'elle avance, d'autant qu'il n'y en a pas d'autres en dehors de la vérité ellemême qui est Dieu. Toute démonstration, en effet, est plus forte et plus croyable que la chose à démontrer : ce qu'on ne croyait pas avant la preuve mérite créance après et apparaît tel qu'on

l'SYi IIOI.OGIK UK I.A l'Ol i.")5

l'avait (lit. Or, il n'y a riou de plus fort ni do plus ci'oyaltlo (luc la vérik''. eu sorte que domatid<'r pour elle une démonstration éciuivaudrait à exiger la preuve rationnelle pour les phénomènes qui tombent sous les sens... Nous renvoyons à la vérité las doctrines humaines et terrestres, et c'est par elle que nous jugoons si elles sont mauvaises ou non. Mais la doctrine de vérité, nous ne la jugeons pas par une autre, nous la croyons. Or, la vérité, c'est Dieu, le Père de toutes choses, qui est l'intelligence parfaite. Le Verbe, son Fils, est venu vers nous, revêtu de chair; il s'est révélé lui-même et son Père, il nous a dorme en lui-même la résurrection des morts et ensuite la vie éternelle. C'est Jésus-Christ, notre Sauveur et Maître. C'est donc lui qui, pour luimême et pour tout le reste, est à la fois le motif de croire et la preuve. Voilà pourquoi ses disciples, qui le connaissent, se reposent sur lui, et la foi en lui leur tient lieu de preuve.

» Cependant, puisque l'adversaire ne cesse pas de nous faire la guerre, puisqu'il emploie des artifices nombreux et variés, à l'égard des croyants pour les détourner de la foi, à l'égard des incroyants pour les empêcher de croire, il me paraît nécessaire de nous cuirasser, nous aussi, de la doctrine invulnérable de la foi et de l'attaquer à notre tour à cause des faibles (1). »

Ainsi, malgré cet état d'àine qu'on pourrait appeler fidéiste, l'auteur entreprend de prouver la résurrec-

Page 1