Tatien, Oratio
DIEU: SON EXISTENCE ET SES ATTRIBUTS U'.l
voit pas, parce qu'elle est inaccessible au regard liuinaiii. mais est connue par le mouvement du corps; ainsi Dieu ne saurait être vu par des yeux humains, mais on le voit et on le connaît par les œuvres de sa Providence. Celui qui voit un navire avec tous ses agrès voguer sur la mer et aborder au rivage, jugera évidemment qu'il doit y avoir en lui un pilote qui le gouverne. De même faut-il penser que Dieu est le grand pilote de l'univers, bien qu'on ne le voie pas avec nos yeux de chair, parce qu'il est incompréhensible. Le soleil, en effet, est une bien petite créature, et l'homme cependant ne peut le fixer du regard en raison de sa chaleur et de sa puissance exceptionnelle : à combien plus forte raison un homme mortel ne pourra-t-il pas fixer la gloire de Dieu qui est ineffable! Ou encore de même qu'une grenade, avec l'écorce qui l'entoure, possède à l'intérieur plusieurs cases séparées par des pellicules et renfemie de nombreuses graines, ainsi toute la création est entourée par l'Esprit de Dieu ; et l'esprit à son tour, avec la création qu'il entoure, est entouré par la main de Dieu. Or, la graine de grenade, enfermée dans le fruit, ne peut pas voir ce qui est à l'extérieur de l'écorce, parce qu'elle est elle-même à l'intérieur; de même l'homme, qui est renfermé avec toute la création dans la main de Dieu, ne saurait voir Dieu. Et encore on croit cà l'existence des princes de la terre, bien que tout le monde ne les voie pas; mais on les connaît par leurs lois et ordonnances, par leurs envoyés, leurs troupes ou leurs images.
Et tu ne veux pas reconnaître Dieu aux œuvres
qui sont le signe de sa puissance? (1) »
Théophile éimmère ensuite rapidement les principales œuvres qui nous doivent conduire à leur immortel auteur. On trouve aussi développé par Minucius Félix, avec beaucoup plus d'éloquence, ce même argument classique des causes finales (2). Non seulement la création et l'ordre du monde prouvent l'existence de Dieu, mais d'un Dieu distinct de la matière. Athénagore, des mêmes prémisses, dégage cette conclusion contre le panthéisme plus ou moins latent des cultes idolàtriques.
« Si la plupart des hommes, incapables de discerner ce qu'est la matière, ce qu'est Dieu et quel intervalle les sépare, adorent des idoles matérielles, est-ce que pour cela nous, qui distinguons le créé de l'incréé, l'être du non-être, l'intelligible du sensible,... nous devrons rendre un culte à des statues ? En effet, si la matière et Dieu sont identiques et comme deux noms d'un même objet, en refusant de reconnaître comme des dieux la pierre et le bois, l'or et l'argent, nous sommes des impies. Mais s'ils diffèrent absolument l'un de l'autre, autant que l'artiste de ses matériaux, que vient-on nous reprocher? Lé potier diffère de l'argile; car l'argile est la matière et le potier l'artiste: d3 même, le Dieu créateur diffère de la matière qui obéit à son art. L'argile par elle-même est incapable de former un vase sans une main qui la travaille; de même la matière, qui est sus-